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 Zéro - I live in the dark corners. The slaughter house of the human mind.

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Zéro Laufeyson


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▲ Date d'inscription : 05/01/2018
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MessageSujet: Zéro - I live in the dark corners. The slaughter house of the human mind.    Ven 5 Jan - 1:06


Zéro Spurius Laufeyson

I'm untouchable darkness, a dirty black river to get you through this. In the mouth of madness, down in the darkness


Nom : Laufeyson
Prénom : Zéro Spurius
Âge : 1527 ans
Métier : Psycho ? Mais sinon il est membre d'un groupe de musique.
Situation familiale : Actuellement entiché de Seven
Orientation sexuelle : Bisexuel
Particularités : Ses tatouages et humeurs changeantes
Habitudes : Jouer de la musique ○ Jouer avec ses proies ○ S'occuper personnellement de Seven.
Groupe : Vampire
Avatar : Andy Biersack

Anecdotes
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Caractère

At vero eos et accusamus et iusto odio dignissimos ducimus qui blanditiis praesentium voluptatum deleniti atque corrupti quos dolores et quas molestias excepturi sint occaecati cupiditate non provident, similique sunt in culpa qui officia deserunt mollitia animi, id est laborum et dolorum fuga. Et harum quidem rerum facilis est et expedita distinctio. Nam libero tempore, cum soluta nobis est eligendi optio cumque nihil impedit quo minus id quod maxime placeat facere possimus, omnis voluptas assumenda est, omnis dolor repellendus. Temporibus autem quibusdam et aut officiis debitis aut rerum necessitatibus saepe eveniet ut et voluptates repudiandae sint et molestiae non recusandae. Itaque earum rerum hic tenetur a sapiente delectus, ut aut reiciendis voluptatibus maiores alias consequatur aut perferendis doloribus asperiores repellat.At vero eos et accusamus et iusto odio dignissimos ducimus qui blanditiis praesentium voluptatum deleniti atque corrupti quos dolores et quas molestias excepturi sint occaecati cupiditate non provident, similique sunt in culpa qui officia deserunt mollitia animi, id est laborum et dolorum fuga. Et harum quidem rerum facilis est et expedita distinctio. Nam libero tempore, cum soluta nobis est eligendi optio cumque nihil impedit quo minus id quod maxime placeat facere possimus, omnis voluptas assumenda est, omnis dolor repellendus. Temporibus autem quibusdam et aut officiis debitis aut rerum necessitatibus saepe eveniet ut et voluptates repudiandae sint et molestiae non recusandae. Itaque earum rerum hic tenetur a sapiente delectus, ut aut reiciendis voluptatibus maiores alias consequatur aut perferendis doloribus asperiores repellat.

acidbrain




Derrière l'écran
Pseudo : cf Silver
Prénom : cf Bastian
Âge : cf Caleb
Pays : cf Stan
Code du règlement : cf June
Inventé ou scénario : cf Sheila
Commentaires : cf Macéo
acidbrain


Dernière édition par Zéro Laufeyson le Dim 2 Sep - 12:56, édité 3 fois
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Zéro Laufeyson


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▲ Date d'inscription : 05/01/2018
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MessageSujet: Re: Zéro - I live in the dark corners. The slaughter house of the human mind.    Ven 5 Jan - 1:07


Histoire




Chapter 0

Il était posé là, debout face au jardin de cette maison qu'il lui arrivait de squatter. Cette maison qu'il avait découverte grâce à la crémaillère des cinq colocataires qui y vivaient. Il n'en connaissait qu'un, un certain Ted, un humain, une proie apparemment utile bien qu’il ne sache même plus comment il l'avait rencontré... Dans un bar, probablement, Zéro n’était assuré que d'une chose, le caractère du garçon lui plaisait pour qu'il soit resté dans son carnet d'adresses. Lui plaisait... Non sûrement pas. Qui lui convenait plutôt. Un garçon qui cachait bien son jeu, sa passion intime et secrète, mais à laquelle il devait des soirées sympathiques en la compagnie de ce Ted, celui à qui il devait, ce soir, un bien bon repas et un certain calme.
La nuit s’atténuait lentement, une douce brise annonçant le début d’une journée ensoleillée effleurant sa peau noircie par ses innombrables tatouages. Il était là, posé sur un muret, fixant le ciel, le regardant effacer lentement ces étoiles qu’il avait contemplées un peu plus tôt. Son ouïe se laissait aller aux aléas du silence du quartier encore endormi, analysant les moindres sons, cherchant elle aussi à apaiser son hôte. L'odeur métallique et vivifiante du sang lui caressait les narines, inondant son esprit et chassant doucement ses pensées. Ce sang qu'il avait dégusté à même la jugulaire de ses proies, de ses jouets comme il aimait les appeler. Ses proies. Ses repas, les termes ne lui manquaient que rarement. Ce sang qui jonchait aussi les murs et le sol de la pièce qu'il venait de quitter, se débarrassant en chemin de son haut à moitié déchiré. L'une s'y était fermement accrochée, surprise et apeurée ses cris lui avaient tout particulièrement plu, ces lamentations effarouchées qu’il s’était plu à faire changer de tonalité, la voyant se débattre alors que ses soupirs et regards le suppliaient du contraire. L'un avait étouffé un gémissement de plaisir en déchirant sous sa poigne son col, un autre qui n’assumait pas sa dépravation, il avait tant fait sourire le vampire, se plaisant souvent à dire qu’il aidait en soit ses compagnons à se découvrir et se dévoiler. Bien que d’autres soient bien moins enclin à telles révélations. En effet, un autre s'était débattu, lui lançant son verre en espérant s'échapper, son vin rouge aux teintes boisées et acidulés venant le tacher, vu le prix de ce bout de tissu, Zéro aurait pu s’emporter, mais contre toutes attentes, c'était avec celui-ci qu'il s'était le plus amusé, le privant d'hypnose, le privant de mouvement, le privant de plaisir, l'enivrant de douleur et de frayeur. Et ses cris, diable qu’il les avait dégustés… Après tout, c’est l’une de ses sources préférées de plaisir et de contentement. Les deux derniers s'étaient laissé hypnotiser bien trop ennuyeux lorsqu'ils avaient tout leur esprit, leurs doigts ayant timidement froissé quelques endroits de son haut encore lisses et propres. Puis, le jeu avait vraiment commencé et alors le sang avait fini le travail, le tissu lui collant bien trop à la peau l'appréciant bien moins que les caresses de ses compagnons de jeu, finissant de le détruire.

