AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Macéo - Not that you weren't already completing me...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Dim 10 Juil - 21:51


Macéo Jim Cubbins

I'm untouchable darkness, a dirty black river to get you through this. In the mouth of madness, down in the darkness


Nom : Cubbins
Prénom : Macéo Jim
Âge : 25 ans
Métier : Travail au tatoo shop de Tito
Situation familiale : Célibataire apparemment ...
Orientation sexuelle : Avant j'étais bisexuel, mais maintenant disons qu'il n'y en a qu'un qui m'intéresse.
Particularités : Me colore moi-même mes cheveux avec du Splat !!
Habitudes : Jouer de la batterie même quand j'ai pas de batterie, je peux pas m'en empêcher c'est tout ○ Jouer à Happy Wheels Adventure bien que j'y jouais plus avant ○ Manger des tacos.
Groupe : Kitsune Tonnerre
Avatar : Josh Dun  

Anecdotes
Ø J’ai eu plusieurs surnoms dans ma vie, mais il n’y en a qu’un qui m’est vraiment resté. Spooky. Sûrement du fait que je sois un peu étrange, parce que je pense pas faire peur, c’est pourquoi je penche plus pour la première possibilité. A moins qu’il n’y ait encore un troisième sens que j’ignore totalement... Enfin, j’en sais rien au final, demandez au créateur du dis Spooky si vous n’êtes pas satisfaits. Pour ma part, je l’aime ce surnom.
Ø Je suis petit. Et je vous emmerde. Tout ce qui est petit est mignon. Je suis mignon. Et je vous emmerde encore une fois. Me parlez pas de ma taille, sinon vous allez me vexer, bien l’une des seules choses qui parvient à me blesser. C’est complexant d’être un gars et d’être rikiki… Alors si on pouvait passer à autre chose, je vous en serai reconnaissant.
Ø J’ai tout un bras tatoué sans compter la petite panoplie encrée de-ci de-là de mon petit corps. Tous ont un sens, je trouve ça inutile de se faire tatouer quelque chose qui ne vous tiens pas à cœur personnellement, je pourrai dire que c’est même ridicule, mais je vais pas juger, chacun fait ce qu’il veut. Pour les miens, certains me sont peut-être plus précieux que d’autres, quelques-uns  plus sérieux, encore d’autre en disant bien plus qu’on ne peut le penser, mais tous m’importent, sans exception. Et je ne regrette aucun d’eux.
Ø Je ne peux pas passer une journée sans écouter de la musique. C’est tout bonnement impossible. J’en ai besoin. Que je fasse quelque chose ou non, il me suffit d’enfiler mon casque ou mes écouteurs et d’appuyer sur play, alors tout va de suite beaucoup mieux... Tout comme il est impossible que je m’abstienne de battre un rythme dans mes journées. Avec mes baguettes, mes couverts, des stylos, même les doigts suffisent… C’est un reflex, c’est comme ça, ça me passera tout simplement pas.
Ø En parlant de musique, disons que je suis né dedans, avec un père compositeur aussi, on ne pouvait pas faire mieux. Mais alors qu’il était doué comme personne pour le piano, je me suis bien vite épris d’un instrument, apparemment jugé comme bien moins doux et mélodieux… La batterie. J’avais six ans quand j’en ai demandé une pour Noël, je me souviens avoir découpé je ne sais combien de modèles dans mes magasines de jouets pour que le Père Noël ait l’embarras du choix et ne se retrouve pas à ne pas tomber sur le seul modèle que j’avais collé sur ma liste. Je n’ai demandé que ça. Une boumboum (oui, parce que quand j’étais encore plus petit, j’appelais ça comme ça) d’un des modèles que tu veux papa Noël. Le tout dans une écriture approximative et je ne vous parle même pas de l’orthographe. Je n’ai rien demandé d’autre, c’était tout ce qui m’importait. Et j’en ai eu une. Et je l’ai chérie bien qu’au départ, jeune batteur touchant tout juste aux baguettes, j’ai dû lui faire bien du mal. D’où me vient cet amour pour cet instrument ? Une vidéo montrée par mon père qui aujourd’hui encore me fait rire comme jamais, celle du Battle de solo de batterie entre  Jerry Lewis et Buddy Rich. Bien sûr, je visais plus le niveau de Buddy que Jerry… J’ai aussi visé Neil, Bonham et Keith… Disons que je ne manque pas d’inspiration en batteurs qui ont marqué l’histoire.
Ø J’ai toujours eu un style un peu décalé. Avec une mère styliste qui est, il faut le dire, un peu allumée, ça vous forge d’une certaine manière… Je lui ai servi de modèle étant gosse, j’étais bien content de l’avoir en grandissant, elle et ses idées complètement délurées. Même si, ces derniers temps, niveau vestimentaire, je suis bien moins excentrique que j’ai pu l’être, disons que je garde ce petit côté par mes colorations. J’ai commencé tôt, autre manière de m’exprimer peut-être, je ne m’en suis jamais lassé. Bleu, vert, argenté, orange, rouge, arc-en-ciel… En ce moment, c’est le rose qui revient…
Ø D’ailleurs, en parlant de cheveux… Savez-vous que j’ai failli les perdre ? Enfin, disons plutôt qu’ils ont failli m’être arrachés par mon cher et tendre afin qu’on les vende, oui, oui, mes cheveux soyeux roses, le tout pour se faire du blé et pouvoir subvenir aux besoins que notre musique impliquait par nos propres moyens sans avoir à être supportés par nos parents. Enfin mes parents… Bref, quoiqu’il en soit, l’idée ne vient très certainement pas de moi, j’y tiens à ma crête colorée, et même si je sais que ça repousse, hors de question que je me retrouve une seule fois avec le crâne rasé… Puis, je n’étais pas aussi imbu de moi-même pour être assuré que qui que ce soit désirerait les acheter… C’est dégueulasse quand même… Les psychopathes peut-être… Bref, j’ai dû débattre avec mon Milo pour les défendre, pour finir par lui faire se rendre compte que ça lui manquerait aussi un peu beaucoup. Puis, je dois l’avouer, personne n’a le droit d’y toucher si ce ne sont pas ses doigts à lui…


Caractère

Macéo a souvent été décrit de la sorte :

Ø Sociable – Que ce soit lors de son enfance, de son adolescence et même après, Macéo a toujours été vers les autres, n’hésitant jamais vraiment à engager une conversation, souriant et arrivant avec un certain naturel à mettre les autres à l’aise. A l’écoute, attentif et amusant, le jeune garçon a su se faire apprécier comme se faire détester. Son aisance avec autrui n’étant pas toujours appréciée. Mais malgré les embuches que ses connaissances ont parfois essayer de lui faire rencontrer, Macéo a su rester lui-même, comprenant que tout le monde ne peut l’accepter, sinon alors, le monde serait un monde bien plus merveilleux qu’il ne l’est actuellement. Mais il arrive que parfois les embuches soient bien plus violentes que prévues et aient raison du garçon le plus sociable et souriant qu’il soit donné d’avoir…
Ø Dévoué – Macéo a longtemps été dévoué à la batterie, corps et âme, il ne vivait que pour cet instrument et s’y impliquait autant que possible. La batterie était tout simplement sa vie, son rêve, son futur et il ne jurait que par ses rythmes, ses caisses et cymbales. Mais pas que… Macéo a aussi été entièrement dévoué à sa famille, rêvant de rendre ses parents fiers, de leur montrer que leur soutien n’était pas en vain, se jurant de ne leur apporter que du bonheur et de la joie. Il se l’était aussi promis à l’égard de son seul et unique amour. Son Milo. Jamais il n’a autant été dévoué à quelqu’un, prêt à mourir pour ne serait-ce que voir un de ses merveilleux sourires étirer ses lèvres. Mais oui, Macéo était rêveur… Et comme tout rêveur, le voile finit toujours par tomber et la réalité est toujours difficile à digérer et accepter.
Ø Energique – Macéo n’arrêtait pas, il ne pouvait se permettre de rester enfermé chez lui à ne rien faire, loin d’être un fainéant, il se devait de bouger, de jouer, de sortir, de faire du skate, quoique ce soit qui puisse l’occuper. Son énergie hors du commun lui venait bien sûr de sa mère, avec qui ils s’amusaient à tirer son père dehors, à enchaîner les sorties, les voyages et autres. Il suffisait aussi de le voir pour deviner qu’il avait de l’énergie à dépenser, que ce soit à tapoter des doigts ou secouer sa jambe ou encore à jouer avec ses stylos… Tant qu’il était occupé, alors Macéo était heureux et souriait. Cela aussi lui a apporté de mauvais regards de ses camarades tout au long de sa scolarité, mais il s’en moquait, car parmi ces mécontents, il parvenait toujours à motiver quelques-uns, les faire sourire et bouger. Et ces sourires, c’était tout ce qui comptait.
Ø Excentrique – Si vous aviez connu sa mère, vous auriez compris d’où sortait l’originalité de Macéo. Déjà jeune, le garçon se faisait teindre les cheveux et s’habiller comme rarement on voit les enfants vêtus. Avoir une mère styliste aide énormément. Mais il ne l’était pas uniquement à l’extérieur. Rêveur, créatif et imaginatif, Macéo a longtemps eu des idées tirées par les cheveux, la tête dans les étoiles et rêvant comme jamais. Mais chacun doit se réveiller un jour…
Ø Optimiste – Décidé à aider et rester positif, Macéo tentait souvent de contrer toutes pensées pessimistes ou négatives, son désir d’aider et d’effacer de quelques paroles les idées tristes ou noires de ceux l’entourant n’avait pas de limite, appréciant comme jamais de les faire sourire à nouveau et espérer un peu.
Ø Aimant – Sa famille, ses amis, mais surtout lui. Son Milo. Il n’a jamais réellement caché ses sentiments, hormis lorsqu’une certaine timidité ou crainte d’être rejeté ne le prenait. Dévoué et fidèle il espérait faire preuve d’amour et d’attention à l’égard de ceux qu’il portait dans son cœur. Il espérait, vraiment…

Mais tout le monde change, et la vie de Macéo a beaucoup altéré son caractère. Depuis quelques années, le Macéo que nous connaissions a beaucoup changé, devenant le spectre de lui-même…

Ø Solitaire – S’enfermant sur lui-même, ne sortant plus, rien ne lui donnait envie, il ne désirait qu’une seule et unique chose, rester chez lui, dans sa chambre, ne voir personne, ne pas avoir à parler, ou plutôt à mentir. Car c’est ce qu’il fait désormais lorsqu’il croise ces personnes qu’il connaît, ou encore les quelques rares qui s’inquiète de lui. Il ment, revêtant un faux sourire, un regard neutre, faussant jusqu’à ses paroles pour les rassurer et ne plus attiser d’inquiétude. Pour être tranquille, tout simplement. Malheureusement, tout le monde n’est pas dupe, et ceux le connaissant vraiment savent déceler ses mensonges et voir à travers son masque… Cherchant même parfois à le fissurer, même s’il déteste cela.
Ø Incertain – Autrefois sûr de lui et déterminé, ce Macéo n’est tout simplement plus. Réfléchissant beaucoup trop, se faisant des films, des frayeurs, se laissant guider par ses cauchemars, ses craintes et ses peurs, Macéo n’est plus sûr de rien, remettant tout en question, ce que l’on pense de lui, ce qu’il pense des autres, les faits de certains, les dires des autres. Perdu, voilà ce qu’il est, et un seul a toujours été apte à le guider. Même lui, Macéo a réussi à le perdre…
Ø Atone – Manquant de toute énergie et vivacité, Macéo sort de moins en moins, ne touchant plus à son instrument, il a perdu tout intérêt pour les sorties, la vie, tout simplement. Se plaisant parfaitement à rester allongé, laissant son crâne lui remémorer ses nombreuses erreurs, ses regrets et intensifiant sa culpabilité, se laissant ronger lentement par lui-même.
Ø Discret – L’excentricité de Macéo a subit un sacré coup, perdant de plus en plus l’intérêt pour ses colorations, revenant plus d’une fois à sa couleur d’origine, n’osant plus porter les vêtements confectionnés par sa mère, se contentant de tons sombres, se moquant de tout, seuls ses tatouages continuent de montrer ce qu’il était, ou ce qu’il renferme au fin fond de lui désormais. Se privant d’être lui-même, craignant d’apporter plus de malheur en ne s’imposant plus aucunes limites.
Ø Anxieux – La culpabilité de Macéo n’a de cesse de croître avec le temps, le faisant craindre tout et tous, jusqu’à son propre père. Il se ronge, s’en veut et craint de faire d’autant plus de mal qu’il n’en a déjà fait. Il n’a plus cette fluidité déconcertante qui autrefois faisait de lui un moulin à paroles, il n’a plus cette assurance. Il ne s’ouvre plus aux autres, il ne parle plus, il garde pour lui, ses pensées, ses avis, ses craintes, ses cauchemars qui lui font enchaîner les nuits blanches ou qui, lorsqu’il cède à l’épuisement, animent ses nuits et le font se réveiller en pleurs ou en cris.
Ø Aimant – Même s’il n’a de cesse de reprocher que son amour pour autrui a fait plus de mal que de bien, il reste dévoué à chacune de ces personnes qu’il porte dans son coeur, il n’en oublie aucune, il ne le fera jamais, il s’en inquiète toujours, il craint juste de les briser comme il a déjà eu l’occasion de le faire désormais. Alors il tait ses sentiments, les garde pour lui, tentant au mieux de protéger les autres. Et surtout lui. Son précieux Milo…

acidbrain




Derrière l'écran
Pseudo : Devinez, je vous aide, ça commence par un L
Prénom : La flemme
Âge : Encore plus la flemme
Pays : Je sais pas
Code du règlement : Auto-validation powaa
Inventé ou scénario : Inventé à cause d'une journée lourde en émotion, en ship, en Twenty One Pilots, en cotoyage de petiot... ;3
Commentaires : Je vous sushi !
acidbrain


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Dim 4 Juin - 20:29, édité 16 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Dim 10 Juil - 21:53


Part One




It was me. The beginning of me.

Los Angeles. La cité au milliard de lumières. La cité des Anges. La cité où l’on dit que l’on réalise ses rêves, que l’on rencontre son destin…  Je n’y croyais pas vraiment, trouvant que c’était peut-être un peu trop de nommer cette immense ville, où l’on se perd facilement, de la sorte. D’illusionner ses habitants de ce faux espoir. Mais à cette époque, je n’étais qu’un gosse, qu’un gamin qui critiquait parce que ça l’éclatait. Jamais je n’aurais pensé que cette ville tiendrait ses promesses. Qu’elle m’apporterait ce dont je n’ai jamais osé rêver. Qu’elle me permettrait de le rencontrer lui. De le faire entrer dans ma vie et d'y laisser une marque indélébile.
Mais on n’en est pas encore là… Je n’ai jamais été celui qui était doué pour écrire. C’était lui. Rien que lui. Moi, ce n’était que la compo… Mais, je ne pense pas que je serai aussi clair que j’aimerais l’être sur mon histoire si je me contentais de musiques…  Bien que, pour certaines périodes de ma vie, je sais que je n’arriverai pas à trouver de mots suffisants pour vous les décrire… Ne me blâmez pas, mais surtout… Toi… Ne m’en veux pas de ne pas avoir su trouver les mots…

Beaucoup disent que l’argent ne fait pas le bonheur. C’est bien vrai. Et pourtant, j’ai vu le jour dans une famille aisé. Ce n’est pas leur argent qui a su me donner le sourire, mais eux, tout simplement. Avant qu’ils ne s’installent dans l’une de ces demeures immenses à quelques rues de Santa Monica Beach, ils n’étaient qu’un homme et une femme. Combien de fois m’ont-ils raconté leur histoire ? Leurs doigts s’entrelaçant inconsciemment, des regards d’enfants et les lèvres étiraient de sourire alors qu’ils ne se lassaient de me raconter devant mon exaspération de gamin qui sort un ‘ieurk’ à chaque fois qu’ils s’embrassaient. J’étais puéril, mais au fond, jamais je ne me suis réellement lassé d’entendre cette histoire, leur histoire. Je les aime mes parents, et jamais je ne leur serai assez reconnaissant.
Un père compositeur qui avait quitté le Japon pour venir faire son nom à Los Angeles, avec pour simple bagage ses partitions griffonnées au crayon, arrivant dans cette ville immense dont il maîtrisait tout juste la langue, il y avait aussi forgé sa réputation et c’est ainsi qu’il a rencontré ma mère. Une femme pleine de vie et de sourires, aux éclats de rire qui avaient l’art d’illuminer vos journées comme il se plaît à les décrire encore aujourd’hui. Une soirée caritative où il venait jouer et où elle avait été invitée. Pourtant, quand elle l’a entendu jouer, elle n’a pu s’empêcher d’aller vers lui. Elle a toujours été ainsi ma mère, à faire le premier pas plutôt que d’attendre et de passer à côté de ce qu’elle sait être quelque chose d’important. Heureusement qu’elle l’a fait, car même si mon père se rabougrit à chaque fois en disant qu’il l’aurait fait si elle n’était pas venue vers lui, bien trop subjugué par sa beauté, nous savons tous qu’à cette époque, sa timidité aurait eu le dessus. C’est ainsi qu’ils se sont rencontrés. Non pas parce qu’ils travaillaient ensemble, partageaient les mêmes hobbies, mais simplement parce qu’ils savaient, qu’ils étaient persuadés que cette personne qu’ils avaient ce soir-là en face d’eux, saurait faire leur bonheur. Et ce fut le cas. Trente-trois ans de mariage et ils semblent toujours redevenir ces jeunes qu’ils étaient à l’époque quand leurs regards se rencontrent.  C’est de cet amour que j’ai vu le jour.
Un petit gars, un poil hyperactif qui se plaisait à courir à travers cette maison trop grande, à sauter d’un canapé à un autre en imaginant de la lave au sol, à papoter avec ses amis imaginaires, à demander à ma mère de me faire des costumes de super-héros sortis de mes bandes dessinées ou de ma grande imagination, à faire semblant de me raser en même temps que mon paternel, troquant simplement la mousse à raser pour du dentifrice et le rasoir pour ma brosse à dents Mickey, à s’inventer des jeux abracadabrantesques à souhait pour s’occuper. Oui, j’étais déjà assez particulier étant gosse et je ne me suis pas forcément arrangé avec l’âge.
A la petite école, c’était pareil. Je n’ai jamais été du genre timide, mon excentricité m’a pas mal aidé à aller vers les autres, même si je ne leur plaisais pas forcément. Il faut le dire, quand on vient d’un milieu aisé, on atterrit souvent dans des établissements qui font raquer, histoire d’avoir une bonne éducation. Mais personnellement, j’aurai bien échangé pour être avec des gamins normaux, pas de futurs PDG et autres grands qui s’y croyaient déjà. Mon papa ce ci, ma maman cela… Personnellement, quand je parlais d’eux, ce n’était pas pour me pavanait de l’argent qu’ils gagnaient où des cadeaux à la Dursley qu’ils pouvaient me faire, mais juste de ces moments magiques qu’on passait ensemble, de ces sorties au zoo, au parc, de ces soirées jeux de société et autre qu’ils parvenaient à m’accorder malgré leur travail respectif. C’était tout ce qui comptait à mes yeux, et plus j’écoutais mes petits camarades, plus j’étais fier d’avoir des parents comme eux.
C’est d’ailleurs grâce à eux que j’ai découvert ma passion. La batterie. Détrompez-vous, ce n’est pas parce que mon père était compositeur et pianiste qu’il n’écoutait que du classique, il en connaissait des groupes de tarés qui ont forgé l’histoire de la musique, et je peux aussi remercier ma mère qui chantait, certes comme une casserole, mais des chansons qui ont l’art de vous emporter. Mais, pour ma part, ce n’était pas les paroles que j’écoutais le plus, pas ces guitares ou ces basses, mais plutôt cet instrument à boumboum qui me plaisait tant, mais ce qui me plaisait d’autant plus, c’était de voir ces batteurs se déchaîner sur leur instrument comme jamais. C’est comme ça que ma passion a pointé le bout de son nez, c’est comme ça que j’ai eu ma première batterie, une petite pour le gamin que j’étais, bleue électrique. Une qui avait la classe en plus… Et c’est de là qu’est né mon amour pour cet instrument, et les cris de ma mère : « MACEO !!!! ARRÊTE MOI CE VACARME !!! » Jusqu’à ce qu’on trouve un moyen d’insonoriser une pièce. Du moins, lorsqu’il fut certain que j’allais me dédier entièrement à l’apprentissage de batteur…  Bien que pour moi, ça avait été décidé dès que mes mains s’étaient renfermées sur les baguettes et venaient s’élancer sur les caisses…


Get outside of the box.

Le collège est arrivé assez rapidement. Le temps passe relativement vite quand on est gosse. J’étais égal à moi-même, un gamin surexcité aux vêtements tous droits sortis du crâne de sa mère et aux cheveux qu’elle s’amusait parfois à décolorer. Oui, j’étais sa poupée. Et ça ne me dérangeait pas. Elle était heureuse, c’était nos moments à nous deux. Quand elle m’attrapait, me calait devant elle et commençait à jouer avec ma tignasse de cheveux : « Qu’est-ce que tu veux mon grand aujourd’hui ? » « VERT ! COMME HULK ! » Et alors elle souriait avant d’attraper ses pastels et de me faire des mèches, dessinant des traces de couleurs comme elle dessinait sur ses planches. Elle se moquait que ça ne plaise pas à mes enseignants, ils avaient déjà râlé et elle leur avait déjà rappelé qui payait pour leur jolie petite école. Elle est comme ça ma maman, on embête pas son gosse et surtout, on n’essaie pas de lui faire de reproches sur sa manière d’être mère. C’est une mère en or. Elle sort de l’ordinaire, et elle est très bien comme ça. Une fois, ils avaient vraiment trop cherché, n’acceptant pas que je me ramène avec un jean délavé et un skate alors qu’il n’y avait rien indiquant le contraire sur le règlement de l’établissement, et lorsque mon père l’avait su, ça avait bardé. On touche pas à sa petite famille, bon sang.
Certains m’en voulaient d’avoir le droit de faire de la sorte, en même temps, rien ne les empêchait de faire de même, d’autres trouvaient ça d’autant plus rigolo. Mais en soit, ce que pensaient les gens, je m’en moquais royalement. Influence de mes parents encore une fois. Rester soi-même, quoiqu’il arrive, quoique disent les gens. Je peux paraître étrange, je fais des trucs étranges parfois, j’en dis, je me sens étrange, différent, mais c’est marrant, ça m’amuse et ce que j’aime par-dessus tout c’est de sortir du lot. De ne pas être comme tout le monde, de ne pas penser comme tout le monde, de ne pas faire comme tout le monde. Je veux juste devenir ce que j’ai envie d’être. C’est ma liberté non ? Si j’ai décidé d’être étrange, original. Je n’appartiens qu’à moi-même non ?
Quand je repense à mes années collège, je me rends compte qu’il ne s’y passait pas grand-chose de particulier, ni de bien intéressant. Après tout, ce n’était pas l’endroit qui me passionnait le plus au monde. Car oui, bien que j’aie grandi, mon amour pour la batterie ne m’était pas passé du tout. Loin de là. Je ne jouais plus sur ma batterie petit modèle bleue électrique, je l’avais toujours, elle était dans ma pièce insonorisée désormais, la gardant précieusement cette petite aux peaux usées. Je m’étais amélioré depuis, prenant des cours, m’entraînant aussi par moi-même, remerciant ma bonne oreille pour réussir à rejouer approximativement les rythmes de mes musiques préférées. C’était une addiction, il ne se passait pas un jour sans que j’y touche. C’est ainsi que les réflexes sont venus. D’autres reproches par la même occasion, mais ça vous savez déjà ce que j’en pense… Pas de ma faute si je n’ai jamais pensé que ça gênerait les profs que je rythme un peu leurs cours…
Je n’ai jamais été très studieux. Mon but n’était en rien de faire des études interminables et finir derrière un bureau à me la jouer chef d’entreprise ou je ne sais quoi de barbant dans ce style. Mon rêve à moi, c’était de devenir batteur, de jouer de la musique qui fait rêver les autres, de savoir jouer pour donner à mon tour cette passion pour cet instrument à quelqu’un. Partager ce que j’ai vécu en battant, tout simplement. Combien m’ont ris au nez lorsque j’osais leur en faire part… Se moquant en disant que ce n’était pas un vrai métier, que pour réussir il fallait avoir un don, insinuant que c’était loin d’être mon cas vu leur regard me jugeant au possible, qu’il fallait se démarquer et que je ne parvenais qu’à le faire avec mes fringues et mes couleurs de cheveux. C’était blessant. Bien sûr. Ça ne fait jamais de bien quand on rit au nez de votre projet dans la vie. Mais je ne le montrais pas, me contentant de sourire ou de m’effacer, sans montrer qu’à force, ça fait du mal quand on rit de soi. Mais je parvenais toujours à me rassurer, à me rappeler qu’il fallait que je me foute de leur avis. « Ils sont bêtes, tu seras ce que tu veux devenir Macéo, ne laisse personne te dire le contraire ou même t’en empêcher. D’accord ? » Paroles de ma maman qui resteront gravées dans ma mémoire, alors qu’elle m’accordait un clin d’œil ponctué d’un sourire rassurant, tendant son petit doigt pour que j’y lie le mien. C’était une promesse.
Mais ce ne sont pas tant les paroles des autres qui m’ont fait perdre confiance. Ce ne sont pas les autres. C’est ce misérable accident… Enfin, accident… Pas exactement… Le monde est un endroit peuplé de connards à petites cervelles en plus d’autres petites choses, et ma route a croisé la leur…
Ce soir-là, je savais que mes parents étaient de sortie, invités à un dîner sur Beverly Hills, ils m’avaient proposé de les accompagner, mais savez aussi que je n’étais pas un grand adepte de ce type de soirée où je m’ennuyais vite et donc, pour m’occuper, racontais des bêtises ou pire, les faisais. Sans leur faire honte pour autant, juste pour ne pas céder aux méandres de l’ennui. Bref, ce soir, ils m’avaient laissé, m’appelant seulement de temps à autres pour être sûrs que j’allais bien et me promettant de rentrer au plus tôt. Et à chaque appel, je les rassurais. Putain comme je m’en veux de n’avoir pu les rassurer une dernière fois avant leur retour. Je ne peux imaginer leur inquiétude quand ils ne m’ont pas entendu répondre, grimpant à chaque intonation… Pourtant vous m’aviez dit de faire attention…
J’étais parti prendre l’air, faire du skate sur Venice Beach pour profiter du soleil qui se couchait, embrasant la ville dans une magnifique lumière. Je voulais juste faire une petite sortie, rien de bien exceptionnel, juste un tour avant de retourner me caller devant mon jeu vidéo en les attendant. Mais ce que je n’avais pas prévu, c’était de tomber sur eux. Des gamins de mon collège. Je vous le dis, ce n’est pas parce qu’ils sont dans un bon établissement qui se vante du superbe renommée et réussite (surtout bien friquée) qu’ils sont véritablement intelligents. Et eux, ils ne l’étaient pas du tout. Mais très, très, très loin de ça. Je ne demandais rien à personne, il n’y avait pas tant que ça de monde, c’est sûrement pour ça que je les aie remarqués si rapidement. Lorsque j’ai entendu ces cris de chatons torturés. Je les ai vus alors qu’ils s’amusaient à shooter dans une caisse, se l’envoyant comme un ballon de foot. Ça m’a d’abord laissé bouche-bée, le temps que je connecte qu’ils étaient vraiment en train de maltraiter des chatons, DES CHATONS, qui avaient déjà été abandonné là et qui ne devaient en aucun cas avoir mérité ça. Je me suis interposé, attrapant la boîte alors que l’un allait frapper de nouveau dessus de toutes ses forces : « MAIS VOUS ETES CINGLES ?! » Ils m’ont toisé, dégoûtés que je les prive de leur petit jeu sadique, ces regards noirs à mon égard exprimant parfaitement le mépris qu’ils entretenaient pour ma petite personne. « Tu viens même nous faire chier en dehors du collège maintenant ? T’es con à ce point gogol ? » Mais je ne les écoutais déjà plus, ouvrant la boîte pour vérifier les chatons. Ils étaient cinq et étaient paniqués. J’allais pour me retourner vers les trois cinglés et leur gueuler dessus, mais alors que j’allais pour me retourner je me pris un coup dans la mâchoire. Ils avaient trouvé meilleur jeu, après les chats, l’humain. Et c’est ce type de personne sans cervelles qu’on veut éduquer pour leur donner les clés du monde ? On est vraiment mal barrer donc…
Mais j’encaissais, plutôt reconnaissant que ces fils de bourges ne soient pas des pros du sport et n’aient pas tant que ça de muscles. J’en rendais certains. Jusqu’à ce qu’ils arrêtent de m’asséner de coups et me laisse me redresser. J’étais au bord de la route, mais ce n’est pas ce que je remarqua en premier, ce fut plutôt l’un des chatons présent dans la paume du plus trapu des trois. Je me préparais à tout, le regardant avec des yeux écarquillés. « Bin allez gogol ! Si tu veux tant que ça le sauver, sauve-le de ça… » et je le vis prendre son élan et tendre le bras, lançant le chat. Je n’ai pas réfléchis, j’aurais peut-être dû… Je l’ai rattrapé, j’ai juste eu le temps de le serrer contre moi et de regarder s’il allait bien, sentant son cœur s’emballait dangereusement. J’allais pour le caresser, pour l’aider à se calmer, quand deux halos de lumière détournèrent mon attention. J’eus juste le temps de tendre un bras. C’est après que les bruits du klaxon et du crissement des pneus sont venus. Puis le choc. Je me suis sentis voler, venir me planter dans le pare-brise et ensuite perdre connaissance, alors que j’avais perdu le chaton des mains et que mon téléphone sonnait, affichant le nom de mes parents.  


We all fall sometimes.

Je me suis réveillé dans un lit d’hôpital. Ma mère à mon chevet, des cernes comme pas possible, ça devait sûrement être à cause de son maquillage de la veille qui avait coulé, elle avait pleuré… Mon père était à ses côtés, le visage blême, marqué de fatigue, me fixant d’un air inquiet. Je me suis réveillé sur cette image et c’est ce qui m’a fait le plus peur. Enfin, c’est la première chose qui m’a fait peur, plus exactement. Ensuite, ça a été le fait que je n’arrive pas à serrer ma main sur les doigts de ma mère. Je les y voyais, mais je n’arrivais pas à contrôler mon bras, il ne bougeait pas. Je ne le sentais plus. Je regardais ma main, lui ordonnant de se renfermer sur celle de ma mère, je ne sentais même pas le contact de sa peau. Pourtant, je n’hallucinais pas. « Ma-Maman ? » Je relevais des yeux embués de larmes vers elle. Qu’est-ce qu’il se passait ?
Elle ravala ses larmes en me sentant paniquer, mon pouls s’accéléra de suite alors que je réalisais, je tentais de me redresser, mais mon corps me faisait un mal de chien, je tentais de parler, mais j’avais perdu ma voix, je sentais mes larmes couler alors que la peur finissait d’avoir raison de moi. Je ne pouvais plus utiliser mon bras. Et ça me faisait mal. Ça me détruisait. Car à cet instant, alors que ma mère se penchait pour m’enlacer, déballant des paroles réconfortantes pour me calmer, mon père attrapant mon crâne, plongeant ses doigts dans mes mèches colorées en soupirant d’une voix chevrotante des « Chut, ne t’en fais pas, ça va aller… » Pour m’apaiser. Mais je n’y arrivais pas. Je n’avais plus mon bras.  Et tout ce que j’arrivais à comprendre, c’est que mon rêve était en train de s’envoler.
Je ne sais comment j’ai réussi, mais je me suis rendormi, d’épuisement très certainement, ou peut-être grâce aux perfusions. J’avais l’impression qu’un milliard d’aiguilles s’acharnaient sur mon corps et mon cerveau n’avait cessé de travailler, de réfléchir à ce qu’il m’était arrivé, ce qu’il allait m’arriver maintenant et ce que j’allais devenir par la suite. Quand je me suis réveillé ma mère n’était plus là, il faisait nuit, mais mon père n’était pas parti, il avait à peine bougé. Il sommeillait à mon chevet et m’entendre renifler suffit à lui faire ouvrir brusquement les yeux. Il m’a expliqué que ma mère avait voulu rester, mais qu’il l’avait forcée à rentrer pour au moins se changer, elle ne m’avait pas quitté depuis qu’elle était arrivée à l’hôpital et que j’étais sorti des urgences pour intégrer une des chambres du bâtiment.
Ils avaient su que quelque chose n’allait pas quand je n’ai pas répondu à leur appel. Ils ont su et ont de suite tenté de me rappeler, quittant sans prendre le temps de demander leur reste, la demeure où ils étaient. Les imbéciles qui avaient maltraité les chatons étaient partis en courant en voyant l’accident, de peur certainement, c’étaient des gamins à l’époque… C’est la femme dans la voiture qui a appelé les urgences et c’est l’un des ambulanciers qui a répondu à mon téléphone et expliqué la situation à mes parents. Finissant d’intensifier leur inquiétude et les faisant changer de direction pour l’hôpital où ils n’avaient pas pu me voir de suite. Ma mère était apparemment, hystérique, mon père tentant de la gérer et de comprendre ce qu’il m’était arrivé, en soit, que j’étais sur la route pour sauver un chaton. Je n’ai rien ajouté quand mon père m’a dit ça, j’ai ouvert la bouche, mais je n’ai rien dit. J’ai beau être taré, gogol comme on dit, je ne cafte pas.
« Et… Et pour mon bras ? » Ai-je réussi à articuler malgré la boule géante qui s’était formée dans ma gorge, craignant la réponse. Mais mon père n’eut pas le temps de mettre fin au suspense que déjà ma mère était de retour, me voyant réveillé elle se jeta sur moi et me couvrit de baisers. Je réussis à lui décocher un sourire, même si ce-dernier ne se lisait pas dans mon regard. C’est alors que le docteur qui m’avait pris en charge entra. Et c’est alors que j’ai su ce que j’avais.
Je n’ai rien compris aux termes qu’il a employé, le regardant, mon incompréhension se lisant sur mon visage alors que je voyais ceux de mes parents blêmir. Il a repris, à mon attention, avec des mots plus simples à comprendre. Mon bras gauche avait le plus pris, enfin, plutôt mon épaule qui avait été en grande partie détruite lors du choc. S’en était suivie différente lésions dans le bras, raison pour laquelle mon cerveau ne parvenait plus à se faire obéir. Deux choix s’offraient à moi, essayer la rééducation après avoir eu mon bras bloqué pendant un bon temps, mais je n’étais pas certain de pouvoir utiliser de nouveau mon bras comme autrefois, ou, une opération quelque peu complexe qui viserait à replacer les ligaments, réparer ce qui ne marchait plus et permettre un meilleur rétablissement du bras. Mais le souci de l’opération était d’une part qu’elle laisserait des cicatrices conséquentes, d’autre part, qu’elle restait difficile à effectuer et il y avait 50% de chance qu’elle réussisse comme elle rate. Donc, soit je pouvais réutiliser mon bras, soit je passerai ma vie avec un membre mort. Pour moi, tout était clair. Il fallait que je me fasse opérer. Je voulais rejouer, c’était ma seule solution. De la rééducation sans avoir le même contrôle ? la même force ? Il en était hors de question.
Mes parents avaient quelques doutes, l’opération leur faisait peur, vraiment. Mais c’est mon père qui a pris la parole : « Va pour l’opération. Il a besoin de ses deux bras pour suivre son rêve. » Il était catégorique et ce jour-là, je me souviens lui avoir souris alors qu’il ébouriffait mes cheveux. Je lui en serai éternellement reconnaissant, sans ces paroles, je ne serai jamais devenu celui que je suis aujourd’hui. Ma mère était inquiète, mais elle ne s’est pas interposée, elle approuvait au fond… Elle savait que j’en avais envie, besoin. Je me souviens aussi parfaitement de la suite de notre conversation, une fois que le docteur eut quitté ma chambre. J’étais à la fois impatient, mais aussi inquiet que l’opération ne réussisse pas et c’est avec un peu d’hésitation que je leur ai demandé : « Vous n’êtes pas déçus ou en colère que je joue mon bras pour la batterie ? Que j’accorde autant d’importance à cet instrument et joue ma vie dessus ? » C’est mon père qui a répondu, sans même prendre le temps de réfléchir : « Si j’avais été à ta place, j’aurai aussi voulu qu’on m’opère, tant que je peux encore jouer du piano et que je vous ai, heureux, à mes côtés, alors je suis heureux. Je te comprends. » Puis c’est ma mère qui a enchaîné, avec un sourire chaleureux, me caressant la joue : « C’est ce que tu es, c’est ce que tu veux être, pourquoi chercherions-nous à t’en empêcher ? C’est ton caractère. » Puis, en me pinçant un peu la joue : « Et même si je râle, j’aime t’entendre jouer. » On a ri et mon père a conclu en disant : « On est fier de toi, n’en doute jamais. » Appuyé par le regard souriant de ma mère. Je les aime mes parents. Je les ai toujours aimés.
Le lendemain j’étais opéré. Quand je me suis réveillé, j’ai eu peur, j’étais stressé, l’ambiance dans la salle de réveil n’aidait en rien. Ce n’est que quand j’ai été ramené dans ma chambre, eut un peu de repos qui n’a fait qu’intensifier mes craintes, qu’on a laissé mes parents me rejoindre, suivis de près par le docteur. Le sourire sur leur visage me rassura. « Tout s’est bien passé. » J’en ai pleuré de joie, on ne pouvait me faire plus plaisir. Il ne m’en fallait pas plus. Il enchaîna en me parlant de la rééducation qui allait prendre plusieurs mois, voire un an avant que je retrouve le contrôle de mon bras, mais je m’en moquais, j’allais pouvoir jouer de nouveau. J’étais heureux. Je me moquais de la rééducation, même si j’allais la suivre minutieusement et avec un sérieux qu’on me connaît peu. Je me moquais des cicatrices qui cisaillaient mon bras. Je leur étais reconnaissant d’être présentes, sans elle, je n’aurais plus pu toucher à mes baguettes, à mes caisses, à mes cymbales.  
C’est ainsi que s’est déroulée ma dernière année de collégien. En rééducation. La batterie me manquait, mais j’ai su faire preuve de patience, je ne voulais pas faire un faux pas et ruiner tous les efforts qui avaient été faits pour que je parvienne à m’entraîner et jouer de nouveau. Les imbéciles qui avaient maltraité les chats s’étaient complaints d’excuses, à en devenir pathétiques, mais je ne leur ai jamais pardonné, car ils avaient failli m’arracher mon rêve. Je ne les ai jamais dénoncés. Gardant mes principes.
C’est au cours des vacances suivant la fin du collège que j’ai pu retoucher à ma batterie. Je me suis senti moi de nouveau. J’y allais doucement au départ, mais rapidement, j’ai senti que ça m’avait manqué, que je pouvais y aller. Alors j’ai joué. Encore et encore. Puis est venu le temps d’entrer au lycée…


We are broken people.

L’été touchait à sa fin et ainsi le lycée vint à pointer le bout de son nez. Mes parents m’avaient inscrit dans un établissement catholique à souhait. Aucun des deux n’était très porté religion, mais ils avaient eu tant de bons retours sur celui-ci, puis il était hors de question qu’ils m’envoient dans l’un des établissements choisis par mes anciens camarades. Je n’avais toujours pas révélé la raison de mon accident, mais mes parents me connaissaient et savaient que je ne m’étais pas jeté sous les roues d’une voiture aussi facilement. J’ai beau être impulsif, ils s’étaient doutés que quelque chose s’était passé. Et on pouvait compter sur ma mère pour mener sa petite enquête. Ce n’est pas pour autant qu’elle a fait un scandale. Elle me connaît, elle sait que je lui en aurais voulu. J’ai donc été envoyé dans ce lycée. Non sans tirer la gueule en l’apprenant, mais j’allais bien rapidement me rendre compte que ce lycée n’avait pas que du mauvais. Après tout, c’est là-bas que je l’ai rencontré. Que je t’ai rencontré…
Le premier jour arriva. Je me préparais, troquant mes vêtements excentriques pour quelque chose de plus basiques, donc du noir, personne n’aurait rien à me redire là-dessus. Par contre, mes cheveux étaient bleu délavé. Je restais moi, malgré tout, et j’avais besoin de ça pour me sentir à l’aise. Je ne me voyais pas revenir à ma couleur d’origine, me faire une coupe au bol et une jolie raie, additionnant ce ridicule à un pantalon et une jolie petite chemise. Hors de question. Mais j’assumais déjà mon excentricité, depuis un moment. C’est pourquoi je ne prêtais aucun regard à ceux qui me zieutaient bizarrement, pouffaient ou prenaient des airs outrés en chuchotant sur mon passage alors que je m’approchais de l’entrée. Si ça leur faisait plaisir, si ça les occupaient, s’ils n’avaient rien de mieux à faire, ce n’était pas mon problème.
Une salle me fut assignée. Une classe. Des petits camarades. Je les regardais rentrer un à un et s’installer, optant pour la table la plus au fond possible, près de la fenêtre, tapotant des doigts sur le bord de mon bureau en attendant qu’un prof entre et finisse de me forcer à me faire à l’idée que j’allais passer plusieurs années dans tel bahut. Je me souviens que les premières heures m’ont semblé durer une éternité. Chacun se devait de se présenter devant la classe, de parler de son parcours de ses projets, en plus de remplir une fiche indiquant nos données personnelles et les options choisies parmi celles proposées par l’établissement. Pour moi c’était bien sûr musique, en seconde dessin, pour faire plaisir à ma mère et lui montrer que je ne lui en voulais pas de m’avoir inscrit dans tel endroit. Ma présentation, et notamment mon projet, me valut un regard quelque peu méprisant de mon professeur qui devait déjà me voir comme un mauvais élève rebelle qui lui donnerait du fil à retordre, en plus de quelques rires de mes nouveaux camarades. Je n’y portais pas d’attention, pas plus lorsque j’eus ma première réflexion sur les rythmes que je tapais de mon Bic sur mon bureau.
Enfin, la sonnerie retentit et les étudiants ne se firent pas prier pour quitter la salle et se presser vers le self pour se nourrir. A peine y arrivais-je que le monde et le boucan me firent faire demi-tour. Nope, trop de monde, trop de bruit, c’était déjà une première journée complexe, pour rester poli, alors on n’allait pas en rajouter une couche. Je me contentai d’aller m’acheter un sandwich et une bouteille d’eau avant de profiter de la masse présente dans le self pour visiter le bahut tranquille. L’endroit était si calme qu’il en devenait beaucoup plus accueillant. Je me souviens avoir erré un certain temps en grignotant mon sandwich avant de trouver ce que je cherchais. La salle de musique.
J’avais pris cette option parce ce que telle est ma passion, la musique, plus particulièrement la batterie, mais je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre vu la tête de l’établissement dans lequel j’étais désormais. Y aurait-il une batterie ? Est-ce qu'ils allaient me forcer à faire d'un autre instrument ? Pas que ça me dérange en soit, mais avec mon accident, j'ai plus l'impression d'avoir perdu du temps dans l'apprentissage de mes rythmes qu'autre chose... Et ça m'a longtemps stressé. Perdre ce que j'avais à cause de mon accident.
J'ai su que je m’approchais de la salle quand une mélodie me parvint. Mélodie toute droit sortie d’un piano sur lequel semblait doucement tapoter quelqu’un. Car oui, il s’agissait bien d’un son s’extirpant d’un véritable instrument et non pas d’un vulgaire enregistrement qui avait été lancé.  C’est la première mélodie que tu m’as faite découvrir, aujourd’hui encore, je me souviens parfaitement de celle-ci, de ces notes que tu enchaînais sans aucune hésitation et de ta voix qui est venue s’ajouter à cette douce mélodie sans crier garde mêlant au son, tes paroles.
J’aurai pu me manifester, prendre la parole, émettre un son pour te faire part de ma présence, mais je n’ai rien dit. Je n’avais en aucun cas envie de mettre fin à ton jeu de piano et de voix. Ça m’aurait fait du mal de ne pas entendre la fin de cette chanson. De cette musique qui allumait en moi un quelque chose que je n’avais ressenti qu’en écoutant mes CDs et vinyles… Tu as arrêté de joué, tu m’as vu, et on est resté comme ça, comme des imbéciles, un court instant à se fixer sans dire un mot. Je t’avais pris par surprise, à t’épier de la sorte, quand j’y repense, je n’aurais pu faire plus creepy. Mais toi, tu avais réussi à me laisser sans voix. A cet instant, alors qu’on n’avait même pas échangé un seul mot, alors que je n’avais aucune idée de qui tu étais, j’étais déjà persuadé d’une chose. Je voulais jouer de la musique avec toi. Je voulais faire partie de ta musique. J’y croyais rien qu’en te fixant. Tu m’as sortie de mes pensées, brisant notre silence. Je t’ai vu te lever et je ne sais pas pourquoi, moi qui n’étais plus aussi sûr de moi depuis ce qu’il s’était passé, j’ai eu envie de jouer pour toi, de te montrer moi-aussi, ce dont j’étais capable. J’avais envie que tu m’écoutes toi aussi avant de fuir, ne sachant si je te retrouverais facilement. Alors j’ai entrepris de te montrer mon art. Aucunes paroles, ça tu le sais, ma rudesse à t’imposer de m’écouter en disait déjà long sur ma manière de me comporter avec autrui… L’absence de batterie me vexa une seconde, mais j’entrepris de m’adapter, déterminé à ne pas te laisser quitter cette salle sans m’avoir écouté. Sachant que peut-être, toi aussi, tu aurais cette envie de jouer avec moi après… Fol espoir, mais je n’ai jamais regretté de l’avoir tenté. Car de là est née notre première musique. De là, nos passions ont fusionné et crois-moi, ça m’a donné la chair de poule comme jamais…
Ce jour-là, nous n’avons pas eu besoin de parler, pas eu besoin d’échanger des mots pour se comprendre. Jouer nous suffisait, c’était notre manière de communiquer, de faire connaissance, de se présenter… Certes, ça ne faisait pas tout, mais ça en disait déjà long, et vu notre manière de lier nos sons avec une telle facilité, je m’étais laissé à penser qu’il y aurait bien plus qui suivrait que de simples morceaux. Nous étions sur notre petit nuage symphonique, aveuglés par notre musique, perdus… Et le retour à la réalité fut le son dur, sec et insupportable de la sonnerie du bahut, mêlé aux cris tout aussi peu mélodieux d’une prof outrée…
Ça c’est fini chez le dirlo… Dès le premier  jour… Pas très étonnant venant de ma part, au moins, grâce à ça, mes parents ont su que je m’intégrais plutôt bien. Mais j’y suis allé avec le sourire. J’avais passé un super moment, comment ne pas l’avoir ? Sourire qui me valut un regard noir du directeur de l’établissement. C’était pas gagné… Mais je n’allais pas laisser ce type ruiner aussi facilement ce moment. Tous deux assis face à lui, la tension était palpable. Monsieur McGuire… Déjà une petite info supplémentaire, j’aurai été tenté de me tourner vers lui et de lui tendre la main pour me présenter correctement, étant donné que l’adulte ne semblait pas prompt à le faire, mais vu la tête qu’il tirait, nous en avions suffisamment fait. Tant pis, ce serait pour plus tard… J’arquais un sourcil à sa question. Comportement ? Carrément ? Nous n’avions que jouer sur des instruments, que faire de la musique… Depuis quand l’art est une mauvaise action ? J’allais l’ouvrir, mais le pianiste fut plus rapide, mon regard ce détournant du gérant de l’établissement pour l’écouter. « L’explication n’est pas compliquée à avoir m’sieur. Vous avez une salle de musique à disposition des élèves. On est des élèves de ce lycée, on l’a utilisé. » J’opinais, d’accord avec son explication claire et qui ne tournait pas autour du pot. Mais mon regard changea rapidement pour de l’étonnement et un poil d’incompréhension lorsque le dirlo évoqua une règle, la salle de musique est à la seule disposition des élèves inscrits… Comment ça il n’était pas inscrit à l’option musique ? Je fronçais les sourcils. J’allais en avoir des questions pour Monsieur McGuire… Qui se faisait actuellement rabaisser par le type en costard bien repassé. Pas question. Ce fut à mon tour de l’ouvrir : « Oh aller, on n’aurait pas été si en retard si on nous avait pas envoyé ici pour avoir simplement joué un peu de musique. Et il n’était là seulement parce que je l’y ai invité. » Je lui jetai un coup d’œil pour qu’il se ravise de l’ouvrir suite à mon mensonge. « On s’est juste laissé un peu emporté et on a oublié l’heure… Puis on ne savait pas que c’était que pour les inscrits à l’option. » « Vous n’avez pas lu le règlement Messieurs ? » Commença à s’outrer le directeur, croisant ses bras d’un air mécontent. Et c’est avec une grande sincérité que j’ai haussé les épaules en déclarant : « Votre pavé aux mille et une règle ? Ce n’est que le premier jour monsieur, il va falloir plus de quelques heures pour toutes les lires et les ingérer… » Je n'y allais pas doucement, de toutes manières, je savais qu'avec mon style j'étais déjà fiché depuis que j'avais mis un pied dans l'établissement... Puis, j’étais sérieux, ça m’avait un peu déprimé quand on m’avait balancé le livret à lire et à faire signer. Comme une sorte de contrat entre les élèves et l’établissement… C’était déjà une première journée qui avait mal commencé, et j’étais content de ne pas avoir pourri ma pause déjeuner à lire ce foutu règlement. Il alla pour s’énerver de nouveau, mais lancé je repris : « Puis, le but du lycée n’est-il pas de faire de nouvelles connaissances ? Vous allez pas nous le reprocher non ? » La colère se lisait sur le visage du dirlo et sa réponse eut l’art de me faire lever les yeux au ciel. Encore un qui prend ses élèves pour du bétail plutôt que des êtres humains. S’il finissait par appeler mes parents, je pense que ça allait les faire gentiment rigoler… Mais je ne savais pas ce qu’il en était du pianiste alors je me tus, pour ne pas en rajouter plus et mettre hors de lui celui qui avait nos dossiers devant les yeux, surtout pour ne pas le tenter de rajouter des remarques cinglantes sur ces-derniers…
Les menaces arrivèrent, mais je n’y prêtais pas réelle attention. Ce n’est pas un adulte à la vie bien morne et ennuyante qui n’a rien de mieux à faire que pourrir celle de jeunes tels que nous qui va réussir à me faire baliser ou m’effrayer. Mais je me la fermais, vu la manière de se chercher à se faire discret, voire à disparaître, de mon voisin de banc des accusés, je me doutais qu’il craignait d’une certaine manière un peu plus que moi la tournure des événements. Je me mordis la langue pour ne pas sortir une remarque lorsque j’eus droit à un bonus info concernant ses habilités en basket. Pensant que si le personnel du bahut n’était pas aussi buté, alors il se serait bien rapidement rendu compte qu’il a tout autant sa place dans l’option musique… Quoiqu’il en soit, après s’être faits sermonnés, on eut enfin le droit de quitter la pièce pour rejoindre nos salles respectives. Sa dernière remarques, visant à nous faire le craindre sûrement, ne me fit pas grand-chose, mais je remarquais rapidement que c’était loin d’être pareil pour le pianiste… « Désolé. » C’est sorti tout seul… Disons que ça me faisait de la peine de le voir aussi inquiet et d’avoir royalement foiré dans ma tentative de sauver sa peau des crocs du dirlo… J’ai osé te regarder pendant mes excuses, encore heureux, sinon je n’aurai pas pu voir ce sourire que tu m’as adressé et qui a, comme par magie, effacé une grande partie de mon inquiétude. « T’en fait pas, ce sera qu’un moment à passer ! Merci d’avoir essayé euh… » « Macéo. » « Milo. » C’est comme ça que j’ai enfin pu faire ta connaissance, en apprenant un peu plus sur toi que ce que ta musique laissait deviner.  Cette journée a semblé passer bien plus vite après cela, du moins, je lui faisais face avec un visage beaucoup plus souriant. Sourire qui resta malgré la mauvaise humeur de ma mère à mon retour. Mais il suffit que je lui dise qu’aujourd’hui j’avais rencontré quelqu’un et c’était loin d’être n’importe qui. On dit que lorsque l’on rencontre quelqu’un, on ne l’oublie jamais réellement. Toi, j’ai su dès que mon oreille a rencontré ta mélodie que jamais tu ne quitterais mon esprit. Bien qu’à cette époque, j’étais encore loin de penser que ce serait à tel point.


We are infinite.

Je me souviens du lendemain. De ce jour où j’ai compris et où nous nous sommes de plus belle rapproché. Ça c’est fait tout naturellement, c’était si perturbant. Je sais que tu me comprends quand je te dis ça, je n’ai jamais eu l’occasion d’avoir de vrais potes, trop excentrique au goût de ceux partageant mes écoles. Je sais que tu as vécu ça aussi. C’est peut-être grâce à cette similarité dans nos caractères, dans nos histoires, que nous avons réussi à tisser un lien si fort.
Ce matin-là, je t’ai cherché du regard. Je t’ai cherché, j’avais envie de te revoir et de te reparler, et surtout de voir si j’étais le seul à avoir envie d’en savoir plus sur l’autre ou non. Je n’eus pas grande difficulté à te repérer, zappé de vêtements sombres et une casquette dissimulant ton visage, la fumée d’une clope s’échappant de tes lèvres, qui d’autre dans cet établissement aurait envie d’autant se cacher, même si je ne comprenais pas encore, pourquoi, toi, tu le désirais tant… « Tes parents t’en ont pas trop fait baver alors ? » Tu as eu un sourire quand tu m’as répondu, et pourtant ce sourire ne t’allait pas. « Pas plus que d’habitude. On devrait vraiment remettre ça. » Ce sourire n’était qu’un leurre pour dissimuler la vérité qui était marquée sur ton visage. Et je l’ai remarqué. Oui, déjà, à cette époque, je cherchais ton regard. Je ne sais pas pourquoi cette idée m’est de suite venue en tête, pourquoi mon inquiétude s’est déclenchée aussi rapidement, pourquoi mon cerveau a de suite rattachée cette blessure à ton air préoccupé de la veille à la sortie de chez le directeur. Quoiqu’en soit la raison, mon expression a de suite changée, mon sourire quittant mon visage pour une expression qu’il ne m’était pas souvent arrivé de revêtir.  « C'est ça pas plus que d'habitude ? » Je n’ai pas pu m’empêcher de te le demander, et j’ai écouté ton second mensonge encore une fois masqué d’une esquisse. « Oh, ça ? Non, juste un accident en jouant au basket hier. » Mais je refusais d’y croire. Et ça non plus, je ne savais pas pourquoi. Pourquoi ça me préoccupait autant de te voir avec l’œil en si mauvais état. On avait sympathisé la veille, d’accord, je sentais qu’on pouvait devenir de bons potes, mais de là à m’attacher aussi rapidement ? C’était sûrement le simple fait de deviner, à travers ton regard, tes fausses paroles, que tu n’étais pas heureux. Et ça m’affectait… Et c’est peut-être d’une voix un peu trop dure que j’ai lâché ces quelques mots qui finissaient de transcrire ce que j’avais deviné : « J'aurais jamais cru que le basket puisse être un sport de combat. » Je suis resté là à te fixer, à te regarder, surpris et silencieux, me dévisager. « S'il te plaît, dis rien. Personne doit savoir. » Tes mots m’ont fait mal au cœur. Peut-être qu’au fond, j’espérais vraiment avoir tort et que tu me prouves le contraire. Mais que tu te résignes à me l’avouer m’a aussi étrangement touché, faisant taire toutes les questions et remarques qui se bousculaient dans mon crâne devant l’horreur qu’il t’arrivait et que je ne parvenais pas à comprendre. Je t’ai donc souris et t’ai enfoncé ta casquette un peu plus sur le crâne : « T’inquiète, pas besoin de faire cette tête. Et pour sûr qu’il faut qu’on remette ça ! Tu veux passer chez moi ? Mon père a un piano… » Et j’étais lancé, certes, je retrouvais ma préoccupation à chaque fois que mon regard se déposait sur tes blessures, mais tu n’avais pas envie d’en parler. C’étaient tes blessures, je ne pouvais me permettre de me les approprier et de risquer de provoquer ta colère. Mais depuis ce jour, disons que j’ai été d’autant plus attentif à ta santé physique. Si tu n’avais pas le sourire chez toi, je faisais en sorte à ce que tu l’ais quand tu étais au lycée, quand on traînait ensemble et qu’on s’éclatait sur nos instruments. Je me souviens comment mes parents t’ont accueilli dans notre maison, comme si tu étais un enfant prodigue qui osait enfin devenir ami avec leur fils sans se moquer de lui ou encore le traiter de gogol. Ils t’ont aimé mes parents. Et malgré tout ce qu’il s’est passé, je sais qu’ils t’apprécient encore beaucoup. Je me rappelle aussi la première fois que tu m’as invité chez toi, ton stress, comme si tu pouvais commettre une erreur, comme si tu avais peur, ça m’a à la fois touché que tu ailles jusque-là pour moi, tout comme ça m’a blessé que quelqu’un réussisse à te faire ressentir de la sorte. J’avais bien deviné qu’il s’agissait de ton paternel, ce-dernier étant le seul que je n’avais pas rencontré. Mais je ne t’ai pas plus questionné à son sujet, pourquoi te forcer à parler de quelque chose qui te faisait sûrement souffrir rien que d’y penser. Pourquoi demander des explications alors que toi-même ne devait pas en avoir. Et surtout, pourquoi te questionner à ce sujet plutôt que d’attendre que tu viennes de toi-même vers moi m’en parler ? Pourquoi chercher à ruiner cette amitié si forte qui se tissait entre nous deux ? Parce que c’est exactement ce qu’il nous arrivait. Nous nous étions parfaitement bien trouvé, aussi bien en terme de musique qu’en délire, il ne passait pas un jour sans que l’on se voit. J’étais dépendant de cette amitié, et je me plais à penser qu’il en était de même pour toi. Nous partagions les mêmes rêves, pensant qu’ils pourraient devenir réalité, peut-être, qui sait… Nous étions des gamins. Pourtant, aujourd’hui encore, il m’arrive parfois de me laisser aller à l’idée que l’on pourrait revenir à nos rêves de gosses. A nos anciennes promesses… A cette amitié infinie qui nous liait alors. Il est si étrange dans parler au passé… Nous l’avons toujours n’est-ce pas ? Rassure-moi, la distance ne nous l’a pas arraché hein ?
Mais je me trompe en parlant seulement d’amitié. C’était bien plus que cela entre nous. Les jours, les semaines, les mois et même les années passés côte à côte n’ont fait que nous y mener sans nous prévenir. Nous guidant aveuglément vers cette relation si particulière que nous avions. En très peu de temps tu as gagné tant d’importance à mes yeux. Alors que je doutais de moi, de pouvoir faire de la musique, de la batterie, mon métier, tu as su me redonner confiance. Tu es l’un des rares qui a réussi à me faire réfléchir à ma vie. A me redonner confiance en moi et me permettre de rattraper mon niveau. Tu ne le sais peut-être pas, mais je ne pense pas que j’y serai parvenu si rapidement sans toi. Voilà ce que tu représentes pour moi. Voilà ce qui m’a fait de plus belle chérir les moments que nous passions ensemble. Que ce soit à jouer de nos instruments, à se balader sur nos skates, à discuter de tout et de rien, à nous lancer dans des délires à la con qui avaient l’art de nous faire sourire comme des gamins, ou encore à nous gaver de tacos chez Taco Bell, ou simplement à être là, l’un pour l’autre. Et c’est ainsi que tu es devenu plus qu’un simple ami. Tellement plus. Tu m’as fait découvrir une part de moi que je ne connaissais pas du tout. Une part qui ne s’est révélée uniquement grâce à toi. Tu étais cette part de moi. Loin d’être seulement un type que j’appelais quand je m’ennuyais, pour prendre des nouvelles ou pour prévoir des plans entre pote. J’avais carrément besoin de toi, de te voir, de te parler. Voilà l’importance que tu avais réussi à gagner à mes yeux. Et j’ai mis quelque temps à m’en rendre compte, que nous n’étions pas de simples amis, qu’il y avait quelque chose en plus. Quelque chose qui faisait que je voulais être là pour toi, dans tes bons jours, tes mauvais jours, tes réussites et tes échecs. J’avais envie que tu saches que quoiqu’il t’arrive, quoique tu fasses, je serai toujours à tes côtés. Mais peut-être avais-je un peu peur de ces nouveaux sentiments, que tu ne les partages pas, que tu ne les croies pas… Il m’a fallu bien du courage pour t’en faire part, à moins que ce soit ces sentiments qui me brouillaient tellement le cerveau qu’ils ont réussi par eux-mêmes à me faire agir…
Mais il s’est passé quelque chose avant que je n’ose me lancer vers toi. Oui, l’adolescence m’a aussi réservé une toute autre révélation qui allait tout autant chambouler ma vie. Pour ça, il faut revenir à cette fameuse soirée où un orage terrible était venu frapper la cité des Anges… Il avait menacé d’éclater depuis déjà plusieurs heures, gagnant en force, le nuage menaçant et grondant volant la lumière du ciel, plongeant la cité dans l’obscurité. C’est alors que les craquements commencèrent, zébrant le ciel, éclats de lumières qui illuminaient les bâtisses de leur teinte blanche. Je me souviens de cette nuit-là. Je rentrais chez moi après avoir passé du temps avec toi, retour en silence, ces questions à ton sujet commençaient alors vraiment à me préoccuper et surtout ce qu’elles voulaient dire. Mais quand je suis arrivé chez mes parents, je suis resté dans le jardin. Pourquoi ? Parce que l’extérieur m’a toujours aidé à réfléchir peut-être… Puis aussi parce que je savais que si ma mère me voyait avec cette tête, alors j’allais avoir droit à un sacré interrogatoire. Les éclairs fusaient dans le ciel, boucan impossible dans lequel la voix de ma mère parvint à se frayer un chemin : « Macéo ! Ne reste pas dehors mon grand, c’est dangereux ! » Je ne l’écoutais pas vraiment, perdu dans mes pensées. « MACEO JIM CUBBINS ! » Décidément, ma mère n’a jamais été une grande patiente. Alors je me suis levé pour rejoindre notre chez-nous. C’est là qu’un éclair a décidé de s’inviter dans notre jardin et de me viser moi, plus précisément. Le choc fut sacrément violent, me projetant au sol, sentant mes poumons frapper contre ma cage thoracique, m’empêchant de respirer pendant un moment. Mais quelque chose n’allait pas. En soit, ce que je ressentais n’était dû qu’au fait que j’avais été violemment poussé au sol par la foudre. Je ne ressentais pas la brûlure du feu de l’éclair, pas les picotements meurtriers de la décharge des millions de volt sur mon petit corps. Rien du tout. Je me redressais, les cheveux légèrement ébouriffé et mes vêtements étaient disons un peu… fumants… J’eus le temps de me regarder de la tête aux pieds, de me tâter pour être sûr d’être en un seul morceau et de contempler la trace cramée qu’avait laissé  la foudre sur son passage. Juste sous mes pieds. « Bon. Macéo, à quoi tu joues ? » « T’as pas vu ça ?! » « Vu quoi ? Que tu cherches à te faire tuer en restant comme un nigaud sous l’orage ? » « J’ai été frappé par la foudre et j’ai pas de bobos !! » M’écriais-je en lui montrant mes bras dénudés, la foudre ayant de plus belle destroy mon haut, mais ma peau était intacte. « Oui, oui, c’est ça mon chéri, maintenant sois gentil avec ta vieille mère et rentre, c’est dangereux de rester dehors ! » J’allais pour rouspéter, pour insister, continuant de me contempler sans comprendre, jusqu’à ce que je remarque que ma mère était figée devant notre télévision allumée, montant le son en me demandant d’une voix inquiète : « Mon chéri, il habite où déjà ton Milo ? » Elle ne voulait pas m'inquiéter et je n'ai pas compris de suite, toujours chamboulé par ce qu'il venait de m'arriver. J'ai mis un petit temps avant d'assimiler sa question. J’ai haussé un sourcil sans comprendre : « Pourquoi tu me demandes ça ? » Et c’est là que je me suis arrêté à ses côtés et que j’ai regardé l’écran. A cet instant, j'ai de suite oublié ce qu'il m'était arrivé, dès que j’ai vu ta maison en flamme, les lumières des ambulances balayant les alentours, la fumée s'échappant de ton ancien chez-toi. J'ai eu peur. Tellement peur que je n'ai pas de suite entendu le journaliste qui racontait ce qu’il s’était passé et qui affirmait que tu en étais sorti indemne, ma mère a remarqué ma peur, elle a tenté de me rassurer, elle m'a répété avec des mots plus doux ce que le reporter avait annoncé, tu étais supposé aller bien, ta mère ne l'était pas, alors comment pouvais-tu aller bien ? Tu étais supposé être en un seul morceau, vivant, et pourtant je n’ai pas dormi de la nuit.


...NEXT...

acidbrain


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Mer 22 Fév - 22:03, édité 49 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Milo J. McGuire

Admin
avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 159

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Dim 10 Juil - 23:19

             

LICOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOORNE ! You know I love you ?! Yes. I say it again ! I love you. This day was juste THE day with so many FEELINGS with these guys.

So, wilkommen !  


Je connais les grandes lignes, ou du moins le BIG lien qu'on aura, mais tu sais que j'aime trop trop trop trop tes idées et que je veux te lire absolutlyyyyy ! DONC ECRIS ECRIS ! NE TE RETIENS PAAAS ! ECIVONS ENSEMBLE TOUTE LA NUIT !

But i can't help falling in love with you ~

Et n'oublions pas les TACO BELL ! 



Dernière édition par Milo J. McGuire le Ven 14 Oct - 2:45, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nathan T. McMillan


avatar

▲ Date d'inscription : 19/02/2016
▲ Messages : 95

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Lun 11 Juil - 13:20

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH PUTAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIN JE TE VENERE JE T'AIME JE TE VIOLE JE T'EMBRASSE JE TE SEQUESTRE !!!!!!!!! JOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOSHHHH !!!!!! MN CHOUCHOUQUAUNECLASSEDEMALADEPUTAINDEBORDELDENCULE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Tu me donnes carrément plus envie de (re)faire ma Sam et putain si je la fais j'ai un putain de lien à te proposer, mais faut d'abord que je finisse Cassidy et que je te RP et que et que.... *File finir tout ça en speed... après la sieste quand même... *

Vous m'avez tuée ! Je veux lire ce que vous allez en faire !!!!!

_________________
International - Fucker
On était les rois du monde, on a foutu notre merde plus fort et mieux que toutes les générations. Nous étions si beaux ! On est des paumés. Je suis un et j’ai l’intention de le rester autant j’ai envie. Je préfère baiser ma propre mère plutôt que de laisser ces zombzombs ou qui que ce soit me priver de ma liberté.... × by lizzou.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Lun 11 Juil - 13:30

Je viens de me faire menacer d'un doigt sévère et d'un regard noir et d'un "ATTENTION!" par ta faute...
Mais envoie moi un mp ou connecte toi sur skype histoire de me dire parce que tu m'as rendue un peu curieuse mais chut...

Mais c'est en cours d'écriture... alors on patiente Monsieur Choucroute
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Milo J. McGuire

Admin
avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 159

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Lun 11 Juil - 13:31

JE VEUX SAVOIR LES IDEES AUSSI NAMEOOOOOH !

Edit : Mais attention à vos idées hein...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Lun 11 Juil - 14:40

Vos idées... vos idées... VOS IDEES ?! J'ai rien dis moi d'abord naméoh TT.TT Pauvre torturée que je suis !

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Milo J. McGuire

Admin
avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 159

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Lun 11 Juil - 15:23

Je te vois arrivée avec tes idées plen ton petit cerveau. Oublie pas la marque déposée. You're mine !

_________________
But you. Oh god, I loved you so much. I forgot what hating myself felt like. 
And I'd like to thank you for that.

(c) crackle bones.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nathan T. McMillan


avatar

▲ Date d'inscription : 19/02/2016
▲ Messages : 95

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Sam 16 Juil - 14:22

Je vais t'envoyer des Mps mon bichon et plus rien sur skype comme ça elle pourra plus zieuter et t'auras plus qu'à attendre qu'elle ait le dos tourné pour les lire... Et me répondre...

En attendant j'ai tout lu ta fiche et bordel de merde d'enculé à petits pieds... JE VEUX LA SUITE !!!! Surtout que là vous êtes pas très beaucoup bien mignns de vous arrêter pile au moment que ça fait baver !

_________________
International - Fucker
On était les rois du monde, on a foutu notre merde plus fort et mieux que toutes les générations. Nous étions si beaux ! On est des paumés. Je suis un et j’ai l’intention de le rester autant j’ai envie. Je préfère baiser ma propre mère plutôt que de laisser ces zombzombs ou qui que ce soit me priver de ma liberté.... × by lizzou.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Milo J. McGuire

Admin
avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 159

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Sam 16 Juil - 14:34

TOI PAS TOUCHE MON MIEN DE N'A MOI DE D'ABORD ! JE VAIS ME FÂCHER !




_________________
But you. Oh god, I loved you so much. I forgot what hating myself felt like. 
And I'd like to thank you for that.

(c) crackle bones.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Sam 16 Juil - 14:41

Tu sais ce qu'il faut que tu fasses (VA CHECKER TON SKYPE BORDEL) si tu veux qu'on continue d'écrire... et envoie les mps... Mais je risque de partager... parce que c'est mon Milo bibi n'a moi... Il est mimi quand il est jaloux mais après il boude... ché criste...

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Jeu 21 Juil - 0:47


Part Two




Remove your hands from over your eyes for me.

La nuit m’a paru interminable. Je mourrai tout simplement d’envie d’aller te voir. Mais où ? Tu n’avais plus ta maison, tu avais été envoyé à l’hôpital, mais qui sait si tu y étais encore vu combien les journalistes avaient prôné le miracle de ta survie. Il fallait sûrement s’en extasier, mais je n’y parvenais pas, car je me doutais que tu n’allais pas bien. Le matin se leva et j’arrivais en avance au lycée. Pourquoi? Après tout, pourquoi viendrais-tu aujourd’hui, après un tel désastre. J’essayais donc de me dire que j’allais passer une journée seul,je prévoyais déjà à quel point elle allait être terrible que… « Spooky ! » Tu ne sais pas combien j’ai été heureux de t’entendre m’appeler, de te voir, face à moi, entier, du moins physiquement. Et c’est avec un soulagement apparent que je t’accueillis avec un sourire. Je ne t’ai pas posé une seul question, je n’en avais pas envie, tu n’en avais pas besoin, j’ai juste profité de t’avoir avec moi, sain et sauf, n’osant même pas imaginer comment j’aurai réagi s’il t’était arrivé quoique ce soit. Comment aurai-je réagi alors que le simple fait de voir ton regard fixer la grille derrière laquelle ta mère n’était pas, le simple fait de voir ton regard éteint et vide me brisa le cœur et me fit serrer la mâchoire de colère. Pourquoi est-ce qu’il t’arrivait autant d’horreurs ? Pourquoi toi ? J’aurai tout donné pour partager ta douleur, pour prendre un peu de se poids qui écrasait tes épaules. Je ne pouvais que te prouver que tu n’étais pas seul. Quoiqu’il arrive j’étais là. Je serai toujours là…
Une grande inspiration et je passais mon bras autour de tes épaules, te sortant de ta torpeur, ne te laissant pas t’enfoncer un peu plus dans ta peine déjà oppressante. « Tu pourrais dormir à la maison ce soir. On n’a même pas eu le temps de squatter la salle de musique aujourd’hui. » Ce n’était pas tant une question. Je n’avais pas envie de te voir partir, rejoindre ton père. Je ne l’avais jamais rencontré, pourtant je ne l’aimais pas. Comment apprécier celui qui te pourrissait la vie ? Alors non, je ne te laissais pas réellement le choix. Je ne voulais pas que tu passes la nuit seul avec lui. Je ne voulais tout simplement pas imaginer ce qu’il pourrait encore t’infliger et être incapable de faire quoi que ce soit. J’avais juste envie de te kidnapper et te garder à mes côtés. Je cachais toutes ces pensées derrière l’excuse de la musique, car je savais tout aussi que c’était l’un des meilleurs moyens de t’exprimer, de te lâcher sur ce qu’il s’était passé la veille, de passer tes nerfs, de juste te laisser aller et j’avais envie, peut-être même besoin, d’être à tes côtés, tout simplement. « Je vais finir par user ton vieux synthé tu sais. » « Tu peux toujours essayer oui. » Tu savais bien que tu pouvais l'user autant que tu voulais, tant que tu l'utilisais, tant que tu venais, alors je me moquais bien de son état...
Je ne t’ai pas lâché de tout le trajet, sans même m’en rendre compte, ça me paraissait un geste normal, et pourtant ça désignait bien plus que je pensais. Ma mère a su comment te gérer, elle a fait comme d’habitude, s’est occupée de toi comme il se doit, sans en faire trop pour ne pas te mettre mal à l’aise. Elle t’aimait tellement ma mère, elle était tellement heureuse de t’avoir sous son toit. Puis, l’heure de passer aux choses sérieuses arriva. Enfermés tous deux dans cette salle insonorisée où divers instruments de musique, d’amplis et de micros étaient venus compléter ma collection de batteries. C’était notre salle. Notre havre de paix et de création. On ne s’est pas arrêté, on n’avait pas besoin de parler, juste de jouer, se jetant des coups d’œil de temps à autres, rien que ça. C’était suffisant.
Ce n’est qu’après quelques heures que la fatigue eut raison de nous et de notre jeu. L’heure d’aller se coucher était arrivé et on a rejoint ma chambre en discutant, les oreilles encore empli des sons qu’on avait mêlés ce soir. « Tu crois qu’on pourrait rester ici demain ? » J’ai eu un sourire en enlevant mon loose-tank et me retournais vers toi pour répondre à ta question, allant pour approuver ton idée, mais mes mots ne sortirent pas de ma bouche. Je reverrais toujours cette scène dans mon crâne. Tu étais là, étalé de tout ton long sur mon lit, torse-nu. Torse mince ponctué de traces sombres, terribles, qui me faisait mal à les regarder seulement. Mais ce qui me faisait le plus mal, c’était de voir que tu y étais fait. Tu n’y avais pas pensé. Tu y étais habitué. Et ça, je ne l’acceptais pas. Je ne me suis pas vu m’approcher de toi, m’asseoir derrière toi, à contempler ton dos nu brutalisé, tes épaules meurtries, épaules que j’avais serrées un peu plus tôt. Ça me dégoûtait. Ça me mettait hors de moi. D’avoir deviné sans savoir que c’était si grave. D’avoir deviné et de n’avoir rien fait. « Spoo-…? »  Je n’ai toujours pas ouvert la bouche, continuant de détailler ces marques sur ta peau, y portant mes doigts sans m’en rendre compte, comme pour les découvrir un peu plus, comme si ce simple contact m’expliquerait pourquoi et comment. Mais ça aurait été trop beau… J’effleurais tout juste ta peau, bien que perdu dans mes pensées, je ne voulais en rien te faire du mal, en rien intensifier la douleur qui maculait ton corps et entachait ton cœur. Tu n’as rien dit, tu ne m’as pas repoussé, tu ne m’as pas gueulé dessus, tu t’es juste caché, finissant de me faire du mal. Tu n’avais pas à te cacher. Très certainement pas de moi. Pas de qui que ce soit. Pas toi.
Mais je ne t’ai pas forcé à me regarder, je t’ai écouté sans émettre le moindre son, continuant de te fixer en silence, le bout de mes doigts continuant de courir lentement sur sa peau, écoutant ta voix se serrer alors que tu me contais rapidement ce qu’il t’était arrivé. Récemment comme il y a bien trop longtemps. Voilà ce que je ne digérais pas, voilà ce qui me blessait, d’avoir été à tes côtés aussi longtemps et d’avoir laissé passer ça. De le laisser te détruire alors que tu méritais plus que quiconque un peu de bonheur. « Pourquoi tu ne m’as rien dit ? » Ces mots sont sortis tous seuls. Juste parce que j’avais besoin de savoir, d’être sûr que l’on partageait la même amitié, la même confiance… « Parce qu’il n’y a rien à y faire ? » Mes doigts se sont arrêtés, je ne l’acceptais pas, et je t’ai regardé relever la tête vers moi, tes yeux rouges plongés dans les miens alors que tu rajoutais ce qui finit de me mettre hors de moi : « Il finit toujours par s’arrêter. » Mais je ne dis rien, je ne fis rien, je ne détournais pas le regard d’énervement. Car cette colère, je ne l’éprouvais en rien contre toi, jamais. C’est pour ça que je n’ai pas ouvert la bouche, que j’ai inspiré longuement et que je me suis étendu sur le matelas à mon tour, contre toi, te serrant contre moi doucement, évitant au mieux tes hématomes pour ne pas te blesser. Je t’ai gardé contre moi, j’avais besoin de te savoir contre moi, sachant que si tu étais dans mes bras, alors jamais je ne laisserai personne te faire du mal. Jamais. « Promets-moi de plus jamais le laisser recommencer, de m’appeler si ça venait à arriver. Et surtout, me cache plus jamais un truc pareil. » Tu te souviens de cette promesse ? Tu te souviens de cette nuit que nous avons passé l’un contre l’autre ? Sans bouger, sans se préoccuper de rien d’autre, sans faire le moindre bruit. Juste toi et moi. Ces nuits-là me manquent tant… Ces nuits où nous étions seuls au monde. Ces nuits où je te regardais t’endormir contre moi, appréciant ton expression apaisée avant de fermer à mon tour les yeux pour te rejoindre dans ces rêves où tout allait toujours mieux…
Je me souviens avoir très bien dormi, apaisé, tranquille, heureux de t’avoir à moi. Je me souviens aussi parfaitement m’être réveillé en sursaut quand, alors que le sommeil me quittait lentement, je me rendis compte de ton absence. Je me suis redressé de suite, te cherchant du regard. Sans comprendre comment j’avais fait pour ne pas m’éveiller en te sentant m’échapper. C’est en me levant, en voyant encore certaines de tes affaires que je me suis apaisé. J’ai su alors où te chercher. Poussant la porte de notre salle de musique pour te voir sur le piano, t’adressant un sourire, soulagé que tu sois toujours là. « Tu t’arrêtes jamais toi. » Bien que c'était loin de me déplaire, j'ai toujours adoré t'écouter jouer et chanter... « Bon matin à toi aussi Spooky Jim Cubbins. » Puis ce fut la voix mélodieuse de ma mère qui vient se mêler à ton pianotage distrait : « Les garçons ! Le p’tit déj est prêt ! » Ce fut l’un de mes meilleurs p’tit déj, t’avoir souriant en face de moi, pouvoir discuter de tout et de rien, délirer à même le matin, te voir laisser tes préoccupations de côté pour te focaliser sur l’instant présent seulement.
Nous étions heureux. Vraiment. Je t’ai gardé avec moi, n’ayant tout simplement aucune envie de te voir retourner aux côtés de ton père. Mes parents n’y voyaient pas d’inconvénients, ils me font confiance et ils te voyaient heureux et souriants ici, alors pourquoi te rejeter ? Je n’avais pas envie de te voir partir. Je me refusais d’imaginer qu’un jour pourtant, cela finirait bel et bien par arriver. Que tu ne serais plus à mes côtés. Bien que ce ne fut pas comme je me l’étais imaginé…


They say our brains are sick, but that’s okay.

Je n’ai jamais vraiment aimé quelqu’un. J’aime mes parents, bien sûr, mais ce n’est pas de ce genre d’amour que je parle. Je veux dire, aimer, aimer. Ça ne m’est jamais arrivé. Je ne me suis jamais aimé moi-même, ça aurait été bien trop narcissique de ma part. Mais toi… Mon Dieu… Qu’est-ce que je t’ai aimé. Ça m’a frappé, comme ça, l’air de rien. A force de passer du temps ensemble, à force de se rapprocher l’un à l’autre, à force d’avoir besoin l’un de l’autre… C’est comme ça que ces sentiments ont poussé, grandissant lentement mais sûrement, prenant leur temps au fil de la durée de notre amitié, la renforçant, mais surtout la faisant évoluer… Car oui, j’ai finis par m’en rendre compte. Quand je te regardais, quand mes yeux croisaient les tiens ou ton sourire, je ne voyais plus uniquement mon meilleur ami. Je voyais plus. Je voyais en toi, celui que je veux protéger, que je veux avoir près de moi, que je veux voir sourire, heureux, avec qui je veux être tout simplement.
Ça m’a frappé, mais en rien dérangé. Oui tu es un garçon, oui je le suis aussi. Et alors ? Oui, jusque-là j’ai toujours pensé être attiré par les filles, ou du moins je n’ai jamais vraiment pris le temps de me poser la question, mais tu as toujours été celui qui a réussi à me faire revoir ma vie, la repenser, la remodeler. Et voilà qu’encore une fois, tu changeais ma vie. Sans t’en rendre compte. A force de sourire et de temps passer sous le même toit, inséparables, l’un contre l’autre. Tu m’as ouvert les yeux sans le savoir. Tu m’as montré qu’à ton égard, je n’éprouvais pas qu’une amitié forte comme jamais, mais plutôt un amour pur et sincère. Et à partir du moment où je l’ai enfin réalisé, je ne pensais plus qu’à cela. C’est de là que les questions sont venues et que mon regard a changé.
Oserais-je vraiment te dévoiler mes sentiments ? Devais-je réellement t’en faire part ? Allais-tu me rejeter ? Allais-je te dégoûter ? Cela briserait-il notre amitié à laquelle je tenais déjà tant ? Ou bien partageais-tu ces sentiments ? Ou alors acceptais-tu seulement mes étreintes par pure amitié ? Qu’allais-tu penser de ce que j’allais t’avouer ? Qu’allais-tu penser de moi… Je n’arrêtais pas de ressasser ces questions, et plus le temps passait, plus je m’en rendais compte, plus leur nombre augmentait. Ça me bouffait et je n’arrivais pas à me décider. Quand je te disais qu’avec toi à mes côtés, je n’étais plus moi-même, moi qui d’ordinaire n’hésite pas à dire ce qu’il pense. Je me perdais en toi, voilà tout. Et ça me plaisait.
C’est toi qui m’a permis de me décider à t’en faire part. Après le lavage de cerveau prétendu de ton paternel. Tu l’avais croisé, et quand tu m’en as fait part, j’ai eu peur de suite, bien que rassuré que tu sois à mes côtés. Mais je ne me suis pas réjoui de son changement étrange et tordu de comportement. Ça ne me rassurait en rien. Ça ne m’inspirait pas confiance. Je me disais tout simplement qu’il devait cacher quelque chose, qu’il devait te tromper, chercher à te manipuler, je m’imaginais je ne sais combien de scénarios et aucun ne me plaisait. Il t’avait laissé revenir chez moi, encore heureux, sinon je serai venu te chercher… Il semblait être plus présent pour toi, tous les signes portaient à croire qu’il cherchait à changer, à améliorer les choses, et pourtant, je ne lui faisais pas confiance, me taisant malgré tout, sachant que c’était à toi de juger, même si une certaine crainte me tiraillait le ventre rien que de penser que tu pourrais retourner auprès de lui. « Dis Spooky, tu crois que maintenant que les aliens lui on laver le cerveau et qu’il est devenu gentil, je devrais retourner chez lui ? » Voilà que mes craintes étaient justifiées, alors que je laissais mon cycliste se crasher lamentablement contre une roue pourvue d’une multitude de pics, mon sourire s’effaçant. J’avais envie de te dire tout ce que j’en pensais, mais je n’ai pas osé, lisant l’espoir dans ton regard qu’il s’améliorait peut-être réellement. « T’es pas obligé. » Je ne dis rien de plus, bien que cette part en moi, cette part qui ne t’est dédiée qu’à toi, contenant tous mes sentiments indomptables à ton égard, cette part me criait de te retenir plus férocement, de tout te dire, de t’inciter à rester. J’arrêtais ce jeu où on se délirait à chaque fois pour te faire face, essayant de réprimer mon inquiétude et osant malgré tout demander : « T’es sûr de toi ? T’en as vraiment envie ? » Puis me grattant le crâne, n'osant pas te regarder lorsque tu me répondrais, gêné et préoccupé tant ça me déchirait que tu envisages de partir : « T’es pas bien ici ? » Si tu savais à quel point j’étais torturé et stressé.  J’aurai peut-être dû profiter de cette détresse pour tout t’avouer à cet instant, mais alors que j’allais rouvrir la bouche pour le faire, une pensée me stoppa. Et si t’avouer finissait de te convaincre de partir ? Sentir ta main passer dans mes cheveux pour les ébouriffer m’obligea à chasser cette idée et tes paroles finirent de l’effacer, permettant à mes lèvres de s’étendre de nouveau dans un sourire. « Je resterais tant que tu voudras de moi, deal ? » Je me redressais pour te regarder, le regard taquin : « Deal. Et si je veux de toi toute ma vie ? Tu vas rester mon prisonnier ? » Taquinerie… Ou simple vérité. Après tout ce temps passé ensemble sans arrêt, me retrouver seul me faisait tout simplement peur.
Découvrir mes sentiments à ton égard n’était clairement pas un cadeau au départ… Tant que je te les cachais. Je ne faisais qu’y penser, ça changeait ma manière d’être et je flippais à l’idée que tu le découvres. Moi qui d’ordinaire ne flippe jamais, tu vois à quel point c’était important. Je me laissais retomber sur le lit à tes côtés, abandonnant le jeu qui avait déjà perdu mon attention depuis ta première question. « Pourquoi pas, ça m’a l’air cool d’être prisonnier avec toi. » J’eus un petit rire, te jetant un coup d’œil amusé, pile au moment où tu te décidais à t’humecter les lèvres. Pourquoi tu me faisais ça aussi… Tu le sais pourtant qu’il n’y a rien de plus tentant. Certes, tu l’as appris après mais tout de même… Résultat, je me suis mordu la lèvre inférieure. Mais c’était trop tard, tu avais déjà eu raison de moi…
« Qu’est-ce que t’en sais ? Si ça se trouve je serai un geôlier terrible… » Dis-je en m’empêchant de sourire, me redressant l’air de rien. « Après tout je connais ta faiblesse… » Te maintenant contre le lit, tes poignets dans une main, m’asseyant sur toi avant de commencer à te chatouiller, sachant que tu étais loin d’en être friand. La tension qu’avait engendrée le sujet de ton père ne me plaisait pas du tout. Il était temps de s’en débarrasser et pour ça, j’avais besoin de t’entendre rire. Evitant, malgré tout, les quelques endroits où tes blessures persistaient, je n’ai pas arrêté, souriant en te regardant plié de rire, tentant de te débattre, me faisant d’autant plus tomber amoureux de toi. J’ai fini par arrêter, te contemplant essoufflé, mais souriant, gardant tes poignets dans ma main, je ne sais pas combien de temps je suis resté à te regarder. J'aurai pu reprendre la parole, sortir une connerie puis te rendre ta liberté, m'éloigner. Mais je n'y parvenais pas. Je ne le voulais pas. Alors, inconsciemment, laissant le désir prendre possession de mes moyens, effaçant toutes mes interrogations dans un coup de vent, je me penchais sur toi, mes lèvres venant rencontrer les tiennes.
Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés ainsi, mes yeux étaient clos, appréciant la douceur de tes lèvres que je pouvais enfin goûter après y avoir tant pensé. Rêvant même que tu me retournais ce baiser. Je ne réfléchissais tout simplement pas aux conséquences, pas à ce qu’il allait se passer, pas à ce que cela allait engendrer ou briser, mon cerveau étant bien trop en ébullition actuellement pour me permettre de détourner toute mon attention de ce contact précieux. Ce premier baiser était doux, ne durant pas plus de quelques secondes avant que je réalise que j’étais belle et bien en train de t’embrasser, assis sur toi, tes poignets dans une main, la seconde toujours attardée sur ton torse. J’ai réalisé et j’ai brisé ce contact dans un sursaut. Mon regard quelque peu paniqué était déposé sur tes lèvres, puis il se releva vers tes yeux. Mais je n’avais pas envie de voir ta réaction et détournais le regard, un rire nerveux me prit : « Et merde… » Mais je ne riais pas du tout au fond, j'étais juste en train de paniquer en me rendant compte de ce que je venais de faire. Mes mains quittant ton corps pour venir me frotter le visage, gêné, n’arrivant pas à croire que j’avais aussi facilement cédé. La peur et la crainte était revenue en puissance, et l’heure n’était plus aux questions… « Je suis désolé… » Je balbutiais, n’osant toujours pas le regarder, ne me reconnaissant pas, encore une fois. « Enfin, non, mais un peu quand même… » Avouais-je, en soit, j'étais heureux d'avoir pu te voler un baiser trop court à mon goût et pas aussi intense que celui que je rêvais de te donner par la suite... Un deuxième baiser, j'étais taré... Et à cet instant, je maudis mes pensées, voulant tout simplement disparaître de suite. Refusant de te regarder au risque de ne pas savoir résister de nouveau, tant la chaleur qui s’était répandue dans mon cœur ne parvenait pas à s’apaiser. J’avais peur, parce qu’avec ce baiser, je venais de te donner les outils pour détruire mon cœur. J’avais peur que tu les utilises. Si j’avais su que tel serait le cas, mais bien plus tard…
Puis la panique disparut en un éclair. Alors que je me cachais le visage, que je me cachais de toi, ce contact revint, venant me surprendre à mon tour. Je te dévisageais. J’avais imaginé mille et un scénarios, mais si peu où tu me retournais mes sentiments. Me laissant sans voix, n’ayant que mes yeux posés sur toi. Tu m’avais embrassé. Tu as même réussi à me faire rougir. Je ne l’avais pas imaginé. « Je préfère mille fois plus ce genre de torture que les chatouilles tu sais ? » La surprise s’est évanouie, la stupeur m’a quitté et mon expression fut changée pour un grand sourire, transcrivant parfaitement la joie que j’ai ressenti à cet instant, cette joie de ne pas avoir été rejeté. J’ai ri à ce que tu as dit, et c’est avec un regard avide que je t’ai répondu : « Je sais pas si tu fais bien de me dire ça… tu pourrais finir par le regretter… » Mon pouce caressant lentement ta lèvre inférieure avant que je vienne m’en emparer une nouvelle fois, un baiser cette fois bien plus intense, avide de ce contact, de cette nouvelle addiction, te plaquant de nouveau contre mon matelas, une main perdue dans ta nuque, la seconde venant entremêler nos doigts.  Ne m’éloignant que pour reprendre mon souffle et te dévorer de nouveau du regard, heureux, réalisant ce qu’il venait de se passer, de ce cap que l’on venait de passer ensemble. Déposant un dernier sur ton front, je me décidais enfin à quitter ton bassin pour m’allonger de nouveau à tes côtés, aspirant à tenter de calmer les battements de mon cœur qui n’avaient cessé d’aller crescendo, gardant simplement en prisonniers tes doigts et ton regard, ne voulant pas briser cet instant de paroles, n’éprouvant que ce désir égoïste de profiter de nous.