La nuit lui semblait être vite passée. Le cosmos l’avait surplombé bien trop vite à son goût et ce même si une partie de son être s’en réjouissait silencieusement. Ces nébuleuses, astres et autres étoiles scintillantes l’observant dans l’infinie noirceur de cette mer calme qui les recouvrait, le jugeant dans un mutisme pesant et il avait soutenu leurs regards accusateurs et sentenciés, comme toutes ces sorgues qu’il avait passé en leur présence radieuse et glaçante. Ses occupations paraissaient parfois dévorer le temps. Oh combien au fond cela l’arrangeait d’être ainsi affairé, parfait accro à ces jeux sordides, sadiques et sanglants. Il vivait pour cela, pour ces ébats, ces passe-temps singuliers, ces activités fourbes et espiègles, car même après son millénaire d’existence, s’il était possible de parler ainsi le concernant, Zéro n’avait aucun but ni objectif. Rien ne l’inspirait. Rien ne l’aspirait à entreprendre quoique ce soit. Faire du mal lui convenait. La destruction de ce qu’il entourait, mais peut-être plus particulièrement sa propre annihilation. La mort ? Il savait parfaitement ne pas la mériter, et ce, dès ces premiers souffles sous cette nouvelle nature, alors qu’il s’était contemplé pour la première fois de ses yeux ponctués de vermillons et d’ébène. Le repos éternel que certains semblent accueillir à bras ouverts, lui n’avait cessé de se le refuser. Pourquoi ? Pour ces multiples raisons qui rongent, désagrègent et dissolvent depuis toujours son âme, la réduisant à chaque souffle un peu plus à néant, la faisant ainsi s’évanouir dans ses noirceurs, sa fureur, sa démence, son aliénation et l’aversion secrète qu’il s’accordait. Encore aujourd’hui, ces pensées le dévoraient, sans que personne ne s’en doute. Comme à cet instant, tous ne voyaient qu’un homme charmant, mais curieux, attirant bien qu’effrayant, cet être semblant sculpté sur ce muret, son immobilité perturbante portant à confusion, cette énigme à apparence humaine posée dans un décor paisible et chaleureux dans lequel elle ne parvenait à se fondre, à se faire oublier et s’effacer, son aura mauvaise n’échappant à personne. Un être sibyllin et obscur aspirant à la fois la méfiance et l’adoration. Mais jamais personne ne s’était réellement préoccupé de savoir ce qu’il cachait, ce qu’il renfermait, ce qu’il était de plus... De comprendre cet éclat dissimulé dans son regard, cette lueur malmenée à peine perceptible à travers ces éclairs malsains, froids et meurtriers qu’il accordait continuellement. Jamais personne ne s’était préoccupé réellement de lui. Mais toute règle a son exception. Elle avait été la sienne pendant un temps. Son exception. Une ère qui, même pour lui, semblait désormais lointaine. Le temps est meurtrier, il se permet de tout changer, de les pervertir tous…
Il se redressa, étendant son corps pâle la brise fraîche, prenant une longue inspiration à ces songes. Une nuit d’occupation, quelques minutes de plénitude, et voilà que le cercle vicieux qu’était son quotidien reprenait son cours, inarrêtable, lassant à souhait. Sa punition, sa sentence, sa peine à perpétuité… Il quitta la voûte céleste du regard pour le déposer sur ses mains couvertes de diverses teintes de rouge. Bordeaux, amarante, carmin, écarlate, grenat, pourpre, garance ou encore vermillon, il savait désormais toutes les définir, que trop accoutumé à être en sa présence. Sec, passé, rouillé, son odeur perdait de son parfum exquis et enivrant, le faisant soupirer longuement. Mais il resta là, à fixer ses mains s’apparentant à ses yeux et à cet instant à des griffes acérées et assoiffées, désireuses de bien plus de violences, de tensions, de peine, de luttes, de sensations… Tout ce qui lui permettrait d’apaiser son crâne torturé par ses siècles d’existence, son être aspirant dans son entièreté à faire du mal dans l’unique dessein de nourrir cette noirceur qui n’avait eu cesse de détruire toute humanité qu’il avait pu avoir autrefois. Humanité… Plus un seul être sur cette terre déchue et damnée ne se souvenait de lui ainsi. Après tout, il avait lui-même fait en sortes de tous les faire disparaître, la simple idée de croiser quelqu’un de son passé l’écœurant et le plongeant dans cette rage animale et destructrice.