I'll never let you go.

Tu n’es pas parti, tu es resté avec moi, et putain qu’est-ce qu’on était heureux. N’est-ce pas ? Tu l’étais ? Sache que je l’ai été, à cette époque où nous étions ensemble, tout simplement. Voilà ce que j’étais, amoureux de toi. Je n’avais plus peur de l’avouer, de le dire, seule ta réaction m’avait réellement préoccupée, celle des autres, je n’en avais rien à battre. C’était ce que j’étais, j’étais heureux comme ça. Est-ce que c’était dur à dire ? Non, pas pour moi, tu connais mon caractère aussi…
Mes parents l’ont donc su rapidement, tu te souviens de la réaction de ma mère ? Comme elle nous a sauté dessus, s’écriant : « Je le savais ! Je le savais ! Je te l’avais dit hein ? AHAH ! » En secouant frénétiquement l’épaule de mon père qu’elle amusait de son comportement. A croire qu’elle nous shippait avant même que l’on échange nos premiers baisers. Elle nous a fait rire, faisant s’envoler le peu d’appréhension que j’avais quant à leur réaction. Je les connais pas cœur, j’ai toujours su que la seule chose qui leur a toujours importé est mon bonheur, voir un sourire sur mon visage et des étoiles dans mes yeux. Et ça, je te les devais. Alors ils ne pouvaient qu’approuver. Puis, tu faisais parti de la famille…
Et ainsi alla notre vie. On ne s’affichait pas partout, surtout pas devant ton père, il était simple de lire ta crainte à l’encontre de sa réaction. Je comprenais, je ne m’en vexais pas, j’étais plutôt heureux de t’aider à entretenir ce petit secret. Rien de tel pour pimenter une relation non ? Vint le choix de l’université. Combien  de temps avons-nous passé sur ces brochures, à lire par-dessus l’épaule l’un de l’autre, à être lassé de tant d’options sans savoir laquelle choisir. Jusqu’à ce que l’on trouve l’Université de Stanford et son option musique. Il suffit d’un échange de sourire pour que l’on sache qu’on pensait à la même chose. Se séparer et aller dans des établissements différents ? Pourquoi ? C’est avec toi que je voulais faire de la musique, c’est toi qui m’inspirais… Qui m’inspire. Pourquoi aller chercher ailleurs ? Comment apprendre sans ma motivation ?
Nous avions donc nos projets, nous investissant autant que possible pour y parvenir, vivant notre vie, ensemble. Mais ton père persistait à te faire du souci n’est-ce pas ? Il suffisait de remarquer ton regard pensif, perdu, parfois absent pour s’en douter. Mais je ne te questionnais pas, m’entêtant à te changer les idées, à ne pas te forcer. Et c’est ainsi qu’en pleine révision, c’est toi qui est allé vers moi. Nous étions étalés de tout notre long, plongés dans nos bouquins, essayant de comprendre ce qu’il y avait à ingérer qui nous permettrait de continuer notre épopée vers la réalisation de notre passion commune. La musique. Je m’étais tranquillement installé sur toi, oui, tu me faisais office d’oreiller. Je n’ai jamais aimé étudier, je n’ai jamais été très studieux, alors si je ne pouvais pas avoir un peu de réconfort, j’aurais bien rapidement tout envoyé bouler. Poursuivre mes études, ça aussi c’était grâce à toi… « Spooky... » Il ne m’en fallu pas plus pour quitter des yeux dans la seconde mon manuel de Mathématiques, qui semblait déterminé à mettre fin à ma vie avec ces formules incompréhensibles et inutiles, et de porter un regard curieux sur toi. Je n’eus pas le temps de répondre à ton sourire que ton air préoccupé me coupa dans mon envie de sourire, me faisant froncer les sourcils, posant mon manuel son mon ventre, faisant glisser mes doigts sur ton avant-bras, caresse qui se voulait réconfortante, geste que je ne pouvais m’empêcher de faire quand je te voyais ainsi. « Qu’est-ce qui te tracasse Milo ? » Je t’ai regardé chercher tes mots, signe supplémentaire que ce que tu allais me dire était sérieux, même si j’avais au fond une petite idée sur quel sujet autant de préoccupation de ta part pouvait porter.  « Je veux lui dire, mais rien que l’idée qu’il explose me fait complètement flippé. » Tu n’avais pas besoin de définir le fameux ‘il’, c’était déjà tout deviné. Ton père. Tu voulais lui dire pour nous. Je t’ai regardé tomber sur le lit et j’ai roulé sur le ventre en soupirant, réfléchissant à quoi te répondre. Car une part de moi me disait de répondre par la négative de suite, de ne pas tenter le diable, mais je savais que ce n’était pas forcément ce que tu voulais entendre, ton père faisait des efforts apparemment, tu avais envie d’y croire, tu avais envie de tenter ta chance, d’aspirer enfin à une vie de famille joyeuse et moins tordue qu’elle ne l’a été, alors j’ai réfléchi à ma réponse, puis j’ai tourné la tête vers toi, cessant de caresser ta peau pour entremêler mes doigts aux tiens. « Si tu y tiens vraiment alors on peut y aller ensemble. Comme ça s’il explose, tu ne seras pas seul avec lui. » Hors de question que pour notre relation cet homme relève la main sur toi. Je ne l’aurais pas accepté. Voilà pourquoi je voulais être là, pour toi, parce que je ne lui faisais pas confiance et le fait que cette crainte persistait en toi montrait tout aussi bien que ce démon et ces cauchemars de hantaient toujours. Notre relation n’était pas appréciée de tous, loin de là, des rumeurs, des chuchotements, il y en a toujours. Mais que ceux qui ont quelque chose à redire osent juste, qu’ils essaient juste de nous blesser… C’était aussi valable pour ton père tu sais.
Notre problème ? Vouloir l’un comme l’autre protéger l’autre. C’est pour ça que ma réponse fut loin de te plaire, même si en soit, ce n’était pas une question. C’était un fait. Si tu y allais, alors j’en étais. Que tu le veuilles ou non. J’ai confronté ton regard mécontent, qui malgré tout me touchait, comment ne pas l’être quand je voyais que tu tenais à moi à ce point ? « Et qu’il t’explose dessus ? Ça te va pas les tendances suicidaires Spooky. » J’ai haussé les épaules en déclarant : « Il vaut mieux qu’il explose sur nous deux et que l'on soit là pour se soutenir l'un l'autre, plutôt que de s’acharner sur toi non ? » Pensais-tu vraiment que j’allais rester sagement chez moi, te sachant face à lui pour lui annoncer que nous formions un couple ? Pensais-tu vraiment que j’allais attendre tranquillement de tes nouvelles ? Ça aurait été la pire des tortures, le plus terrible des supplices de ne pas être avec toi, de ne pas savoir et d’imaginer, d’attendre, à l’écart. Nous étions ensemble, on se devait de tout partager non ? Tu n’étais pas content, je le voyais bien, je ne te quittais pas des yeux alors que tu tentais de changer le sujet. « Tu sais quoi ? On va attendre d’être diplômés avant de négocier une bagarre avec ce qui est censé être ton futur beau-père. » J’ai eu un petit rire, c’était vrai que présenté comme ça, ça ne présageait rien de bon. J’avais beau me taire, tu savais parfaitement ce que je pensais de lui n’est-ce pas ? Tu n’avais pas besoin de me l’entendre lire, tu savais deviner ce que je pensais n’est-ce pas ? Lire en moi… Alors que tu te replongeais dans les révisions, j’ai entouré mes bras autour de toi, te serrant contre moi, enfonçant mon visage dans ton torse, laissant ton odeur m’enivrer en déclarant : « Puis tu es mon prisonnier tu te souviens ? Tu ne m’échapperas pas aussi facilement. Essaie juste…» Car au fond, j’avais peur que tu ailles le voir seul. Vraiment peur.
Voilà ce que j’aimais, te sentir contre moi, avoir droit à tes caresses, à ton amour, que l’on soit que tous les deux, seuls au monde. Je n’avais besoin de rien d’autre, que de toi. J’aurais dû t’enlever… Mais n’aurait-ce pas été égoïste de ma part ? De t’emmener loin de ta mère ? De ne pas te laisser donner une chance à ton père ? De te garder rien que pour moi ? J’étais peut-être égoïste… Je le suis sûrement toujours… J’aurai probablement dû l’être…  Ainsi, je n’aurai pas eu à te voir t’éloigner de moi sans avoir la possibilité de te retenir. « J’en ai pas l’intention. Jamais. » J’ai souri à cette promesse que tes lèvres laissèrent échapper, tu ne t’es sûrement pas rendu compte combien cela comptait pour moi, ces quelques mots, combien le seul fait de t’entendre les prononcer me rassurait et me redonnait le sourire. Je me suis redressé, j’ai plongé mon regard dans le tien, en chuchotant alors que je me penchais lentement sur toi : « Y’a intérêt… » Avant de t’embrasser, te mordillant légèrement la lèvre pour avertissement. Que je les aimais nos baisers, que j’aimais plonger mon regard dans le tien par la suite, que j’aimais te voir te mordre ta lèvre inférieure, sachant parfaitement que ça ne m’aidait pas à me retenir. Mais surtout, que j’aimais t’entendre me dire : « Je t’aime. » Me faisant toujours adopter un sourire attendri, alors que je te retournais à chaque fois ces mots : « Je t’aime. » J’étais sincère. Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai toujours. Toi et rien que toi. Même après tout ce qu’il s’est passé, je continue de t’aimer… Certains diront que je suis naïf, niais, débile, me retraiteront peut-être de nouveau de gogol, mais je m’en fous, je t’aime, c’est ce qui t’as toujours rendu si spécial à mes yeux. Même si, pendant un temps, peu de temps après cet échange, ces étreintes, j’ai cru perdre cet amour à ton égard. J’ai cru te haïr. J’ai cru t’en vouloir. J’ai cru te mépriser. Mais en réalité. J’étais juste brisé et je ne t’avais plus à mes côtés pour me réparer…


I needed you to stay.

Quand je me suis réveillé, quand je me suis rendu compte que tu n’étais pas lové dans mes bras, le froid du lit me faisant soudainement frissonner, ne prévoyant rien de bon… L’inquiétude a pointé le bout de son nez, l’air de rien, s’intensifiant au fur et à mesure que je t’appelais, passant en revue chaque pièce de notre demeure soudainement trop grande à mon goût. La peur m’a pris quand j’ai remarqué que tu n’étais pas penché sur ton synthé et que tes affaires n’étaient plus là. Les larmes me sont venues quand je me suis rendu compte que tu étais parti. Tu m’avais filé entre les  doigts et je ne m’en étais pas rendu compte. Jamais je ne me serai attendu à ce que tu y ailles par toi-même. Le voir lui, sans accepter ma présence à tes côtés. Me laissant seul… Et combien je l’ai ressentie cette solitude. Elle m’a foudroyé, j’ai même cru entendre un grondement dans le ciel ce matin-là, alors que je restais là, seul, ne sachant pas quoi faire.
Ton départ a été terrible. Tu n’étais plus là, tu m’avais laissé. Je ne t’avais plus à mes côtés qui riait dès que j’utilisais ma brosse à dent pour ôter le dentifrice au coin de mes lèvres. Je ne t’avais plus pour te chatouiller par pur désir d’entendre tes éclats de rire et de te voir te débattre. Je ne t’avais plus pour te couvrir de baisers et de caresse. Je ne t’avais plus pour entendre ces mots que tu m’avais pourtant prononcés et qui avaient su me faire vibrer comme jamais cela ne m’est arrivé. Je ne t’avais plus pour jouer notre musique. Je ne t’avais plus pour t’entendre chanter. Je ne t’avais plus. Je n’avais qu’en seul compagnon ce silence oppressant qui m’enfonçait de plus belle dans cette tristesse étouffante. Une seule question résonnant continuellement dans ce silence violent : Pourquoi ? Nous étions heureux. Nous allions bien. Nous étions ensemble. Nous étions un tout. Quand est-ce que ça s’est arrêté ? Pourquoi tu as décidé d’y mettre un terme ? Maintenant ce n’est que tristesse et incompréhension.
Je m’en voulais d’avoir cru en cette promesse. Je t’en voulais de l’avoir brisé et de m’avoir laissé de la sorte. Si tu avais cessé de m’aimer… N’aurais-tu pas été assez brave pour me le dire plutôt que de fuir ? J’étais perdu. Tu as toujours été celui qui a su me guider. Mon addiction. Mon Milo. Cette part de moi que tu m’avais faite découvrir au fil du temps passé ensemble et que tu m’avais brutalement arraché en me quittant sans un mot, un regard, un sourire, un baiser… Et ça m’a fait mal. Tellement mal, Milo.
Je n’ai cessé de me demander comment nous avions bien pu en arriver là. Qu’est-ce que j’avais fait ou dit qui t’aurais poussé à partir de la sorte pour aller voir celui en lequel tu savais que je ne nourrissais aucune confiance. Ne pouvais-tu pas tout simplement d’empêcher de penser à lui ? Pourquoi lui accorder ton attention alors que tu m’avais moi ? Qu’avais-je fait pour  que tu partes seul… Pour  que tu me laisses à l’écart, moi, celui que tu disais aimer. Ton regard mentait-il cette fois-là ? Tu disais ne pas vouloir me voir souffrir, n’est-ce pas ? Milo, tu m’as fait souffrir et j’étais encore si épris de toi que je m’en voulais rien que de penser de tel. Tiraillé, une part souhaitant t’en vouloir, te blâmer, la seconde rejetant la culpabilité sur moi. Une colère que je ne connaissais pas s’était alors emparée de moi. Contre toi ? Peut-être… Contre moi-même. Pour sûr. Contre cette peine qui me déchirait le cœur et me faisait suffoquer. Tu m’avais laissé seul. Tu ne m’avais rien dit. Et tu avais laissé ces larmes que je n’avais pas revues depuis mon accident, brouiller mon regard de nouveau. Me foudroyant de plus belle, me rendant compte à quel point je pouvais ressentir ton absence. Peinant comme jamais à me rappeler comment je faisais pour vivre avant de te rencontrer. Avant que tu n’arrives dans ma vie et t’y frayes cette place majeure. A croire que tu étais ma vie… Tu me l’avais arraché. Tu me changeais de nouveau… En quelque chose que je détestais… Je te l’ai dit, n’est-ce pas ? Je ne me suis jamais vraiment aimé, mais toi… Je t’ai aimé comme jamais je n’ai aimé qui que ce soit. Comme jamais je n’aimerais qui que ce soit d’autre. Et voilà que je me retrouvais à me haïr de nouveau…
Aujourd’hui, je m’en veux d’avoir osé douter de toi, de m’être laissé envahir aussi facilement par cette peur, cette crainte. Je m’en veux comme jamais d’avoir regretté, l’espace d’un instant, d’avoir donné les outils pour détruire mon cœur et d’avoir osé penser que tu les avais utilisé pour le détruire. D’avoir osé penser éprouver de la colère à ton égard. Envers mon Milo. Cette colère, je l’ai détournée à mon égard.
Je pensais que nous vivions un amour digne d’un conte de fée. Mais tu as su me réveiller, me forcer à arrêter de rêver. L’amour est bien plus facile dans les contes de fée. Alors j’ai arrêté de rêver. Je ne t’avais plus dans mes bras pour m’échapper dans ce monde merveilleux qu’est celui des rêves. Mais depuis ton départ, à chaque fois que mon épuisement avait raison de moi et me forçait à fermer mes yeux pour tomber dans un sommeil tourmenté et loin d’être reposant, je ne rêvais plus. Plus du tout. Je regardais tout simplement les ténèbres dans lesquelles mes paupières closes me plongeaient.
Je t’avais perdu. Je n’avais plus aucunes nouvelles. Le néant. Ce silence qui m’étouffait et me donnait envie de crier. Même déchaîner ma colère sur mes caisses et cymbales ne m’aidait pas. Loin de là, ne faisant que renforcer mon mal-être et ma perdition. Même mes rythmes me semblaient faux maintenant que tu n’étais plus là pour les compléter. Je ne rêvais plus, en effet. Ton départ avait arraché tous mes rêves. Tous. Je me sentais trahi. Tout laissait à croire que tel était le cas, que tu avais préféré me mentir et retourner auprès de ton père, plutôt que de rester dans mes bras qui auraient su te protéger. Alors pourquoi je continuais malgré tout à t’aimer ? Pourquoi je continuais de m’accrocher à toi ? A me dire que ce qu’on avait partagé, notre amour, nous… A me dire que ce tout n’était pas un mensonge… Mais alors pourquoi ? J’allais finir par avoir une réponse. J’aurai juste aimé l’avoir beaucoup plus tôt…
Premier jour à Stanford. L’université où je me faisais une joie d’entrer, où j’avais imaginé que l’on ferait mille et une chose ensemble, tous les deux. C’était notre projet à tous les deux. C’était à nous. Et voilà que je passais la grille sans même lever les yeux vers la bâtisse. Je n’écoutais même pas la musique dans mes oreilles. Je ne prêtais même pas de réelle attention à l’endroit où je me rendais. Un robot sans âme se mouvant parmi ces êtres si vivants et heureux de débuter l’année. Je n’avais plus rien de celui que j’ai toujours été. Mon sourire ? Il a disparu avec toi. Ne lui en veut pas, mais ma mère t’en a voulu. Elle a compris à quel point j’étais affecté par ton départ lorsque je suis sorti de ma chambre après y avoir passé des jours enfermé, seul. Lorsqu’elle m’a vu sortir sans aucun sourire, aucun éclat. J’avais même privé mes cheveux de leur couleur. Tu les aimais rose. Je ne supportais plus de les regarder et de me remémorer sentir tes mains s’y frayer un chemin avec une douceur extrême… Je n’étais plus moi-même, elle t’en a blâmé, mais tu sais comment elle est. Au fond, elle était juste triste, pour nous.
Une nouvelle classe, de nouveaux camarades, mais je ne les regardais pas, je ne me sentais pas à l’aise, je n’étais même plus sûr de vouloir être ici. A quoi bon si tu n’étais pas là pour me donner envie de poursuivre ces études ? Je n’ai pas écouté, j’ai récolté les papiers, je ne les ai pas regardé, moi qui d’ordinaire savait me faire repérer par mon excentricité dès la première heure, ce jour-là, je n’étais qu’une ombre. Une deuxième heure, une troisième… Mais mon esprit était ailleurs. Avec toi.
L’heure de la pause arriva et tandis que tout le monde se pressait vers la cafétéria, j’allais en sens contraire, comptant bien me débarrasser de ces nouveaux papiers dans mon casier avant de sortir, n’ayant tout simplement pas faim. L’idée de manger seul la coupant de suite.  C’est quand j’ai ouvert mon casier d’un geste brusque que j’ai remarqué la feuille froissée. J’ai de suite reconnu ton écriture et j’ai hésité. Lire au risque de souffrir de plus belle ou s’en débarrasser avant d’avoir envie de hurler de nouveau ? ‘tu me manques’ … Pourquoi est-ce que ce sont ces mots que j’ai vu en premiers ? Je t’ai lu et je m’en suis voulu. Terriblement. Si tu savais à quel point Milo… A quel point je me suis senti con. J’aurai dû me battre pour toi. Aller te chercher. Et non pas faire l’erreur de penser que cette promesse brisée signifiait que tu ne tenais pas à moi. Je t’ai relu une seconde fois, puis j’ai sorti mes affaires de mon casier pour découvrir un deuxième papier froissé de la même manière. Je t’ai lu aussi et j’ai couru, tes mots serrés dans ma main, réchauffant le creux de ma paume en attendant qu’elle ne retrouve la tienne. J’ai foncé, laissant mes affaires joncher le sol en frac. Ne suivant que mon instinct. Cette envie maladive de te revoir, toi, mon addiction. Mon Milo.
J’arrivais à la salle de musique, essoufflé comme jamais, jetant un coup d’œil par le cadre de verre de la porte pour te voir, toi, tes doigts dansant sur les blanches et les noires, ta voix emplissant la salle de sa douce mélodie qui eut l’art de me couper le souffle et de serrer ma gorge. Ta voix. Ta superbe voix… Elle m’avait tant manquée. Tu m’avais manqué, terriblement et je ne parvenais plus à détacher mon regard de toi. Je t’écoutais et me décidais à entrer en remarquant tes yeux se clore. Cette envie, ce besoin, cette soif de jouer avec toi m’avait manqué. Ça me brûlait, me démangeait… Je me plaçais derrière les caisses et comme si nous avions répété ce morceau depuis toujours, je viens ajouter ma touche à ta mélodie. Qu’il était bon de jouer de nouveau. Pour de vrai. Pour exprimer un manque, des excuses, une demande de pardon et non pas déchaîner colère et haine. Tu m’as regardé. Tu as posé ton regard sur moi et c’est ainsi que j’ai senti mon cœur rebattre. Ma vie reprendre.
La cymbale finissait d’émettre son tintement, diminuant lentement avant de s’éteindre, plongeant la salle dans un silence étrange. Tu étais là, devant moi et je ne t’avais pas quitté du regard. Tu étais là, épuisé, de nouveau couvert d’hématomes de ces marques que je détestais tant et que je devinais même si elles m’étaient dissimulées. Et malgré tout cela, tu avais ce sourire, cette magnifique esquisse. Cette lumière qui vint finir de me faire regretter tout ce que j’avais pu penser pendant ce mois loin de toi. Un mois… ça m’avait semblé être une éternité… « Hello. » Je ne t’ai pas répondu, continuant de te fixer sans émettre le moindre son. Sans ciller. Puis je me suis redressé, j’ai contourné la batterie pour te faire face. Instinctivement, mes mains se sont placées, encadrant ton visage pour l’attirer vers le mien. Ton magnifique visage… Mes lèvres se sont déposées sur les tiennes, avide de ce contact dont elles avaient que trop longtemps privées. Nostalgiques et désireuses de la douceur des tiennes. Nos souffles entremêlés de nouveau. Nous…
Ce n’est qu’une fois que le souffle nous manqua que je m’éloignais légèrement de tes lèvres, non sans de nouveaux regrets, plongeant mon regard dans le tien avant de dire, avec un sourire en coin : « On devrait vraiment remettre ça… » Quelques mots, un souvenir. Comme un désir fou de revenir dans le temps, à cette époque où nous étions ensemble, inséparables, intouchables… Ce rappel à notre première rencontre, cette scène qui se rejouait de nouveau, cette nostalgie enivrante. Une nouvelle promesse ? Que l’on recommence tout, ensemble ? Comment résister… Je ne désirais que ça…
Je n’avais pu me résoudre à lâcher ton visage, il avait déjà été si complexe de libérer tes lèvres après autant de temps… Je ne pouvais pas me résoudre à ne plus avoir aucun contact avec toi. J’en avais besoin, j’en avais envie, ce désir fou de te sentir contre moi, de respirer ton odeur, de goûter au grain de ta peau et à sa douceur. Je t’avais à quelques centimètres de moi seulement et pourtant le manque ne faisait que se faire ressentir de plus belle, un étau brûlant serrant mon cœur qui allait comme explosé après notre baiser qui était aussi exquis que les premiers que l’on s’était échangés, bien que bien moins maladroits… J’ai vu tes yeux se mouiller, je t’ai senti t’accrocher à mon cou, mes mains laissant ta gorge pour glisser le long de ton corps venant se placer dans le bas de ton dos pour te serrer contre moi, mon visage s’enfouissant dans le creux de ton cou, y déposant des baisers, ne supportant pas de voir ces larmes dans tes yeux. « Je suis désolé... » Je redressais le visage, te forçant à me regarder alors que je déclarais, plongeant mon regard dans le tien : « Je t’interdis ne serait-ce que d’y penser. C’est moi qui suis désolé d’avoir été con. J’aurais dû deviner, venir te… » Ma mâchoire s’est serrée à ce moment, découvrant une partie d’un hématome sur son épaule, d’un doigt j’écartais ton col pour voir la blessure, un regard triste et désolé fixant ta peau si douce et belle, abîmée de la sorte : « …te sauver. » Je m’en voulais, et ce sont des légers baisers que j’y déposais, comme des caresses, comme milles excuses…  Le contact de tes doigts sur mon torse ne fit qu’avivait mon plaisir de te retrouver. Tout cela m’avait manqué et j’espérais alors que jamais je n’aurais à en être privé de nouveau. Je m’étais silencieusement promis de ne jamais laisser cela arriver. A croire que les promesses ne sont pas faites pour moi… « Tu n’aurais pas pu y faire grand-chose Spooky. Sa prison était beaucoup plus sécurisée que la tienne. » J’arrêtais mon baiser, mes lèvres en suspens au-dessus de sa blessure sombre. Ma mâchoire se contracta. Je n’aimais pas entendre cela. J’aurais dû venir, ce que tu me disais ne faisait que me faire regretter de plus belle de ne pas avoir trouvé le courage de passer ma porte et de venir frapper à ta porte. J’avais eu peur que tu me renvoies chez moi, mais j’aurais réellement dû surpasser cette porte et voir. Réaliser. Et te libérer. Sécurisée ? Jamais il n’y aura suffisamment pour m’éloigner de toi… Jamais.
Ton front contre mon épaule, ma main s’égarant dans tes cheveux, les yeux clos pour profiter de ce contact. « Partirais plus sans toi… » J’ai opiné avant d’ajouter : « Vu ce qu’il t’arrive quand tu n’es pas avec moi, je ne te laisserais plus jamais t’éloigner de moi. » Encore des promesses…
Nous semblions être redevenus ceux que nous étions, deux garçons qui s’aimaient, qui se parlaient sans secret, qui se regardaient et se souriaient, qui partageait ces délires tordus. Ce couple étrange qui attirait les regards, les sourires et les chuchotements, mais nous n’y prêtions pas plus attention qu’auparavant. Nous étions ensemble, pourquoi ces mots et autres gamineries réussiraient-ils à nous atteindre ? Ils ne savaient tout simplement pas qu’ensemble, nous étions de nouveau invincibles. Être séparés ne nous est pas bon, il suffit de voir l’état dans lequel l’absence de l’autre nous a plongés. Mais, nous étions nous de nouveau, seuls les marques présentes sur ton corps ravivaient ce pincement qui harcelait mon cœur, mais ce qui apaisait cette douleur était de sentir ta paume contre la mienne, ton regard sur moi, toi avec moi. Cette piqûre rappelant ce qu’il s’était déroulé pendant notre séparation frappa de nouveau à la fin des cours, alors que nous avancions, main dans la main vers la sortie de l’Université. Je t’ai senti te figer et je me suis tourné vers toi inquiet pour te découvrir un regard que je ne supportais pas. Je suis revenu vers toi, affirmant ma prise sur tes doigts, contemplant ce débat intérieur que tu semblais t’infliger. « Tu te souviens ? Tu ne pars pas sans moi Milo. » Je te l’ai chuchoté en cherchant ton regard, un sourire réconfortant aux lèvres t’étant entièrement dédié. « Tu choisis, mais on reste ensemble. Je reste avec toi. Je m’en fous. » Lâchant ta main je tendais déjà la première main : « Je te raccompagne chez toi, même si l’on risque de faire des détours qui dureront probablement toute la nuit. » Puis, en tendant la deuxième : « Soit je te ramène chez moi, ta présence y a manqué, et ton oreiller a perdu ton odeur… » J’eus un sourire triste, mais attendais, face à toi, je te laissais décider bien que mon envie pour la seconde option était certaine. Je n’avais en aucun cas envie de le ramener chez lui, même si, au fond je savais que si son père le savait, le retrouvait, alors il ne ferait que briser un peu plus mon précieux Milo…  
Je ne t’ai pas quitté des yeux, attendant que tu fasses ton choix, attendant de savoir si tu tenterais de te rebeller de nouveau contre ton père ou bien de suivre ta simple envie. Ce que tu désires vraiment. Du moins, ce que j’espérais que tu voulais… Cette seconde option. Des picotements se faisaient sentir dans ma paume gauche, électrique, avide de contact. Cette paume qui attendait avec une certaine impatience que tes doigts la rejoignent. Mais je tentais au mieux de masquer cette impatience, continuant de te fixer, me perdant dans ton regard, un sourire réconfortant et encourageant déposé sur mes lèvres. Le temps semblait s’être arrêté, je ne prêtais aucune attention à ce qu’il se passait autour de nous, ma vision étant uniquement focalisée sur toi, sur le choix que tu allais faire. Puis tu as rompu le silence qui nous avait enveloppés lentement. « Deal. » Mon sourire s’étendu de suite alors que je sentais ta main rejoindre ma paume qui se réchauffa de suite à ton contact. Tes lèvres contre les miennes finirent de confirmer ton choix, ma main droite venant s’appliquer contre ta nuque pour prolonger notre échange si doux. Je te laissais t’éloigner pour prendre la parole, ne ressentant pas cette amertume que m’avaient valu certaines de nos fins de baisers, parce que je savais qu’aujourd’hui, ce soir, tu serais à moi, et j’aurais autant de temps que désiré pour poursuivre nos baisers : « Mais c'est toi qui feras le matelas cette nuit. » J’eus un petit rire avant de lui faire un clin d’œil : « Pour ça, faudrait déjà que je te laisse dormir Milo… » Et c’est main dans la main que nous sommes rentrés chez moi, chez nous, que nous avons passé le pas de la porte, souriants, heureux. Ma mère était là et me voir avec une expression qu’elle ne m’avait pas connu depuis un mois lui a réchauffé le cœur, elle aurait sûrement voulu t’en vouloir encore un peu, c’est une mère, que veux-tu… Mais elle n’a pas réussi. Elle t’a toujours apprécié ma mère et c’est avec une étreinte qu’elle t’a accueilli de nouveau dans notre maison. Elle n’avait jamais posé de question, je ne lui avais jamais dit ce qu’il t’était arrivé, ce que tu endurais, ce n’était pas à moi de le faire, ce n’était pas moi, et elle n’avait pas voulu savoir. C’est une mère, elle voit le mal que peuvent ressentir les enfants, elle l’a sûrement deviné. Voilà sûrement pourquoi elle t’accueillait de nouveau bras ouverts, tu m’avais redonné le sourire, tu avais réussi là où elle avait échoué et elle préférait t’en être reconnaissante que t’en blâmer. Puis elle sait à quel point tu comptes pour moi, elle sait que jamais je ne la laisserai dire du mal de toi. Nous avons passé une soirée comme autrefois, qu’il était bon d’entendre nos rires résonner dans cette demeure de nouveau. T’entendre ton rire. Puis nous avons laissé mes parents devant ce film qu’elle avait choisi et c’est avec un sourire que je t’ai pris la main pour te mener à notre chambre, celle qui m’avait paru si froide et vide en ton absence, celle qui allait retrouver la vie ce soir.


I'm gonna break you out.

Te revoir dans ma chambre était ce que j’avais toujours espéré, ces images qui hantaient mes nuits et me forçaient à me réveiller en sursaut lorsque je me rendais compte que tu n’étais pas à ta place, celle qui t’étais et te sera éternellement réservée, lové dans mes bras à te serrer contre moi. Mais tu étais de retour dans cette chambre, tu y retrouvais tes aises, tes habitudes, ta vie avec moi. Notre quotidien. Je refermais la porte, me retournant vers toi pour te découvrir dévêtu de ton T-shirt, laissant découvrir ces marques que j’avais deviné mais dont l’image était toujours aussi dure et violente. Mais je sentais ton regard alors que tu t’installais en tailleur pour me contempler, alors, instinctivement, mes yeux quittèrent ces marques pour se plonger dans les tiens. Ces marques, je les ferai disparaître. Ces blessures, je te les ferais oublier. Ces mauvais moments que tu avais endurés, je les effacerai, les remplaçant par des moments bien plus joyeux. C’était ce que je voulais, pour toi.
Je me suis approché de toi, sans cesser de te contempler, ôtant mes Vans pour venir m’agenouiller devant toi sur le lit. Je n’ai rien dit, je n’ai fait que me perdre dans ton regard, ma main est venue te caresser la joue comme d’habitude. Mon visage s’est penché vers le tien, lentement mon index relevant ton menton afin que mes lèvres viennent rencontrer les tiennes pour y déposer un nouveau baiser. Me reculant à tout juste quelques centimètres, appréciant de sentir nos souffles chauds s’entremêler : « Putain, qu’est-ce que tu m’as manqué… » Sans hésitation, ta voix a suivi la mienne : « A moi aussi. » Ce n’était que quelques mots, mais ils eurent l’art de réchauffer mon cœur et d’illuminer mon regard. Alors tu m’as embrassé à ton tour, t’accrochant à moi pour m’accorder un baiser bien plus avide, affamé, un baiser qui a eu l’art de faire vibrer mon corps tout entier. Sentant ce feu intense qui m’avait quitté s’emparer de moi à nouveau. Je me collais plus contre toi, je ne pourrais jamais décrire comment je me sentais à cet instant, à te sentir contre moi, à sentir cette chaleur s’échapper de ta peau et venir lécher la mienne pour augmenter ce feu qui n’avait cesse de grandir. Cette envie…  Ta main dessinant les traits de mon torse vint me donner la chair de poule, un frisson me prenant tant ce contact, tes gestes, tes caresses m’avaient manqués. Tu t’attaquais de nouveau à ta lèvre, ta si jolie lèvre… « ça t’amuse hein de me torturer… » Ai-je marmonné, l’envie trahissant mon regard. Je me suis éloigné, me débarrassant à mon tour de mon T-shirt qui était de trop. Te poussant contre le matelas, d’ordinaire, je prenais le temps de te contempler, de détailler ton torse, ton expression, mais là, je n’ai tout simplement pas réussi. Te surplombant, je me suis de nouveau emparé de tes lèvres, tirant ton menton d’un pouce, finissant ce baiser en te mordant cette si délicieuse lèvre. Mon corps pressé contre le tien, ma peau caressant la tienne, des picotements se faisant ressentir, ne faisant qu’intensifier ce feu d’artifice qui m’animait et chamboulait les battements de mon cœur. J’ai quitté tes lèvres, mais les baisers n’ont pas cessé, descendant le long de ta mâchoire, de ton cou, de son creux, mordillant ta peau pour y laisser ma trace. « Eh. » Je me souviens avoir souri contre ta peau en t’entendant râler, me donnant presque envie de continuer de goûter à ta peau malgré ton intervention. Mais je me détachais d’elle alors que tu reprenais : « Ça se mérite ce genre de chose… » à quelques centimètres de ta peau, j’ai regardé la trace, pour l’instant rouge, que j’avais laissée sur mon passage. Puis je me laissais guider par ta main qui me ramenait vers ton visage, rebroussant chemin en effleurant ta peau de mes lèvres. Alors je me redressais pour relever mon visage au-dessus du tien et arquais un sourcil avant de répondre « Je ferai dire à monsieur, que je l’ai assez sagement attendu pendant un mois, alors j’ai bien le droit de laisser ma marque sur mon Milo. Na. » Expliquais-je avec un sourire en caressant d’un doigt ce suçon interrompu. M’appuyant sur un coude pour observer ton torse pâle qui laissait paraître des marques qui appartenait à un autre, un autre qui te prenait pour sa chose alors que tu ne l’étais pas. Tu ne l’es pas, Milo. Mon index a errer le long de ce torse, jouant sur de faibles chatouilles, me faisant sourire lorsque je voyais ton corps se contracter doucement, ou ta chair se dresser sur mon passage. « Et je compte bien en laisser encore quelques-unes… »  Ajoutais-je en relevant mes yeux vers toi avec un doux sourire, plongeant ma main dans tes cheveux pour t’embrasser, t’adressant un clin d’œil alors que ma seconde main avait déjà terminé son voyage le long de ta peau pour venir rencontrer ta ceinture et tirer dessus afin de mieux déboutonner ton jean.
C’est avec un petit rire et une certaine joie que je t’ai senti d’approprier la peau de mon cou, sentant le bout de tes dents jouer avec, stimulant d’autant plus cette envie qui bourdonnait dans mon crâne. « Un partout, la balle au centre. » J’avais un sourire, j’aimais ces marques sombres sur ma peau, ces petits hématomes comme ces plus intenses qui ne duraient jamais assez longtemps à mon goût. Il ne me déplaisait jamais de les contempler, il ne me gênait en rien de les afficher, me foutant de ce que pensaient les gens, si ça pouvait égayer leur journée de s’imaginer comment je les avais eu. Pour sûr, en éprouvant bien du plaisir. C’est après un baiser que tu m’as redit ces mots… « Je t’aime. » Ils résonnèrent dans mon crâne, faisant vibrer mon corps entier qui t’appelait déjà avec désir, mon cœur manquant un battement tant ils m’avaient manqué. « Je t’aime encore plus. » Ai-je souris en te rendant ton baiser, ne remarquant ton mécontentement qu’en m’éloignant de tes lèvres. « Ce qui est moins le cas de ton pantalon. » J’ai ri, me cachant dans le creux de ton cou pour ne pas trop t’embarrasser, ce n’était pas un rire moqueur, loin de là, mais un rire heureux, craquant sous cet air que tu prenais. Toutes tes expressions avaient un effet fou sur moi… Je me suis donc redressé et débarrassé de mon jean et de mon boxer, sachant que l’impatience commençait à se faire sentir. Debout au pied du lit, j’entrepris de tirer sur le tien pour t’enlever ce surplus de tissus. Ne me gênant pas plus pour te dénuder complètement. Revenant contre toi, me lovant contre ta peau, appréciant de sentir de nouveau l’ensemble de ton corps contre moi. Ma main redescendu le long de ton torse, bien plus rapidement cette fois, pour descendre jusqu’à cette autre partie de toi qui m’avait manquée, t’accordant tes caresses, te stimulant parfois lentement, parfois plus rapidement, tes réactions et nos souffles accélérés emballant de plus belle mon cœur qui semblait vouloir s’échapper de ma poitrine, sentant le désir m’envahir de plus belle alors que je t’embrassais avec bien moins de douceur mais d’ardeur, mes doigts s’accrochant aux tiens avec forces.
J'allais pour passer à la suite, quand... « Bonne nuit les garçons ! » Merde... Le verrou…


...Next...

acidbrain


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Mer 22 Fév - 22:06, édité 16 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nathan T. McMillan


avatar

▲ Date d'inscription : 19/02/2016
▲ Messages : 95

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Sam 23 Juil - 18:50

BORDEL DE MERDE !!! Y'AVAIT TROP A LIRE ET EN MEME TEMPS PAS ASSEZ ! VOUS AVEZ INTERET A CONTINUER D'ECRIRE VISSA ! ET VOUS ETES FRUIT QUAND PARCE QUE BORDEL JE LE VEUX MON LIEN !
CONNARD QU'IL A FAIT PLEURER MON MACEO QUOI PARCE QU'IL A DECIDE DE SE LA JOUER SOLO *tire la langue à Milo et fais câlin à Pinky*

_________________
International - Fucker
On était les rois du monde, on a foutu notre merde plus fort et mieux que toutes les générations. Nous étions si beaux ! On est des paumés. Je suis un et j’ai l’intention de le rester autant j’ai envie. Je préfère baiser ma propre mère plutôt que de laisser ces zombzombs ou qui que ce soit me priver de ma liberté.... × by lizzou.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Lun 25 Juil - 10:44


Part Three




I'll always carry your sadness, your scars... You.

Retour à notre quotidien, à notre petite vie de couple qui m’avait manqué et qu’il me plaisait plus que tout de retrouver. Nous étions de nouveau Nous. Il n’était pas revenu t’arracher à moi et je savais que je ne laisserais jamais cela se faire, sachant que peut-être cette menace pouvait toujours planer. Cette inquiétude restant, ne pouvant l’oublier, sachant le mal qu’avait fait cet oubli la première fois… Et c’est arrivé de nouveau…  
Nous étions ensemble, dans l’amphi, à sombrer dans l’ennui que ces deux heures de cours magistral pouvait inspirer, écoutant le prof qui pensait capter toute l’attention de ses apprenants. Pourtant, du haut de la salle, il était clair qu’il avait déjà perdu les deux tiers de son auditoire vu ce qu’affichaient la plupart des écrans d’ordinateur des étudiants. Je m’ennuyais aussi, mais je t’avais à côté de moi, alors cela ne me dérangeait pas plus que ça, regrettant tout de même d’être enfermé dans cet amphi alors que je pourrais d’emmener là où l’on désirait. J’aurai dû t’enlever… Perdu dans mes rythmes, tu m’extirpa de mes rêveries en me privant de mes baguettes improvisées. Je te fixais d’un air faussement mauvais, réprimant un sourire en voyant ton air fier de ton coup. « Milo McGuire ? » J’ai relevé la tête, trop perdu à essayer de trouver une mini-vengeance pour accorder de l’attention à la personne qui avait interrompu notre prof dans son monologue. J’ai froncé les sourcils. Pourquoi Milo McGuire ? Je t’ai regardé et ton regard ne me rassura en rien. A cet instant, tu pensais comme moi et je n’aimais pas l’hypothèse qui avait traversé nos esprits. J’ai voulu attraper ta main, mais n’en eus pas le temps que déjà tu te levais pour descendre les escaliers de l’amphi pour suivre l’enseignant.
Lorsque je t’ai vu te lever et descendre, t’éloigner de moi, mon seul réflexe a été de faire de même. Nous ne devions pas être séparés, je le savais et je sentais que quelque chose n’allait pas, que quelque chose allait se passer, s’était passé. Le stress m’a envahi de plus belle, me retenant de tacler le prof qui m’empêchait de te rejoindre, alors que tu disparaissais dans le couloir, la porte de l’amphi se refermant sur ton visage désemparé, perdu. « Mr Cubbins, retournez à votre place le cours n’est pas fini. » M’a fait chier le prof en m’indiquant de retrouver ma place. J’ai eu un petit rire. Ma place ? Elle est à tes côtés, elle l’a toujours été, nulle part ailleurs, et certainement pas seul sur cette foutue chaise d’amphi. « J’ai besoin d’aller aux toilettes. » Ai-je froidement répondu sans le regarder, fixant cette porte close devant moi. Mais je n’ai pas eu le droit de te rejoindre : « C’est cela oui… Vous n’aimeriez pas aggraver son cas ni le vôtre n’est-ce pas Mr Cubbins ? » Je l’ai regardé avec une noirceur qu’on ne me connaissait pas. Aggraver mon cas ? Je m’en foutais royalement. Le tien ? Il avait très certainement compris que tu étais mon point faible. J’ai rejoint mon siège avec une amertume certaine, n’écoutant rien à l’autre partie du cours, le regard penché sur mon téléphone, ma jambe se secouant à une vitesse folle, exprimant ma détresse et mon stress, ressentant de plus belle ton absence, n’osant regarder ce siège vide, n’arrivant pas à imaginer pourquoi ils t’avaient de la sorte éloigné de moi, pourquoi ils t’appelaient… Et s’il s’agissait encore une fois d’un coup de ton père ? Rien que de l’imaginer la colère se mise à gronder en moi, je n’avais qu’une seule envie, te rejoindre et savoir.
Je ne savais pas que lorsque je te reverrai, ce serai pour te voir effondré. Dès que l’heure s’est terminée je suis sorti en trombe, courant dans les couloirs de l’université pour te trouver, te rejoindre. Essoufflé, j’aurai voulu pousser un soupir de soulagement quand je t’ai vu, mais ton expression me fit ressentir un sentiment parfaitement opposé. Ça m’a détruit. J’ai compris, tu n’avais pas besoin de le dire, tu n’avais pas besoin de prononcer le moindre mot, j’avais deviné. Il ne pouvait y avoir qu’une seule chose, qu’une seule personne qui pouvait te faire revêtir cette expression si terrible, si triste. Ta mère. Il était arrivé quelque chose à ta mère. Je n’avais rien à dire, je n’avais pas de mots à apposer sur ce que je ressentais, je ne pouvais que te serrer contre moi pour te montrer que tu n’étais pas seul, que j’étais là, que tu n’étais pas seul, que jamais je ne t’abandonnerai, que tu parviendrais à te relever. Mais même ça, on ne m’a pas laissé te le faire comprendre…
Je t’ai vu, là, debout à fixer le vide. Ce regard… Je m’en souviendrai éternellement, il restera graver dans ma mémoire. Ce jour où je t’ai vu au plus bas, ce jour où je t’ai vu avec ces larmes si différentes, emplies de peine, roulant sans cesse le long de tes joues si pâles. Comme j’ai détesté de te voir de la sorte…  Tu as levé les yeux vers moi et j’ai fait de suite un pas vers toi, m’étant arrêté, violemment stoppé dans ma course en te voyant ainsi. Mais je le voyais dans ton regard, tu avais besoin de moi et j’avais besoin d’être là pour toi. Tu m’es tombé dans les bras, t’accrochant à moi comme à une bouée de sauvetage, finissant de serrer mon cœur qui peinait déjà à battre normalement. Te sentir contre moi suffit à me convaincre que l’état dans lequel tu te trouvais était pire que ce que j’avais pu imaginer en te regardant de loin. Je n’hésitai pas à te serrer contre moi, une main attrapant ton crâne, te serrant au plus fort pour que tu sentes vraiment ma présente. Je sentais la panique te gagner plus tu t’accrochais à moi, te maintenant, t’empêchant de tomber, sentant que tu perdais tout simplement tes forces alors que tu essayais de prononcer ces mots que ta gorge peinait à laisser échapper. Et pourtant, tu restais là, à les prononcer non sans difficulté : « C’est ma faute. » Plus tu les disais plus je sentais que je te perdais, que tu t’enfonçais dans les méandres de cette nouvelle. Je ne cherchais pas à savoir ce qu’il se passait, je n’avais pas envie tout ce que j’avais à savoir, à cet instant, ton état suffisait à m’imaginer le pire. « Chut… Milo…Je suis là… » Réussis-je à chuchoter à ton oreille, te pressant de plus belle contre moi. « Ne t’en fais pas… Respire. » Mais tes mots continuaient de s’échapper de tes lèvres, lugubres… J’attrapais ton visage pour que tu me regardes, pour capter ton visage, réussir à rentrer dans ton crâne malgré le désarroi qui te le brouillait. « Milo. Ce n’est pas de ta faute. » Je le pensais. Je le savais. Quoiqu’il arrive, et je voulais que tu me croies. Rien n’était de ta faute. Juste celle du connard qui te servait de père. Pas toi.
Tu n’arrivais même pas à me regarder en face, sentant ma mâchoire se contracter combien je ne supportais pas de te voir ainsi, au point de ne même pas parvenir à me regarder, moi, dans les yeux. Je ne pouvais t’en vouloir et pourtant, cela me brisait le cœur. Mais je l’ai gardé pour moi, je n’ai rien laissé transparaître, cachant ce sentiment terrible sous ma préoccupation à ton égard. C’était tout ce qui comptait, je n’avais pas à me sentir mal, tu l’étais déjà suffisamment. Je t’ai vu nier, je t’ai vu prendre la parole malgré ta tristesse, cherchant à articuler tes mots : « Je l’ai pas sorti de l’incendie Spooky, j’ai rien fait. Je suis parti, je l’ai laissé avec mon père. » Je n’ai rien dit, m’interdisant de laisser quelconque expression transparaître sur mon visage. Tu avais déjà assez pour torturer ton esprit, il fallait que je fasse attention, sinon, je te perdais. C’était tout simplement hors de question… J’allais pour ouvrir la bouche, te dire que jamais tu n’aurais pu la sauver, qu’aurais-tu pu y faire ? J’aurai voulu te le hurler tellement ça me peinait que tu te blâmes de la sorte… « I-il m’avait dit que si je rentrais pas je le regretterais. C’est ma faute. Elle est morte à cause de moi. » Je t’ai forcé de nouveau à me regarder, affirmant ma prise sur ton visage pour que tu n’aies d’autre choix. Tu avais donc tant sur tes épaules… « Je t’interdis ne serait-ce que de penser ça Milo. » Mes neurones fusaient alors que je comprenais ce que tu insinuais, ce que tu voulais indiquer en rappelant la menace que ton père t’avait faite. Etait-il inhumain à ce point ? A aller jusqu’à toucher au seul parent qui ai compté à tes yeux ? Il me dégoûtait… Tellement… J’aurai tant aimé le détruire pour ne serait-ce qu’oser polluer ton esprit de cette culpabilité qui ne te revenais pas. J’en étais persuadé. Aujourd’hui encore, Milo, je crois en toi. Je te connais. Je sais. « Milo, écoute-moi, c'est de SA faute... Il est allé trop loin… » Je pestais contre moi-même, comment te sortir de ce tourbillon infini de malheurs qu’il n’avait cesse de te renvoyer en pleine figure à chaque fois que le bonheur retrouvait sa place sur ton visage. Un monstre tel que lui ne méritait pas de d’avoir dans sa vie. Ni même d’avoir une vie. Je me souviens de cette colère qui m’a envahie en cet instant. Noire. Électrique. Faisant vibrer mon corps et emportant mon cœur. Je n’avais qu’une seule envie. Qu’il disparaisse. Si seulement ça avait été aussi simple…  
Tu as plongé ton visage dans le creux de mon cou, je me rassurai que malgré ce que je te disais, tu ne te braques pas, tu acceptes toujours de venir te lover contre moi et je te serrais de plus belle, déposant un baiser sur ta tempe. « Veux rentrer. » J’opinais, enlaçant mes doigts dans les tiens. A mes yeux, c’était clair, rentrer, signifiait notre chez-nous. Ce n’était pas chez ce monstre, ta seule attache qui y restait étant ta mère… J’allais pour te tirer à ma suite quand une présence dans ton dos me fit relever les yeux, te quittant alors seulement du regard. Une femme était là, un sourire qui ne me plaisait pas au visage. D’où elle se permettait de te sourire ? De quel droit elle te retenait ? « Il va être temps d’y aller Milo. J’étais une amie de ta mère, ta famille ma chargée de te récupérer pour te ramener, comprends bien que je ne peux pas rentrer sans toi. Et tu veux sans doute dire au-revoir à ta mère. » Je refermais de plus belle mes doigts sur les tiens, loin d’être prêt à laisser ta précieuse main m’échapper, ton expression ne m’aidant pas à accorder confiance à la jeune femme, m’aidant à comprendre ton appréhension. « Elle est morte. C’est trop tard pour dire au revoir. » Je sentais ta colère monter et mon pouce vient caresser ta peau avant que je ne regarde de nouveau la femme : « Il ne semble pas avoir envie de vous suivre. Je vais m’occuper de lui. » Je ne demandais pas la permission, je n’en avais pas besoin. J’étais là pour ça, pour m’occuper à te relever de ta peine. « Milo est entre de bonnes mains… C’est tout ce qui importe non ? » La déviais-je du regard avant qu’elle ne rétorque quoique ce soit.
Elle acquiesça un nouveau sourire. Ça en faisait beaucoup pour quelqu’un qui venait de perdre une amie… Au bien était-ce juste le fait qu’elle souhaite d’emmener loin de moi qui me braquait à ce point ? « Oh, mais je n’en doute pas. Tu dois être le fameux Macéo. Ecoutez les garçons, je sais que vous tenez beaucoup l’un à l’autre, mais il faut comprendre que tu dois aller voir ta famille, Milo. Tes grands parents viennent de perdre leur fille unique, ils ont besoin de te retrouver, partager leur peine avec toi, tu comprends ? » La carte des grands-parents… Je te jetais un coup d’œil. Tes grands-parents, je les connaissais, je les aimais bien, ils n’étaient pas comme ton père, ils avaient l’esprit ouvert et eux, ils t’aimaient vraiment, ne te voyaient pas comme une chose qui leur appartient…  Je ne savais pas quoi dire et me contentais de te regarder, tu avais l’air perdu, ne sachant quel choix faire. Rester avec moi ou être avec tes grands-parents, qui, en effet, devaient être détruits par la triste nouvelle de la perte de leur enfant… « Et rien n’empêchera de vous retrouver demain à la cérémonie. » Demain… La cérémonie… Déjà… Je lui jetais un coup d’œil, sans réelle expression, réfléchissant à tout ce qu’elle venait de déblatérer derrière son sourire trop parfait pour être sincère. Elle s’attendait peut-être à ce que je lui réponde, mais c’est à toi que j’ai parlé. « Tes grands-parents ont besoin de toi… Mais je peux t’accompagner, Milo, tu sais ? » Ajoutais-je. Tu le savais, où que tu ailles, j’irai, tant que tu aurais besoin de moi, je serais là. La cérémonie, j’étais déjà certain d’y aller, ne serait-ce que pour te soutenir, car pour sûr, ton père y serait. Ce n’est pas après tel évènement que j’allais te laisser seul près de lui. Mais, pour ce soir, j’aurai compris si tu voulais te retrouver seul avec ta famille, ta vraie famille… Même si être séparé de toi ne pouvait me faire du bien, l’important à cet instant était toi, toi uniquement. Alors je mettrais de côté mes émotions, je garderai mon sourire et j’accepterai quelle que soit ta décision. Je ne prêtais plus attention à la femme, te regardant réfléchir à tes options. La bise que tu m’as accordée à cet instant en disait déjà long sur ce que tu pensais et je réprimais un soupir de résignation.  « Appelle-moi ce soir. Et demain, c’est avec toi que je rentre. »  J’ai opiné. « Pour sûr. » Sentir ta main quitter la mienne me fit bizarre, mais je ne fis rien, gardant ma main en suspens, te regardant partir aux côtés de cette femme dont l’expression me gênait. Comme si elle avait gagné… Pourquoi est-ce qu’elle me perturbait autant ? Me laissant à penser que je n’aurais peut-être pas dû la laisser à tes côtés. Je restais là à te regarder partir, sans moi. Combien de temps je suis resté ici, alors que tu n’étais même plus dans mon champ de vision…
Je suis de suite rentré chez moi, me moquant bien des cours prévus en cette fin d’après-midi. Je suis rentré, monté dans notre chambre, tentant de ne pas porter attention à ton absence, attrapant de suite mon téléphone. Je me suis forcé à attendre, n’ayant pas envie de te déranger dans tes retrouvailles avec tes grands-parents, imaginant que tu devais les consoler et eux de même à ton égard. Etais-tu vraiment chez eux ? Pourquoi cette pensée ? Je n’aimais vraiment pas cette foutue femme et son air fier…  Ce n’est qu’après près deux heures depuis que j’avais pénétré ma chambre, me jetant sur mon lit, que j’ai attrapé mon téléphone, composé ton numéro. La sonnerie retentit, pourquoi tant de stress ? Tu allais répondre… Bien sûr que tu allais répondre… Alors pourquoi je m’inquiétais autant ?
Je dois te l’avouer, j’ai eu peur que tu ne répondes pas, peut-être m’inquiétais-je trop, peut-être me faisais trop d’idées noires, j’essayais de me convaincre de cela, me disant que tes grands-parents étaient là et sauraient te protéger des griffes acérées de ton père, de sa colère et de cette haine incompréhensible qu’il t’accordait. Je l’espérais, réellement. Puis, les sonneries ont cessé de résonner en écho dans mon crâne pour laisser place à ta voix : « Spooky. » Tu étais là, tu avais pu me répondre, ça aurait dû me soulager, mais la tonalité de ta voix eut l’art de renforcer ma crainte. Je me suis redressé, le stress me rongeant de nouveau. Pourquoi avais-je osé espérer ? Ridicule… « Milo… Qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce qu’il t'a fait ? » Je me relevais déjà, me concentrant sur ta voix, ta respiration qui me parvenait à travers mon téléphone. Je n’avais qu’une envie, sortir de chez moi et courir vers chez toi, courir te rejoindre et te sortir de ses griffes dans lesquelles j’étais certain que tu te trouvais de nouveau prisonnier. « Je n’aurai jamais dû te laisser partir… » Chuchotais-je en colère contre moi-même, de m’être laissé berner par cette imbécile aux faux sourires, faisant les cent pas. Le lendemain me semblait trop loin et te savoir mal renforçait cette éternité qui nous séparé l’un de l’autre. Mais tu as toujours essayé de me rassurer n’est-ce pas ? Là encore, malgré ta voix tremblotante et épuisée, tu as tenté : « C-ça va, ça ira. Rest-… » Je me figeais alors que tu ne parvenais pas à finir ta phrase, coupé par quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Je me suis glacé sur place comprenant ce qu’il se passait, spectateur inutile et impuissant qui ne pouvait qu’écouter sans agir. « Laisse-le ! » Mon poing se sera alors que j’entendis un violent claquement et quelqu’un s’écroulant à terre. « Milo ?! » Mais ce n’est pas ta voix qui m’est parvenue, encore ces espoirs puérils et aveugles… Ma colère allait crescendo alors que sa voix à lui me parvint, me narguant de ne pas être là, qu’il y était lui, qu’il t’avait récupéré, qu’il avait gagné et que jamais il ne me laisserai de nouveau t’approcher. Qu’il essaie juste. « Ecoute moi bien le morveux, si tu te ramènes à l’enterrement  de ma femme je te jure que tu en affronteras les conséquences, mon fils ne sera pas une contre nature contre toi, il a besoin qu’on le remette sur les rails maintenant. Alors tu vas me faire le plaisir de dégager de sa vie. » J’eus un petit rire nerveux, parce qu’il pensait réellement pouvoir me faire peur ?! C’est d’une voix glaciale que je lui répondis, ayant enfin un échange avec ce monstre que je rêvais de voir disparaître depuis le lendemain de notre rencontre, alors que j’avais compris qu’il te tabassait par pur plaisir et besoin de supériorité. « S’il y a bien quelqu’un qui doit dégager de sa vie, ce n’est pas celui qui arrive à lui décrocher sourires et rires. Et crois-moi que je me gênerai pas pour effacer le moindre vrai parasite dans la vie de Milo… » Crachais-je au téléphone, sans faire preuve d’une once de respect, il n’en méritait pas, il méritait uniquement de disparaître, le menaçant sans regrets si ce n’est que tu sois à proximité de lui, rêvant de l’avoir en face de moi et de lui en décrocher une, voire bien plus. Il me raccrocha au nez et je balançais mon téléphone en travers de la pièce. Ne pas venir à l’enterrement ? Parce qu’il pensait vraiment que les ‘conséquences’ dont il me menaçait me faisaient flipper ? Il n’avait fait que me déterminer d’autant plus à retrouver Milo demain et l’arracher à ce geôlier inhumain. Il fallait que je te sorte de là, je n’avais que cette idée en tête et elle m’a hanté toute la nuit, m’empêchant de fermer l’œil, ton absence n’aidant pas à trouver ce royaume des rêves où nous nous perdions ensemble.
Je vis le soleil se lever, venant illuminer cette pièce où j’avais passé la nuit, assis à même le sol, à réfléchir. Je jetais un coup d’œil à mon réveil, il était hors de question que j’arrive en retard, hors de question que je ne sois pas à tes côtés aujourd’hui… Je me suis préparé, bien trop tôt sûrement mais attendre plus longtemps n’était pas concevable. J’aurai été prêt à débarquer comme j’étais, mal fringué, mal coiffé, mais aujourd’hui n’était pas seulement par rapport à ton père, aujourd’hui était essentiellement l’enterrement de ta mère, de celle que tu avais tant aimé et chéri, la seule qui parvenait à t’accrocher à ce foyer perdu. Pour elle, je fis un effort, prenant mon mal en patience, continuant de jeter de perpétuels coups d’œil à mon réveil.
Alors que j’enfilais une chemise noire, quelqu’un frappa à ma porte, mes parents. Leurs visages inquiets laissaient tout transparaître. Ils se doutaient qu’aujourd’hui allait être complexe. Mais ils ne me retinrent pas, ma mère m’aida à attacher ma cravate : « Tu veux que l’on vienne avec toi ? » Elle en avait envie, elle lisait en moi si facilement, devinant sûrement ce qui se tramait, mais je niais d’un signe de tête. « Tu l’embrasses pour nous hein ? » « Tu pourras le faire toi-même ce soir, Maman. » Elle eut un petit sourire, en rien rassurée par mes mots, mais je n’avais pas le temps de la rassurer, je ne pouvais tout simplement pas. Puis c’est mon père qui m’a attrapé par l’épaule : « Tu fais ce que tu as à faire, tu fais attention et on sera là à votre retour d’accord ? » Je lui jetais un sourire, rapide, je n’avais pas envie de sourire, je leur étais reconnaissant, tellement, j’aurai aimé les enlacer, leur dire, mais j’étais actuellement bien trop préoccupé et impatient de te retrouver pour penser à quoique ce soit d’autres. Ils le savaient, ils savaient combien de je t’aimais, combien je tenais à toi. Ils savaient et ils m’ont laissé partir, là où certains auraient retenu leur fils, l’empêchant de se mettre dans une situation complexe, voir dangereuse vu le spécimen qu’est ton père. Mais pour toi, Milo, j’étais prêt à affronter tous les dangers, tous les obstacles. Alors je suis sorti de ma maison pour me diriger directement chez toi. J’arrivais alors que la porte s’ouvrait sur toi. En temps normal, j’aurai souri, mais ton expression, ton état, ton regard m’en empêchèrent, me faisant de plus belle serrer le poing que je vis ton père à ta suite. Je vous vis descendre, te fixant toi uniquement, crevant d’envie d’aller vers toi et de te serrer contre moi. Son faux sourire, sa fausse affection eurent raison de moi. J’avançais, me frayant un passage dans cette petite foule et alors que je ne sais qui vous présentez ses condoléances, j’ai glissé mes doigts dans les tiens : « Milo… » Chuchotant pour attirer ton attention, t’adressant un sourire, ne portant aucune attention à ton père, ne regardant toi, que toi, comme toujours. « Je t’avais dit que je te sortirai de cette prison… » Je serrais de plus belle ma paume contre la tienne, n’étant pas susceptible la lâcher même sous la contrainte. Cette main, elle m’appartenait. A moi seulement.
J’ai senti tes doigts se serrer contre les miens, ton visage se dessiner d’un sourire. Un sourire… Sur ton visage… Enfin… De suite, il fut plus simple de respirer… Mais pas d’espérer. Car il était là, à tes côtés, j’avais décidé d’ignorer sa présence pour toi, mais il était là, menaçant, comme toujours. Ce fut très rapide et court, mais déjà ma paume avait retrouvé un peu de chaleur. Mon regard suivit ta main, ton bras, sa poigne à lui. Mes sourcils se froncèrent de suite, comprenant, n’ayant pas manqué de relever tes blessures pour comprendre ce qu’il tramer. Mon regard se noircit, serrant ma mâchoire pour ne pas me jeter sur lui et lui retirer sa main. Mais un frisson me parcourut l’échine alors que le discours du prête était prononcé, lorsque le dos de nos mains se rencontrèrent. Caresse interdite et secrète, discrète qui faisait déjà tant. Je ne bougeais pas pour ne pas briser ce lien, pour que tu continues de me sentir contre moi alors que la cérémonie s’entamait et que je savais parfaitement que cela allait être d’autant plus dur pour toi. Vint le tour de tes grands-parents qui surent trouver des mots qui semblaient bien plus emplis de sens que ceux du prêtre, des mots sincères, dits avec émotion, qui touchaient réellement. Puis ton père fut appelé à leur suite. Je me redressais, voyant cela comme une opportunité. A peine était-il debout que nos mains se jetaient l’une sur l’autre, comme si nous n’avions attendu que ça. J’inspirais, n’écoutant pas du tout le discours de ton père, t’accordant un regard. Ta grand-mère vint s’asseoir à tes côtés. C’était comme s’ils avaient deviné… Ils avaient su que tu avais besoin d’aide… Je lui adressais un sourire reconnaissant. « Merci... » Ta voix… Mon regard s’est de nouveau porté sur toi, pressant ta main alors que j’ajoutais : « N’oublie pas, tu es mon prisonnier à moi… Je te ramène chez nous… » J’étais sincère, il ne m’arrêterait pas, je ne partirais pas sans toi, quoiqu’il arrive, quoiqu’il fasse, je t’extirperai de cet environnement malsain. « Je suis là, ça va aller. » Il finit son discours et peina à déguiser son expression de mécontentement lorsqu’il vit sa place prise. Il n’avait pas le droit d’être à tes côtés. Il n’avait pas sa place dans ta vie.
Tu essayais de sourire, de te rassurer peut-être… Mais l’inquiétude restait présente dans ton visage. « Je veux pas qu’il s’en prenne à toi. » J’ai plongé mon regard dans le tien pour ajouter à ta suite : « Il le fait déjà, quand il s’en prend à toi. » C’était sincère, il n’y avait pas meilleur moyen de me toucher que te faire du mal à toi. C’était ce qui me faisait réagir, c’était ce qui m’affectait. Je te l’ai dit, nous sommes Nous. « Qu’il essaie juste… » Ajoutais-je en détournant mon regard vers ton père. J’étais impatient de t’emmener loin de lui, loin de tout ça, de pouvoir t’avoir à moi et te consoler. Vraiment. T’écouter si tu avais besoin de parler. Ou tout simplement être là pour toi, pour te soutenir, une épaule sur laquelle t’effondrer, partager ce poids qui peser que trop lourdement sur ton dos. Ton père était là, à nous regarder avec mépris et mécontentement. Mais je ne cillais pas, je ne lâchais pas ta main. Qu’il essaie juste… Qu’il montre à tout ce joli petit monde aux yeux voilés ce dont il était capable. Qu’il ose leur révéler le monstre qu’il est… On verra bien qui se retrouvera mal après cela. Je ne lâchais pas ta main, je ne te laisserai pas. A cette époque, j’en étais si persuadé. Si déterminé à ce qu’on se batte, ensemble, qu’on les affronte sans se laisser abattre, pensant qu’il suffirait que l’on soit ensemble pour être suffisamment forts. Je le pensais. J’ai longtemps pensé de la sorte. N’imaginant pas, à cette époque, que tout serait bien plus complexe et triste que ça ne l’était déjà…
Je ne prêtais déjà plus d’attention à la cérémonie, que trop préoccupé par ce que prévoyais ton paternel. Il n’allait pas nous laisser filer aussi facilement. Tout laissait à le penser quand on lui jetait un coup d’œil… Animé par une folie qui transpirait dans son regard. Il voulait faire peur, il voulait nous soumettre à lui, qu’on se lâche, qu’on se résigne, ne comprenant pas que tout ce qu’il parvenait à faire ainsi, c’était me donner d’autant plus envie de m’accrocher à Milo, d’être prêt de lui, quitte intensifier la haine de ce monstre. Il ne me faisait pas peur. Tout ce qui pouvait me faire peur, c’est que toi, tu ne m’aimes plus. Tout le reste, ce n’est rien, je m’en remettrais, tant que tu es à mes côtés. Tu m’as déjà sauvé une fois. Tu m’as redonné confiance. Tu es le seul qui parviendra à m’ôter cela.
Voilà qu’il s’approchait dangereusement, de suite bien plus confiant quand l’audience se fit bien moins importante. Un lâche jusqu’au bout. Il n’assumait même pas… Cet homme était tout simplement pathétique jusqu’au bout. Il ne m’inspirait que mépris… Je sentis ta main tirer la mienne. Tu te levais. « On s’en va. » J’opinais, te suivant, sans jeter un regard en arrière pour voir cette boule de fureur accourir vers nous. Pourtant, maintenant que je l’avais enfin en face de moi, maintenant que j’avais ce type qui avait pourri ta vie sous mes yeux. Je n’avais pas envie de lui tourner le dos. Tu avais peur de lui. Tu aurais toujours peur de lui. Tant qu’il ne te laisserait pas en paix. Et si on persistait à éviter la menace, à fuir, à tourner le dos, alors jamais cette menace ne serait détruite… Vivre avec toi est tout ce que je désire. Te savoir effrayé est tout ce que je déteste. C’est sûrement pour cette raison que j’ai décidé de lui faire face. De m’interposer entre lui et toi. Soutenant son regard violacé par la haine. Milo était à moi. Il avait décidé d’être “contre-nature” comme cet inhumain l’avait si bien dit. Qu’espérait-il y faire ? Fallait-il vraiment le soumettre à se résigner ? Alors soit… « S’il te plaît… » Il ne t’a pas plus que je cesse d’avancer pour lui faire face, sentant la pression que tu exerçais sur mon bras, je te jetais un coup d’œil, un sourire aux lèvres : « ça va aller… » Ai-je eu le temps de te murmurer avant que cette masse sombre ne vienne se poster à quelques pas de nous. Je me refusais d’avoir peur, de lui montrer une once de crainte dans mon regard. Nourrissant suffisamment de haine à son égard pour laisser de côté la menace qu’il peut être. J’aurai sûrement dû avoir un peu peur, il est toujours préférable de craindre un minimum, mais je n’y arrivais tout simplement pas. « Vous comptiez déjà nous fausser compagnie ? » Sa voix était froide et je le vis te regarder, me décalant d’un pas afin que tu ne subisses pas les coups de son regard assassin. Je préférais largement prendre les balles pour toi, tu avais assez donné… Ma main continua de serrer la tienne. Sentant son regard s’assombrir lorsqu’il remarqua cette étreinte. « Oui, il se fait tard, il faut qu’on rentre chez nous. » Répondis-je en insistant sur les deux derniers mots, ne pouvant retenir un haussement de sourcil provocateur. Maintenant que je l’avais en face de moi, je n’avais pas envie de me retenir, tremblant tant j’avais envie de lui mettre un poing. Mais il fallait qu’il fasse l’erreur, qu’il fasse le premier pas, qu’il soit à blâmer… Ton père s’est redressé, comme dégoûté par l’étreinte de nos mains et tendit un bras vers toi, pour t’empoigner très certainement et briser notre lien. A peine t’eut-il effleuré que je le tenais à distance : « Faut apprendre à laisser tomber. Milo est à moi. » Lui crachais-je au visage dans un souffle avant de le repousser pour qu’il recule. Mais l’homme semblait loin d’avoir apprécié mon geste ni même mes paroles, ça se lisait dans son regard. C’est là que le premier coup est parti, faisant vibrer mon crâne, sentant le goût métallique du sang dans ma bouche, mais je me redressais, adressant un vif coup d’œil à mon Milo pour le rassurer d’un sourire, ne lâchant sa main que pour une seule chose, rendre le coup. Ma colère tendait mes muscles, je m’en servais sans gêne de cet énervement, de cette haine et de ce mépris à l’égard de ce type. J’avais enfin l’occasion de lui faire goûter ce que lui-même infligé à son fils. Des coups, ça ne fait jamais du bien, mais le plus dur dans tout cela ce n’est pas tant la partie physique, qui finit toujours par se remettre, mais plutôt la partie mentale. Être rabaissé… ça vous marque toute une vie… Il avait osé traiter mon Milo comme un chien, lui en faire baver comme jamais, il allait prendre à son tour. Lancé, je ne laissais pas les interactions de Milo me déconcentrer, je savais parfaitement que l’homme n’attendait que ça, que je détourne le regard pour de m’attaquer par derrière, ça aurait été si facile… Je voulais en finir au plus vite, et t’emmener, que tout cela soit enfin fini. Mais ton père était un sacré spécimen… Son poing vint de nouveau me frapper, je titubais sous sa force mais n’eus pas le temps de relever la tête pour voir le second arriver. Perdant l’équilibre, je me retrouvais au sol alors qu’il vomissait des paroles inutiles. Quoiqu’il dise, quoiqu’il fasse, je n’arrêterais jamais de me battre pour toi. « Mon fils ne rentrera pas avec une petite pédale comme toi, je t’avais prévenu que tu paierais les conséquences si tu venais aujourd’hui. Tu manques de respect. » Je crachais à ses pieds le sang qui me gênait et me redressais en rien de ce qu’il dit : « Le respect ça se gagne, un type dans ton genre mérite que le mépris. » Il t’empoigna de nouveau, mais tu ne t’est pas laissé faire : « Lâche moi ! » J’allais pour t’aider, mais il te donna un coup… Un coup qui te fit cesser de te débattre… J’ai sentis ma rage s’intensifier, mes poings se serrant de plus belle, ma peau blanchissant, ressentant comme des picotements les parcourant tant le voir te toucher et te faire du mal me mis hors de moi. J’ai profité qu’il soit distrait pour prendre mon élan et avec force le frapper en plein nez, puis directement sous son menton, pour le déstabiliser de plus belle et desserrer sa poigne autour de ton bras. Il se pencha, portant ses mains à son nez et j’attrapais son crâne pour lui faire faire la connaissance de mon genoux dans un coup violent. Je me précipitais vers toi : « Milo… Viens. » Je ne supportais pas de te voir mal mais je ne pouvais m’occuper de toi tant qu’il était encore là. Je tendais la main vers toi pour que tu l’attrapes et me laisser t’enlever. J’ai souri quand tu t’es emparé de ma main. Je l’ai saisi, sentant les picotements me quitter alors que l’on s’éloigner de ce déchet. Je te tirais à ma suite, me frayant un passage parmi ces inutiles et incapables qui n’avaient osé se bouger, qui avait laissé cet adulte faire ce qu’il voulait, qui avaient trop la trouille pour agir. Je nous ai éloigné de cet endroit morbide, de ce monstre, n’ayant qu’un seul et unique but, te ramener chez nous, là où tu serais en sécurité. Enfin. Je n’ai rien dis, je n’ai pas prêté attention à mon visage qui me lançait, à ce sang qui me dérangeait, tout ce qui importait était de mettre le plus de distance possible entre lui et nous. J’avançais, le cerveau brouillé par ce qu’il venait de se passer, ne me rendant même pas compte que nous étions désormais tranquilles. Loin de lui. « Je suis désolé. » Ce sont les seuls mots qui ont réussi à se frayer un chemin à travers le brouillard bordélique qui rongeait mon crâne. Je me suis arrêté, je t’ai regardé, ton expression… Je ne l’aimais pas… Je ne la supportais pas… Alors je me suis emparé de tes lèvres sans rien dire, t’embrassant avec ardeur, te collant contre moi, c’était tout ce qui importait, que l’on soit ensemble, la manière dont cela était possible, je m’en foutais déjà : « Arrête de t’excuser. Depuis le temps que j’en rêvais… » Finis-je par lâcher avec un sourire, je ne regrettais en rien d’avoir frappé ton père, j’aurai aimé pouvoir plus, lui faire ressentir ce que toi tu ressentais, réussir à ce qu’il se mette à ta place. Je ne regrettais pas… Voilà ce qui arrive lorsqu’on se met entre celui que j’aime et moi. On subit juste ma rage et ma colère. Puis je repris notre route en ajoutant : « Puis, il ne peut pas me faire du mal, t’es le seul qu’en a la possibilité, donc vous serez prié de cesser de vous prendre la tête Mr McGuire. » Nous avons poursuis notre route jusqu’à notre chez nous. Il a suffit que j’ouvre la porte pour que ma mère se précipite dans l’entrée. Elle contempla mon visage et je la vis réprimer un hoquet en voyant que je t’avais avec moi et surtout, que j’avais ce sourire en disant : « On est rentrés. » Mon père me sourit en retour : « ça a l’air de s’être bien passé… » J’opinais en te serrant de plus belle la main, alors que ma mère m’auscultait à distance, sachant que je ne voulais pas qu’elle s’inquiète de trop. J’étais rentré, tu étais avec moi, c’était tout ce qui importait. Elle s’est alors pressée vers toi pour te serrer contre elle et t’embrasser, comme je lui avais promis qu’elle pourrait le faire. « Va falloir que je fasse une lessive à ce que je vois… » Finit-elle par lâcher avec un sourire. Qu’il était bon d’être de retour.