Ted s’était éveillé avant les autres, sa main squelettique et pâle s’était de suite portée sur l’une de ses plaies, celle à son cou, un sourire étirant lentement ses lèvres en les sentant légèrement cicatrisées. Il le savait, la seule goutte de sang que lui avait accordée son amant n’aurait su le guérir entièrement, mais le jeune homme savait aussi parfaitement que jamais le vampire ne lui aurait accordé plus, bien trop satisfait de voir ses œuvres se dessiner sur les corps fébriles de ses compagnons de jeu. Il s’était redressé avec peine, son crâne vibrant malgré tout, son regard détaillant la pièce, passant sur ces colocataires toujours endormis. Et pourtant, ce n’était pas eux qu’il cherchait à cet instant. Mais plutôt lui. Il enfila son boxer en avançant dans la pièce, retenant avec peine son envie de l’appeler pour le trouver. Il l’avait déjà fait, et cela lui avait coûté… L’aube a toujours été un instant précieux pour Zéro, il n’en ferait plus jamais l’erreur. Il passa devant la baie vitrée et son sourire s’élargit alors qu’il détaillait au travers sa silhouette. Il sortit pour le rejoindre silencieusement, sachant parfaitement que l’être surnaturel l’avait perçu dès son réveil, mais ne gâchant pas sa quiétude de sa voix, l’air frai le faisant frissonner, mais en rien rebrousser chemin. Il fila nus pieds dans l’herbe pour se glisser dans son dos, remarquant du coin de l’œil cette bague à pierre d’un bleu clair à profond parsemé de paillettes dorées, l’inquiétude le tiraillant alors qu’il fixait le ciel, surveillant les rayons du soleil, venant entourer son corps de ses bras, son poil se hérissant de plus belle au contact de sa peau glaciale, il resta ainsi malgré son soupir alors qu’il sentait son regard se poser sur ses mains jointes contre lui. Mourir ne lui faisait plus peur, plus depuis longtemps. Un éclair de chaleur à peine perceptible le fit brusquement relever la tête pour plisser des yeux face au tout premier rayon de soleil « Zé-… » Le regard noir et meurtrier de celui-ci le priva de voix en un instant, mais il ne détourna pas ses yeux suppliant pour autant, le priant silencieusement alors que l’odeur de brûlé venait lui chatouiller lentement les narines, le rayon encore fin et faiblard étant déjà venu caresser le bas du ventre du vampire. Nouveau soupir qui stressa de plus belle l’humain, mais les longs doigts du vampire vinrent jouer avec l’anneau argenté avant de le passer à nouveau, le soulagement immergeant le cœur et les traits du dit Ted. Un sourire vint une nouvelle fois étirer ses lèvres alors que les doigts de son vampire vinrent parcourir son visage, une caresse à peine perceptible, lente mais d’une certaine douceur. Jamais il ne lui avait accordé tel traitement, si bien qu’il ne parvint pas à retenir ses larmes, la joie l’inondant de plus en plus alors que le visage envoûtant de l’homme face à lui se rapprochait. Son cœur le brûlant, semblant s’affoler et prêt à déchirer sa cage thoracique pour ne plus être ainsi oppressé. Leurs lèvres s’effleurèrent, faisant tressaillir l’humain et sourire froidement le monstre face à lui donc le regard c’était noirci en un éclair, ses doigts s’enfonçant plus violemment dans sa peau « Tu m’ennuies… » Siffla-t-il sans le quitter des yeux, et alors qu’une larme étincelante venait s’écraser sur sa joue, le cou si fin et si faible de Ted céda sous les doigts qu’il aimait tant, dont il rêvait les nuits ou il se retrouvait seul, qui l’avait fait tant ressentir à chaque instant passé en sa présence. Pourtant, ce ne fut pas l’horreur qui pu être lue sur le visage du défunt quelques heures plus tard, alors qu’on le découvrait pendu dans sa chambre, mais une joie indescriptible et incompréhensible. Ses colocataires n’avaient pu aider les enquêteurs à expliquer ce qu’il s’était passé, se souvenant uniquement de leur beuverie de la veille, ayant oublié que quelques heures plus tôt, le vampire les avait guéris, hypnotisé et regardé nettoyer et mettre en scène le suicide sous leurs regards horrifiés et paniqués alors qu’ils réalisaient qu’ils ne se contrôlaient plus… Ils l’avaient vu partir une fois qu’il fut satisfait de sa scène et de leur travail, ne sachant s’ils se devaient d’être soulagés, touchés ou attristés par son départ. Mais à peine la porte fermée, cet homme infâme et envoûtant s’était volatilisé de leur esprit. Du moins, pour l’instant…