I am half a soul divided. (Part I)

Je m’ennuyais. Clairement. Tu étais parti rendre visite à tes grands-parents et j’avais dû rester ici. Tout seul. Je ne me sentais pas abandonné, ne va pas croire ça, je ne t’en voulais pas où quoique ce soit, bien au contraire, j’étais heureux que tu passes du temps avec … C’était juste que tu me manquais, un peu… Beaucoup… Terriblement. J’aurai pu passer mes journées dans ma chambre, au téléphone avec toi. Mais  il fallait bien que je continue de m’occuper malgré ton absence, n’est-ce pas ? Tu me l’as dit, mes parents me l’ont  dit, tu avais tes activités, tes grands-parents, tes amis là-bas, ils ne cessaient de me dire que tu n’aimerais pas que je me terre de la sorte. Ils n’avaient pas faux. Puis ça ne me ressemblait pas. Il faut dire qu’avec tout ce qu’il s’était passé, après tout ça… J’avais dû mal à ne pas m’inquiéter pour toi. Mais il fallait bien que je reste celui que tu aimes non ? Celui que tu aimais à cette époque.
Alors je suis sorti, je suis allé au skate parc, je suis allé sur la plage, je suis allé voir des potes, c’est vrai que j’oublie de parler de Sam… Il faut dire que me replonger dans tout ça me fait me perdre dans nos souvenirs. Me fait me focaliser de nouveau sur nous, ça m’avait manqué tu sais… De me noyer de nouveaux dans ces images, ce que nous étions, ce que nous avons été, ce qu’il s’est passé, ce que nous sommes devenus… Reprenons veux-tu ? Sinon je ne vais pas réussir à poursuivre.
Sam donc… Elle qui venait passer des vacances à Los Angeles de temps à autres. Ça faisait déjà un moment qu’on se connaissait et pourtant je n’ai pas trouvé le temps de la mentionner. Mieux vaut tard que jamais non ? Sam, était une vraie pile, c’est pour ça que l’on s’était si rapidement entendu. Il n’y avait pas à s’ennuyer, c’est pour ça que lorsque tu n’étais pas là, j’étais plutôt content de l’avoir pour qu’elle me ramène à celui que j’étais. Elle me permettait de me changer les idées, de ne pas penser qu’à toi, elle n’était pas dupe et savait que mes pensées revenaient toujours à toi, mais elle savait y faire pour que l’inquiétude ne me ronge pas trop… Pourtant, à chaque fois, dès que je rentrais chez moi où que je voyais l’heure approcher, je me jetais sur mon téléphone portable pour taper ton numéro et de suite t’appeler. Arrêtant mes activités, mes pensées, laissant ceux avec qui j’étais pour toi, pour entendre ta voix, pour avoir de tes nouvelles, et ce n’est qu’alors que je retrouvais un vrai sourire. « J’ai faillis attendre. » Enfin… La journée m’avait parue longue. Peut-être était-ce parce que ça faisait longtemps que je ne t’avais pas vu de mes propres yeux. J’étouffais un petit rire avant de m’étaler à même le sol et de bougonner : « Roh ça va, t’as pas répondu tout de suite non plus… » Je finis par laisser mon rire s’échapper : « Tu vas pas râler alors que je t’ai enfin au téléphone ? Alors raconte-moi combien tu t’éclates sans moi ! » Souriais-je avant de t’écouter, fermant les yeux pour tenter de nous imaginer face à face à avoir cette conversation. Encore combien de temps avant ton retour ? « Je râle pas espèce de rabat joie, et puis j’ai répondu tout de suite, je finissais juste ma phrase… » Ta phrase… Quelle phrase ? Mais je n’eus pas le temps de questionner plus à ce sujet que déjà tu enchaînais. Je t’ai écouté sans te couper, je n’aurais pas pu, tu ne pouvais pas savoir combien il était bon de t’entendre, même si ta si jolie voix était déformé par le son du téléphone.
« Et ma journée était terriblement froide, pleine de neige toute blanche et donc en en manque de rose, de bleu et de... Jaune ? T’as jamais mis de jaune sur tes cheveux, si ? » Si, quand j’étais gosse, des mèches, pas de la même manière que j’ai désormais, lorsque c’était encore ma mère qui jouait avec ma tignasse et mon style. Mais je n’ai pas pu te répondre, lancé dans ton monologue, je ne te coupais pas, t’écoutais juste. « Et dis tu restes toute la nuit au téléphone avec moi sans raccrocher ? Je te gueulerais à l’oreille pour te réveiller. » J’eus un sourire, ce serait avec grand plaisir… comme toujours. Puis je ne t’avais pas avec moi, comment voulais-tu que je m’endorme ? « Ah si ! J’ai écrit plein de trucs que tu sauras pas et que je peux pas te raconter, et puis y a un type qui joue trop bien de la batterie, il est trop canon en plus, on est trop raccord lui et moi. » J’ai ouvert les yeux, fronçant les sourcils, même si au fond je savais que tu te foutais de ma gueule, n’empêche que je n’aimais pas ça. L’idée que tu rencontres quelqu’un qui déroberait ma place. Dis Milo, c’est possible ? Que tu trouves quelqu’un qui te plaise plus que moi ? Qui te protège mieux ? Qui te rende d’autant plus heureux ? Est-ce possible ? Mais ces pensées déprimantes qui piquaient mon cœur et mon esprit s’évaporèrent quand tu poursuivis dans ton monologue. « Non en fait c’était Jade, elle est carrément pas une as des baguettes alors c’est moi qu’ait dû jouer avec  et elle m’a piqué mon synthé pour faire n’importe quoi avec. Et puis y avait son pote là il savait même pas ce que c’était que la Crash et la Ride, alors je te raconte même pas quand j’ai parlé du Charley, je t’imaginais bien t’arracher les cheveux. C’était triste. » Je me facepalmais la gueule. Ce n’était clairement pas un batteur s’il ne connaissait même pas son instrument et ses composants… Maintenant, tout le monde pense pouvoir s’improviser être quelque chose. Un guitariste. Un bassiste. Un batteur. Un pianiste et autre. Mais ça ne s’improvise pas, ça s’apprend, si l’on veut bien savoir joué d’un instrument, il faut le connaître, savoir s’en occuper, le gérer, c’est le secret de la maîtrise. Sinon ce ne sont que des conneries. Et ça a toujours eu l’art de me mettre hors de moi. Tu le sais ça… En effet, je me serais arraché les cheveux, ou lui aurait tout simplement montré ce que c’est de drummer pour de vrai. Une petite démo en up l’aurait très certainement fait redescendre… « Spooky pourquoi tu me coupes jamais la parole quand je parle trop ? » J’eus un petit rire et pris enfin la parole : « Parce que j’aime t’écouter. Tu as l’air de bien t’amuser, ça me fait plaisir. Même si tu te doutes que ton histoire de trucs écris m’intrigue un peu. Et je ne sais pas si je vais pouvoir rester toute la nuit au téléphone, y’a une pote qui veut qu’on se voit… Que faire… » Te taquinais-je à mon tour en vengeance du faux type canon que tu avais inventé pour me faire chier. Mais même si ça avait été réellement le cas, mon choix aurait déjà été fait. Rester avec toi était ma seule option, la seule qui me plaisait.
Je retenais un rire en te voyant marcher complètement. « Comment ça elle vient te voir ? C’est qui ? Je la connais ? Y a intérêt que je la connaisse ! Et pis vous allez faire quoi ? » Tu étais si mignon quand tu étais jaloux… C’est peut-être pour ça que j’aimais en jouer de temps à autres… Même si je dois l’avouer, j’aimais d’autant plus ça lorsque tu étais en face de moi… Alors je pouvais craquer devant ta bouille. « Inspecteur McGuire, vous voulez bien me laisser le temps de répondre s’il vous plaît ? » Me moquais-je après ta vague de question. « Macéo Spooky Jim Cubbins. Tu ne serais pas en train de te foutre de ma gueule, hein ? Parce que si c’est le cas, t’es un méchant-vilain qu’est beau quand même, c’est mal de mentir. » J’éclatais de rire : « Tu veux qu’on en parle monsieur j’ai rencontré un batteur canon gnagnagna ? » Renvoyais-je avec un sourire. « Puis tu le sais non, entre toi et les autres, t’as toujours été celui que je choisis. D’où tu t’inquiètes ? Puis, je ne sais pas si c’est possible d’être plus craquant que tu ne l’es quand t’es jaloux. Tant que tu restes le premier dans cette catégorie, t’as peu de chance d’être détrôner alors… » Je continuais de te taquiner, je pensais que ça apaiserait le manque, de rire, de sourire, mais ça ne faisait que le faire ressentir de plus belle. « Je t’aime tu sais ? » Finis-je avec une voix plus douce, qui laissait transparaître tout simplement l’amour que je t’accordais, à toi et à toi seul. Ces mots, jamais je ne me lasserai de te les répéter. Aujourd’hui encore j’ai envie de les hurler pour que tu les entendes. Les lâcher vers ce ciel sous lequel nous nous trouvons tous les deux, ce même si nous ne sommes pas ensemble. Dis, Milo, est-ce que comme moi, tu regardes le ciel parfois et pense à moi ? à nous ?
« Moi aussi… » Ce n’était pas la première fois que tu me retournais mon je t’aime, et pourtant, à chaque fois, ils sonnaient comme notre tout premier échange de sentiment, ravivant mon cœur dans un élan de douceur, le faisant tout simplement fondre, me remémorant ce jour où tu avais fait disparaître tout stress de mon corps en me rendant mon baiser... Y penser me rendait nostalgique, car tu n’étais pas avec moi, et je ne pouvais pas coller mes lèvres sur les tiennes pour sceller cet amour qui m’animait au tien. J’étais si fier que tu te ressentes ainsi à mon égard, et je me battrais pour cet amour. Pour ces sentiments… Quoiqu’il advienne. Qu’est-ce que j’aurais donné pour pouvoir te voir… T’entendre me les dire de vive-voix, pas à travers le haut-parleur de mon téléphone… Ce besoin rongeant mon cœur, mon esprit… ça en devenait presque maladif. Tu m’avais rendu addict à toi… Moi qui avant ne pensait pas que je m’accrocherai autant à quelqu’un, tu m’avais prouvé le contraire, tu avais tout chamboulé en moi, et ça avait été la plus belle expérience que j’avais connue, la plus importante, m’aveuglant tant que je ne penserai pas que nous en tirerions aussi autant de cicatrices…
« C’est pas juste que tu me manques comme ça. » J’inspirais longuement, la tonalité de ta voix chassant tout désir de taquinerie à ton égard. « Je ne vais pas m’en excuser. J’aime savoir que je te manque… Que je ne suis pas le seul à ne pas aimer le fait qu’on soit aussi loin l’un de l’autre… » Ajoutais-je, mon regard se perdant à fixer le plafond un instant avant de clore mes paupières pour revoir ton visage, comme ça, dans mon crâne, ces premières qui me venaient à chaque fois. Je n’ai jamais eu peur de trop t’aimer, était-ce possible que ce soit le cas ? Qu’en m’attachant de la sorte, je créé moi-même les outils pour brouiller mon cœur, le malmener, le briser… Je chassais ces pensées, l’heure n’était pas à y penser, elle viendrait bien plus tard… « Ça va passer vite Milo. Nous serrons bientôt réunis. » Puis un sourire étendit mes lèvres : « Et alors, on rattrapera le temps perdu… » Affirmation, je savais très bien que ce manque ne me laisserai pas le choix une fois que je t’aurais de nouveau près de moi. Alors je ne te lâcherai plus, alors je pourrais t’embrasser, alors je serai complet de nouveau… Je ne pouvais qu’être impatient de te retrouver… A croire que plus notre relation durait, plus le fait que l’on soit séparé me bouffait…  « Demain j’aurais mon téléphone à moi, on va enfin à Minneapolis, on devait y aller aujourd’hui mais comme c’est paumé ici et que y avait trop de neige… » Je lâchais un « Yes ! » victorieux, heureux de savoir que je pourrais encore plus sur mon téléphone, que ce soit en appel ou en texte, je prenais tout… « Bref, je t’appellerais tout le temps ! Je pourrais, hein ? » J’eus un petit rire, callant un bras sous ma tête pour être plus à l’aise : « Bien sûr, c'est quoi cette question… T’as même plutôt intérêt tiens… » Ajoutais-je dans un sourire. Je t’entendis bouger, t’installer très probablement, essayant de te voir, en fermant de nouveau mes paupières. « Tu t’endors pas hein ? » Même si je ne pourrais pas t’en blâmer. Si tu t’endormais avec moi au téléphone alors ça m’irait, je préférais cela à te laisser t’endormir seul. « Dans quatre jours tu pourras de nouveau t’endormir tranquille… Enfin plus ou moins. D’accord ? » Souriais-je de nouveau. Quatre jours… ça allait passer vite, c’est ce que j’essayais de me dire. Sachant déjà que je serai là à ton retour, sûrement en avance, à attendre de te voir débarquer à Los Angeles, le seul qui rendait à mes yeux de l’éclat à cette ville. Et alors je te serrerais de nouveau contre moi, alors je rattraperais le nombre de baisers que je n’ai que trop gardé en ton absence, alors je t’écouterai de nouveau me raconter ton épopée bien que tu m’aies déjà dis beaucoup au téléphone, et je ne m’en lasserais jamais. Appréciant tant t’écouter raconter ces bons moments que tu passais, ce même si je n’étais pas là pour les compléter.
Ta lettre, je ne l’ai reçue que deux jours après cet appel. J’ai de suite reconnu ton écriture lorsque j’ai vu l’enveloppe déposée sur la table. J’avais passé la journée au skate parc et regrettait presque de ne pas être rentré plus tôt pour la lire. Je n’ai même pas pris la peine d’enlever mes vans, ni même de prendre ma douche, je me suis simplement enfermé dans ma chambre pour l’ouvrir et sortir de cette enveloppe les feuilles qui renfermaient ces mots et ces phrases dont tu m’avais nargué deux jours plus tôt. Je les lisais en silence, un sourire barrant de suite mon visage. Comment ne pas l’avoir… C’est définitif, je crois que mes grands-parents font une overdose de toi, [...] alors je leur ai dit que ça devait être leur sénilité qui était contagieuse, ils ont ri. J’ai ri aussi. Ton anniversaire… Tous les ans je rêvais de le passer à tes côtés, pour te gâter, pour rendre cette journée plus spéciale qu’elle ne l’est déjà, t’offrir un quelque chose qui te rappellerai moi dans ces occasions où tu ne m’as pas avec toi… J’aimerais que tu sois là, même si je passe mes nuits à t’appeler pour m’endormir, [...] On en a déjà eu suffisamment pour que les suivantes nous rappellent irrémédiablement les anciennes. Tu pensais comme moi…ça me rassurait. Car bien que je te conte, lors de ses appels, mes activités, j’avais aussi peur que tu ne te sentes à l’écart. C’est pourquoi à chaque histoire, je t’intégrais dedans, comme cela aurait été si tu avais été à mes côtés… Bien que je ne sois pas d’accord avec tes mots. Si on en avait suffisamment ? Pas assez à mon goût. Que veux-tu, je suis gourmand… Pourquoi j’écris cette lettre ? J’en sais rien. [...] Trop tard, je vais continuer, tant pis pour ma réputation de pseudo-bon-écrivain que tu m’as donné tout seul sans aucun argument tangible. Je levais les yeux au ciel. Tu n’as jamais su t’accorder une once de mérite. Voilà pourquoi je ne me lassais jamais de te rappeler que tu avais un don, que tes écris, tes paroles étaient parfaits, touchant, marquant. Et même si tes phrases étaient en bordel comme tu l’insinuais, je n’en perdais pas une miette, les dévorant des yeux. Quoiqu’il en soit, je pense que je l’écris parce que je peux pas t’appeler, [...] t’aimerais pas ça que je me tortures le cerveau alors que t’es pas là pour appuyer sur le bouton off. Je perdis mon sourire. Je pouvais voir ton regard soucieux en lisant ses mots. Tes grands-parents comptent tant à tes yeux. Ils sont tout ce qu’il te reste de bon de cette famille étrange… Alors te lire parler de la sorte de ton grand-père me tordit le ventre, réprimant l’envie soudaine de m’emparer de mon téléphone pour t’appeler… Je décidais de finir ma lecture, sachant que je répondrais à cette lettre quand je t’aurais au bout du fil… Et que je chercherais à te rassurer, à t’ôter cette crainte concernant ton grand-père, car j’espérais réellement, pour toi, qu’il retrouverait sa santé. Oh et j’ai revu des amis du collège aussi, [...]  je te le répèterai surement tout à l’heure ? Dans une heure ou deux. J’eus un sourire, me rappelant la conversation que nous avions eu 48heures plus tôt. Ça me faisait plaisir que tu passes du temps avec tes amis là-bas. Bien que ça me fasse de la peine que tu n’es pas un bon batteur pour t’accompagner… Tu le mérites tant. Une heure et onze minutes avant que je ne pique encore le téléphone de mon papy précisément, [...] mais peut être que toi tu sauras ? Mon sourire disparu, mes sourcils se fronçant alors que mes yeux glissaient sur tes phrases plus rapidement, avide de savoir ce que tu insinuais par ces mots. Je suis un enfant illégal. [...] Plus ça va plus j’y pense. Mon expression était grave, quittant un instant ton écrit pour regarder mon téléphone… M’en emparant pour t’envoyer un SMS, n’arrivant pas à attendre plus longtemps : ‘Hey you ! Je peux t’appeler ?’ Je gardais mon téléphone à mes côtés, pour de suite savoir si tu me répondais, vérifiant que le son était activé. Je n’arrivais pas à imaginer dans quel état tu devais te trouver… A l’idée de savoir que ta mère que tu as toujours considéré comme étant aussi ta mère biologique, ne l’était finalement pas… C’est mon grand-père qui me l’as dit, [...] je sais pas comment l’expliquer… Je n’avais plus du tout de sourire, vérifiant à plus d’une reprise l’écran de mon téléphone pour voir si tu me répondais. Sans réponse je fus contraint de poursuivre ma lecture. Moi qui était heureux et impatient au début de cette lettre, voilà que j’appréhendais et que l’inquiétude me happait de nouveau. Le fait de savoir que je n’étais pas là pour toi ne me rassurant pas plus. Pourquoi tu ne m’avais rien dit au téléphone ? Il est fort mon papy, [...] Et puis tu vas appeler dans... Maintenant. Tu restais fort Milo c’est ça ? Tu ne voulais pas m’inquiéter et m’entendre préoccupé au téléphone c’est ça ? Tu préférais profiter de notre échange plutôt que de le happer dans tes aventures bien moins joyeuses… J’étais heureux que tu aies trouvé le courage de me le dire, même après, regrettant juste de ne pas avoir pu te consoler comme il se devait.
Je vis l’écran de mon téléphone s’illuminer, ‘Mon Milo’ s’affichant sur l’écran, ouvrant ma boîte de réception pour lire ta réponse, ou plutôt tes réponses. Car à peine avais-je mis la main sur mon portable que la sonnerie retentit une seconde fois à peu de temps d’intervalle, me faisant arquer un sourcil. 'Hello ! Nan tu peux pas, je te boude pour ce vilain snap que tu m’as envoyé ce matin, espèce de pas partageur de céréales Reese’s Puff d’abord.' J’eus un petit rire, combien je remerciais cette application qui me permettait de voir ton visage plusieurs fois par jour depuis que tu avais ton nouveau téléphone. Tu ne l’aimais pas, mais combien j’appréciais que tu aies fait l’effort pour que je puisse te contacter, t’envoyer des images, te voir et, oui, te narguer un peu de temps à autres. Ce premier texto que tu m’envoyas me rassura un peu, au moins tu semblais de bonne humeur malgré tout ce que tu m’avais écrit dans ta lettre, à moins que ce ne soit justement, que pour me rassurer et que tu cachais encore une fois ce que tu ressentais au fond de toi… Pourtant, tu sais que je préfère amplement quand tu me dis de suite quand tu vas mal… Mais je laissais ces hypothèses de côté pour m’intéresser à ton second texto 'Joke. Je t’aime, mais garde m’en un peu quand même ! T’as été au courrier ce matin ? Y a une raison à cet appel ?' A ce deuxième message, je compris que tu avais deviné la raison de mon texto demandant un peu de ton temps pour un appel. Ta lettre. Quoi d’autre. Enfin, si, ça aurait tout simplement pu être parce que tu me manquais terriblement et que j’avais besoin d’entendre ta voix… Mais ce fut plus, cette fois… Je me redressais, allant pour te répondre, me rendant compte que mon premier text avait sûrement dû être un peu court… Puis allant surtout pour te redemander si tu avais du temps vu que tu ne m’avais toujours pas validé ma requête. Mais alors que je tapotais, je m’arrêtais en voyant une photo de toi que j’avais prise en catimini pendant ton sommeil s’afficher sur mon écran. Tu m’appelais. Je me frottais le visage, inspirais longuement avant de faire glisser le téléphone vert sur la gauche : « Spooky ! Qu’est-ce qu’il y a ? » J’eus un sourire rapide, toujours quand je t’entendais sans te voir depuis longtemps. « J’ai pas le droit de t’appeler par pure envie ? Je te dérange peut-être ? » Riais-je gentiment avant de rouler sur moi-même, entraînant avec moi ta lettre que je laissais gire sur mon torse. « Ou juste pour te demander ce que tu fais et surtout comment tu vas ? » Ajoutais-je, peu décidé à t’agresser ce suite avec une slave de questions tel un interrogatoire. Je me contentais d’une affirmation pour intégrer le sujet qui me préoccupait le plus. Ton grand-père. Je tentais de garder le même ton de voix que d’ordinaire, sachant que si tu en percevais un différent, tu t’inquiéterais. Hors de question. « J’ai bien checké ma boîte aux lettres et reçu la tienne. T’as pensé à mettre une goutte de Red Bull dans le café de ton grand-père pour lui redonner du peps ? » Je n’avais pas envie de poser une question trop sérieuse et de directement, après seulement quelques secondes d’échange, te plonger dans une humeur bien plus sombre et triste. Déjà que même en l’intégrant dans une bêtise, je savais que tu risquais de retourner à broyer du noir. Il s’agissait de ton grand-père, pas de n’importe qui…

...NEXT...

acidbrain

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Sam 30 Juil - 0:14, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Sam 30 Juil - 0:05


Part Four




I am half a soul divided. (Part II)