Chapter I

L’orage zébrait froidement le ciel, les Dieux semblant y mener une guerre sans fin, la beauté de ces traits secs et brillants ne manquant en rien de faire sursauter la plupart des habitants de cette petite bourgade romaine. Les enfants hurlaient de peur, les parents tentaient au mieux de les apaiser, les serviteurs des entités priaient les cieux de les pardonner de leurs pêchés, les illuminés se flagellaient en espérant que leurs supplices contentent ceux auxquels ils étaient dévoués, tandis que trois hommes aux regards froids et aux murmures incompréhensibles traînaient une brebis dont les bêlements martyrisés par l’insanité résonnaient en écho à l’apocalypse qui semblait s’abattre sur Terre. La pluie battait froidement les dalles des allées, fouettant sèchement les battants de bois, s’accumulant dans les sous-sols, elle pouvait sentir la terre sous ses pieds s’engorger d’eau, mais son attention était ailleurs, cherchant à étouffer ses hurlements, ne les échappant que lorsque les foudres rugissaient dans le ciel. Elle ne sentait pas même ses ongles s’arracher lentement à chaque fois qu’elle cherchait à s’agripper à la terre, elle ne réalisait même pas ces murmures d’encouragement que ces femmes glissaient à ses oreilles. Seule la douleur l’accompagnait ce soir-là, une souffrance comme jamais elle n’en avait connue, semblant la déchirer, l’écarteler, la pincer, la couper, elle ne savait comment la définir. La peur qui faisait vibrer ses iris et son cœur ne lui facilitant en rien la tâche. La lumière blanche d’un nouvel éclat déchirant le ciel vint ricocher contre son regard mouillé. Le regret pouvait s’y lire. La haine de cet être qu’elle n’avait pas voulu et qu’elle haïssait déjà bien avant sa naissance. Le dégoût de cette chose qui lui avait voulu bien des coups et des moqueries. L’aversion qu’elle ressentait face à cette chose qui avait survécu et qui n’allait pas tarder à hurler à son tour.
Elle n’avait plus rien de cette belle jeune demoiselle qu’elle avait pu être. Celle qui avait été attachée, dénudée au centre du forum avec ces camarades de la même espèce, pas la plus jeune, mais sa beauté ne manquait pas d’arrêter les acheteurs sur leur route. Combien lui avaient redressé froidement le menton pour l’inspecter, l’avaient forcée à ouvrir ses lèvres pour examiner sa dentition, à écarter ses cuisses pour leur simple plaisir salace, parcourant sa peau sucrée et pâle de leurs doigts huileux et curieux ? Elle n’avait su les compter, leur souffle perverti et avare lui donnant la nausée. Combien avaient tiré sur ses longs cheveux d’un noir de jais ? Les épouses se moquant bien de lui en arracher, s’en félicitant presque avant de lui cracher dessus ou de la frapper lorsqu’elles croisaient son regard, ses yeux brillants exprimant bien plus qu’elle ne l’aurait voulu. Elle n’avait pas choisi sa beauté, elle ne savait même plus de qui elle avait hérité son regard intense, ses formes attirantes et ses sourires ravageurs. Elle ne l’avait jamais su et pourtant, chaque jour, elle maudissait ceux qui l’avaient rendue ainsi. Ceux qui avaient fait d’elle ce qu’elle était à ce jour. Ceux qui lui avaient refusé d’être l’une de ces épouses bien trop en chair, mais dont elle enviait les sourires. Ceux qui l’avaient condamnée à avoir les traits tirés, à assécher ses lèvres et les parsemer de coupures. Ceux à cause desquels elle allait être bien plus vite marquée par le souci et la peur que n’importe quelle jeune demoiselle de tout juste quinze années telle qu’elle. Ceux qui lui avaient refusé son titre et abandonnée, espérant silencieusement que la chaleur ardente de ce jour finisse d’écraser son petit cœur d’enfant.
Le destin en avait décidé autrement. Elle n’était rien d’autre qu’une esclave aux yeux de tous désormais. Une esclave, pas une femme. Une aliénée, pas un être humain. Une domestique, ne méritant rien. Un de ces pantins qui n’avait d’utilité que d’être asservis à d’autres. A ces puissants. Ces êtres pourris jusqu’à la moelle qui se plaisaient à assujettir tous ceux les entourant. Ces monstres qui défilaient sous ses yeux d’enfant apeurée, attendant silencieusement son sort. Un simple cri de surprise s’échappa de ses lèvres frêles alors qu’une poigne dure et puissante s’abattit sur son poignet fébrile. Elle le revoyait lécher ses larmes dans un rire gras, celui qui l’avait achetée, celui qui devenait ainsi son maître. Elle se souvenait avoir stupidement supplié une ultime fois son marchand du regard, celui qui ne lui accordait plus aucun intérêt, ses lèvres s’étirant sur des dents noircies, une grimace écœurante ne s’apparentant en rien à un sourire, ses yeux injectés de sang dévorant la bourse en cuir brun qu’il venait d’acquérir, la soupesant avec avidité.
Lui était l’un de ces puissants. Du moins, se considérait-il comme tel. Il était bien l’un de ces aristocrates qui se prenaient pour des Dieux de l’Olympe. Durs, sévères et impitoyables. Rabaissant, fiers et écœurants aussi bien physiquement que moralement. N’ayant aucun autre mérite que son titre et son patronyme. Mais qu’avait-il fait de son existence ? Rien. Seulement vieillir sous la puissance de ses parents, en hériter et continuer de s’engraisser en rythme avec l’écoulement du temps. Il n’avait aucun charme, ruisselant de gras, beuglant pour s’exprimer, même son rire affadissait les êtres ayant le malheur de faire parti de son existence.  
Elle était l’une de ses choses. Il était son maître, ne la regardant que de haut et la traitant comme une chienne sans véritable intérêt autre que de savoir travailler, obéir, recevoir ses coups et écarter les cuisses lorsque le désir le prenait. Elle n’était pas la seule dans cette situation, elle n’aurait très certainement pas survécu aussi longtemps si tel avait été le cas, mais la demeure comptait bien plus d’une dizaine d’esclaves permettant à leur maître de ne rien faire, ni même tirer les draps de son lit, se démanger ou bien encore déloger une nuisance installée entre deux de ces dents jaunâtres. Maltraitances, humiliations, cris, fouets, marquages au fer, chaînes, viols, pendaisons, tel était le quotidien des malheureux arrivés sous le toit de cet être répugnant et infâme. Mais tel était son plaisir, il n’avait cesse de jouir du mal et désespoir qu’il semait autour de lui. Baignant dans la démence, il ne connaissait aucune limite.