Tu ris à ma bêtise, et j’eus un sourire, mais je ne riais pas, j’imaginais ton état et ce n’était pas pour me plaire. Pourquoi est-ce que le sort s’acharne-t-il sur les meilleurs d’entre nous ? C’est tellement injuste. J’aurais tout donné pour prendre un peu de ta peine et de tes mésaventures sur moi, te décharger pour que tu sois plus léger et puisse plus amplement profiter de la vie. Car à chaque fois que tu semblais avoir de nouveau de vrais sourires, alors un malheur pointait le bout de son nez. On ne pouvait donc pas te laisser en paix ? C’était si dur que ça ? Ça me dégoûtait du monde… Que ceux qui méritent le plus la misère est une jolie petite vie bien calme au cours de laquelle ils pouvaient s’acharner sur ceux qui n’avaient rien demandé. Ce monde est vraiment pourri parfois… « Non, ai pas essayé, y a pas le droit au Redbull ici, en plus il boit même plus de café.. » Je ne rajoutais rien, baissant les yeux, écoutant ta respiration, rêvant de pouvoir me téléporter à tes côtés. Surtout lorsque tu repris la parole : « C’est toujours le bordel autour de moi, tout est flou, même moi je le deviens, y a que toi qui l’est pas Spooky... Dis, tu crois qu’il va s’en aller ? » Je fermais les paupières, ne supportant pas que tu te sentes de la sorte. N’imaginant pas à quel point tu devais te sentir perdu, troublé, bouffé… Comment parvenais-tu à rester debout malgré tout ça ? Toi qui n’avait eu droit qu’à de cours entractes dans ta vie aux évènements si complexes. « Tu l’as dit toi-même Milo, ton grand-père est increvable, c’est un warrior, on le sait que trop bien. Et même s’il devait partir Milo, tu sais qu’il sera toujours là hein ? Tu l’aime ton grand-père, ça ne disparaît jamais ces choses-là… » Te chuchotais-je. Je n’avais pas envie de m’arrêter sur le fait que ton grand-père allait vivre éternellement. Tel n’allait pas être le cas. Je n’avais pas non plus envie de te mettre froidement au pied du mur en te disant qu’ainsi va la vie. Tu étais mon petit copain, et je me préoccupais de ce que tu ressentais. Te répondre froidement ne t’aurait pas fait du bien. Je me contentais donc de le faire d’une manière plus douce, que même si cela devait arriver, ton grand-père avait bien vécu et surtout, il a eu la chance d’avoir un petit-fils en or, ce n’est pas toujours donné, un lien pareil… « Tout se passera bien Milo, n’y pense pas trop, sinon il va remarquer ton inquiétude… Tes sourires sont contagieux, alors souris-lui d’accord ? » C’était tout ce que je voyais pour aider ton grand-père, qu’il y ait autant de joie possible autour de lui. Ton soupir me glaça, mais je laissais le sourire s’installer, baissant les yeux, me rongeant un ongle en silence, attendant que tu prennes la parole. « C’est plus facile de sourire quand t’es là… » A ces mots, j’étais prêt à prendre mes affaires et filer te rejoindre, même si ce n’était que pour quelques heures. Te laisser seul me ronger, surtout sachant que tu n’arrivais pas à chasser tes mauvaises pensées, le son de ta voix ne faisant que me convaincre un peu plus qu’il fallait que je sois avec toi et pas seulement à l’autre bout du fil à essayer de te réconforter. Ce n’était pas possible. Tu craignais de perdre quelqu’un qui comptait tant dans ta vie qui comptait que peu de ce genre de personnes… C’était trop pour toi et c’était plus que compréhensible. « Je déteste cette sensation de préférer rentrer que j’ai sans arrêt plutôt que de rester avec eux. Ils sont tellement géniaux avec moi… Ça fait de moi quelqu’un de mauvais tu crois ? » Je me frottais le front, comme pour chasser la préoccupation qui ne cessait de pousser dans mon crâne. « ça fait de toi quelqu’un d’humain Milo. » Répondis-je simplement. Comment pourrait-on te blâmer ? Tout le monde est ainsi. Il est si dur de faire face à la réalité, surtout lorsqu’on sait qu’elle va nous détruire un peu plus. Alors je ne jugeais pas ta manière de penser, jamais je ne te jugerais. Tu avais en effet des grands-parents en or… tu les méritais, bien qu’à cet instant tu semblais en douter… « S’ils sont géniaux comme si c’est parce que tu es un bon petit-fils Milo, sinon ils ne se donneraient pas autant de mal pour toi. Ne te blâme pas trop, ne culpabilise pas… » Puis je te demandais : « Tu veux que je te rejoigne ? » Mon cerveau chauffait, réfléchissant de suite à cette possibilité, sachant qu’il me faudrait plus de cinq heures en avion pour arriver dans le Minnesota, je pourrais alors au moins passer près de 24 heures avec toi, pour te soutenir avant que l’on rentre pour LA. Si tu voulais vraiment rentrer…
Je t’entendais renifler ne sachant pas si le froid de l’endroit en était la cause ou si tu pleurais, n’aimant ni l’une ni l’autre des options… J’aurai aimé me dire que tu avais seulement froid, mais quelque chose dans mon crâne continuait de me pousser à croire que la raison était toute autre. Tu en bavais et ça te faisais du mal, et j’étais là, loin de toi, sans parvenir à t’aider, à te relever, à te remonter le moral. Ça te faisait trop et c’était insupportable. « Tais-toi, propose pas des trucs pareils. » Je me taisais, non sans une pointe au cœur. Tu refusais que je vienne t’aider. Pourquoi ? Ça n’allait pas et je n’arrivais pas à t’aider, comme si tu voulais te tirer de là tout seul. Pourquoi tu ne voulais pas partager Milo ? J’ai toujours été là pour ça, te soutenir. Pourquoi refuser ? Pourquoi penser aux autres quand c’est toi qui a des soucis… « Tu te taperas pas quatre heures d’avion juste parce que j’ai… Bref, ça passera. » « Oui. Je me les taperais les heures d’avion. Tu le sais. » Ajoutais-je simplement dans un souffle. Je crevais d’envie de te voir, là, maintenant, rien ne me rassurait, ni ta voix, ni ta manière de refuser de parler, de t’abstenir, de te braquer… Mais je me foutais d’être rassuré au fond. Ce que je voulais c’était que tu ailles bien, et c’était loin d’être le cas. « Tu es où là ? » Ajoutais-je pour laisser un peu de côté la tension de cet échange, ne m’étant pas rendu compte que je m’étais levé au cours de notre échange pour faire les cent pas dans ma chambre. A cet instant, tout ce que je voulais c’était que tu rentres, que je t’ai en face de moi, comme je comprenais que tu ne voulais pas céder à la tentation et me laisser venir à toi. J’étais perdu et ça ne me plaisait pas, ne sachant pas si ton état d’esprit et ta situation te mettaient hors de toi, ou si c’était ce que je te disais. Voilà ce qui arrive lorsqu’on est séparé, je n’arrive pas à te consoler comme il se doit et ça me tue.
Mon but était d’apaiser la tension par ma question et je pense que cela a tout fait sauf l’effet escompté. Je t’entendis rire et restais de marbre, attendant une réponse, sachant que tu étais déjà suffisamment à cran pour insister. Je t’avais appelé pour te soutenir quant à ton grand-père, te soutenir face à ta famille tordue et cette nouvelle que tu avais appris. Au final, j’avais l’impression de n’avoir fait qu’aggraver ton humeur et ça me rendait dingue, de savoir à quel point tu avais eu l’art d’aller bien ces deux derniers jours alors que je t’appelais et maintenant que je recevais ta lettre, je découvrais que tu n’allais pas, du tout, et ce depuis un moment. Comment se sentir plus con de ne pas l’avoir deviné tout seul. « Euh... Place Galway ? » Je soupirais avant de répondre : « Donc t’es dehors, tu sais pas où t’es et j’imagine que tu te les cailles… » Facile à deviner vu sa voix et vu ce qu’il m’avait dit du Minnesota… Puis je repris : « Tu sais qu’il y a l’application Maps sur ton téléphone Milo ? » J’entendis ton rire, un rire quelque peu moins tendu et je me laissais aller à soupire, quelque peu soulager… J’avais pris mon temps, mais voilà que tu lâchais un petit rire. Ce n’était pas rien pour moi. « Je sais mais, petit un, on capte pas des masses, petit deux, il est pas question que tu m’abandonnes tout seul au milieu de cette neige merdique et enfin petit trois, j’avais peut être, et je dis bien peut être oublié ce détail, mais de toute façon ça marche pas alors ça change rien. » J’eus un petit rire, souriant lorsque tu avouas avoir oublié un peu cette option… Mais j’étais d’accord avec ton point deux. Si tu utilisais Maps, alors on devrait raccrocher… Je n’avais pas envie de raccrocher après cette discussion étrange et qui ne me mettait pas à l’aise. « Je t’abandonne pas, je t’abandonne pas… » Je ne faisais pas semblant de me la jouer boudeur en te taquinant sur le fait que tu insinuais que je pouvais t’abandonner. Je restais silencieux, t’écoutant marcher dans la neige en silence. Jusqu’à ce que ta voix me sorte de ma torpeur : « Tu… Tu vas vraiment venir… ? » J’eus un sourire avant d’opiner. Dans mon crâne c’était déjà tout décidé. Je me foutais des heures d’avion, je me foutais de quitter le soleil pour la neige, je me foutais de payer, je me foutais d’être crever pour te voir peu. Tout ce qui m’importait c’était de te voir. Rien d’autre. « Si tu as envie de me voir, alors oui je cliquerai sur le bouton ‘acheter’ sur mon écran et j’arriverais au plus tôt. Si tu n’as pas vraiment envie, si tu as envie de profiter seul de tes grands-parents, si tu en as besoin, alors je resterai ici et t'attendrais. » En effet, sur mon écran de pc j’avais déjà sélectionné un vol. Le prochain. 5h30 de vol. Mais j’arriverai vite. Pourtant, je ne sélectionnais pas encore. Pour une fois je te laissais le choix. Je ne sais pas, ton humeur et ta manière de me répondre me disaient que peut-être il valait mieux que je ne m’impose pas cette fois, même si j’en crevais d’envie. « Qu’est-ce que tu veux, toi, Milo ? » Finis-je en baissant les yeux, attendant ta réponse. Elle tarda à arriver, l’attente me consumant à petit feu, je savais que tu réfléchissais, tu as toujours été fort pour ça, tarauder ton crâne, envisager mille et une solutions, possibilités, options… Mais je n’attendais qu’une réponse, celle qui me permettrait de te rejoindre et te soutenir comme il faut ou de rester à t’attendre. « Je veux que t’arrêtes de me manquer comme ça. Ça fait mal. Ça m’énerve, m’insupporte, me rend agressif, pourquoi c’est si différent quand t’es là ? C’est plus facile. » Déjà mon doigt était tenté d’appuyer sur cette fichue touche, appuyant un peu plus sur mes paupières, l’attente était intenable. « Je suis désolé, Milo… » Voilà ce que je voulais te murmurer, dans un souffle, mais je tus cette envie, mes lèvres mouvant dans un souffle mais ne laissant qu’un faible souffle quitter ma gorge. « Tu me manques Spooky… Genre tout le temps. Je veux… Je veux juste être avec toi. » Mon doigt réagi à peine avais-tu prononcé les premiers mots. « Je pars dans deux heures. » Je me levais et fourrais en bordel des affaires dans un sac, sans lâcher mon téléphone. « Je serai là dans sept heures. » Continuais-je en finissant mon bagage rapide, retournant à mon ordinateur pour finir de remplir les informations nécessaires pour valider mon aller. « ça va passer vite Milo. Bientôt on sera de nouveau ensemble, d’accord ? » Ajoutais-je en allumant mon imprimante et regardant mon billet sortir. « En attendant, tu vas me faire le plaisir de retrouver ton chemin, de rentrer au chaud et je m’occuperai de toi dès que j’arriverai, okay ? » Ajoutais-je, désormais impatient. Je me contenterai de laisser un mot à mes parents, ils comprendraient très certainement. Je n’avais qu’une envie, que le temps s’écoule plus rapidement, que le vol passe en un instant et que je te retrouve pour te serrer contre moi, pour t’embrasser, pour être là, juste ça, être là pour toi. « Mmmh. J’ai trouvé un arrêt de bus, mais y a même pas de carte avec le point rouge vous êtes ici. Et veux pas raccrocher. » J’eus un petit rire, craquant en entendant tes plaintes, en t’imaginant bougonner de la sorte, voyant ton visage se dessiner dans mon crâne. « T’es pas doué tu sais… » Soufflais-je alors que tu enchaînais : « T’as ton PC ? Tu fais SpookyMaps ? » Je me glissais de nouveau sur ma chaise roulante, face à mon ordinateur qui affichait en fond d’écran toi derrière ton piano. J’ouvrais de suite maps et tapais le nom de la place Galway que tu m’avais indiqué plus tôt, puis l’adresse de tes grands-parents. « Putain mais tu marches vite ou quoi ? » Riais-je en sélectionnant l’option à pattes. « Mr McGuire veuillez emprunter la rue de Little Falls et tu tourneras à la troisième à gauche. Là vous serez prié de courir jusqu’à votre chez vous car je veux pas vous retrouver congelé ! » Finis-je avec un sourire. Ouvrant une seconde page pour réserver un taxi qui viendrait me chercher 45 minutes plus tard pour m’emmener à l’aéroport. Ce serait suffisant, me laissant assez de temps pour arriver à l’avancer et ne pas me foirer en me traînant trop pour rejoindre mon siège dans l’avion. Vérifiant que je n’avais rien oublié. « Putain… Je suis con… » Mon passeport… ça serait bien de l’avoir hein… Vu combien ils peuvent faire chier dès qu’ils voient un étranger, avec un père japonais on est jamais trop prudents. Puis, je n’avais pas envie d’avoir de souci, je n’avais pas envie qu’il y ait des difficultés. Pas cette fois. Je le fourrais dans mon Eastpak avant d’attraper une feuille et de griffonner un mot à l’attention de mes parents, et surtout de ma mère. « Et t’as toujours pas le droit de raccrocher, et tu dois me dire à quelle heure t’arrive, que je te contrôle à la sortie de l’aéroport, un demi-bridé avec les cheveux colorés ça fait très terroriste. » J’ai ri avant d’arquer un sourcil pour demander avec une certaine impatience : « Me contrôler hein ? Dis-moi tout, tu as attisé ma curiosité… Que je saches si je vais coopérer ou non… » Je me mordillais le pouce, plus je t’avais au téléphone, plus je savais que mon vol s’approchait et plus j’étais impatient d’y être. Pourtant, je n’ai jamais été un adepte de la neige, pas plus que toi. Mais l’idée d’y être avec mon Milo à mes côtés changeait complètement la donne. De suit, le Minnesota semblait bien plus attrayant que Los Angeles et son soleil tapant. « J’arriverai à 8h30 du matin, le contrôle se fait dès l’arrivée à l’aéroport ou une fois que je suis devant ta porte ? » Souriais-je en regardant l’heure tourner. Bientôt. Taxi. Contrôles. Billet. Contrôle encore sûrement. Puis avion. Plus de téléphone… Merde… Comment ferais-je pour faire en sorte que le temps s’écoule plus vite ? Dormir ? ça allait être complexe, pour sûr, l’excitation me gagnait déjà, alors une fois dans les airs ? C’en serait fini… Tant pis, je passerai le trajet à écouter tes musiques, ta voix, regarder tes photos et taper des rythmes pour ennuyer mon ou ma voisine. « Ca va ! J’étais pas perdu ! » J’ai ri en t’entendant leur crier cela. « C’est cela oui… Juste un peu… » Puis je t’écoutais rentrer et déjà te réchauffer, soulagé que tu ne sois plus en train de devenir un glaçon dans le froid de ce trou paumé. « ça va mieux ? » Te questionnais-je. Bientôt il fut l’heure pour mon taxi te venir me récupérer, alors j’attrapais une veste, enfilais ma casquette Vans, mes chaussures de la même marques avant de jeter mon sac sur mon dos. Il faisait déjà bien nuit et notre demeure était plongée dans le noir. Je descendis à pas de loup, déposant la lettre bien en évidence, quelques mots griffonnés en hâte : ‘Parti rejoindre mon Milo, je vous expliquerais, je vous textote dès que je suis arrivé, vous inquiétez pas. Je vous aime.’ Ça suffirait même si je savais que ma mère n’hésiterait pas à m’harceler de question à notre retour. Je m’engouffrai dans le taxi, lui indiquant ma destination. L’aéroport. « Je suis dans le taxi. J’arrive. » Je t’avais entendu te battre contre tes vêtements mouillés puis jouer les maîtres d’hôtels, ne manquant pas de me faire sourire. Même si je jalousais un peu ceux qui avaient la chance de dormir sous le même toit que toi ce soir. « Quoi ? Vous avez cru que y avait que vous qui pouviez vous inviter à l’arrache chez moi peut être ? » J’eus de nouveau un petit rire, m’amusant de voir comment tu étais avec tes potes de là-bas. Le taxi filait et j’ajoutais : « A l’arrache, à l’arrache… Deux heures avant le départ ça va encore… »  Je regardais la ville s’éloigner, l’heure avancée dans la nuit facilitant grandement le trafic. « Si je peux pas venir à l’aéroport à cause de cette foutue neige… » Je souris : « Et bien je braverais cette neige pour venir chez toi. Tu dois déjà avoir la crève avec ta petite aventure nocturne. Pas la peine d’aggraver ton cas… » J’espérais que non, mais on est jamais trop prudent et vu le temps qu’on avait passé au téléphone… « T’as pris des vêtements chauds j’espère ? » « Euh… » Coup d’œil au sac Eastpak qui gisait à côté de moi bien sagement. Qu’est-ce que j’y avais foutu déjà ? Tout avait été décidé si vite que je ne me remémorais pas vraiment ce que j’avais fait. Pourtant ça ne remontait pas à bien longtemps... « Très probablement… Je dois avoir un sweat… » ça aurait été pas mal… Parce que j’étais actuellement qu’en loose-shirt… Débarquer comme ça dans le Minnesota n’était probablement pas une sage idée. Quoique… Il fait chaud dans les aéroports non ? Puis après je te sauterai dans les bras alors tout ira pour le mieux… C’est pourquoi j’haussais des épaules, d’un air désabusé, décidé à ne pas m’en préoccuper alors que j’ajoutais : « T’façon, je t’aurai toi, tu me laisseras pas avoir froid. Hein ? » Le taxi s’arrêta devant un des terminaux de l’aéroport, je lui donnais des billets avant de sortir et de soupirer : « Bon je suis à l’aéroport. J’arrive, j’arrive mon Milo… »
Je laissais passer tes moqueries, trop content de t’entendre rire de nouveau, retrouver cette facette de ton caractère qui m’a toujours fait fondre. J’étais content de voir que le fait que je vienne te redonne le sourire, te sorte un peu de cette déprime qui t’avait happé sans prévenir et qui avait réussi à faire sortir cette part plus sombre, complexe et torturée de ton être. Une part qui m’effrayé comme je ne savais pas comment la gérer, combien j’avais peur de réussir à te faire la laisser de côté. Tel que cela avait été le cas au départ de notre conversation téléphonique. « Je veux pas raccrocher, le temps il va passer encore moins vite après… » J’eus un doux sourire en rabattant la capuche de ma veste, essayant de couper au mieux le boucan perpétuel de ce fichu aéroport. Même dans la nuit, c’était insupportable… Nous avions pensé la même chose, qu’une fois que nous serons forcé de mettre fin à cet appel, alors le temps s’écoulerait bien plus lentement et c’était loin de nous faire plaisir à l’un comme à l’autre. « Certes… Mais mieux vaut que les ondes de mon phone ne rendent pas le vol complexe, ou je ne sais quoi qu’ils ne cessent de rabâcher dans les mesures de sécurité… J’ai quand même envie d’atterrir… » Le temps fila en effet à toute vitesse, je passais les contrôle, sans souci, j’attendais sagement mon avion jusqu’à ce qu’une porte me soit indiquée. Marquant aussi la fin de notre appel. Tu ne manquas pas de me rappeler tes mesures de sécurité, me faisant sourire de plus belle : « Te trompes pas d’avion, vomi pas partout, enfile ton sweat en arrivant, les gilets de sauvetages sont en dessous les sièges avec le bidule de secours et le masque à oxygène en haut, t’as pas le droit de chanter nos chansons, on est pas les O-zone. » J’ai ri avant de t’indiquer : « Tu sais bien que je ne chante pas, je te laisse faire… » « Ah, et je t’aime. Alors ne loupe pas ton avion. » J’ai pris une grande inspiration, sentant que ces mots marquaient la fin de notre appel. « Je t’aime aussi. A tout à l’heure mon Milo. » J’appuyais sur le téléphone rouge avec une certaine amertume. Il ne fallait pas que je m’arrête là-dessus. Dans cinq heures, je t’aurais en face de moi. Enfin.
Le vol me sembla durer une éternité. Je n’ai cessé de me dire que le retour serait de suite plus confortable comme je t’aurai avec moi. J’ai écouté tes musiques, ta voix, j’ai regardé nos photos, ces sourires heureux, ces regards amoureux que nous y avions, j’ai rythmé et agacé plus d’une personne, même une hôtesse je crois. J’ai essayé de m’occuper, de dormir, mais c’était trop espéré. Alors je suis resté éveillé. Et quand l’avion a enfin atterri, j’étais le premier debout à me diriger vers la sortie. Bienheureux de ne pas avoir de valise à récupérer, je filais de suite dans les couloirs, suivant la multitude de panneaux ‘sortie’. Allumant mon portable pour t’envoyer de suite un SMS : ‘Je suis arrivé, t’as réussi à braver la neige ?’ ne quittant pas mon portable des yeux pour ne pas rater ta réponse, sortant dans la salle d’arrivée. A peine ai-je levé le nez que j’étais frappé de plein fouet par quelqu’un qui me sauter au cou, s’accrochant à moi sans aucune réserve, m’entourant de ses bras et de ses jambes. Mon koala à moi. Mon Milo. Je t’entourais de mes bras, te maintenant contre moi, enfouissant mon visage dans ton cou y déposant des baisers encore et encore. La fatigue du voyage disparu en une seconde, en une étreinte, il suffisait que je t’aie contre moi pour que tout aille pour le mieux. « Spooky ! » Je souris de plus belle, comme il était bon t’entendre de nouveau le son de ta voix, le vrai, et non pas malmené par le son grésillant de mon téléphone. Je m’éloignais de ta gorge pour que mon regard se perde dans le tien de nouveau. Un sourire illuminant mon visage alors que je détailler le tien. Appréciant de pouvoir te contempler de nouveau, m’arrêtant sur tes lèvres et venant m’en emparer sans aucune gêne, ton odeur si douce venant m’enivrer comme toujours. « Hello mon Milo. Tu m’as manqué… » Chuchotais-je avec un sourire en affirmant ma prise sur toi, te redressant, contre moi avant de t’embrasser de nouveau. Puis je vis ta grand-mère au loin et je te redéposais au sol, gardant une de tes mains dans la mienne, la serrant si fort que jamais elle ne m’échapperait, avançant vers ta grand-mère pour lui faire une bise et lui dire : « Bonjour, désolé de m’imposer comme ça… » Je sortis juste de mon sac une boîte  de chocolats que j’avais acheté avant mon vol. Je n’aimais pas l’idée d’arriver sans rien pour ses grands-parents, déjà que dans ta lettre tu indiquais qu’ils faisaient une overdose de moi, voilà qu’ils m’auraient en personne… Les pauvres…
J’eus droit à un sourire en retour, un sourire chaleureux et gentil, venant de ta grand-mère, je n’en connaissais d’autre. « Tu n’es pas le premier qui s’impose aujourd’hui. » J’eus un sourire, me rappelant Milo en chef de camp installer ses invités chez les grands-parents. Je me souvenais aussi qu’il avait dit qu’ils devraient partir au petit matin, finalement, il n’avait sûrement pas eu le cœur à les virer et je lui adressais un sourire en coin. « Et tu es l’invité de premier choix, j’accepte d’être soudoyer, même s’il y a un but certain de m’engraisser, il semblerait. » J’eus un petit rire et allait pour répliquer mais déjà je te sentais zieuter mon sac pour le fouiller sans te gêner. « Et moi ? » Au départ j’arquais un sourcil. Toi tu m’avais moi, que voulais-tu de plus ? Alors je réfléchis malgré la fatigue et… Oups… J’avais en effet oublié quelque chose… « Tu les as toutes mangé, hein ? T’as mangé toutes les Reese’s Puff espèce de vilain ! » J’eus un petit rire en me grattant l’arrière du crâne avant de nier : « Nope, je les ai oublié ! Nuance ! Ils attendant sagement chez moi… Puis j’aurais pas pu ramener ça de chez moi… Puis ils en vendent pas dans la zone dédouanée… Enfin je crois… » Tentais-je de me rattraper, avant de t’ébouriffer les cheveux avec un sourire : « ça va je me rattraperais, je t’en rachèterais ! Boude pas ! » Tu ne boudais pas, t’amusant à faire semblant, et bientôt ton sourire me revint alors que tu déclarais : « Je te choisirais toujours toi plutôt que toutes les céréales du monde, et toute façon, ai déjà mangé. Et on t’as apporté le petit dej ! » Je suivais le sac que tu désignais et comme s’il se réveillait enfin, mon ventre se mit à gargouiller. Maintenant que je t’avais retrouvé, je revenais petit à petit à moi et ça faisait un bien de dingue. Ta main retourna dans la mienne et je te suivais jusqu’à la voiture de ta grand-mère, sans te quitter des yeux. Heureux de te voir sourire, de te voir joyeux suite à ma présence. Je grignotais en t’écoutant me parler de ceux qui squattaient chez tes grands parents, me collant contre toi parce qu’en effet, il caillait un truc de malade ici. Puis l’épuisement nous gagna, toi d’abord, comprenant parfaitement après ton épopée de la veille, nous laissant céder à la fatigue maintenant que nous étions soulagés de nous retrouver. Je te sentis t’assoupir sur mon épaule, déposant un baiser sur le dos de ta main qui n’avait quitté la mienne, c’est alors que la voix de ta grand-mère me fit redresser la tête pour la regarder avec un sourire : « Merci d’être venu. » je lui adressais un sourire : « C’est normal… » J’aurais voulu lui parler plus longtemps, lui demander des nouvelles, sa vue de ces quelques jours avec Milo et notamment  son grand-père, mais je n’osais pas la perturber et craignais de te réveiller, toi qui étais enfin apaisé… Me laissant moi aussi aller au repos, ma tête se déposant sur la tienne. J’étais bien. Si bien.
Je ne sais combien de temps j’ai dormi, je sais seulement que j’ai terriblement bien dormi. Ça faisait tellement longtemps que je n’avais pas aussi bien dormi. Contre toi. C’est sûrement pour ça que je ne me suis pas réveillé de suite lorsque la voiture s’est arrêtée. Je te sentis bouger dans le creux de mon cou ce qui me fit sourire dans mon sommeil, me calant de plus belle contre toi. Une voix me parvint, mais je refusais de me réveiller, trop bien à l’instant pour mettre fin à cette agréable sieste. « Mais c’est qu’il est encore plus mignon qu’en photo ! » Je grognais, cachant une partie de mon visage dans tes cheveux, sentant le froid s’engouffrer dans l’habitacle et me faire frissonner de la tête au pied, cherchant à partager un peu de ta chaleur. J’osais ouvrir un œil, la vue encore un peu brouillée par le sommeil. « Qu’est-ce qui se passe ? » Grognais-je sans trop bouger pour rester contre toi, levant la main dans laquelle la tienne résidait toujours, la menant vers mon regard pour me cacher du soleil et du froid. « Même pas tu penses à y toucher. A moi. » J’eus un petit rire et redressais finalement la tête après un instant, entourant tes épaules et dessinant des cercles dans ta nuque. Mon menton se déposa sur le sommet de ton crâne pour regarder la fille qui nous avait réveillés par son enthousiasme. « Salut, Macéo, le petit copain de koala, enchanté euh… Jade ? » Je supposais, vu combien tu m’en avais parlé. « Par contre, on peut pas discuter à l’intérieur ? C’est pas qu’il fait -40 ici, mais presque. » Osais-je me plaindre, frissonnant dans ma veste sous laquelle je n’avais que mon loose-tee. On s’extirpa de la voiture et je te gardais, mon Milo tout endormi, contre moi, déposant un baiser sur ton front.
Tu étais bien entouré Milo n’est-ce pas ? Pourquoi m’inquiétais-je autant ? Alors que tu avais des amis bien sympas à tes côtés… J’étais peut-être excessif… Trop protecteur… Je le suis autant qu’à ton seul égard, tu le sais, non ? Est-ce que tu sais que c’est toujours le cas ? Que seul ton bonheur, ta joie m’importe plus que tout au monde ? On sortit de la voiture, frissonnant de plus belle une fois à l’extérieur, le vent me brûlant la peau. Dur de passer d’un extrême à l’autre. « Alors comme ça le petit Milo à parler de moi ? » J’eus un sourire face à la question de la dite Jade, elle avait bien deviné. Tu fus plus rapide que moi pour répondre alors que je rabattais ma capuche pour me protéger du froid alors que l’on avançait vers la demeure de tes grands-parents : « Seulement pour dire que t’étais une chieuse de première catégorie, que t’avais manqué de pété mon synthé, et que t’étais carrément pas fréquentable. J’ai dû faire une bonne description pour qu’il te reconnaisse alors qu’il venait de se réveiller. » Il faut surtout dire que c’était de la seule nana dont tu m’avais parlé, pour le coup autant tenter le seul prénom que j’avais en tête… Une fois à l’intérieur, je me réchauffais petit à petit, ne te lâchant pas pour autant alors que Jade s’empressait de me présenter tout le petit monde présent. Content d’enfin mettre des visages sur ceux dont tu m’avais parlé jusque-là. « Alors lui c’est Kelvin. » Je lui adressais un signe de tête, pas prêt de couper la jeune fille dans les présentations, écoutant tes commentaires avec un sourire, me retenant d’émettre un petit rire en me rappelant du phénomène en question : « Le fin connaisseur sur la constitution d’une batterie. » Jade continua dans sa lancée et je mon regard changea pour un autre type, blond : « Lui c’est Gaby. » Un petit, on allait pourvoir s’entendre sur ce complexe peut-être… « Ou Gabriel pour les pas-intimes, c’est un bébé et un génie de l’informatique et de la sono, c’est grâce à lui si mon synthé à survécu aux mains habiles de Jade. » Nouveau sourire. Puis un autre auquel j’adressais un sourire aussi, jusqu’à ce que j’entende tout ce qu’elle avait à dire : « Manu ou Emmanuel, comme tu préfères, notre dieu à tous quand on lui fou une guitare électrique entre les mains, il a essayé de serrer Milo au collège mais s’est pris un vent monumental. Autre chose à ajouter Milo ? » Mon sourire ne quitta pas mon visage, passant mon bras autours de tes épaules, lui adressant avec un jeu de sourcil : « Enchanté. » C’était du passé. Te la joue pas jaloux. Milo est à toi. Un point c’est tout. Heureusement que Jade fut là pour me défocaliser du fameux Emmanuel qui se focalisait sur sa tasse « Et ça c’est… IAAAAAAAN. Debout la dedans c’est la guerre ! » Je souris comme tout le monde lorsqu’il s’éveilla en sursaut, écoutant ce qu’elle avait à ajouter : « Julian, gros, très gros, dormeur. Drummer et guitariste à mi-temps. Et mon frère pour ce qui est du reste. » Nouveau signe de tête, essayant d’enregistrer au maximum les prénoms, sachant que celui de Jade resterait, la seule fille, c’est facile, et d’Emmanuel. La raison était simple…  « Bref. » Je sentis ta main tirer sur la mienne et je me laissais guider sans résister, un sourire beaucoup plus doux aux lèvres lorsque tu ajoutais : « Je vais suivre l’exemple de Ian et aller dormir. » Dormir avec toi… Bien que l’on ai eu droit à une micro-sieste dans la voiture, il me plaisait encore plus que l’on se retrouve l’un contre l’autre dans un lit. J’adressais un dernier sourire à toute la petite équipe, un petit geste de la main en lâchant simplement : « Enchanté de vous avoir rencontré ! Et à plus tard ! La nuit a été longue… » Trop longue sur la fin vu que Milo n’était plus à mon oreille.
On arriva bien rapidement dans ta chambre. Puis sur le lit. Je ne bronchais pas une seule seconde. Te suivant en silence sans te quitter du regard. « Désolé pour le bordel… Autant pour celui là que pour celui d’en bas.» Je ne t’avais pas quitté des yeux et j’eus un sourire en coin : « Je n’avais même pas remarqué. Et le bordel en bas était plutôt sympathique… Enfin… » Je me rapprochais de toi, toujours un sourire aux lèvres : « Sauf la partie Emmanuel… Cachotier mon Milo ? » Je me trouvais à quelques millimètres de tes lèvres, les effleurant avant de me reculer avec un sourire plus amusé. Oui, ça avait quelque peu titillé ma jalousie… J’ôtais mes vans et ma veste, bien qu’en loose-tee j’avais bien moins froid, tu avais pris soin de monter le chauffage, même si t’avoir près de moi suffisait. « Bien que j’ai aimé entendre Jade parler de vent monumental… » A genoux face à toi, je te surplombais légèrement et attrapais ton cou de mes deux mains pour que tu lèves la tête et me laisse t’embrasser. Avant de me laisser tomber sur le lit en t’attirant dans ma chute pour te coller contre moi. « Mon Milo, à moi. D’abord. » Je te serrais pour faire comprendre que je ne te lâcherais pas et que qui que ce soit sur cette fichue Terre avait qu’à essayer de t’approcher et je saurais le réceptionner comme il se doit. Que tu te loves contre moi renforça tes mots qui me firent sourire : « Rien qu’à toi. » J’opinais, déposant des baisers sur ton front, une de tes paupières, ta tempe, ta joue puis enfin tes joues. Tout ça était à moi et j’en étais si heureux, si fier… Rien ne pouvait me faire plaisir que ces moments où nous étions ensemble, où nous nous serrions l’un contre l’autre, échangeant par le biais de mots comme de gestes, l’amour que nous partagions l’un pour l’autre. Je mêlais mes jambes aux tiennes pour mieux réchauffer mes pieds gelés d’avoir marché dans la neige. Mes paupières se fermèrent sans que j’ai à faire quoique ce soit, l’épuisement ayant raison de l’un comme de l’autre.
Je n’ai jamais aussi bien dormi, ces derniers jours loin de toi m’avaient obligé à éviter le sommeil, préférant me shooter aux Red Bull et à aux cafés pour rester éveiller que de mal dormir et ressentir d’autant plus fort ton absence en tentant de rejoindre Morphée. Mais cette fois, c’était bien différent, t’avoir contre moi avait l’art de me faire tout oublier, d’être serein. Et c’est dans cet état que je me suis réveillé, ouvrant lentement les yeux pour te découvrir toujours autant collé contre moi, un sourire naissant de suite sur mon visage. Je me redressais sur un coude pour te contempler dormir comme j’ai toujours aimé le faire. Te sentant t’éveiller doucement de ne plus sentir mon visage aussi proche du tien, je me penchais pour déposer un baiser à la commissure de tes lèvres : « Bien dormi mon beau au bois dormant ? » Te chuchotais-je à l’oreille pour t’aider à t’échapper de Morphée et me rejoindre. Tu y parvins dans un sourire, me donnant ainsi une réponse à ma question, bien que tes mots ne tardèrent pas d’approuver : « Bien mieux que ces derniers jours oui. » J’appréciais ton baiser comme à chaque fois, te regardant t’informer sur l’heure qu’il était. Je ne m’en étais pas inquiété, mais ton : « On a dormi que deux heures ? » Me fit hausser un sourcil. Deux heures seulement ? Et la fatigue éreintante du voyage semblait déjà s’être envolée ? Et bien… L’effet Milo est toujours aussi impressionnant. « Les amoureux ? » J’eus un sourire, j’aimais bien qu’on nous appelle comme ça, c’était plutôt très mignon. Mais tu n’eus pas le temps de partager mon avis sur la question que déjà tu te penchais sur moi pour atteindre la porte. Comment aider les gens à se faire des idées… Mais je te faisais confiance et me contentait de caresser ton dos alors que tu discutais à travers porte avec ta pote. « T’es toujours pas parti, toi ? » « Ta grand-mère nous a invité à manger pour s’excuser de ta piètre hospitalité. T’es convié au repas aussi, et ce serait bien que tu bouges de là qu’on puisse finir cette chanson qu’on a commencé hier soir avant que tu te perdes. » J’avais envie d’écouter ça, mais je me tus vu que déjà tu poursuivais : « De petit un, vous étiez censés être tous dehors à sept heure alors vous la ramenez pas trop. Petit deux on arrive, pense même pas pouvoir manger ma part, ça sent le poulet frit et les potatoes jusqu’ici. Petit trois, je me suis pas perdu ! » Je commençais  à toussoter pour me moquer de toi, mais ton regard me fit me stopper dans un sourire, levant les mains innocemment. Je te suivais, me redressant en me frottant les yeux pour les débarrasser du sable du marchand. « On a juste dormi espèce de commère. » Pour une fois que c’était vrai en plus. On était chez les grands-parents de Milo tout de même, déjà que je m’étais invité, c’était pas la peine d’en rajouter…  « Oh, et Macéo, mon frère veut te voir à l'oeuvre, vu que Milo n'a pas arrêté de t'accorder le titre de batteur de l'année. » J’eus un sourire à ce que dit Jade : « C’est vrai ça ? Il est où mon trophée ? » M’enquis-je auprès de toi avec un sourire. Son frère, donc Julian… Normalement. « Il l'aura sa démo le petit Ian. » Donc oui, bien Julian. « Et j'aurais enfin un vrai batteur pour m'accompagner cette aprèm. T'es d'accord ? » J’arborais un sourire avant de dire comme s’il s’agissait d’une évidence : « Tu crois que je vais dire non pour jouer avec toi ? Ou encore rechigner à jouer de la batterie ? Puis ça m’intrigue ce morceau sur lequel vous bossez, je veux écouter. » Rien ne pouvait me faire plus plaisir que passer mes journées à faire de la musique. Même si avant cela, il fallait qu’on remplisse nos estomacs. « C’est pas celle dont je t’ai parlé, hein, je t’attendais. » Je souris et te répondis par un clin d’œil. Nos chansons à nous, c’est ça que j’aimais le plus. Bien que je restais curieux de découvrir ce que tu parvenais à créer avec ton petit groupe de potes. « Et ton trophée c’est moi. J’espère que t’as pas de problème avec ça. » Mon sourire se fit d’autant plus lumineux, t’adressant un clin d’œil avant d’ajouter : « J’espérais bien que tu me répondrais ça… »
La cuisine débordait de monde et je saluais tout le monde d’un signe de main, allant pour prêter main forte moi aussi. Mais je sentis la pression que tu exerçais sur ma paume et alors je compris ce qu’il se passait. Bien qu’il y ai du monde dans la pièce, il manquait quelqu’un. « Je reviens. » Ton grand-père. Je te regardais partir, l’inquiétude marquant mon regard, mais je ne te suivais pas, ta grand-mère m’attrapant par le bras pour que je te laisse avec ton grand-père et que je l’aide moi aussi. Je lui adressais un sourire, mettant la table avec tout ce petit monde alors que Jade profitait de ton absence pour me poser une montagne de question, ne revenant à l’instant présent que pour entendre l’une des dernières, je crois : « ... Et ! Et! Et ! Qu’est-ce qu’il raconte sur moi, hein ? » J’ai souri, haussant les sourcils taquins : « Tu ne crois pas ce qu’il t’a dit tout à l’heure ? » Elle fit une mine boudeuse et j’eus un petit rire avant d’ajouter que tu étais Milo, au fond tu l’aime bien, sinon tu ne t’embêterais pas de personne qui peuvent te faire du mal, t’ennuyer ou te rendre triste, n’est-ce pas ? Je jetais de vifs coups d’œil aux escaliers, là où tu avais disparu alors que tout le monde se mettait petit à petit à table. Discutant de musique je m’intégrais de nouveau dans la conversation, plaignant un peu ta grand-mère qui devait être un peu paumée dans tout ça. Plus ce qu’insinuait le fait que tu sois monté à l’étage… Tu nous rejoins alors que je questionnais Julian, demandant depuis combien de temps il s’était penché sur la batterie. Tu sortis de tes pensées, ta main dans la mienne, essayant de cacher qu’au fond, tu n’allais pas bien et je pressais de nouveau ta paume : « Bon alors, ça parlait de quoi ? » Je t’adressais un nouveau sourire avant de regarder chacun de tes potes : « De musique, quoi d’autre… Je me renseigne sur l’histoire de chacun... » Car avec la musique ce ne peut être qu’une histoire, une grande aventure. « Mais je reste pressé de voir ce que vous donnez en live… » Riais-je en jetant un coup d’œil à Kelvin, parce qu’il semblait être tout de même un sacré numéro. « Tu sais déjà ce que je donne en live. » J’opinais, je ne doutais en rien de tes capacités, que tu joues avec moi, en solo ou avec d’autres personnes, tu restais Milo et tu avais un don en musique que je ne connaissais que trop bien. Mais tes petits compagnons, je ne les connaissais pas, et du peu que j’en savais, j’avais réellement envie de savoir ce qu’ils donnaient derrière des instruments. « Et l’important c’est que eux te voit en live. Ils veulent pas me croire les méchants. » J’eus un petit sourire, laissant échapper un « Deal. » en les regardant un à un. Loin d’être stressé, la batterie est ma passion, drummer est un art dont je rêve être le Michel-Ange. Alors je n’avais pas peur de montrer ce que je sais faire, ce dont je suis capable une fois que l’on me met derrière des caisses et que j’ai des baguettes entre les mains. Même avec des couverts, des styles, des cure-dents, le rythme ne me lâche pas. Alors une fois les baguettes entre les mains, je ne peux être plus heureux et me laisser aller plus facilement à jouer, tout simplement. « Parce que t’es amoureux et que tu le mets peut-être un peu sur un piédestal. » J’eus un petit rire soulignant le « peut-être » sans lâcher le copain de Jade des yeux alors que tu lui crachais à la figure. Vu ce que tu m’en avais dit, je comprenais ta réaction. J’espérais lui rabattre un peu le caquet, qu’il voit ce que c’est de drummer, l’importance que ça a de connaître son instrument avant de se clamer joueur, artiste ou autre. « C’est que comparer à son niveau t’as encore beaucoup de chemin à faire mon pauvre. » Au fur et à mesure de la conversation, ma jambe s’était mise en mouvement, tapant silencieusement un rythme qui fusait dans mon crâne. Un crash, une idée, une envie qui m’habitait. J’avais envie de jouer, en parler ne suffit jamais. L’impatience se faisait sentir, c’était bon signe. Je me donnais toujours à fond, mais aujourd’hui, le fait que je sois de nouveau avec toi et que l’on me titille de défis promettait une sacrée prestation. Je me fous qu’on se moque de mon niveau, que l’on trouve à me faire des reproches, j’accepte toujours les constructifs, c’est comme ça qu’on apprend. Tant que je peux jouer, que je peux m’approcher un peu plus de mon rêve, alors je ne demande rien de plus.
Enfin, le repas toucha à sa fin et je te laissais me guider jusqu’à ce qui aurait pu ressembler à un garage, mais qui n’en avait que l’aspect extérieur. A l’intérieur, une vraie salle de musique. Je souris t’imaginant jouer avec tes potes entre ces quatre murs, me rappelant certaines scènes que tu m’avais contées au téléphone. Je repérais de suite la batterie, sa disposition, ses accessoires, ses réglages… Laissant un peu de côté les autres instruments si ce n’est le synthé. Après tout, ça te concerne, ça m’intéresse forcément.
Le propriétaire me laissa me l’approprier un peu et je ne me gênais pas. Je n’avais pas touché à une batterie depuis grand maximum 15heures et voilà que j’étais déjà en manque et que mes bras, mes mains et mes pieds s’impatientaient, désireux de s’animer, de se mouvoir à une vitesse folle pour créer une suite de son qui ferait résonner mon crâne, vibrer mes oreilles et j’espère, celles de tes potes. Je m’installais, réglant le siège, la disposition des cymbales et des caisses, vérifiant les peaux, les pédales, les testant pour voir leur résistance, si elles avaient souffert d’autres jeux peut-être trop doux, ou alors si elles étaient lâches suite à un jeu trop violent et brute. Je tentais de m’habituer à cette jolie bête, oubliant le temps de m’installer ce qui m’entourait. Enfin, presque… Parce que tu faisais parti de ceux qui m’entourent. Et toi, je ne t’oublie pas. Et je ne manquais pas de te voir papoter avec le fameux Emmanuel. Voire même lui accorder une pichenette. Vu la réaction du dit ancien prétendant, je ne me fis pas de sang d’encre. Mais notais malgré tout la petite attention que tu lui accordais. Il allait vraiment falloir que j’en sache un peu plus, histoire de te taquiner sur ce petit secret que tu m’avais gardé.  
« Les gars on vous attends ! » Chacun finit ses dernières préparations, accords, réglages et bientôt nous fûmes tous prêts. La musique vint alors emplir la salle. J’écoutais les instruments, les notes, le rythme, me laissant aller aux aléas des notes, aux strophes, leurs intonations, leurs vitesses, le son de ta voix pour adapter mon jeu de batterie. Pour passer d’une caisse à l’autre. Pour adapter la force que je mettais dans mes gestes, dans mes jambes. Arrivant à me mêler à votre mélodie pour y ajouter ma touche. Essayant d’éviter les boucles et les frisés pour ne pas lasser ou faire trop simple, n’ayant pas oublié qu’il fallait que je leur prouve que tu ne leur racontais pas de bobards. Une fois que je sentis le rythme et l’adrénaline de jouer de nouveau de mon instrument prendre le dessus, j’ouvrais mes yeux pour vous contempler jouer, tu fus le premier à chanter et je détachais mon regard de toi pour aller vers Julian qui poursuivais à ta suite, puis vers Emmanuel qui évitait toujours autant de me regarder, à moins qu’il ne soit que concentré dans ce qu’il faisait. Quoiqu’il en soit, il était plaisant d’entendre le résultat final et de voir que chacun cherchait réellement à y mettre du sien, à créer la parfaite symphonie qui appuierait d’autant plus les paroles qui s’échappaient de vos gorges.
La musique vint à sa fin et je soupirais, content d’avoir pu jouer, bien que mes membres en demandaient encore un peu, mon pied s’échappant de la pédale pour taper dans le vide le rythme qui l’animait toujours. « Je vous avais pas dit qu’il était génial ?! » Je rigolais, me grattant l'arrière du crâne un poil gêné par ta manière de décrire mon jeu, acceptant ta bise avec grand plaisir. Puis à l’attention des joueurs : « C’était cool, vous gérez pas mal. » Pas du genre à leur faire une vague de remarques ou quoi, j’étais l’outsider, je devais montrer de quoi j’étais capable avant de me permettre de les juger, pas très friand de me faire virer de suite. Puis c’étaient tes potes, j’allais pas me montrer vache. Déjà que je ne le suis pas. Et qu’il n’y avait vraiment pas à redire, c’était une super chanson. Bien que j’aurais aimé voir ce que le batteur d’origine leur offrait comme rythme avant que je ne lui pique sa place derrière l’instrument. « Vous bossez dessus depuis longtemps ? » Tes massages permirent à mes jambes d’arrêter de se la jouer cinglés, du moins, de les apaiser un petit peu. M’intéressant à ce que disait le frère de Jade. « Deux jours seulement, j’avais commencé à écrire ce bout de truc et quand Milo a débarqué pour les vacances il s’est mis directement à bosser dessus, enfin tu dois connaître le phénomène mieux que moi maintenant. Il a modifié le texte, réécrit carrément certaine partie, notamment la sienne, a fait toute la compo et on est seulement rentré en scène à ce moment. » Deux jours et ça donnait déjà ça, de quoi prouver de l’importance qu’a la musique dans ce garage où vous vous réunissez tous. J’eus un petit rire, te glissant un coup d’œil lorsqu’il insinua que je devais suffisamment te connaître pour deviner comment tu avais réagi en débarquant en vacances et en tombant sur ce qu’il avait commencé à préparer. Souriant en t’entendant jouer les modestes. Du Milo tout craché. « Du coup c’était simple pour lui. » Je tournais mon regard pour le glisser vers Kelvin, celui qui s’était tut jusque-là et qui l’ouvrait pour dire ça. Simple… Il voulait insinuer quoi ? Je le fixais et déjà mes jambes repartirent dans un mouvement plus frénétique quand je sentis la pression que tu exerçais sur mes épaules et d’autant plus lorsqu’il rajouta : « Ian lui a tout expliqué sa partie. » J’arquais un sourcil. C’était moi ou ce type se permettait de rabaisser ton travail ?! Il se prenait pour qui ? Lui qui n’avait fait que se la jouer distrait et effacé depuis le début, lui dont j’avais entendu bien parler et qui ne méritait pas vraiment de se la ramener de la sorte. « Ouais, Milo m’a aussi expliqué comment il voyait la mélodie aussi, et ça fait deux jours qu’on peine à faire aussi bien que ce qu’il a fait du premier coup. » Merci à Julian pour être intervenu. Etant donné que tu n’aimais pas être rabaissé et que je t’avais senti te tendre dès qu’il l’avait ouverte et que je n’aimais pas plus qu’on s’en prenne à toi de la sorte et qu’on ose la ramener sur ce que tu sais faire, surtout si c’est pour parler seulement pour blesser et pas avoir le moindre commentaire constructif et utile. Bref, ça commençait à monter gentiment, mais Julian su mettre un terme à la tension. Je continuais de fixer le fameux Kelvin, jusqu’à ce que tu prennes à ton tour la parole : « J’en ai une autre en stock si vous voulez tenter. » Je n’eus pas besoin d’approuver, tu savais déjà que je crevais d’envie de battre de nouveau le rythme, quel que soit le morceau que tu nous lançais. J’attendais patiemment, zieutant encore un peu Kelvin du coin de l’œil avant de te sentir quitter mes épaules pour aller vers le guitariste là. Je détournais le regard avec un sourire, ça va c’était ton pote, puis je te faisais confiance, comme d’hab. Puis t’es à moi. Et ça, Emmanuel semble l’avoir compris vu qu’il évitait toujours de me regarder et avait toujours ce petit air gêné. J’étais pas là pour le mettre mal, au contraire, plutôt pour m’entendre avec tes potes. Alors je vous lâchais du regard pour jouer des baguettes sur mes cuisses en attendant que tout le monde soit prêt. Me demandant quelle chanson tu allais lancer, quelles paroles tu allais chanter, quel air tu allais nous indiquer. Un peu perdu dans mon rythme je n’entendis pas ce que dit Julian, mais redressais la tête au moment où ton regard se posait sur moi. Te regardant sans comprendre alors que tu détournais ton regard pour ton clavier. C’était quoi la question ?
Mais je n’eus pas le temps d’y réfléchir plus longtemps que tu lançais les premières notes et paroles. J’écoutais aussi bien ce que tu chantais que le rythme de la mélodie que tu pianotais sur ton clavier, enchaînant sans hésitation les blanches et les noires, les longues et les courtes. Je ne sentis pas mes lèvres s’étirer dans un sourire alors que j’écoutais les mots qui s’échappaient de ta gorge, joignant avec un certain naturel le son de ma batterie à celui de ton clavier. Te lançant un coup d’œil pour remarquer que tu avais fait de même, mon sourire étant désormais visible sur mes lèvres et t’étant entièrement dédié. Comment être jaloux de qui que ce soit quand tes mots sont si forts ? Quand ils réchauffaient autant mon cœur, sachant ce qui se cachait derrière, leurs significations, des rappels à ce que nous avions partagés, toi et moi. Le son des trois instruments mêlés était plus que plaisant. Pour une première fois, c’était déjà quelque chose d’assez énorme. J’adressais un sourire aussi bien à Julian qu’Emmanuel et à toi, bien évidemment : « C’était plutôt cool » Lâchais-je. Dur de quitter la joie dans mon regard et le sourire, il suffisait de me laisser jouer un peu et alors c’était bonne humeur garantie. « Il a quelque chose à redire l’expert maintenant ?! » C’est pour ça que lorsque je t’entendis t’adresser de nouveau à Kelvin, j’arborais un sourire en coin, baguettes dans une main, coude sur les genoux, un poing maintenant mon menton pour fixer de nouveau Kelvin et voir ce qu’il avait à te répondre. Qu’il essaie juste de l’ouvrir… Il n’y avait rien à reprocher à cette impro, pour une première ça avait donné. Son air mécontent semblait l’indiquer. Il ne broncha, ne se la ramena pas et l’on put poursuivre cet après-midi dans une plutôt bonne ambiance. J’étais content d’être avec toi et d’autant plus de découvrir cette petite vie que tu avais de ton côté, ici dans le Minnesota, avec ta petite bande. L’heure tournait et petit à petit chacun partait, nous laissant tous les deux avec tes grands-parents. Du moins, ta grand-mère, car encore une fois ton grand-père n’avait pas réussi à descendre nous rejoindre. Etant donné que je n’étais pas monté le voir plus tôt, de peur de te déranger pendant ta discussion, ce midi, avec lui, puis de le déranger lui pendant son repos, j’avais finalement décidé d’aller le saluer avant le repas. Passage rapide, mais qui me suffit pour comprendre ton inquiétude. Il était fatigué, c’était certain, même s’il tentait tout pour convaincre du contraire, tentant de dissimuler sa fatigue derrière des sourires.
Le repas se déroula dans une drôle d’ambiance, bien que je tentais de faire la discussion pour te détendre et que ta grand-mère ne s’inquiète pas trop de te voir autant préoccupé. Dormir à tes côtés fut aussi reposant que la courte sieste que l’on s’était accordé un peu plus tôt. Le réveil fut tout aussi agréable bien qu’il note l’heure de notre départ. Voilà qu’il nous fallait partir de chez tes grands-parents pour retourner à LA, quitter le froid au profit du soleil. Je n’ai pas manqué de garder ta main dans la mienne à la suite de notre départ, sachant qu’à distance ton inquiétude serait d’autant plus intense. Mais je ne te lâchais pas. Je ne te lâcherais pas. Et c’est toujours main dans la main que l’on atterrit chez nous.


...NEXT...

acidbrain

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Mer 3 Aoû - 0:13, édité 16 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nathan T. McMillan


avatar

▲ Date d'inscription : 19/02/2016
▲ Messages : 95

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Dim 31 Juil - 13:41

... Maintenant quand on me demande ce que je lis en ce moment : "50 shades of Micéo."
Continue ça lecture... D'OU LA MERE ELLE DEBARQUE QUOI ?! PUTAIN J'ETAIS DEG !!! *va continuer de lire quand même... commence la partie 3, descend et en voit une 4e* Vous publiez quand exactement ?

_________________
International - Fucker
On était les rois du monde, on a foutu notre merde plus fort et mieux que toutes les générations. Nous étions si beaux ! On est des paumés. Je suis un et j’ai l’intention de le rester autant j’ai envie. Je préfère baiser ma propre mère plutôt que de laisser ces zombzombs ou qui que ce soit me priver de ma liberté.... × by lizzou.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Mer 3 Aoû - 0:11


Part Five




But it’s fun to fantasize. (Part I)

A peine étions-nous arrivés que je remarquais, attendant devant notre chez-nous, une petite brunette tatouée. Ah merde… Sammy… C’est vrai j’avais un peu oublié de la prévenir de mon départ pour le Minnesota, donc d’annuler nos plans. Qui plus est, vu que j’étais avec toi, je n’avais que très peu porté d’attention à mon portable. Et à la vue de sa mine mécontente, elle avait apparemment essayé de me joindre. Plusieurs fois, alors que je vérifiais rapidement mes appels manqués et textos. « Oopsy… » Murmurais-je en descendant du taxi, te tirant à ma suite alors que la tornade brune commençait déjà : « Macéo Jim Cubbins !! T’es sérieux ?! J’ai cru que t’étais crevé enculé ! » Je levais les mains en signe d’innocence, un petit sourire désolé au visage : « Pardon, pardon, j’ai eu une urgence… Qui s’appelle Milo d’ailleurs… Sois gentille, dis bonjour ! » Et je me cachais derrière toi, la tête dans le creux de ton cou : « Milo, Sammy ! Sammy, Mon Milo ! » Elle gardait son air boudeur, même si au fond, je savais qu’elle était contente d’enfin te rencontrer. Pas que je l’avais saoulé avec toi, mais un peu… Puis pas qu’elle avait à maintes reprises essayé de me remonter le moral, de me changer les idées, ou de m’écouter tout simplement, et parfois même de juste rester là à traîner avec moi. Elle finit par ranger ses griffes et décrocher un sourire : « Bon ça va, t’avais une bonne excuse, je présume… » Soulagé je sortais de ma cachette avec un petit sourire que je perdis bien rapidement lorsqu’elle me colla une petite claque derrière le crâne pour ajouter, en pointant un petit doigt menaçant, qui au fond, ne l’était pas du tout : « Mais la prochaine fois, je te jure tu checkes ton phone sinon… » Elle laissait sa menace en suspens, son regard en disant long, puis elle m’avait déjà plusieurs fois menacé pour que je sache plus ou moins à quoi m’attendre. « Ouais, ouais, je sais je sais. Bon maintenant, tu vas nous excuser la rabat-joie, mais on est crevé. Alors chuu- » Finis-je en lui faisant un geste de la main pour la forcer à partir. Elle me mitraillait du regard, indiquant de ses deux doigts qu’elle me surveillait « On en a pas fini mon p’tit. » Avant de filer pour éviter mon regard froid suite au fait qu’elle ait osé me traiter de la sorte. Je t’attrapais par les épaules pour te ramener à l’intérieur : « Désolé pour ça. » Quand on rentra ce fut pour voir la tête de ma mère sortir de la cuisine avant d’afficher un sourire radieux en nous voyant tous les deux : « On est rentré ! » Souris-je avant qu’elle ne nous entraîne à sa suite pour qu’on grignote quelque chose. On a passé un petit temps avec elle, à discuter, à parler un peu de ton voyage, de mon départ précipité, avant de monter dans notre chambre. Lessivé, je m’écroulais sur le lit, après avoir balancé mon sac à dos au sol, remarquant que ma chambre était toujours en bordel de mon départ précipité.
Tu avais été bien silencieux depuis que l’on s’était arrêté devant la maison et qu’on était tombé sur Sam. J’avais mis ça sur le compte de la fatigue, étant moins même crevé et pas avide de papoter mais plutôt de me reposer avec toi. J’aurai dû remarquer que c’était à cause de quelque chose d’autre. Quelque chose qui te travaillait et qui n’avait pas lieu d’être. Je m’en redis compte alors que je m’étais écroulé sur le matelas et que tu n’étais pas venu contre moi. Mais genre pas du tout. Tu t’allongeas plutôt au bord du lit et je tournais la tête vers toi, en fronçant les sourcils. J’eus enfin droit à savoir ce qui te taraudait ainsi l’esprit. « C’était qui ? » Déjà qu’elle débarquait sans prévenir, elle avait, apparemment, osé te perturber un peu vu l’expression que tu affichais. Décidemment, elle avait décidé de me mener la vie dure sans même le savoir, bien que je sache aussi que j’étais en tort. Après tout, qui avait omis de parler de cet énergumène… Moi. Et je ressentais mon erreur en découvrant ton visage. Alors j’allais me rattraper, je comptais bien le faire. Je me redressais sur un coude en te regardant, si loin, bien trop loin de moi. « C’était Sam. Je sais que je ne t’en ai jamais parlé, désolé. C’est juste qu’elle est déjà suffisamment épuisante au quotidien, qu’elle ne mérite pas vraiment qu’on lui accorde trop d’importance. Surtout toi. » C’est vrai, je n’avais jamais pensé à l’introduire dans une conversation étant donné que lorsqu’on parlait tous les deux, je m’inquiétais plus de ce que tu faisais, de comment tu te sentais plutôt que de m’attarder sur comment et avec qui j’occupais mes journées… Je te parlais de potes, de sorties, d’activités, sans jamais insister ou détailler. Tu n’y étais pas et je n’aimais pas en parler des heures. Mais je réfléchis tout de même à ce que je pouvais te dire, sachant qu’il me faudrait le faire pour que cette expression qui ne me plaisait guère quitte ton visage. « C’est une pote que j’ai rencontré au skate parc, une fille très active et un peu beaucoup taré. Je sais pas comment on s’est mis à traîner ensemble, disons qu’elle est assez envahissante, t’as pu t’en rendre compte. » Ajoutais-je en tentant un sourire, sans te quitter des yeux. Puis j’inspirais avant d’avouer, même si à l’origine, je n’avais pas voulu l’avouer, pour ne pas t’inquiéter ou te faire savoir comment j’étais en ton absence : « Puis, je dois quand même lui accorder le fait qu’elle me force à me bouger et me sortir quand tu n’es pas là et que je sais pas trop quoi faire. » Alors je roulais sur moi-même pour te rejoindre au bout du lit et te sentir enfin contre moi. « Excuse-moi de pas t’en avoir parlé, c’était con de ma part. » Chuchotais-je à ton oreille sans te quitter des yeux, tentant de te caresser l’épaule d’un doigt. « Tu m’en veux pas, hein ? » Ajoutais-je continuant de plonger mon regard dans le tien pour ne pas rater une seule de tes expressions. J’espérais que non, je m’en voulais déjà, et j’étais prêt à répondre à tes questions, à ta colère ou ta déception quoiqu’il arrive. Et surtout à effacer quelque sentiment de ce genre de ton visage pour que tu ne m’en veuilles pas trop longtemps. Surtout pour quelque chose, enfin plutôt quelqu’un qui ne méritait pas autant.
Pourquoi je me retrouvais stressé par rapport à Sam ? Je devais l'avouer, j'avais eu tort de ne pas l'évoquer plus tôt. C’était une pote, une fille tellement active qu’elle ne vous laissait pas respirer et ça en ennuie beaucoup, moi aussi ça m’ennuyait, surtout au départ, quand je n’étais pas très chaud pour me sociabiliser, mais elle a aussi son bon côté, elle ne laisse pas tomber, elle est têtue et ça, je dois l’avouer, je lui en suis reconnaissant. Car sinon, je ne serais pas rester celui que je suis, je me serai mis à trop broyer du noir et ça ne me ressemblait pas. C’est en cela que Sam comptait pour moi. Mais je ne t’en avais pas parlé, comment t’avouer que je suis mal quand tu n’es pas avec moi ? Comment te dire que je ne suis alors plus moi-même ? Ça ne t’aurait pas plu. Pourquoi te rajouter un poids alors que tu en as déjà eu suffisamment pour plusieurs vies… J’avais fait ce choix de ne pas t’en parler, je ne te l’avais pas caché non plus, disons juste que j’avais tue son nom et tout ce qu’elle faisait. J’avais cru prendre la bonne décision en faisant ainsi, je m’étais apparemment trompé. Et à cette erreur je devais ta mine qui ne me plaisait pas. Ton incompréhension, ta surprise, ta peine.
J’attendais un retour de ta part, quel qu’il soit, je préférais que tu dises quelque chose que tu restes de la sorte, aussi distant avec moi. C’était pire que tout. Mais je pus de nouveau respirer lorsque tu vins te caler contre moi, me faisant soupirer de soulagement, content que tu ne m’en veuilles pas, que tu ne me blâmes pas trop de mon erreur. « Je t’aime » Je te sentais me serrer plus fort et je t’entourais aussi de mes bras, te serrant tout aussi fort, m’accrochant à toi avant de t’embrasser et de dire à mon tour en plongeant mon regard dans le tien : « Je t’aime Mon Milo. » Toujours plus, encore plus.

Le temps atténue les blessures n’est-ce pas ? Il aide à oublier… Et nous en étions là, à essayer d’oublier, à penser à autre chose, à refuser d’accorder notre attention à cette menace qui avait déjà fait tant de mal. Nous avons osé espérer qu’il s’était lassé, qu’il avait accepté sa défaite, son humiliation, qu’il te laisserait en paix, que nous pourrions être ensemble et que jamais il ne reviendrait nous séparer. Avons-nous été naïfs mon Milo ? Etait-ce une erreur d’espérer de la sorte ? De croire que nous pourrions enfin mener une vie tranquille, ensemble, notre vie, comme nous l’aimions, comme nous la dessinions. Cela s’est peut-être fait contre notre gré, alors que les semaines passées, que les mois s’enchaînaient, nous confortant dans l’idée que jamais un nouveau malheur ne viendrait nous frapper. Ça aurait été parfait, nous aurions été si heureux, de continuer de vivre tous les deux, de poursuivre notre chemin qui avait déjà subis tant de détours, mais nous retrouvant tout de même, main dans la main. Ça aurait été si bien… Mais à croire que le sort avait décidé de s’acharner. Sans prévenir. Comme toujours. Se jouant de nous, nous prenant au dépourvu.
Tu avais déjà tant subis. Ton père, la mort de ta mère, nos séparations, tes grands-parents, plus précisément la santé de ton grand-père qui t’apportait tant de tracas, mais aussi cette révélation sur ta mère biologique. Pourquoi est-ce que le sort avait décidé de s’attaquer avec autant de force à ta vie ? On ne pouvait pas te laisser en paix ? C’était si difficile ? Toi qui avais déjà assez payé pour plusieurs vies. Et même si j’étais toujours là à tes côtés, même si je continuais de croire en toi, de te tendre la main pour partager tes malheurs, qui aurait cru qu’un jour cela ne serait pas suffisant. Mais ça, Milo, ni toi ni moi ne pouvions l’imaginer… Encore moins le deviner… Alors on se contentait de sourire, aveugles à ce qu’il se préparait. Et qu’est-ce qu’on a eu une vie heureuse…
Nous ne manquions pas d’aventures, ensemble, tous les deux, toujours. Jouant notre musique qui nous apportait tant, appréciant où elle nous menait, combien elle nous faisait évoluer. Enchaînant les activités, cumulant ces souvenirs joyeux qui aidaient à atténuer les plus sombres, à les dissimuler dans un coin de notre crâne. C’était si bon de vivre de nouveau, de ne pas se tracasser, de juste profiter de ce qu’on avait, de ce qu’on créait ensemble, d’apprécier chaque secondes que l’on passait côte à côte. Laisser un peu de lumière remplir nos jours et nos nuits. Sans peur, sans cri, sans crainte, sans pleurs, juste des rires, des sourires, des regards, de l’amour. Mais il fallait bien que quelque chose vienne de nouveau bousculer ce quotidien que nous nous étions construit. Ça aurait été trop facile sinon.
Ce jour est donc arrivé, ce jour ensoleillé que nous passions à Venice Beach, profitant de la fraîcheur de la mer pour ne pas être sujet à la chaleur californienne qui n’avait cessé de taper. C’est ce jour-là que ton téléphone portable s’est mis à sonner, alors que nous étions en train de déconner à la plage. Je t’ai vu regarder ton écran, ton expression laissant deviner que tu ne connaissais pas cette personne qui tentait de te joindre. Alors je t’ai rejoint, m’extirpant tout juste de l’eau quand tu décrochais pour répondre à l’appel. Je te regardais prendre l’appel et écouter ce que la personne avait à te dire. Ne parvenant pas à entendre ce que disais le mystérieux inconnu, regrettant que le son de ton appel ne soit pas au maximum, refusant de coller mon oreille de l’autre côté de ton téléphone. D’une, parce que je savais que tu m’expliquerais sûrement après, de deux, parce que j’avais pas envie de te déranger pendant ton appel, de trois, parce qu’il ne me semblait que ce n’était pas le moment de se la jouer malin… Ce qui me permettait de penser de la sorte ? Ton expression, que ce soit la moue dubitative sur tes lèvres, ton regard un peu perdu ou encore le froncement de tes sourcils, je compris que ce qu’il t’était dit te laissait perplexe. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il se passait ? Je laissais de côté l’option du paternel, sachant que si c’était de lui qu’il s’agissait, si c’était lui que tu avais au bout du fil, tu aurais raccroché, et pour sûr tu n’aurais pas eu cette expression… Mais plutôt celle que je t’avais déjà vu revêtir à plus d’une reprise et que je n’aimais pas du tout. Mais si ce n’était pas ton paternel, qu’est-ce qui pouvait te mettre dans un tel état ? Ou qui ? Tes grands-parents ? Tu aurais eu plus de répondant lors de l’appel… Tu aurais eu un sourire en entendant leur vois. Ou si ça avait été pour une mauvaise nouvelle, alors, encore une fois, ce n’est pas ce visage que tu aurais laissé paraître. J’avais beau essayer de trouver à moi seul la réponse à ma question, je n’y parvenais pas. Et ces interventions courtes que tu retournais à ton interlocuteur ne m’aidaient en rien à trouver. « Quand ? » J’inspirais. Ces réponses courtes ne présageaient rien de bon… De quoi quand ? Et pourquoi ça te travaillait autant… Je restais à te regarder, croisant les bras sans te quitter du regard, sentant déjà le soleil s’occuper de sécher l’eau salée qui goûtait le long de ma peau et de la tienne, la chaleur cherchant de nouveau à se faire sentir. Mais trop préoccupé à travailler et envisager diverses hypothèses, je ne pris pas la peine d’y porter attention. « Et si je refuse ? » J’haussais un sourcil, plusieurs de mes théories et idées quittant mon crâne pour que d’autres viennent émerger. Ton regard se déposa sur moi et je te questionnais du mien. Mais tu poursuivis ton appel, m’obligeant à m’en tenir au suspens, je ne dis rien, attendant, patiemment… « A demain alors. » Quelque chose me disait que ce n’était pas une activité merveilleuse et sympathique que cette mystérieuse personne venait de te proposer au téléphone pour demain. « C’était qui ? » M’empressais-je de demander alors que tu éloignais ton téléphone de ton visage. Ton regard se mit à fixer le sol. Beaucoup n’auraient pas réagis, mais pour moi c’était un signe qui ne présageait rien de bon ni même de sympathique ou banal et je n’aimais pas ça. Je t’ai regardé garder le silence avant de réfléchir à comment t’extirper de tes pensées dans lesquelles je te devinais plongé, t’y perdant lentement alors que tu te terrais dans ce silence. Je me suis pencher afin d’attraper ma casquette qui traînait par terre avec le reste de nos affaires qui gisaient à même le sable brûlant. Je te l’ai mise sur le crâne, me moquant que tes cheveux soient encore humides et une fois qu’elle était bien enfoncée, je tirais légèrement sur la visière pour que tu tournes de nouveau ton regard et ton visage vers moi : « Milo, raconte… C’est quoi le plan demain ? » Car vu l’état dans lequel ce fichu appel t’avais mis, ruinant le fun que l’on avait en seulement quelques minutes, il était hors de question que je n’en sache rien et que je continue de me faire des films… Alors j’attendais ta réponse, t’encourageant d’un sourire. Tu y réfléchis avant de tenter de m’éclairer et l’éclipse d’un sourire apparue sur mes lèvres. J’ai bien dis tenter. « Voir madame Berebiduletruc, qu’à participer à ma création, à l’hôpital Kindred ? » Voilà ce que tu m’as sorti et je dois te l’avouer j’ai réprimé un petit rire en t’entendant me la sortir. Mais je me suis retenu, ce n’était pas forcément la chose à faire vu comment cet appel t’avait laissé. Je te regardais en haussant un sourcil. Malgré tes termes un peu décalés, je comprenais ce que tu voulais dire, ça impliquait ta mère biologique, d’aller la voir à l’hôpital Kindred. Okay, j’avais le principal. « Certes… J’aime tellement tes résumés… » Soufflais-je sans vraiment savoir ce que tu en pensais comme tu ne t’éternisais pas sur le sujet. « Et c’est à quelle heure ? » Demandais-je, me permettant de poursuivre un tout petit peu sur ce sujet. J’aurais pu te demander ce que tu en pensais, si tu voulais vraiment y aller, seul, avec moi… Bref, j’aurai pu te noyer sous mes questions, mais je ne suis pas du genre à t’étouffer, plutôt à te laisser parler de toi-même, quand tu en aurais besoin. « Et c’est demain. Alors on est pas obligé de partir, hein ? » J’ai souri, j’ai donné une pichenette sous la visière de ma casquette, la voyant ne pas te tenir au crâne, elle vola sans grandes difficultés pour atterrir au sol. « Ah ? Quelqu’un veut retourner à l’eau ? C’est vrai que tu t’es enfui un peu trop vite tout à l’heure... » Je n’allais pas insister, c’était une belle journée, pas question qu’elle soit gâchée par un simple appel, alors je t’attrapais pour te forcer à aller dans l’eau même si c’était ce que tu voulais. Mais moi, tout ce que je voulais c’était que tu souries de nouveau et oublie cet échange quelque peu perturbant auquel tu avais eu droit. « Vengeance ou pas… Qu’est-ce que je devrais faire… Qu’est-ce que tu mérites… » Hésitais-je en te gardant sur mon épaule, un doigt tapotant contre tes côtes sachant parfaitement que ça te ferait des chatouilles. Sachant aussi parfaitement que malgré ta réponse, je te jetterais à l’eau. Ce que je fis, souriant en te voyant sortir la tête de l’eau, fermant les yeux pour ne pas être piqué par le sel. Je te les frottais : « Désolé… Mon bras a glissé… » Ajoutais-je avec un sourire en coin. J’eus un petit rire en voyant tes yeux rouges et surtout en entendant ton : « Moui, bien sûr. » J’ouvrais la bouche, faussement choqué que tu ne crois pas en mes excuses et la justification de tel acte à ton égard. « Comment oses-tu douter de moi ? » Ajoutais-je avant de me laisser guider par toi, perdant mon expression outrée pour un sourire, perdu à contempler ton visage, ton regard et finalement tes lèvres, ces-dernières venant narguer les miennes, les effleurant tout juste pour leur donner envie, pour les tenter. C’était déjà chose faite depuis un moment. Mes lèvres étaient déjà avides de se poser contre les tiennes, de s’en emparer, de les déguster encore une fois, n’étant jamais lassées de leur douceur. Je te suivais dans l’eau, sentant la fraîcheur de cette dernière apaiser ma peau et mon corps qui souffraient des rayons brulants du soleil. Je te suivais sans hésitation, te laissant m’emporter avec toi, ma seconde main cherchant à attraper la tienne sous l’eau, à mêler nos doigts ensemble. Puis tes lèvres se posèrent sur les miennes, enfin, alors que nous plongions dans un même mouvement sous l’eau. Cette fois, ce ne fut pas le soleil qui réchauffa mon corps, mais plutôt cet échange, ce contact exquis comme toujours. Je passais ma main dans ta nuque pour le prolonger, te serrant contre moi. J’aimais quand tu étais comme ça, quand ton cerveau te laissait tranquille et ne t’obligeait pas à ressasser mille et une choses dans ton crâne. Lorsque tu ne pensais qu’au moment, qu’à moi, qu’à nous.
Peu importait ce qu’il se passerait le lendemain, pour l’instant, nous nous occupions de nous, rien que ça, ne pensant à rien d’autre et ça rendait cette journée d’autant plus lumineuse qu’elle ne l’était déjà. On finit par sortir tous les deux de l’eau, manquant d’air, même si j’y serai resté avec joie, toujours collé contre toi. On nous accorda des regards furtifs, comme toujours, des coups d’oeils, des sourires comme des reproches. Mais comme toujours, nous n’y prêtions pas attention, tout ça nous amusait plus qu’autre chose maintenant. « Bizarrement j’ai toujours chaud… » Te taquinais-je avec un clin d’œil, tirant mes cheveux roses en arrière, essuyant mon visage d’un revers de la main. Alors je retournais sous l’eau, te nageant autour avant de déposer des baisers dans ton dos et de ressortir, derrière toi, m’accoudant à mes épaules. « On a qu’à passer la nuit dans l’eau… » Chuchotais-je en voyant le monde profiter de Venice Beach bien que le début de soirée pointait le bout de son nez. Etrangement, je n’avais pas envie que cette journée se termine… Vraiment pas envie… « C’est une idée complètement stupide. » Aoutch mon Milo, mais j’haussais des épaules. C’est bien connu que je ne suis pas le meilleur pour proposer des idées de génies… J’allais répliquer mais mon appui disparaître soudainement, avec toi sous l’eau, me faisant perdre un peu l’équilibre, me rattrapant, laissant mes bras balloter le long de mon corps, te regardant te mouvoir dans l’eau en grommelant… « Et c’est monsieur qui disait qu’on avait pas à partir de suite… » Mais je n’eus pas l’occasion de plus défendre mon idée, de dire qu’on se foutait de demain, ayant bien compris que la remarque venait très probablement de ce rendez-vous que j’avais décidé de laisser de côté, qu’il était dommage de ne pas profiter de cette superbe plaque qui se vidait ni même de ce joli coucher de soleil qui n’allait pas tarder à nous baigner dans une palette de couleurs chaudes et vives. Je te vis t’accrocher à mon cou, plaçant mes mains pas automatisme autour de tes hanches, les joignant dans ton dos pour ne pas te laisser t’échapper, ni t’éloigner, fermant les yeux pour apprécier de plus belle le baiser furtif que tu m’accordais. « J’en suis… » Un sourire en coin anima mes lèvres alors que je rouvrais les yeux pour t’accorder un regard heureux. « Je t’aurais pas laissé filer si facilement de toutes façons. » Baissant mes mains au niveau de tes cuisses pour te soulever contre moi, levant ma tête pour te regarder, toi qui me surplombait alors, toujours un sourire présent sur mon visage. « Mon Milo, il reste dans mes bras à moi d’abord ! » Baissant la tête pour déposer des baisers sur ton torse salé par la chaleur et l’eau de mer. Chuchotant à ton attention plus pour le plaisir de l’entendre que pour confirmation. « J’ai pas l’intention d’en partir. » Je me sentis sourire contre la peau bronzée et douce de ton torse, heureux à l’écoute de tes mots, de ces mots qui venaient me bercer, m’enivrer, t’entendre me le confirmer était d’autant plus agréable que l’évoquer moi-même à voix haute ne pouvait déjà l’être… Le baiser que tu me dédias par la suite sembla donner à tes mots d’autant plus d’impact, de force, finissant de faire fondre mon cœur qui battait contre ton torse collé au mien, me faisant parcourir l’échine d’un long frisson, l’un des plus agréables…Plus ce baiser duré, plus je mourrais d’envie de l’intensifier de plus belle… Mais le retour à la réalité fut complexe, alors que tu quittais mes bras pour t’éloigner sans un mot vers la rive. Je te regardais partir, blasé, les bras ballants avant de gueuler à ton attention : « Ah bah il est beau le : J’AI PAS L’INTENTION D’EN PARTIR !!! » Avant de croiser les bras en te fixant au loin. Il y avait déjà beaucoup moins de monde sur la plage et encore moins dans l’eau. Alors je ne craignais pas trop le nombre de regards qu’on nous accorderait. Déjà que d’ordinaire je m’en fous alors là… Tout ce qui me préoccupait, c’était de bien revêtir ma mine de boudeur… Puis je te vis fouiller dans nos affaires alors, je me décidais à te rejoindre, gardant ma mine et mes bras croisés, essayant de comprendre ce que tu faisais. Parce que tu venais un tout petit peu d’accepter de passer la nuit avec moi sur la plage et voilà que tu agissais autrement… « Slush ? Glace ? Crêpes ? Un truc qui se mange ? » J’eus un sourire de soulagement, même mon estomac sembla rassuré qu’au moins une personne daigne s’inquiéter de lui… Je tapotais mon bidou en signe d’excuse avant de te répondre : « Je dirai Slushie ou glace, trop chaud pour les crêpes… Et hot dog par contre ? » J’avais besoin d’un peu de salé tout de même… Parce que perdu à chouchouter mon Milo, j’en avais délaissé ma faim…
Je m’étais allongé, profitant des rayons du soleil qui descendaient vers l’horizon, attendant que tu reviennes les bras bien chargés. Je ne t’avais pas accompagné, petit vengeance pour m’avoir dit que tu ne quitterais pas mes bras pour le faire trois minutes plus tard… Je te regardai approcher avec un petit sourire : « Besoin d’aide peut-être ? » Avant d’installer ta serviette contre la mienne que tu viennes me rejoindre et que je puisse te câliner de nouveau. Sachant que je relancerai peut-être le sujet de l’appel, le fait d’avoir attendu tout seul m’y ayant un peu replongé… Mais pas question de gâcher notre instant donc pour l’instant, je me contentais de te taquiner avant de te faire chier avec des sujets qui fâchent… Enfin, je voyais pas vraiment pourquoi je m’embêtais à prendre des précautions… Tu étais déjà un peu fâché vu le regard noir que tu me balançais suite à ma question : « C’était avant que j’en avais besoin de ton aide, gros malin. » C’est avec un sourire que j’attrapais mon Slush bleu, tu avais choisi tropical, je présumais donc qu’il ne restait plus celui au cola, comme toujours, c’est celui qui part le plus vite… Mais je ne me plains pas, attrapant aussi mon hot dog et commençant à le grignoter. « Le reste c’est pour moi, et ta faute parce que fallait venir avec moi et toc. » Un œil curieux vient se déposer sur tes achats. La curiosité venant rapidement se teinter de gourmandise en voyant le festin que tu t’étais payé. AVEC MES DOLLARS ! Je fis une moue triste en voyant défiler les chamallows, gaufre, boissons en tout genre et surtout le yaourt glacé… Allant presque à m’en lécher les babines tellement ça donnait envie, sirotant mon slush en faisant du bruit, sans te quitter des yeux alors que tu mangeais. « Bon appétit. » Je grommelais en retour, me reconcentrant sur mon malheureux hot dog, que j’avais englouti en seulement trois bouchées… Puis, entre deux gorgées de Slush qui fondait bien vite, je lâchais : « Si tu manges tout ça tu vas avoir mal au bidou… Ou couler. Ou les deux… Parta-… MILO !!! » Tu t’étais installé sur moi et je n’avais pas fait vraiment gaffe à ce que tu pouvais manigancer… J’aurai dû, étant coupé en pleine lancée par une attaque à la chantilly… « Vengeance. » J’allais pour me lécher les lèvres et les débarrasser de cette attaque sucrée, mais tu fus plus rapide, à mon plus grand plaisir. Alors j’entourais tes hanches de mes mains pour te garder contre moi et prolongé ce baiser parfumé:  « Des vengeances comme ça, j’en redemanderai presque… » Souriais-je, me repenchant sur toi pour te mordiller ta lèvre qui me faisait toujours étonnement fondre, profitant que l’on était bien moins entouré que plus tôt pour nous laisser aller à bien plus de tendresses. Haussant les sourcils avec un sourire taquin : « ça me fait une belle excuse pour te taquiner… » Lovant mon crâne contre la peau chaude de ton cou, mes bras t’entourant complètement alors, intensifiant ce contact si enivrant. A croire que jamais je n’arriverai à me lasser où m’habituer à tout ça, à nous, à notre vie. Et j’en étais heureux, fier de tenir autant à quelque chose, à quelqu’un et d’avoir un retour si puissant, si fort, si touchant… « Je sais pas si tu sais mon Milo… » Dis-je en m’éloignant de ton cou pour pouvoir redresser ma tête et mon regard vers les tiens, un air sérieux et sincère s’emparant de mon expression : « Mais je t’aime. Très beaucoup fort même. » Je fis une petite moue, fronçant les sourcils comme pour réfléchir avant de compléter : « Voire même plus… » T’embrassant alors comme pour transmettre ce que je ressentais, ces sentiments qui m’envahissaient à chaque fois que mon regard te croisait où que je pensais à toi. Comme pour te les partager par ce contact intense comme les mots ne semblaient jamais suffisants pour les décrire comme il se doit… La mélodie de ton rire, ne pouvait que me faire de plus belle tomber sous ton charme. C’était dur de ne pas fondre pour toi Milo, à se demander comment certaines personnes pouvaient oser s’en prendre à toi. Seulement par jalousie de ta beauté et gentillesse. Car à mes yeux, c’était tout ce que je voyais émaner de toi. Bien qu’au fond, j’aimais savoir être le seul à te voir te la sorte, sinon j’aurai eu de la concurrence…
La réponse à mon baiser fut plus intense, ce qui était loin de me déplaire, te laissant me pousser en arrière, souriant de sentir mon dos s’affaisser contre ma serviette et surtout le sable qui était toujours aussi chaud, un frisson parcourant mon corps tout entier. Réaction qui n’était pas due aux grains de sable brûlant, mais plutôt à ton baiser qui savait en dire tant, que j’appréciais comme jamais, que je voulais faire durer éternellement. Mais malheureusement… Il nous faut respirer…  « Je sais. Moi aussi. » J’eus un sourire en te sentant de nouveau te lover contre moi, mes deux bras t’enlaçant, profitant de cet instant pour parcourir ton dos de caresses, remontant jusqu’à la racine de tes cheveux, en haut de ta nuque, effectuant nombres d’aller et retour sans se lasser, sans s’arrêter. Appréciant tout simplement de t’avoir contre moi, de te sentir te relaxer dans mes bras, de savoir t’y sentir bien. « Il faut que t’arrêtes d’être aussi confortable. J’étais prêt à m’endormir. » Avais-tu râlé en te laissant tomber contre moi, je me suis marré : « Je vais pas m’excuser… J’aime que tu te serves de moi comme lit ou oreiller… » Ce qui était totalement vrai… Alors je tendais le bras vers toi pour le caler sous ta tête, le renfermant autour de tes épaules pour te serrer un peu plus, d’accordant un coup d’œil souriant avant de fixer de la même manière que toi, ce ciel californien qui se tachetait lentement d’étoiles. « J’aime te voir t’endormir comme ça, c’est comme ça que je complète ma collection de photos craquantes de mon Milo… » Ajoutais-je avec un sourire en sortant mon portable pour t'en montrer quelques-unes, prises à ton insu, pendant ton sommeil, photos que je gardais précieusement et que je ne montrais jamais, sachant que j’étais l’un des rares privilégiés à pouvoir te voir ainsi, et à apprécier de la sorte… Gardant malgré tout mon téléphone à distance pour que tu ne m'en prives pas...
Je caressais distraitement ton épaule, bercé par le son des vagues qui venaient s’écraser contre le sable, atténuant les bruits épuisants de la ville, mon esprit étant trop focalisé sur la mer et le rythme de ta respiration qui venait chatouiller ma peau de la plus délicieuse des manières. Continuant de te serrer contre moi, je lâchais le ciel désormais étoilé des yeux pour regarder la seule qui m’importait vraiment, déposant un baiser contre ton front : « Tu peux t’endormir tu sais… ça sert à rien de lutter… » Souriant face à la mine craquante que le sommeil et la fatigue te donnaient, me poussant à t’embrasser pour de vrai cette fois. Tu ne résistas pas plus longtemps, te laissant tout d’abord aller à notre baiser avant de venir te caler contre moi, t’installant confortablement pour te laisser au mieux envahir par le sommeil. « Bonne nuit.. » Je continuais de te câliner, pour t’aider à sombrer tout en sachant pertinemment que tu ne tarderais pas à te perdre dans divers rêves. « Bonne nuit mon Milo… » Te répondis-je avec un sourire attendri, mon regard se perdant à fixer le ciel, ne pensant à rien, profitant juste de cette nuit chaude à la belle étoile. Me laissant aller au sommeil pour t’y rejoindre bien rapidement.
Ce n’est pas la lumière du soleil qui s’extirpait de l’horizon qui le réveilla, pas non plus le bruit des vagues qui continuaient de s’échouer dans un rythme continue contre le sable fin, ni le chant des mouettes au-dessus de nos têtes paisiblement endormies, ce n’est pas non plus la chaleur qui venait de nouveau lentement lécher notre peau, ce ne fut pas non plus toi, mon Milo, qui te pencha pour m’accorder mon premier baiser du matin. Ce ne fut rien de tout cela... Mais plutôt les bruits plus que désagréables de la ville… Ces voitures qui se pressaient aggravant les bouchons matinaux qui nous servîmes de réveil. Je grommelais, enfouissant mon visage dans le creux de ton cou : « Rappelle-moi qui a eu cette bonne idée déjà ? » marmonnais-je, sachant que cela me revenait, peinant à relever la tête pour maudire les bagnoles bruyantes à souhait de loin. Avant de te regarder toi et qu’un sourire naisse sur mes lèvres. « Bonjour mon Milo… Bien dormi ? » J’entendais bien sûr sans la partie réveil difficile et assourdissant. Même moi, qui ai un sommeil lourd comme personne, n’arrivait pas à me faire à ces bruits nuisibles comme jamais… Ou bien était-ce ce que prévoyait la journée qui m’avait poussé à me mettre en alerte ? J’aurai aimé que l’on reste à la veille… Que l’on ne change pas de jours… Qu’on ne mette pas un terme à notre sommeil. J’attrapais instinctivement ta main pour déposer un baiser sur le dos de cette dernière : « Tu veux p’tit déjeuner quoi mon Milo ? » T’accordant un sourire, bien résolu à ne pas lancer ce sujet de suite, plus que désireux de rester dans cette illusion que rien ne se dérouleraient aujourd’hui. Que cette journée serait comme les autres, tout simplement. Mais il suffisait de fouiller dans ton regard pour deviner qu’elle ne le serait pas. Que ce ne serait pas aussi facile, qu’il allait falloir y passer, subir cette petite part d’ombre, cette petite activité qui ne présageait rien de très joyeux. J’essayais, malgré cela, de me focaliser sur une pointe d’optimisme pour ne que tu te préoccupes plus que tu ne le faisais déjà.
« Un Starbucks. » J’eus un sourire en voyant la tête que tu affichais, devinant parfaitement que tes pensées étaient toutes centrées sur ce petit déjeuner d’exception que tu t’y construisais. Te regardant te perdes à l’imaginer avec un léger sourire attendri, te laissant t’étaler en écoutant ta commande, laissant échapper un « Rien que ça ? » alors que tu continuais d’énumérer les mets. « En fait, je veux pas y aller. Je veux rester là. On peut rester là ? Et ils nous livrent ? Ils ont pas loin, c’est l’histoire de 300 mètres. » Je souris de plus belle, te pressant contre moi d’un bras, un baiser se perdant contre ton front alors que ma main laisser la tienne se jouer d’elle. Je relâchais ton épaule juste une seconde pour attraper mon téléphone : « On va voir comment on peut arranger ça… » Je cherchais le numéro du Starbucks de Venice Beach, appuyant dessus pour que le numéro se compose et que l’appel soit lancé : « Oui bonjour monsieur Starbucks… Madame Starbucks, pardon, comment ça va ? » Je n’écoutais que d’une oreille sa réponse, t’adressant un clin d’œil : « Bin écoute, Madame Starbucks… Non, je préfère Madame Starbucks… Bref. J’ai un souci, je suis bloqué sur Venice Beach, juste derrière le skate parc, et je suis en train de mourir de faim, donc je me demandais si c’était possible d’être livré ? » Je l’entendais soupirer, imaginant qu’il devait y avoir du monde. Alors elle commença à refuser mais je ne lâchais pas l’affaire. Reprenant cette fois avec une voix beaucoup plus sérieuse, feignant de chuchoter pour qu’elle y croit. « Bon, Kelly, laisses-moi t’expliquer clairement… Y’a ce type avec moi pour qui je craque depuis longtemps, mais genre vraiment longtemps, j’essaie de le faire craquer depuis hier soir tu vois… et je sais qu’il a un faible pour Starbucks donc je veux lui faire une petite surprise et surtout lui faire plaisir, tu vois ? » Elle laissa échapper un petit oui qui me permit de continuer dans ma lancée d’excuse bidon : « Mais le souci c’est que si je le laisse pour venir chercher en boutique, et bien il va pas comprendre, ou pire il va se casser !! Et je vais me retrouver encore plus loin que la case départ, tu vois… Donc c’est pour ça que j’ai besoin qu’on me livre… Pour que j’ai enfin le droit de lui dire, devant un Starbucks, ce que je ressens pour lui. » Je me retenais de sourire et faisais de mon mieux pour ne pas te regarder, sachant parfaitement que si je croisais ton regard, alors ce serait fichu. Je l’entendis chuchoter, réfléchir pour finalement me demander ma commande, je lâchais avec un large sourire : « Tu gères Madame Starbucks !! Alors il me faudrait : deux jus d’oranges pressées, un yogurt dark sweet cherry, deux muffins aux myrtilles et un grand frappuccino caramel beurre salé. A tout de suite ! » Je raccrochais avec un sourire fier : «  Alors content ? Pas besoin de bouger… Enfin pas vraiment… Va juste falloir faire genre qu’on est pas ensemble sinon elle risque de me balancer la commande à la figure… » Dis-je en réfléchissant, sans pour autant réussir à décoller ma main de la tienne et mon bras qui était revenu se coller à ton dos dès la fin de l’appel.
Tu n’avais pas été d’une discrétion extrême lors de mon appel, comment t’en vouloir ? J’étais juste bien content de ne pas avoir fait l’erreur de te regarder sinon je n’aurai su me retenir, j’aurai sûrement ri en écho avec toi, ou alors ta mine m’aurait encore une fois fait craquer et je t’aurais claqué plus d’un bisou... Bref, on s’en sortait plutôt comme des pros. Normal que ce soit trop beau pour être vrai … « Tu prendrais un Starbucks dans la figure pour moi ? J’ai pas envie de bouger de toi, moi. Sinon ça sert à rien de se faire livrer… » Mon Milo en mode jamais satisfait… Mais j’eus un sourire, allant presque à envisager la chose jusqu’à ce que tu te décides à te déplacer, me faisant pincer les lèvres, j’aurai dû sortir l’excuse de la demande en mariage ou quelque chose de ce genre qu’on ait pas à être séparés ou à feindre n’être que des potes…« Et puisque on est pas amoureux, je vais aller flirter avec les poissons, et piquer une tête pour me rincer. »  Bizarrement cette époque ne me manquait pas… Ce temps où tu n’étais pas à moi… Alors, je te regardais filer dans l’eau, me redressant pour m’appuyer sur mes coudes et te regarder sans gêne faire trempette. Te zieutant tout autant quand tu sortis de l’eau pour me rejoindre : « Elle arrive. » Je me retournais sur un coude pour reconnaître Madame Starbucks arriver en se battant contre le sable pour nous rejoindre. J’allais pour lui faire un signe de la main, tout sourire que ça ait marché sans souci, mais c’était sans compter toi, mon Milo, et tes remarques… A croire que tu as fait exprès… « Tu m’étonnes qu’elle ait cru à ton histoire, c’est une blonde, et elle a l’air-. » J’ai réussi à te stopper pour celle-là, même si j’aurai dû plus me préoccuper de ce que tu allais lâcher par la suite, juste après que je paye Madame Starbucks … « Merci Kelly ! On fera appelle à vous la prochaine fois qu’on aura… Euh… » Ma main vint rencontrer mon front dans un claquement alors que tu cessais de ruiner mon plan et que Madame Starbucks se rendait compte que je l’avais faite marcher… J’allais pour l’ouvrir histoire de l’apaiser et de rattraper un peu le coup… Mais mon crâne fut gelé dans la seconde lorsqu’elle me vida mon superbe frappuccino sur le crâne. Ça m’aurait moins embêté si ça avait été le jus… « Pas le frappu Kelly… » Couinais-je, un frisson parcourant mon corps tout entier, sentant le caramel et la Chantilly couler le long de mon visage alors que Kelly partait toujours aussi mécontente, me brûlant mes yeux à peine réveillés « Quel gâchis… » Soupirais-je en léchant un peu de frappu sur mes lèvres. « Oups… » Il n’était pas difficile de deviner que tu te retenais de te foutre de ma gueule. « ça te fait rire peut-être ? je te ferais dire que si je suis banni de leur Starbucks ce sera de ta faute, monsieur je peux pas me retenir de parler cinq minutes… » Avais-je déclaré en m’avançant vers toi, un sourire en coin me prenant alors que j’ouvrais grand mes bras vers toi : « T’es content ? On peut se faire des câlins maintenant … » Alors je te chopais juste avant que tu ne fuis pour m’essuyer le visage contre toi, secouant le crâne et mes cheveux pour t’envoyer de la Chantilly : « Moi qui d’ordinaire ne partage jamais un frappu… » Riais-je en voyant ton état et te laissant sur un baiser pour rejoindre l’eau et me rincer complètement pour me débarrasser de ce gâchis de bouffe et en faire profiter les poissons.
Je n’avais pas demandé mon reste, j’aime les frappuccino, j’adore le caramel au beurre salé et ne parlons même pas de la chantilly. Mais sentir le tout étalé sur ma peau et commencer à sécher au soleil, n’imaginant même pas ce que devait donné ma crête d’ordinaire rose, trouver l’eau salée de la mer était une bénédiction. « Spooky attends ! » Je n’eus même pas le temps de tourner la tête vers toi, pour savoir pourquoi tu m’appelais de la sorte, devinant un peu la raison, vu l’état dans lequel je t’avais laissé. Je n’eus le temps de rien que déjà je te sentais t’élancer pour atterrir sur mon dos, un petit rire s’échappant de ma gorge, alors que je venais te soutenir de mes bras même si en soit, ta position koala était suffisante. Alors ce n’est qu’un de mes bras qui te soutint alors que ma seconde main venait se déposer sur l’un de tes avant-bras pour le caresser lentement tout en continuant d’avancer dans l’eau. Mon sourire ne lâcha pas mes lèvres tout au long de ton discours. Ne te coupant pas, t’écoutant tout simplement. « T’as pas le droit de partir à l’eau avec les poissons sans moi, elle est partie Kelly et que même si t’es banni du Starbucks bah j’irais chercher les Frappuccino avec supplément chantilly pour toi. Et puis rappelle-moi de t’expliquer comment on partage de la nourriture à l’avenir. » Je fis une moue sceptique, trouvant ma manière de partager mon masque de bouffe plutôt pas mal, bien qu’il ne me déplaisait plus trop d’être exclu du Starbucks, sachant que je pourrais me la jouer flemmard d’office à nos prochains arrêts sur Venice Beach… Mais je me tus alors que tu poursuivais, me faisant lâcher ma moue pour un retrouver un sourire rayonnant. Tu avais les mots pour aussi : « Et Spooky ? Je t’aime. Même si tu m’as dégueulassé avec ton truc, c’est pas beau l’amour ? Du coup tu m’aimes toujours même si c’est ma faute pour le Frappu ? Ça marche dans les deux sens normalement… » J’inspirais longuement, arrêtant mon avancée alors que tu venais guiliter ma gorge de ton nez saveur caramel doré. « On parle quand même de frappu là… » Je fis mine de réfléchir avant de nous immerger complètement dans l’eau sans prévenir, profitant de l’eau et de la surprise pour détendre ton étreinte autour de mes épaules et de mes hanches pour pivoter, ressortant de l’eau en te faisant face, n’attendant pas que tu t’essuies le visage pour t’embrasser sans gêne aucune. « Parce que tu penses vraiment qu’il suffira d’un simple et insignifiant frappuccino caramel beurre salé chantilly pour me faire arrêter de te dire je t’aime ?! » Je levais les yeux au ciel avant de soupirer et d’ajouter en haussant les épaules : « Je pense même pas qu’il y ait quoique ce soit qui réussira à me faire arrêter de te saouler avec des Je t’aime alors… espère pas trop mon Milo… » Je te souris avant de t’embrasser de nouveau, serrant mes bras autour de ta taille dans une étreinte quelque peu possessive. M’éloignant juste une seconde pour te chuchoter, comme s’il s’agissait d’une évidence : « Tu es toujours mon amoureux. La seule chose qui change, c’est que tu me dois un frappu… C’est pas trop terrible non ? » Je te lâchais un sourire taquin, si seulement nous avions pu passer la journée entière ainsi, tous les deux, à ne se préoccuper de rien d'autre si ce n'est de nous. ça aurait été une journée parfaite... Ton sourire suffit à me faire comprendre que l’idée que je continues de te dire combien je t’aime ne te gênait pas tant que ça, voire même pas du tout.Ce n’était pas pour me déplaire, il est bien plus agréable de les chuchoter lorsqu’ils sont appréciés… Je t’aurai bien embrassé un peu plus, par pure gourmandise, histoire de savourer ce petit déjeuner bien différent de celui escompté, mais tu en décidais autrement, te penchant sur mon oreille pour me chuchoter, faussant d’imiter ma voix, ton imitation ayant l’art de me faire sourire. « Dis, t’aurais pas 5$ ? J’ai ce mec qui me plaît, il voulait me conquérir et j’ai loupé ma chance parce qu’une blonde lui a versé son Frappuccino sur la tête par ma faute… Du coup si je veux avoir toutes les chances de mon côté je ferais mieux de lui en offrir un, mais je suis ruiné, parce que jouer du piano ça gagne vraiment pas… » Je laissais échapper un petit rire, hésitant à te couper pour en ajouter une couche ou me laisser tenter à te taquiner de plus belle. Mais l’inspiration était avec toi ce matin et tu continuais dans ta lancée après avoir repris ton souffle, m’obligeant à refermer mes lèvres et t’écouter. « Mieux, t’aurais pas 10$ ? Histoire que je m’en prenne un moi aussi ? Que j’ai pas l’air trop idiot à-… » J’ai souri, pas étonnant que tu en voulais un maintenant, qui pourrait résister après avoir goûter à ce délicieux breuvage ? Même si ta manière de le déguster avait été assez particulière… J’aurai aimé qu’on continue de discuter de la sorte, de débattre autour des Starbucks et des manières de draguer et se caser avec quelqu’un, ça aurait été un débat intéressant, ou plutôt plus que distrayant, pour cette journée. Mais encore une fois, nous n’étions pas dédiés à être tranquilles, ton téléphone se décidant encore à venir ruiner notre instant, te forçant à quitter mes bras pour rejoindre la plage. « Merde. » Oui… C’était bien le mot… Je fis une moue, mais elle ne resta pas longtemps. La plupart des fois où ton téléphone retentit, ce n’est pas le meilleur des signes qu’il soit. Alors, la frustration laissa très rapidement place à l’intrigue et la curiosité, ne prenant pas le temps de me rincer une nouvelle fois, te rejoignant pour t’entendre annoncer un : « J’arrive dans moins de deux heures. »  Le rendez-vous… La fameuse mère biologique… Retour peu sympathique à la réalité. C’est toujours dur de redescendre sur Terre…
Je te voyais chercher un peu d’aide en me jetant des regards. Qu’est-ce que je ne supportais pas que des êtres humains osent te faire afficher de telles expressions… ça me bouffait… Ton portable vibrait de nouveau, ne me laissant pas le temps de zieuter qui t'appelait encore avant de s'éteindre complètement. Alors je t’ai adressé un sourire en coin, ébouriffant tes cheveux comme pour secouer ton crâne de toutes ces préoccupations qui semblaient te ronger: « Je pense pas qu’il soit sage de leur ramener un peu de plage avec nous… » Commençais-je en voyant les grains de sable collés à ta peau et la mienne. « On rentre se préparer mon Milo ? Le Starbucks on se le fera après tout ça d’accord ? » Tu en auras probablement besoin après… Voire même de plus, qui sait…C’est main dans la main que nous avons quitté notre petit havre de paix, en silence, regrettant très certainement l’un comme l’autre de n’avoir le droit d’y rester plus longtemps. Mais il fallait le faire, il fallait que tu la voies pour ne pas le regretter, et peut-être passer à autre chose, qui sait…
Je tentais malgré tout de te changer les idées, de ne pas te laisser te focaliser sur le fait que l’on rentrait non pas pour se la couler douce chez nous, mais pour se préparer à repartir, pour prendre par la suite la direction de l’hôpital. Je tentais, de te faire garder le sourire, même si je savais parfaitement qu’à un moment, la préoccupation te gagnerait trop pour que ça fonctionne. C’est encore main dans la main que l’on prit la direction de l’hôpital. Il était hors de question que je reste à la maison et que tu y ailles seul, je ne pouvais le concevoir, t’imaginer seul là-bas, avec personne pour te soutenir, pour t’épauler ou tout simplement te rassurer de sa présence. Je n’avais pas envie de ça pour toi, tu avais suffisamment dû faire face seul dans ta vie pour que cela perdure. Je ne cessais de te regarder, non pas pour te jeter des coups d’œil inquiets, sachant que tu en avais suffisamment en toi pour plusieurs, sachant aussi parfaitement que cela ne ferait que te faire du mal de me voir inquiet, préférant adopter un sourire chaleureux qui t’était entièrement dédié pour te faire oublier de plus belle. Mais l’on arriva rapidement au lieu maudit. L’hôpital. « On y est… » Nos sourires s’évaporèrent assez rapidement quand le bâtiment se dressa devant nos yeux.
On passa la porte, main dans la main, toujours, et je me tus pour te laisser gérer. Que je détestais cet endroit… Je n’y avais plus jamais remis les pieds depuis mon accident. L’odeur et l’aspect clinique de l’endroit m’écœurait toujours autant, trop de blanc, pas assez de couleurs, déprimant. Je restais en retrait, caressant le dos de ta main avant de te suivre vers la porte qui t’avait été indiquée. J’espérais juste qu’elle ne remarque pas ma présence, me faisant discret au possible, chose rare, pour passer inaperçu et pouvoir te suivre jusqu’à cette porte sans embuches… « Excusez-moi messieurs. » Et merde… Je ne voulais pas me figer, je voulais continuer d’avancer et faire comme si on n’avait pas entendu qu’elle s’adressait à nous, mes doigts se refermant de plus belle sur les tiens. Mais tu te stoppais et je fus forcé d’en faire de même, ne te lâchant pas du regard alors qu’elle déblatérait des bêtises. « C’est une entrevue privée, seulement encadrée par un médecin tenu au secret professionnel. » Et entre nous il n’y a pas de secrets… Alors pourquoi m’empêcher d’être là pour le soutenir, ils n’imaginaient pas combien ça pouvait être dur pour lui ? Et ça se dit se préoccuper des gens… N’importe quoi. « Vous pouvez patienter juste à côté. » Mais je ne l’écoutais pas, je me foutais de ce qu’elle disait, tu étais toujours le seul qui importait… Tu me fixais aussi, continuant de faire de tel alors que tu lâchais ma main, sentant ma mâchoire se serrer à la perte de ce contact, regardant ton sourire qui ne me rassurait pas. Qu’est-ce que je détestais ça. « Ça ira. » Je ne dis rien, t’adressant un sourire à mon tour en opinant, réussissant finalement à ouvrir la bouche pour dire : « Je ne bouge pas, je t’attends. » C’est alors que je te vis disparaître derrière cette porte, mon sourire s’effaçant à la même seconde où tu quittais mon champ de vision, restant debout devant cette porte close, à la fixer, espérant t’en voir t’échapper dans la seconde, retourner dans mes bras, mais le temps s’écoula lentement, mon ongle de pouce était venu se faire maltraiter par mes dents alors que je continuais d’attendre. Stressé, inquiet, pourtant qu’est-ce qui disait que ça n’allait pas très bien se passer ? Qu’elle allait être gentille ? Qu’elle allait te plaire ? Que tu aurais enfin une nouvelle personne digne de ce nom dans ta vie de famille ? Pourquoi s’inquiéter autant et céder au pessimisme aussi rapidement ? Je n’en savais rien, c’était juste plus fort que moi. L’inquiétude resta donc. Forcé de patienter.
Je ne m’étais pas rendu compte que je m’étais mis à faire les cent pas, ne lâchant pas la porte du regard, m’étant attaqué à l’ongle de mon second pouce. Par moment, il m’arrivait de m’asseoir toujours en face de la porte, mais je finissais par le regretter bien rapidement, mes jambes se secouant frénétiquement du fait du stress, le visage dissimulé dans mes paumes toujours aussi vides. Cette entrevue ne cessait de traîner en longueur et de me ronger un peu plus. Quand soudain, quelque chose se déroula enfin, m’extirpant de cette attente insupportable, mais ce fut loin pour me bercer de soulagement… Ta voix me parvint… Ton appel à l’aide plutôt… « SPOOKY ! » Je me redressais dans un bond, mon visage fixant cette porte de laquelle s’était échappé ton cri. L’inquiétude avait eu raison de s’installer donc… Laissant un peu de place à de la colère. Quoiqu’il se passe, pour te faire m’appeler de la sorte, ce ne pouvait être bon signe et il était hors de question que cela dure plus longtemps.
Je me précipitais sur la porte, sans hésiter, sans prêter attention au regard de la secrétaire ni de ce qu’elle criait à mon attention, soi-disant que je n’avais pas à entrer. Elle était vraiment idiote ?! Elle ne venait pas de capter que toi, mon petit copain venait non seulement de crier, mais qui plus est de m’appeler moi, ton Spooky, à l’aide… Ma paume se referma sur la poignée, allant pour ouvrir la porte, mais elle ne céda pas, restant fermée. Mon crâne travaillait à toute allure, devinant que ce n’était pas simplement ta mère biologique qui avait voulu te voir. Ce ne se serait pas passé de la sorte sinon... On avait été imprudents et voilà que la crainte de te perdre de nouveau me happait comme autrefois. Il était hors de question que ça arrive. Pas aussi facilement. Pas encore une fois… « MILO ! » Appelais-je pour t’entendre me répondre, pour me rassurer d’entendre ta voix alors que je m’acharnais sur la porte, sur cette poignée qui ne voulait pas me laisser te rejoindre. Je ne pris pas longtemps à entreprendre de marteler la porte de violents coups d’épaule jusqu’à ce que la serrure saute, me moquant de la douleur qui venait faire vibrer mes os et mes muscles.
Tu étais là, aux prises avec un infirmier qui te tenait contre lui. C’était déjà une très mauvaise idée et l’un des meilleurs moyens de me mettre hors de moi… Mais ce qui finit de me sortir de mes gonds fut de voir cette horrible femme se pencher sur toi, seringue en main, un petit air fier d’avoir de t’avoir de nouveau sous les mains. Hors de question. Je me jetais sur elle, brisant l’aiguille avant qu’elle ne t’atteigne, la poussant sans ménagement pour qu’elle n’essaie même pas de te toucher encore une fois : « Quand est-ce que vous allez comprendre bande de crevards que Milo n’est pas votre jouet et encore moins votre rat de labo ! » Lui crachais-je en lui balançant le reste de sa piqûre, n’osant même pas imaginer ce qu’elle espérait faire de Milo après cela. L’infirmier t’avait lâché pour essayer de me maîtriser, imaginant très bien que la secrétaire allait faire appel à du renfort. M’attrapant par derrière, je lui envoyais un coup de tête dans le nez pour qu’il me lâche et attrapais ta main, un sourire et un clin d’œil à ton attention : « Décidément on ne s’ennuie jamais avec toi… On se casse ? » Dis-je en commençant à t’attirer, surveillant du coin de l’œil l’infirmier qui se tenait toujours le nez des mains et cette horreur qui se tapait ton monstre de père. « Même si y’aurait encore bien des choses à dire ou faire ici… » Crachais-je de nouveau en la foudroyant du regard. Cette erreur de la nature qui pensait avoir le droit de te toucher et de faire de toi sa chose. Rêvant de lui faire rentrer dans le crâne que tu étais à moi et avant ça, à toi-même… Très certainement pas à eux, qu’ils s’entêtent ne changerait rien…
« On s’en va… » Ta voix me sortit de mes pensées et je serai un peu plus ta main, n’imaginant même pas l’état dans lequel tu devais te sentir à cet instant précis… Mais nous n’avions pas suffisamment de temps pour en débattre, il fallait déjà que je te sorte de là, ensuite je pourrais m’occuper plus aisément de toi… C’est main dans la main que l’on filait en courant de l’hôpital, n’omettant pas de jeter un regard mauvais à l’imbécile qui servait de secrétaire. Appeler les flics ? En effet, y’en a une à enfermer, cette foutue Kate et son horreur d’amant. Mais autant de pas tenter le diable et filer sans demander son reste. C’est essoufflé qu’on se jetait dans un métro sans trop prendre soin de savoir où on allait. On vit à LA depuis notre naissance, difficile pour nous d’être réellement perdu… Normalement.