Deux personnes bien banales à telle époque et pourtant, c’est ensemble qu’ils allaient créer la vie, cette vie, sa vie. Ce petit être frêle et pâle qu’elle voyait naître sous son regard horrifié, qui criait malgré ses prières de le voir naître sans vie, qu’elle repoussait alors que ces femmes, qui l’avaient aidée, lui tendaient l’enfant. Elle refusa de les écouter alors qu’elles l’imploraient de le nommer, un enfant ne pouvait venir au monde sans nom. « Spurius. » Cracha-t-elle de sa voix déchirée en regardant le petit être avant de se recroqueviller sur elle-même pour ne plus l’entendre, espérant toujours pousser son dernier souffle. Sa fin ne vint pas de suite, celle de cet enfant qu’elle avait nommé ‘Bâtard’ non plus, il avait été pris en charge par ses compagnes de geôle, mais elle se voyait parfois forcée de s’en occuper, ne manquant jamais de le maudire dans des murmures froids, fixant ses yeux bleus n’ayant cesse de lui rappeler ceux de son violeur, la répugnant de plus belle. Les années passant, bien qu’enfant, Spurius n’était pas dupe, il ressentait la haine et l’horreur de sa mère à son égard, il savait qu’elle ne l’aimait pas, il ne savait tout simplement pas pourquoi. Il restait un enfant, persuadé qu’elle finirait par l’apprécier, lui adresser un sourire, un regard doux, une esquisse, quelque chose… C’est pour cela que, lorsqu’il comprit l’aversion de sa mère pour leur maître, il décida de la venger, de lui faire du mal à lui aussi. Du haut de ses cinq années, il s’extirpa des caves insalubres où s’entassaient ceux de son espèce, il remonta les marches raides rejoignant le patio, il attrapa l’une de ses petites pierres tranchantes qu’il avait repéré un peu plus tôt dans les cuisines ainsi que quelques morceaux de pain aux graines, le garçon fila dans les pièces, sans un bruit, habitué à se rendre invisible pour ne pas attirer les foudres du maître, de ses invités et encore moins de sa mère, enfin il les trouva. Sept de ces petits animaux aux différentes couleurs qu’il semblait chérir même s’il les laissait continuellement en cage. Spurius déposa quelques miettes dans sa paume pour en attraper un premier, souriant au contact de ses plumes soyeuses contre sa peau déjà durcie par le travail, le caressant une seconde avec le même sourire, faisant glisser la pierre contre son encolure, le sang collant quelques plumes à ses doigts, son sourire toujours présent alors qu’il le regardait tomber au fond de l’enclos, appelant un autre oiseau…
Ce furent des cris de colère qui réveillèrent les esclaves, les faisant frissonner de peur sans comprendre, puis l’histoire se propagea, un coupable fut cherché et un jeune des cuisines fut puni. Mais Spurius n’avait d’yeux que pour sa mère, espérant déceler une once de joie suite à la peine de ce maître qu’elle haïssait plus que tout. Son regard se posa sur lui, l’espoir faisant vibrer tout son petit corps, son sourire s’élargissant, mais elle ne le regardait pas, si ce n’est ces quelques traces rouges restantes sur les doigts de cette chose qu’elle avait mise au monde. Elle releva les yeux vers lui, le faisant pencher la tête sur le côté sans comprendre pourquoi il ne lisait pas en elle de la gratitude ou de la fierté, mais une certaine horreur teintée de cette haine bien plus intense qu’autrefois. Ce fut au tour du regard de l’enfant de changer, un éclair de colère électrisant le bleu de ses iris, faisant détourner les yeux de sa mère qui vint finir de nettoyer ses mains, évitant de croiser son regard alors que lui n’avait cesse de la fixer. Déçu. Mais sa déception n’allait être que plus grande quand, quelques mois après cela, les cris de sa mère ricochèrent à nouveau contre les pierres brutes de la cave.
Son ventre s’était à nouveau arrondi, même si les années n’avaient eu cesse de l’user et de l’enlaidir, elle gardait ce regard, cette jeunesse, cette once de beauté qui la différenciait des autres, qui la faisait toujours sortir de la cave le soir pour se retrouver dans les draps de lin du maître. Elle attendait à nouveau un enfant de lui, se détachant d’autant plus de Spurius, murmurant en caressant son ventre, n’écoutant rien de ce que son fils maudit ne lui disait ou demandait. Elle voulait l’oublier, elle souhaitait que ce nouvel enfant efface l’échec que lui était à ses yeux. Ainsi, lorsqu’elle mit au monde sa fille, ce ne fut pas du dégoût qui pu être lu sur ses traits, mais une joie comme jamais il ne lui avait connu. Un bonheur tel qu’il en était écœuré. Pourquoi elle et pas lui ? Sa mère avait-elle à ce point perdu raison et esprit pour trouver son salut dans ce petit être fragile ? La colère du jeune garçon était palpable, croissant de plus belle lorsqu’elle soupira dans un sourire son prénom « Laenia… » mais alors qu’il s’éloignait, décidé à maudire cette petite sœur, l’état de leur mère s’aggrava, son sang continuait à couler, entachant sa peau qui n’avait cesse de pâlir, son regard perdait de son éclat, ses yeux se retournant lentement alors que sa prise sur sa petite se desserrait lentement, tombant en arrière sous les cris paniqués de ses comparses. Un seul souriait. Spurius qui venait enlever la petite du corps sans vie de leur mère, chuchotant à l’oreille de sa petite sœur : « Merci Laenia… Ma précieuse petite Lae… » Il continua de caresser d’un doigt sa peau rose avec son sourire, la dévorant du regard même lorsqu’elle lui fut prise en charge par une esclave au grand cœur qui avait elle aussi donné la vie quelques jours plus tôt. C’est ainsi qu’elle devint son tout, cette petite qu’il avait méprisée à peine née était désormais la prunelle de ses yeux pour lui avoir ôté celle qui lui faisait tant de mal.
Aucune des pauvres âmes peuplant ces sous-sols crasseux ne pensait que ces deux enfants survivraient si longtemps. Certain ne doutait de la survie de Spurius, mais pour la simple raison que ces malheureux considéraient l’enfant comme un démon, un malicieux qui allait un jour leur attirer les foudres du maître à force d’entourloupes, de casses et surtout de morts ou maux. À l’inverse, tous s’étaient pris d’affection pour la petite. Pourquoi telle différence ? Pour la simple raison que son aura était bien moins lourde, bien moins tumultueuse que celle de son frère. Qui l’eut cru que cette petite âme survivrait de la sorte… Et pour beaucoup, il aurait été préférable que la petite Laenia périsse dès ses premiers mois… Après tout, qui diable désirerait grandir avec un frère qui n’inspire que l’effroi ?



Chapter II

L’attachement de Spurius pour sa sœur ne manqua pas de grandir avec le temps. Il n’avait cesse de la protéger. Dès ces trois années, Laenia fut mise au travail, sa petite taille et ses petites mains étant d’autant plus appréciée qu’elles facilitaient bien des tâches. Beaucoup de leur semblable cherchèrent à exploiter l’enfant, mais c’était sans compter son frère de cinq années son aîné, ce-dernier semblant toujours pouvoir humer quand sa précieuse petite allait être manipulée, sortant alors de nulle part, se moquant d’abandonner son poste et des conséquences que telle impudence pouvait avoir, redescendant sa petite fleur à l’abri avant de reprendre. Il avait tout d’un enfant, l’âge, le physique, les faiblesses et pourtant, son regard, ces yeux si froids et foudroyant de violence n’avaient rien de ceux d’un petit. C’est ainsi qu’il s’attira de plus belle les foudres de ses semblables, quel que soit leur genre ou âge, il n’avait jamais été apprécié, il ne faisait rien pour et se moquait bien de l’être, car à ses yeux, seule elle comptait. Plus les années s’écoulaient, plus les deux bâtards grandissaient et plus le désir du jeune Spurius de sortir sa douce protégée de cette demeure écœurante poussait. Qui aurait cru que la patience serait l’une de ses rares qualités…
Il arrivait souvent au maître du domaine d’inviter ses semblables et alors s’en suivait à chaque fois des jours et des nuits de festivités. Des festivités… Le terme n’est sûrement pas correct, après tout cela n’était festif que pour eux, ces puissants qui s’adonnaient à bien des vices lors de ces regroupements. Ils ne manquaient de pratiques malsaines et brutales et qui d’autres que leurs chiens pour les subir ? Déjà enfants, Spurius et Laenia eurent le malheur d’être remontés avec d’autres esclaves pour participer. Bien sûr, les enfants n’étaient pas épargnés, pourquoi tel serait le cas ? La maltraitance de tous, enfants, vieux, hommes, femmes, amusait plus que tout ces riches dépravés. Souvent attachés au centre d’une des salles de la demeure, il ne leur restait plus qu’à attendre la fin des souffrances. Torturés, battus, crachés dessus, humiliés, ils découvrirent bien tôt les horreurs, ils apprirent bien vite à baisser les yeux face à ces visages gras et fiers, ils cessèrent de suite leurs prières qui n’attiraient que ces rires qui faisaient de plus belle trembler leurs corps faibles et débiles.
Lui ne pleurait plus depuis longtemps, presque insensible aux douleurs, d’autant plus depuis que sa précieuse avait attiré les regards, ne cessant de la fixer elle, rêvant de la faire disparaître de cet antre sordide, se mordant les lèvres à sang à la voir pleurer sous les coups, se maudissant après les festivités, alors qu’il la voyait s’éloigner de lui pour se recroqueviller comme à chaque fois dans son coin de cette pièce trop sombre et humide. Alors qu’il l’entendait gémir de douleur au moindre mouvement, qu’il la sentait se tendre à chaque geste qu’il faisait vers elle, qu’il supportait son regard horrifié avec difficulté, qu’il entendait avec une peine immense son désir de succomber à ses blessures, maudissant son espoir de périr sous les coups… Il rêvait de changer les rôles, de montrer à ces Dieux cupides qu’il pouvait se charger lui-même de répondre aux prières plaintives de sa sœur qui déchiraient à chaque fois son être. Elle était la seule qui pouvait le faire souffrir. Et Laenia allait le faire tant souffrir…
La petite grandissait, cela ne manquant en rien d’attirer l’attention du maître qui se moquait bien d’être son géniteur. Elle était tout ce qu’il avait toujours adoré chez ses proies. La peau pâle et d’une douceur extrême, un regard poignant et touchant, une silhouette que ses mains dures rêvaient de briser sous leur poigne, des formes qui le faisaient saliver, et cette pureté… Cette pureté éveillait bien des regards lubriques. Elle avait près de onze années lorsqu’elle fut déshonorée pour la première fois. Spurius était présent et bien que plus âgé, encore une fois, il ne put rien faire. Encore une fois, il était inutile. Encore une fois, il ne put la sauver. Elle hurlait de peur, ses cris terribles qui allaient résonner encore et encore dans le crâne de Spurius, hurlements que les rires gras et la musique qui s’échappait des harpes et tambours dissimulaient à peine. Il était là lui aussi, enchaîné à sa place avec d’autres jeunes esclaves, à la disposition de ces hommes ou femmes violents ou pervers, la ‘chair fraîche’ comme aimait les décrire le seigneur des lieux. Il se débattait, prenant coup sur coup, explosant de rage, tentant de rejoindre sa sœur, rampant, ses ongles râpant la pierre du sol, s’arrachant un peu plus à chaque pression… En vain. Il ne bougeait pas, il attisait seulement plus de rires et de moqueries, de coups et de taillades. Elle finit par ne plus crier, par ne plus pleurer, telle une coquille vide, elle restait inerte, étendue. Spurius fut celle qui la redescendit dans les caves, il la lava, il la berça, il fit de son mieux pour limiter les contacts, ne cessant de parler, débitant murmures sur murmures, sa colère haussant parfois son temps, s’occupant d’elle toute la nuit, agité, alors qu’elle ne lui accordait pas le moindre regard. Tout ce qu’il pouvait lire dans ses yeux était de l’épuisement et cette envie qui lui tordait l’estomac. L’envie d’en finir. L’envie de mourir.
Combien il haïssait ce regard… Celui qui lui crachait au visage l’évidence, à quel point il était pourvu de faiblesse, combien son manque de force était grand, qu’elle lui en voulait à lui, lui qui s’était promis de la protéger, de tout faire pour elle et qui n’avait pas réussi à la libérer de ses bourreaux. Ce regard insupportable qui lui hurlait silencieusement qu’une part d’elle était morte par sa faute. Mais ce fut ce regard qui lui fit perdre la tête, les nuits d’insomnie aidèrent sûrement, ses murmures coupables alors que ses mains, fermées en poing, frappèrent encore et encore son propre crâne. La tête lui tournait, la colère envenimait son regard, il se sentait partir, la dernière chose dont il se souvint fut le regard d’autant plus horrifié de Laenia alors qu’elle se tassait un peu plus dans son coin de la pièce.
Il se réveilla alors que le petit jour se levait tout juste, ce fut l’odeur qui le frappa en premier, le forçant à ouvrir lentement ses yeux. Sa vue était d’abord trouble, comme gênée, il se frotta lentement le visage lentement pour que son mal de crâne ne le lance pas plus, il se focalisa un instant sur son odorat donc, percevant l’odeur du vin, de nourriture, mais aussi de la pluie mêlée à autre chose. Quelque chose qui lui piquait doucement le nez. Une odeur qu’il connaissait que trop bien et qu’il allait d’autant plus connaître avec le temps. L’odeur du sang et celle de la peur. Il ouvrit alors lentement ses paupières, ne sachant s’il ne s’était pas enfui dans un rêve, trop torturé par les remords et la culpabilité. Il était à l’étage, au centre de cette cour ouverte où lui et ses semblables avaient été que trop de fois attachés, là où bon nombre avaient poussé leur dernier cri, soupiré leur ultime souffle de vie. Le toit ouvert sur cette salle laissait la pluie le tremper, l’éveiller lentement, ses yeux levés vers les cieux, réalisant alors qu’il ne s’était pas enfui dans le réconfort des bras de Morphée, baissant lentement le regard pour contempler l’horreur et le carnage qui l’entourait.
Des corps traînaient çà et là dans la pièce, jonchant le sol, couverts de sang. Ces hommes et femmes qui leur avaient fait tant de mal, qui les avaient maltraités toutes ces années étaient là, gisant à même le sol. Mais pas que. Certains esclaves faisaient aussi parti des corps. Les morts avaient ces regards soulagés d’être enfin libérés de leur supplice. Les blessés s’acharnaient sur leurs bourreaux bien que la vie les ait déjà quittés. Spurius eut un mouvement de recul, perdu. C’est en vacillant qu’il sentit sa main lâcher prise, un tintement le faisant frissonner et baisser le regard. Comment la dague du garde s’était-elle retrouvée dans sa poigne ? Il la fixa un instant, puis ses mains couvertes de sang, ses avant-bras, sa toge… Était-ce donc cela qui avait ainsi troublé sa vue ? Ce liquide rougeâtre et épais ? Il passa ses doigts sur son visage, remarquant en effet du sang, à certains endroits sec, à d’autres encore frai… Il échappa un rire nerveux, tirant ses longs cheveux en arrière, se remémorant lentement par flash. Il se voyait sourire à Laenia, ne pas comprendre pourquoi elle était si effrayée par cette esquisse, puis voilà qu’il était à la porte de la cave, hurlant, griffant et frappant le bois, éveillant ses compagnons, alertant le garde qui ne manqua pas d’ouvrir cette fichue porte… Grossière erreur qu’il avait faite. Il le voyait l’attraper par la gorge pour le forcer à se taire, un rire étranglé s’échappant malgré tout de ses lèvres retroussées alors qu’il gesticulait en tous sens. Non pas pour lui échapper, non… Pour atteindre cette dague qui bien des fois avait fait de l’œil à notre jeune bâtard. Quel esclave aurait eu l’audace de se rebeller ? De prendre possession d’une arme blanche et d’égorger le gardien des sous-sols ? Cela n’avait jamais traversé les esprits, après tout, voilà à quoi sert la peur. A prévenir de toute révolte. Mais il n’avait plus peur et il n’avait plus qu’une envie, que ce soit eux, à leur tour, d’avoir peur… Voilà comment ils s’étaient échappés et ainsi retrouvés à l’étage, surprenant ces pauvres riches sans grande défense. C’est alors que le carnage avait commencé, la haine, la rage et la colère animant chacun des esclaves pour se jeter aux gorges de ces tyrans.
Ces images lui revinrent lentement alors qu’il caressait du bout des doigts le sang, les plaies et hématomes à divers endroits de son corps, un sourire malsain étirant ses lèvres pâles jusqu’à ce qu’une plainte le rappelle à l’ordre, étirant de plus belle cette esquisse dénuée de toute humanité. Son corps tremblait, non pas de peur, d’épuisement, ses forces semblant lui faire défaut. Il se tourna en suivant d’une oreille les gémissements, baissant les yeux, sa tête se penchant lentement sur le côté pour mieux le contempler. Il était là, au milieu de ces cadavres, ces personnes aux visages horrifiés, figés sur leur dernier hurlement, l’un ayant la gorge béante, un autre l’estomac transpercé de plusieurs coups de lame, une autre le crâne explosé, un œil pendant lentement de son globe, seulement maintenu par son nerf. Mais il ne détailla pas plus ces malheureux, seul lui avait son attention, lui qui tentait de se traîner hors de portée, sa toge d’ordinaire si propre et parfaitement portée, traînant à sa suite, imprégnée de sang et de pisse. L’un des rares survivants et pas des moindres. « Pater… » Siffla-t-il en sentant ses poils se dresser sur ses bras, l’impatience faisant vibrer son regard, la colère intensifiant sa poigne alors qu’il se penchait pour s’emparer à nouveau de la dague. Il ne tremblait plus, étrangement, comme si le voir en si piètre état lui avait redonné un souffle de vie. Il le retourna d’un mouvement du pied, le contemplant, s’extasiant, profitant pleinement de chaque instant. Qui avait peur de qui désormais ? Qui faisait du mal ? Qui subissait ? Qui suppliait de cette voix pathétique ? Lui. Enfin, c’était son tour. Il sentit sa poigne s’intensifier, ses phalanges blanchissant de plus belle alors que le regard du maître se décomposait chaque seconde un peu plus, essayant de se dégager et de se protéger de ses bras potelés.
Il vit ses mains se lever encore et encore, la lame frapper à divers endroits ce corps gras et poisseux, ses cris déchirant le silence de cette nouvelle matinée, son sang sale puant l’hypocrisie jaillissant de ses plaies. Spurius ne cilla pas, appréciant chaque cri, chaque plainte, dégustant le son de la dague et de sa chair qui se déchirait chaque coup un peu plus. Il se vit lui couper ces doigts qui avaient osé toucher sa sœur, arracher de ses mains cette langue qui avait osé souiller sa peau, le castrer et les lui mettre en bouche avec un rire fou. Il continua de s’amuser et ce même après que son regard se soit éteint, que ses cris se soient tus, que ses tremblements s’évanouirent, que son corps s’affaisse, lourd, sans vie, vide… Mais il continua, jusqu’à ce que la lassitude le gagne, fixant son corps inerte sous ses pieds, restant quelques instants à savourer ce tableau. Il se redressa enfin, lui accordant un ultime crachat avant de lui tourner le dos, n’accordant pas plus de regard sur les autres dépouilles, rebroussant chemin jusqu’à ces escaliers qu’il descendait pour la dernière fois.
Elle n’avait pas bougé, d’autant plus recroquevillée, elle était désormais seule dans cette cave. Il avançait vers elle et chacun de ses pas vers elle la faisait se tasser un peu plus. Il ne pouvait voir qu’un seul de ses yeux bleus à travers ses mèches emmêlées, comme si elle cherchait à ne faire qu’une avec l’ombre, à se dissimuler au possible pour qu’il ne la voie pas. Mais Spurius ne voyait qu’elle. Il s’accroupit, tendant une de ses mains encore tâchée de sang vers elle. « N’aie pas peur Lae, il n’est plus là, il ne te touchera plus, il ne te fera plus de mal, tu n’as plus à être ainsi terrifiée, je suis là… » Mais elle nia en se plaquant contre le mur pour éviter sa main, des larmes brillantes se frayant un chemin à travers la crasse de son visage, ses lèvres tremblant comme jamais en fixant cette main, les soubresauts et tremblements l’agitant et la faisant claquer des dents alors qu’elle murmurait encore et encore : « Non… Pitié… Non… » Ces supplices qui tordaient comme jamais le cœur de son frère qui ne comprenait toujours pas la véritable origine de cette peur, continuant à faire fausse route, se refusant tout simplement à réaliser que ce n’était plus du maître qu’elle avait peur, plus de ses invités, plus de ces horreurs qu’elle avait subies à l’étage, mais de lui. Son propre frère… Elle tenta de fuir alors qu’il s’approchait de trop, de l’esquiver et de courir au plus vite vers la porte, mais une poigne dure se renferma sur son poignet, lui faisant échapper un gémissement à la fois de douleur et de peur. Elle frissonna de plus belle face au regard de biais que lui adressait son frère. Un regard froid, dur, déçu de telle réaction alors qu’il n’avait fait que la sauver. « Je l’ai fait pour toi Lae. Rien que pour toi. Maintenant, tu viens avec moi. » Elle se résigna après s’être débattue en vain, baissant la tête, obéissante alors qu’il retrouvait ce sourire doux qu’il n’accordait qu’à elle, la portant d’un bras avant de sortir de la cave, l’une de ses mains passant inlassablement dans ses longs cheveux ébène. « C’est toi et moi maintenant petite sœur. Pour toujours et à jamais. » Chuchota-t-il contre sa tempe dans un baiser, la raidissant de plus belle alors qu’elle serrait contre elle son poignet marqué par sa poigne, regardant les corps délaissés dans la salle, rêvant silencieusement de se trouver parmi eux, loin de tout. Loin de lui.



Chapter III




Chapter IV




Chapter V




Chapter VI




Chapter VII


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MessageSujet: Re: Zéro - I live in the dark corners. The slaughter house of the human mind.    Ven 5 Jan - 1:10

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Zéro Laufeyson


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