...NEXT...

acidbrain

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Mar 16 Aoû - 15:11, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Mar 16 Aoû - 15:04


Part Six




But it’s fun to fantasize. (Part II)

Mon cœur tambourinait, alors que je m’adossais à l’une des fenêtres du métro, appuyant l’arrière de mon crâne en espérant récolter un peu de fraîcheur émanant du verre pour apaiser ma tête qui commençait à me lancer. Je te sentis venir te blottir contre moi et j’entourais ma main de libre autour de tes hanches pour t’y garder en sécurité. « Merci. » Je levais les yeux au ciel, tu savais pourtant que jamais tu n’aurais à me remercier pour ça… Surtout pour ça… Te sauver des griffes de ses tarés, je le faisais parce qu’il me semblait inconcevable de te voir retourner à leurs côtés. Hors de question… Mais je me tus, sachant que tu n’avais très certainement pas la tête à ce que je te râle dessus à ce sujet, et aussi parce que je n’avais en aucun cas envie de te râler dessus à cet instant précis. « Pas à t’excuser… Je me suis toujours demandé ce que ça faisait de donner un coup de boule à quelqu’un… » Puis je déposais des baisers sur ton crâne, venant caresser ta tête contre la mienne, content que leur tentative ait échoué. « Comment tu te sens mon Milo… » Osais-je demander, caressant lentement le dos de ta main pour te bercer, chuchotant à ton oreille pour que tu te rendes bien compte que tu n’étais pas là-bas, que tu n’avais pas été emmené, qu’ils avaient échoué, que j’étais avec toi… Tu eus beau me sourire et me répondre un « Bien. » à ma question, je restais sceptique. Question bête en même temps, comment pouvais-tu te sentir après avoir non seulement croisé ta mère biologique, entendu je ne sais ce qu’elle avait à te dire, puis te retrouver aux prises avec cette tarée qui se prenait pour ta belle-mère, le tout maintenu violemment par un infirmier qui n’avait rien de craquant… Je ne sais pas trop ce que j’espérais avec cette question… Enfin, si, je savais… J’espérais que tu te confies, que tu m’expliques comment tu te sentais, que tu te laisses aller à ta colère, à ta peur, à ton incompréhension, à ce je ne sais quoi qui traversait ton esprit. Mais tu n’as rien dit. Tu t’es contenté d’une réponse courte, d’un seul mot et je n’arrivais pas à croire ce mot bien que je comprenais ce qu’il voulait laisser entendre. Que tu n’avais pas envie de t’étendre sur la question, pour l’instant. Du moins, c’est ce que j’espérais. « Et puis c’est moi qui devrais demander ça ! » Tu m’extirpais de mes pensées et je laissais échapper un sourire en te voyant essayer d’ausculter l’arrière de mon crâne, appréciant ton bisou, me laissant à fermer les yeux pour en profitant d’autant plus. « Bon, on s’arrête au Music Center pour ton frappu… » Avec tout ça, j’avais oublié ce que j’avais dit le matin même, que l’on irait se prendre des frappu juste après ce rendez-vous. Ça me semblait si loin, pourtant, cet échange ne remontait qu’à quelques heures seulement… Je relevais la tête pour t’entendre poursuivre : « C’est le seul arrêt où il y a un Starbucks sur cette ligne, et après on rentre que je te répare un peu, parce que t’es tout cassé ! » Je souris en jouant d’un doigt avec ta lèvre inférieure qui mimait une moue. Que tu me répares... Etais-je vraiment celui qui avait le plus besoin de réparation ? J'étais peut-être cassé physiquement, mais je savais que toi, c'était à l'intérieur... Je tus mes pensées et j’opinais pour approuver l’idée, un frappuccino ne ferait pas trop de mal après tout ça : « Va pour le Music Center. » Me contentais-je d’ajouter, calant ma tête contre le creux de ton cou, mon front contre ton épaule pour me rassurer de te sentir contre moi. « Spooky… » Je ne bougeais pas la tête, gardant mes yeux fermés, un « Hmm ? » Suffisant à te répondre avant que tu ne poursuives, l’intonation de ta voix me faisant alors ouvrir les yeux : « Tu me prêtes ton téléphone ? » Je te jetais un coup d’œil, lâchant tes hanches pour aller fouiller une des poches à l’arrière de mon jean afin d’en extirper mon téléphone portable. Pas besoin de te le déverrouiller, tu savais très bien t’en sortir tout seul. Malgré tout je t’interrogeais du regard, qu’est-ce qui te tracassais maintenant pour que tu adoptes cette voix pour simplement me demander mon phone : « Qu’est-ce qu’il se passe ? » Questionnais-je alors, cédant à la curiosité, espérant juste que cette fois, j’aurai droit à plus d’un mot en réponse.
Je te regardais me tourner le dos pour venir d’adosser à mon torse, entourant tes hanches de mes bras pour te serrer contre moi, déposant ma tête contre ton épaule pour regarder d’un œil intrigué ce que tu comptais faire sur mon téléphone. Je ne me gênais pas, sachant que si c’était quelque chose de personnel, tu n’aurais pas fait en sorte que je vois aussi facilement l’écran. J’avais donc le droit d’être au courant, encore heureux, sinon j’aurai probablement été un minimum vexé… « Jade a essayé de m’appeler avant que mon téléphone me lâche complétement. Je voulais savoir ce qu’elle voulait avant de m’imaginer trente scénarios… » Avant de… La bonne blague… Comme si je ne connaissais pas ta manière de te jeter dans la réflexion au moindre mystère. Surtout à prévoir le pire de suite. Et j’imaginais le pire, bien que mon optimisme me poussait à repousser de suite cette hypothèse. Mais j’opinais seulement, gardant mon menton calé sur ton épaule, commençant tout de même à me demander comment tu allais faire pour la contacter étant donné que je n’avais pas son numéro… « Mais t’as pas son numéro, et je le connais pas, donc ça attendra. » J’eus un sourire en récupérant mon téléphone alors que tu me faisais de nouveau face, le recalant dans ma poche de jean : « On trouvera bien un coin pour charger ton téléphone… » Soufflais-je en frottant mon nez contre le tien pour que tu n’y penses pas des masses, bien que je savais parfaitement que ce devait déjà être largement trop tard… Puis c’était beaucoup te demander… Voilà pourquoi je proposais cette option, histoire que tu l’appelles, que tu saches directement et qu’on passe à autre chose. Du moins j’espérais… Tu avais déjà eu ta dose d’aventures périlleuses je trouvais… Et comme quand tu es préoccupé et que tu veux t’occuper l’esprit, tu partis dans une tirade que j’écoutais avec un sourire : « Dis… On ira à l’International House of Music après ? C’est à coté… Et tu sais qu’il y a un concert à l’Echo ce soir ? Et que y a un Taco Bell à cinq riquiqui minutes à pattes, tu le sais hein ? » J’opinais à ta première question, n’ayant pas le temps d’y répondre, déjà que tu ne prenais même pas le temps de reprendre ta respiration pour te lancer sur la suivante… Alors je gardais ma question en tête, toujours pas décidé à te couper. J’allais pour profiter de la petite pause que tu marquais, mais tu scellas mes lèvres dans un baiser, loin d’être friand de l’arrêter trop tôt, je liais mes mains dans ton dos pour le prolonger un peu avant que tu ne reprennes et me laisse gagner par un sourire : « Et on trouvera de la glace pour ta tête. » Tes baisers me la faisaient tourner de plus belle, tu sais mon Milo… Mais je n’allais pas te le dire, sinon pour sûr tu allais m’en priver, et ça, c’était hors de question. « Je pourrais demander à Kelly, elle serait peut-être contente de t’apporter un peu de frais sur le crâne une deuxième fois ? » Je laissais échapper un rire, te revolant un baiser pour le plus grand plaisir d’une petite vieille qui commençait à râler, te mordillant la lèvre pour te punir de ta moquerie : « C’est ça, marre toi… » Chuchotais-je avant de m’éloigner pour te contempler et, enfin, pouvoir poser mes quelques questions quant à tes plans : « Pour la House, tu sais bien que je dirai jamais non. Par contre, Starbucks d’abord, sinon je vais faire une crise de manque de frappu… » Souriais-je, après tout, je n’avais pas eu mon chouchou du matin… « Après pour l’Echo, c’est quoi comme concert ? Parce que si c’est un bof, autant qu’on se fasse un live en tête à tête ou qu’on s’amuse à jouer… » J’avais déjà le crâne qui commençait à faire boumboum, bien que l’Echo ne passe pas souvent de groupes médiocres, on ne savait jamais. « Quant à Taco Bell… » J’affichais un sourire en coin : « Je suis blessé, gravement même... Bien sûr qu’il est obligé qu’on y passe et qu’on y reste un bon moment. Non mais. » Le métro s’arrêtait et il fut temps pour nous de descendre, alors j’entremêlais tes doigts aux miens et nous frayais un passage parmi tout ce petit monde, n’aimant vraiment pas le métro pour ça et commençant à râler dans ma semi-barbe de deux jours et demi : « Y’a trop d’êtres humains… J’aime pas ça… » Pressant le pas pour nous sortir de là et qu’on puisse respirer un peu. Puis regardant autour de moi, je pointai ce qui me semblait de loin être le Starbucks : « FRAPPU ! » M’écriais-je comme un gamin. « Du calme petit Spooky. » Je perdais mon enthousiasme pour te regarder d’un air mécontent, tu savais que je n’aimais pas qu’on me rappelle mon souci de taille. Mon complexe à moi quoi. Mais ma bouderie ne dura pas, tu savais te faire pardonner, je savais que tu rigolais, me contentant de lâche ma moue quand tu me glissais un bisou. « Aller viens, je connais un moyen d’y arriver deux fois plus vite. » Ce fut à ton tour de me guider et je me laissais faire, me caressant le crâne, avide d’avoir mon frappu pour me glacer un peu se crâne qui sonnait, le métro et la foule n’ayant rien arrangé… Je te suivais jusqu’au bus, ruminant de devoir patienter pour le Starbucks, rêvant de pouvoir m’y téléporter. Finalement, je devrais me reconvertir… Barista à Starbucks en parallèle de drummer ça doit pouvoir se faire ? Enfin, peut-être n’était-ce pas une aussi bonne idée… Les frappuccino, les cheesecakes, les teavana et autres… Je me les serai gardé pour moi tout seul… Fallait juste que je trouve un moyen de m’en faire moi-même… Quoique, flemmard comme je peux être, c’est bien aussi d’avoir seulement à commander… Je sortis de mes projets professionnels utopiques pour me faire traîner jusqu’au fond du bus ou je m’écroulais en reprenant un air boudeur comme tu disais : « Là assis, sage, pas bouger. » Je tentais, me contentant au départ de taper simplement du pied, mais c’était trop long et dur de patienter. Alors je commençais à m’étaler sur toi en me plaignant : « Mais c’est dur…. Mais c’est trop long… Mais je veux mon frappu… » Bref, le parfait gamin. Et pour rester dans le comportement de gars lourd, je me précipitais avec toi dans le bus pour rejoindre la porte avant qu’il ne s’arrête, nous jetant dans le Starbucks comme si notre vie en dépendait. Il allait vraiment falloir que je me rattrape auprès de Kelly parce que l’idée de ne plus pouvoir rentrer de la sorte dans le seul proche de Venice Beach allait rapidement me titiller… J’allais pour gueuler ma commande, mais tu fus plus rapide : « Bonjour, un frappuccino vanilla bean crème s’iou plaît et un caramel. En venti. » Bien, tu n’avais pas demandé de tall, venti, c’était au minimum ce qu’il fallait maintenant. Je te tirais sur la manche pour te montrer la vitrine du doigt, m’arrêtant d’abord sur les donuts blancs : « Je veux goûter ça aussi ! A faim ! » Puis tapotant la vitrine à un autre endroit, celui des muffins : « Et ça aussi !! A très faim ! » Tu t’étais décidé à passer la commande, je m’étais décidé à me la jouer gamin jusqu’à ce que mon frappu soit prêt et dans mon bidon. D’ailleurs, je me penchais pour les regarder faire, la barista demandant des noms et je sortis : « Pour Milo’s Spooky et Spooky’s Milo s’il te plaît Madame Starbucks ! » Lançais-je avec un sourire, sortant mes billets pour payer, en espérant qu’ils s’amuseraient pas à écorcher nos noms. Je m’accrochais à tes épaules, les regardant préparer la commande, forcé de patienter encore une fois : « Mon Milo c’est dur d’attendre, je sais pas si je vais survivre… » Mais j’ai réussi, ils n’eurent même pas besoin de nous appeler que je me jetais sur le frappu en dégustant une grosse gorgée qui vint m’attaquer violemment le cerveau me forçant à arrêter, froncer les sourcils et me masser le front comme pour réchauffer mon cerveau : « C’est froid !!! » Boudais-je avant de voler une gorgée du tien : « Mais c’est bon. » Souriais-je. « Laisse m’en un peu quand même. » Je fis semblant d’y réfléchir une seconde avant de hausser des épaules pour grignoter mon donut en déclarant la bouche pleine histoire d’intensifier l’importance de cette déclaration d’amour… « C’est bien parce que je t’aime hein… » je fis passer ma dernière bouchée de donut grâce à mon frappuccino, m’amusant à le secouer dans le gobelet en jouant de la paille, comme si j’avais perpétuellement besoin d’occuper mes mains… « J’aurais dû prendre mon téléphone y a des prises ici. » Je relevais les yeux vers toi alors que je picorais dans mon muffin. Voilà que tes préoccupations étaient venues te frapper de plein fouet alors que l’on tentait de te changer un peu les idées. Je n’ajoutais rien, regardant les prises, en effet, on n’y avait pas pensé, pour des habitués du Starbucks, c’était pas très malin de notre part. « Pour te justifier, on va dire que la matinée a été quelque peu éprouvante. » Quelque peu… Si peu oui… ça avait été une sacrée aventure, et je me demandais toujours comment tu faisais pour enchaîner l’air de rien après cet épisode fort désagréable et des plus flippant tout de même. Mais je me taisais, tu enchaînais déjà en te levant, et quoiqu’il arrive, j’étais là pour te suivre et te soutenir, alors pourquoi chercher à trop te replonger dedans… « Aller, dépêches toi, tu m’as promis qu’on irait à l’IHM et à partir de midi y a plein de monde ! » J’opinais dans un soupir, voilà que ça allait être de ma faute en plus ! J’aspirais ma dernière gorgée de frappu si délicieux en te suivant alors que tu continuais dans ta lancée : « Puis faut qu’on aille à l’Echo voir le programme puisque mes goûts musicaux sont bofs apparemment » Je levais les yeux au ciel : « J’ai pas dit les tiens naméoh ! Toi j’ai confiance, l’Echo, un peu moins… Enfin pas tout le temps quoi… » Puis vu que tu parlais de voir le programme, je devinais donc que tu ne savais pas qui passait ce soir, alors comment savoir si c’était un des bons ou mauvais groupes ce soir ? Je t’ébouriffais le crâne en râlant : « T’as fini de mal tourner ce que je dis oui ? » Bon, d’accord, peut-être que je devais mieux m’exprimer aussi, mais je ne suis pas le plus doué avec les mots, je l’ai déjà dit et j’en ai pas fini de me servir de cette excuse…
On arrivait enfin devant le magasin, toi qui semblait si impatient d’y entrer, passer devant et voir tous ces jolis noms de marques affichés sur la devanture qui faisait tout sauf rêver réussi à me contaminer d’impatience aussi. Quel meilleur moyen pour retrouver le sourire que de jouer la case musique ? Et se changer les idées était numéro un au programme, surtout pour toi. Une fois qu’on passait la porte, mon mal de crâne finit de se dissoudre, du moins de m’intéresser, déjà que le frappu avait aidé à l’apaiser, voir tous ces si jolis instruments et l’indication ‘Drums & Perc’ vers la gauche du magasin. Mais je me retins. Pas moi, toi d’abord, t’avais de quoi être prioritaire aujourd’hui : « Alors alors… On commence par baver sur quoi ? Les ukuleles ? Les pianos ? A moins que tu meurs d’envie de te mettre au triangle mon Milo ? » Souriais-je en errant avec toi dans le magasin, sans lâcher ta main non plus, passant dans le rayon du matos d’enregistrement, regardant les micros bien rangés plus par curiosité qu’autre chose, mon intérêt allant rapidement se porter sur les amplis. « Si un jour on a une maison, on en fait le paradis de la musique comme ici ? On place juste un dodo douillet à doudou dans un coin, hein ? » Dis-je, en rêvant un peu de combien on pourrait se faire plaisir avec tous ces si jolis joujoux. « Ou… » Je cessais de bouffer les rayons et produits des yeux pour te regarder toi avec un sourire : « On squatte ici toute la nuit ? Hier la plage, aujourd’hui la House of Music… Si on lui fait les yeux doux il dira oui hein ? » Ajoutais-je en cherchant le gérant qui devait sûrement être débordé ou derrière sa caisse, essayant de me convaincre qu’on pourrait y arriver même si la raison essayer de me convaincre, en vain, du contraire. Je laissais tomber ma quête du gérant lorsque je te sentis lâcher ma main pour te précipiter je ne sais où. Ah bah d’accord. Et m’emmener avec toi mon Milo, tu n’y as pas pensé ? Non mais. Je faillis me mettre à bouder jusqu’à ce que je comprenne que tu te jetais sur le rayon qui t’as toujours le plus intéressé et qui a toujours su te déconnecter de tout. Oui, même de moi, mais je n’en étais pas vexé. C’est ta passion pour la musique, ton jeu de piano qui m’a fait aussi tomber amoureux de toi. Alors je te suivais du regard, me permettant de faire un détour pour regarder les peaux et leur prix. Je n’étais jamais trop prudent, autant en avoir en rab plutôt que d’être obligé d’attendre parce que je me suis un peu trop lâché sur un set ou parce que l’humeur a fait que ma précieuse boumboum en a bavé… Les excuses c’est bien peau, mais ça répare pas les rayures et encore moins les fissures… D’où l’intérêt des stocks. En soit, le stock avait déjà été fait, disons plutôt que c’était une excuse pour passer dans mon rayon… Tout en gardant, bien sûr un œil sur toi qui réussit à m’intriguer et me sortir de mon shopping, te voyant abordé par un vendeur qui semblait faire à lui seul la conversation. Je restais en retrait pour écouter, reconnaissant la précieuse machine pour l’avoir vue et revue sur ton écran de pc ou de téléphone tant tu rêvais de l’avoir.  « Le S08 de la série précédente, avec semi pédale. Et vous avez oublié de préciser que celui-là a été inspiré du piano à queue S700 de la même marque que l’on peut se procurer pour la maudite somme de $250000 ou encore qu’il dispose d'une fonction d'accord ouvert et d'un effet de résonance de la table, qui simulent le fonctionnement interne d'un piano à queue acoustique, ce qui le rend encore plus réaliste. D’autant plus quand la pédale forte est activée. » Je réprimais un petit rire pour ne pas mettre plus mal à l’aise le vendeur qui n’osait même pas sortir une réplique de plus tant tu avais réussi à lui rabattre le caquet et qu’il craignant certainement que tu t’y remettes s’il l’ouvrait. « Dites, vous avez pas un responsable dans le coin ? On voulait lui demander quelque chose en particulier… » Bien, tu n’avais pas oublié, on allait pouvoir jouer, alors je me rapprochais du clavier tout en regardant l’employé partir vers les caisses pour aller prévenir son supérieur. Le pauvre, il devait sûrement se dire que c’était pour une question des plus sérieuses, une remarque sur leur matériel ou une plainte suite à l’incompétence de ce dernier et cette mauvaise information sur le clavier, mais il était loin de se douter que notre question n’avait rien à voir avec tout ça. Pourquoi critiquer quand on veut rester pieuter ici… « Je présume donc que mon idée de rester dormir ici te plaît… » Finis-je par laisser échapper en m’accoudant pour regarder tes mains qui continuaient de découvrir les touches. « Cette fois je compte sur toi pour me soutenir et pas envoyer en l’air mon plan, hein… » Dis-je en t’adressant un clin d’œil taquin.
Je regardais l’employé en pleine discussion avec ce qui semblait être le propriétaire des lieux et je fronçais les sourcils : « Rectification… Tu ne fais pas les yeux doux mon Milo… ça a l’air d’être un type qui va vouloir te bouffer tout cru et va seulement t’accepter toi pour ce soir… » Je regardais le lourdaud s’approcher vers nous avec un sourire qui se voulait gentil et vendeur. Il devait sûrement être au courant de la remarque de Milo au vendeur et devait aussi s’attendre à une plainte ou quoi que ce soit de ce genre : « Que puis-je faire pour vous messieurs ? » Je me plaçais devant toi, gardant cette vilaine image de la peinture du gros dégueulasse qui bouffe des enfants… Pour dire combien il m’inspirait confiance. Et avec tout ça, je n’avais pas pris le temps de réfléchir à un moyen de le faire accepter notre requête sans t’utiliser comme appât, chose qui était hors de question, bien sûr. « Oui, on voulait savoir jusqu’à quelle heure vous restiez ouvert ce soir… » Le gérant sembla soulager que la question n’ai pas de rapport avec ce qu’il avait précédemment entendu et sourit de plus belle : « Jusqu’à 18h30 comme tous les jours. » Je laissais échapper un petit rire qui le fit perdre son esquisse avant de me tourner vers toi et de t’attraper par les épaules pour t’emmener avec moi : « Tu vois ? Je te l’avais dit qu’ils ne la faisaient pas la Nuit Blanche. » Essayant d’imiter ce foutu accent français et te lançant un regard pour que vraiment tu ne foirs pas ce coup-ci, qu’il était derrière nous et pas à l’autre bout du fil cette fois. « Déjà qu’ils ne gèrent pas pour ce qui est des informations et étiquettes… » Je posais mes peaux et jetais un coup d’œil au gérant qui balbutiait, après tout, tu avais joué avec sa petite perle, tu avais l’air d’un connaisseur, et on filait sans rien acheter il y avait de quoi se sentir mal. « La nuit blanche ? » Demanda-t-il pour essayer de nous retenir, alors je m’arrêtais pour lui répondre : « La nuit blanche ? Le tout nouvel event qui débarque du pays du fromage ? Vous connaissez pas ? » Je laissais un petit temps, souriant bien qu’au fond j’essayais de faire travailler mon crâne pour lui fournir une explication inventée de toute pièce. « C’est une nuit où les magasins de musique restent ouverts toute la nuit, et on joue et on discute et on partage sur la musique et c’est juste au top. » Je haussais des épaules : « Mais tant pis. » Puis à ton attention : « Viens, je sais que Sam Ash sur Sunset Boulevard ils la font, faut juste prévenir les autres de pas venir ici pour rien… » Soupirais-je en continuant lentement notre avancée vers la sortie. J’avais joué la carte de la déception, de la concurrence, des potes qu’on déconseillait de venir ici… Bon, si j’avais vraiment voulu être sûr de moi, j’aurai ajouté qu’il n’y avait pas foule dans le magasin aujourd’hui et je ne t’aurais pas attrapé par les épaules pour dire que tu étais mon mien… Mais tant pis, je préférais encore aller dormir ailleurs que le voir te lorgner toute la soirée. Naméoh. « Mais c’est loin... » Sage mon Milo qui joue le jeu. C’est alors qu’on s’éloignait lentement que tu me chuchotais quelques mots qui me firent lever les yeux au ciel : « S’il découvre que ton truc c’est de la connerie et qu’on a plus le droit de mettre les pieds ici je te boude. » Je soupirais « Merci pour ta confiance mon Milo et tes encouragements. Et ça va, stresse pas, on bannit pas quelqu’un pour si peu. » Puis tu repris d’une voix suffisamment haute pour pousser l’autre glandu à entendre : « On prendra mon piano là-bas alors ? » Joue la carte de la concurrence jusqu’au bout : check ! S’il avait suffisamment confiance en la renommée de son magasin alors il nous laisserait filer sans demander son reste, s’il sait un peu à quoi ressemble Sam Ash et leur renommée à eux… Alors… « Attendez ! » Bingo. C’était gagner, autant le dire, suffisait de voir la tête qu’il tirait, un peu pris de court, mais conscient qu’il passait à côté d’un coup de pouce marketing en or. Bravo, avec mes conneries, s’il n’acceptait pas, il pourrait réutiliser l’idée. Enfin, je manquerai pas de lui rappeler de où de qui s’il décidait de faire de tel…  « On peut s’arranger pour laisser le magasin ouvert pour-… » « Il n’y a aucune pseudo-nuit blanche nulle part à LA. » Y’a vraiment des pains qui se perdent… On y était, on l’avait notre nuit blanche en magasin à jouer comme on voulait, à passer une bonne soirée avec des musicos sans prise de tête, et voilà que l’autre imbécile qui s’était un peu vexé d’avoir été rabaissé par Milo venait en rajouter une couche. « J’ai googlé. » Et il était fier de lui en plus. Il promet un caractère en or celui-là encore…  « Il a googlé ! » J’haussais des sourcils. Ouais, j’avais bien entendu, et ça me m’était pas de bonne humeur, un plan dans la journée qui allait fonctionner et ça retomber à l’eau parce que môssieur avait été vexé. « Bien, maintenant tu peux googler tes produits pour savoir ce que tu vends. » Le gérant nous regardait d’un air sceptique et j’haussais des épaules, j’avais rien à ajouter, j’étais juste dégoûté. « Oublie ce que je t’ai dit, je m’en fous de revenir ici ou pas. » J’opinais en te suivant vers la sortie, jetant juste un dernier coup d’œil au gérant : « Tant pis, vous aurez pas eu l’idée du siècle, de toute façon, engager des incapables en dit déjà long… »
On finit dehors et je soupirais, faisant la moue. « Si proche du but… Si proche… Fallait qu’il vienne faire son malin l’autre… Je le recroise, il en bave. » Faire des plans à l’arrache, c’est amusant, quand ça passe pas, tant pis, c’est drôle, quand ça passe c’est juste magique, mais quand c’est ruiné en une seconde si près du but… ça fout les nerfs.  Je soupirais une nouvelle fois, laissant la déception se dissiper lentement avant de te regarder : « Bon. Soit on tente avec Ash, soit on trouve autre chose, soit on va à ton concert à l’Echo… Choisis, j’ai plus la force, il m’a traîné l’imbécile… » Finis-je avec une moue boudeuse en faisant tomber ma tête contre ton épaule. C’était pas juste, les plans en soit je m’en foutais, c’était surtout l’idée qu’on ne me laisse pas t’accorder ce petit miracle qui saurait te faire vraiment mettre de côté ce qui s’était déroulé le matin même qui me blasait. Tu m’extirpais de mes pensées en reprenant la parole : « Boude pas Spooky, je t’ai dit que c’était pas grave, la prochaine sera la bonne. Et puis il y a Spooky Junior Cubbins qui t’attends à la maison, tu pourras en faire du boumboum. » J’eus un rapide sourire, je le savais, là n’était pas le problème, mais je ne dis rien et me contentais d’opiner. Tout en restant calé contre toi alors que tu te gênais pas pour prendre mon téléphone et t’en servir à ta guise. Je te suivais, me laissant guider, un bras entourant ta taille, s’accrochant à ton t-shirt, vraiment tout le monde était décidé à nous mettre des bâtons dans les roues, et ça en devenait fatiguant. Pas le temps de céder aux moues et à la frustration, que déjà tu me gueulais un « Ah ah ! » dans les oreilles, me faisant relever la tête pour écouter ce qui suivait, me retenant à peine de lever les yeux au ciel avec un soupir. « Vesperteen en première partie et House of Heroes monsieur faut-voir-si-c’est-pas-bof ! » ça aurait tout de même était con, qu’en plus d’avoir eu deux plans foireux à souhait, on finisse sur un concert banal ou pourri histoire de celer une journée de merde. Personnellement, après tout ça, ça m’aurait vraiment énervé, et foutu mal pour toi, même si, le bon point restait, qu’on était toujours ensemble, qu’on n’avait pas réussi à nous séparer, à nous diviser, à nous imposer une manière de faire et d’être. C’était la petite victoire de la journée, il ne fallait pas l’oublier. Mais pour ce qui était de la fêter, on était encore bien loin du compte… « En fait j’ai aucune idée de c’est quoi le premier, mais tu veux tenter ? » J’eus un petit rire, il était certain que j’allais bien me marrer si c’était pas un groupe top, ça ferait une petite victoire de plus pour aujourd’hui, tout comme ce serait la tienne s’il s’avérait être un bon groupe. Bizarrement, je voulais bien t’accorder cette victoire, tu méritais plus que moi aujourd’hui.
Je ne fis aucun commentaire et fixais devant moi alors que tu énumérais les options que l’on avait pour la suite de notre programme bancal : « On peut aller chez Ash avant puis aller jeter un coup d’œil, non ? Sauf si tu veux pas encore te démoraliser, vu qu'il y a une expression qui dit jamais deux sans trois... Pis si la musique est nulle on se barrera en slam sur les gens et on ira au Taco Bell ! » J’opinais, pourquoi pas, quoiqu’il arrive, vu comme on était parti, une nouvelle déception ne m’étonnerait même pas et serait peut-être même plutôt comique. « Va pour Ash, puis l’Echo pour pas que tu restes caler sur cette idée sortie de nulle-part que je critique tes idées, puis obligé Taco Bell. Oublie pas j’ai mal à mon crâne, pas de Taco Bell et je me meurs. » Dis-je avec une voix de tragédien, bien qu’en soit, mon crâne ne me faisait plus vraiment mal, il vibrait un peu, mais pas de quoi alarmer ou  se jeter dessus, puis j’avais pas envie, passer du temps avec toi m’aider inconsciemment à venir à bout de la douleur c’était bien non. Pas besoin de regarder sur Maps pour savoir comment se rendre à Sam Ash, alors je nous menais jusqu’à l’arrêt de bus et checkais l’écran. Quatre minutes à attendre. Je soupirais et te faisais face sans t’avoir lâché les hanches. « On y sera dans 40 minutes si on prend le métro à Highland, ça te va ? » Bisoutant le bout de ton nez en attendant ta réponse, essayant de faire quelque chose parce que le danger avec l’attente et l’inactivité c’est que la fatigue nous prend plus vite. Et avec une journée comme ça, c’était pas l’éreintement qui avait manqué… « Oui ça me va. » Confirmas-tu avant de m’accorder un baiser, ou plutôt des baisers que j’appréciais jusqu’à te serrer contre moi en te sentant te lover dans mon cou. J’aimais penser que tu t’y sentais en sécurité, que lorsque tu étais ainsi, tu ne pensais à rien d’autre que nous, comme c’était le cas pour moi.
Moi qui avais rechigné à attendre, voilà que j’aurais apprécié de patienter ainsi plus longtemps. Te sentir t’éloigner me fit faire une moue mécontente, te suivant malgré tout, relevant les yeux pour soupirer de plus belle. Un bus bondé. La chance était avec nous c’était certain. Je sentis ta main serrer la mienne de plus belle, forçant le passage pour nous mêler à la foule. Oh joie. Mais au moins, j’étais avec toi et j’avais une raison pour m’accrocher de plus belle et te coller. Pas que j’ai réellement besoin de raison, mais ça rendait la situation plus agréable et ludique. Le bus reprit sa route, se foutant royalement que personne ne tienne bien décidé à nous emmener au prochain arrêt le plus rapidement possible…  « Je hais les transports en commun parfois... » J’eus un petit rire, restant accroché à ton haut et à ta main pour pas qu’on soit séparé malgré ceux cherchant à s’extirper du véhicule : « Je ne vois vraiment pas pourquoi tu dis ça… » Eus-je tout juste le temps de dire avant que tu ne me pousses sur un siège libre, te réceptionnant avec un sourire content, câlinant ma tête contre toi, on était bien mieux ainsi, pour sûr. Je redressais la tête vers toi, mes bras entourant ta taille par sécurité au cas où le conducteur déciderait de piller de nouveau, et aussi par pure envie de t’avoir contre moi. « On s’ra pas comme ça quand on sera vieux hein ? On restera fun jusqu’à la fin de nos jours, dis ? » Je regardais à qui tu faisais allusion, deux petites vieilles qui se la jouaient outrée de notre comportement, me donnant envie d’autant plus te câliner pour les faire piailler de plus belle… J’eus un sourire en coin avant de te répondre : « Promets-moi que si je me mets à porter ce genre de robe et à me mettre des bigoudis dans les cheveux, tu mettras fin à mes jours… » Souriais-je avant de reprendre pour répondre avec un peu plus de sérieux à ce que tu venais de dire : « Bien sûr qu’on ne sera pas comme ça… On se fera jamais assez chier pour en arriver là… » J’en étais certain à cette époque… Je nous voyais tous les deux, toujours à jouer de la musique, bien qu’avec moins de dextérité, nourrissant toujours cet amour pour cette passion. Tous les deux, toujours aussi amoureux, à garder ces mêmes sourires que l’on pouvait s’échanger dans le bus, à garder nos yeux pétillants, amoureux, chassant d’un revers la fatigue de l’âge… Je nous voyais ainsi, toujours à Los Angeles, ou bien ailleurs, peut-être au beau milieu d’un tour du monde, comme s’amusent à faire une grande majorité des p’tits couples de vieux. Aujourd’hui, quand j’y repense, je reste persuadé que tant que nous étions tous les deux, alors jamais l’ennui ou la lassitude ne nous auraient rongés, nous aurions toujours trouvé quoi faire, quoi surprendre, de quoi vivre à fond jusqu’au bout…
Puis je soupirais, tapotant distraitement des doigts contre tes hanches avant d’ajouter : « Enfin, faudrait déjà qu’on y arrive à cet âge-là, et vu que cette journée semble décidé à raccourcir notre vie, ne t’en fais pas mon Milo, si ça se trouve tu n’auras jamais de cheveux blancs ! » Je t’adressais un clin d’œil avant de froncer les sourcils et de tendre le cou vers toi, pour te voir de plus près, passant un doigt dans tes cheveux : « A moins que ce ne soit déjà le cas… » Souriais-je en faisant semblant de chercher. Ta mine boudeuse me fit sourire de plus belle, te taquiner m’a toujours plu, tes expressions en découlant étant l’une des meilleures cures de bonheur que je puisse avoir. De suite, ta main vint jouer avec tes mèches et j’eus un petit rire alors que tu te braquais gentiment : « Même pas vrai ! » Je me redressais pour que mes lèvres viennent se déposer à la commissure des tiennes, histoire d’y déposer un joli petit baiser qui fit rouspéter de plus belle les deux antiquités qui devait peiner à nous entendre vu que ce n’était que maintenant qu’elles réagissaient alors qu’elles nous épiaient depuis que tu avais pris place sur mes cuisses. « Pis c’est facile à dire de la part de quelqu’un qui se les colorie, hein. C’est carrément pas juste ça en fait. » J’eus un sourire d’autant plus large, une petite lumière brillant dans le coin de mes yeux : « Pas juste hein… » Je jouais de plus belle de mon doigt dans tes cheveux, haussant les sourcils avec la tête d’un Spooky qui prépare un mauvais coup. Mais je n’ajoutais rien, pour l’instant, le bus s’arrêtant, et je te vis regarder dehors : « C’est pas là qu’il faut qu’on descende ? » Je jetais un coup d’œil : « Oopsy… » Je faisais sauter mes genoux pour que tu descendes, te poussant devant moi pour qu’on s’extirpe à temps de l’endroit. « Safe ! » M’écriais-je une fois dehors. Puis je cherchais la bouche de métro qui était quelques pas plus haut : « Maintenant, red line ! » Je mêlais mes doigts aux tiens et avancé, content de ne plus être empaqueté dans ce foutu bus, même si j’avais apprécié t’avoir contre moi tout du long. Puis je repensais à ta plainte, juste avant qu’on ne saute du bus : « Quant à l’injustice des cheveux… » Commençais-je en retrouvant mon petit sourire en coin : « ça peut toujours s’arranger ça tu sais mon Milo… » J’essayais d’imaginer quelle couleur t’irait le plus, allant même jusqu’à me dire que ça pourrait être une blague bien sympa pour que tu te réveilles de bonne humeur un prochain matin… Je me faisais mes petits plans, mes petites idées alors que l’on entrait dans la bouche de métro : « Si ça te rassure contre les vilains cheveux blancs… » Souriais-je de nouveau en t’entraînant avec moi dans l’escalator jusqu’à ce qu’on soit au quai. Une minute d’attente, ça allait être rapide. « On se prête bien nos vêtements, je peux bien te prêter mes colorants à chevelure… » Continuais-je dans mon délire avant que le métro n’arrive et que l’on s’y engouffre, de suite plus simple de trouver une place assise, comptant les arrêts : « Plus que neuf et on est bons mon Milo, pas trop ko ? » M’enquis-je en te caressant d’un pouce la joue. « Nope. On a encore un programme chargée. » J’opinais, même si au fond, je pouvais sentir que toi aussi tu étais un peu tiraillé par la journée. Quoi de plus normal. Mais tu ne voulais pas l’avouer, apparemment désireux de poursuivre nos aventures quelques peu mal-foutues, et je pouvais pas t’en vouloir, ni t’en priver. Je répondis simplement à ton sourire, te serrant un peu plus contre moi, callant mon menton sur tes cheveux qui allaient passer un jour sous mes doigts experts. « J’avais dit que c’était loin aussi. » Je réprimais de lever les yeux au ciel, de toutes manières, je les avais fermés, m’accordant de somnoler pour reposer un peu mon crâne des lumières vives du métro. « Tu sais qu’on aura à faire complètement demi-tour pour aller à l’Echo hein, et au Taco Bell. Donc pas le moment d’être ko.  » Je finis par opiner en rajoutant : « On peut toujours faire demi-tour hein, si c’est pour te plaindre… T’avais qu’à pas proposer qu’on y aille quand même… » Souriais-je en perdant mon appui-tête, n’ouvrant pas les yeux pour autant vu que tes lèvres vinrent caresser les miennes. Quoi de mieux pour se déconnecter et arrêter de penser aux boumboums du métro qui venaient résonner avec mon crâne malmené qui se remettait à me lancer gentiment… Pas de quoi t’inquiéter alors quand tu t’éloignas pour me demander en me détaillant du regard : « Et toi Spooky t’es fatigué ? Ta tête elle va comment ? » J’arborais un petit sourire, te volant à mon tour un baiser avant de dissimuler derrière ces quelques mots : « Tu l’as dit toi-même, pas le moment d’être ko ! T’en fais pas, ça va aller. Faudra juste que ce soir tu me chouchoutes comme jamais… » Finis-je avec un large sourire, aimant me faire assister par moment, bien que lorsque tu te sens mal, j’aime tout autant m’occuper de mon Milo. « Normalement faudra pas que tu me portes… Tout dépendra de ce que donne l’Echo et celui que j’aurai dans mon crâne, bien sûr. » Réfléchis-je en jouant d’un doigt avec ceux d’une de tes mains, comme pour me distraire alors qu’on avait déjà passé deux arrêts. « Après, faudra bien sûr qu’on passe au moins une bonne heure au Taco Bell… Sinon j’aurai des lésions grave, je le sens, je le sais… » Dis-je en feignant l’air sérieux, me mordant l’intérieur des joues pour ne pas rire. « Mais pour sûr, après une bonne cure à dose de Milo, bisous, câlins, dodo, demain ça sera disparu. » Du moins, c’était bien ce que j’espérais… « Alors n’y pense plus mon Milo. » Je m’emparais de nouveau de tes lèvres alors qu’on repartait d’une nouvelle station : « Et plus que… six arrêts ! Tu vois, ça passe vite ! » Essayais-je de te rassurer. Tentative royalement ratée vu la moue que tu affichais et ce que tu lâchas à la suite : « Ça passe pas vite on en est même pas à la moitié ! » Il fallait s’y attendre que tu allais faire le mécontent… Mais ça ne me dérangeait pas tant que ça, te sentant t’étaler de plus belle, lasser de la durée du trajet, soupirant avant que je n’ai le temps de l’ouvrir, prévoyant, sans aucun doute, ce que j’allais contrer : « Mais on fera pas demi-tour parce que ça veut dire qu’on aura fait tout le trajet pour rien. » Je souris sans pour autant me cantonner au silence : « Pas pour rien… Sinon j’aurai pas eu des câlins dans le bus et le métro et, en plus, le pire, on aurait pas pu se moquer des p’tites vieilles effarouchées, ni même parler de tes futurs projets capillaires… » Je n’avais pas oublier, loin de là, je n’oublierai pas de sitôt… ça allait être drôle… Caressant ton dos alors que tu te lovais de plus belle contre moi, ça ne me dérangeait en rien d’attendre de cette manière pendant des heures… D’autant plus lorsque tu te mis à me bisouter, me laissant échapper un petit rire : « Je commence ta dose de bisous maintenant pour que tu tiennes le coup. » J’opinais : « Tu fais bien, je sens déjà la douleur qui s’estompe… » Si seulement ça avait été si facile. Mais je rejetais cette vibration à l’arrière de mon crâne, persuadé que si je n’y portais pas d’attention, alors elle s’estomperait toute seule, comme une grande… C’est si beau de rêver… « Dis Spooky... » Je te regardais me faire face, t’écoutant, me demandant ce que me valait cet air un poil plus sérieux… « Si je t’avais dit oui, tu les ferais quelle couleur mes cheveux ? » Une large esquisse vint étirer mes lèvres, prenant cette question comme une approbation, une invitation pour sûr… Mais tu t’en doutais sans grande difficulté : « Et ça veut pas dire que je vais dire oui. T’emballes pas ! » Je ne quittais pas mon sourire, haussant des épaules : « Pour l’instant, peut-être… ça t'intrigue... c'est déjà bon signe... » Puis laissant mes doigts se perdre dans certaines mèches de tes cheveux je réfléchis une seconde : « Rose, on aura la couleur couple ! Sinon… » Je feignais le sérieux, comme si j’imaginais mille et une teinte passer sur tes cheveux pour choisir celles qui conviendraient le plus : « Du violet… ou de l’arc-en-ciel… mais celui avec du rose… c’est mieux… » Puis je traçais des traits invisibles avec mes doigts pour essayer d’imaginer le sens de la chose… Puis te volant un baiser en tirant sur ton menton de l’index et du pouce je déclarais : « Quoiqu’il arrive tu seras toujours le plus beau, alors ça coûte rien d’essayer non ? A moins que tu n’aies une couleur en tête ? » Demandais-je intrigué, sans prêter attention aux nouvelles stations qui défilaient. Puis j’haussais des épaules : « Sinon tu peux aussi tous les faire blanc pour cacher celui-là… » Continuais-je en pointant des doigts un cheveu, faisant comme s’il était bel et bien blanc… ça ne manqua pas de te faire réagir pour mon plus grand plaisir… Les yeux écarquillés, les mains sur le crâne comme si elles allaient réussir à le trouver par le toucher, ce nuisible qui s’était immiscé dans ta superbe chevelure. « Mais raconte pas n’importe quoi !! » Tu as toujours été si mignon lorsque tu étais gagné par la surprise et pris de cours, mais là, te voir paniquer gentiment avait tout du craquant. Je te regardais, dissimulant mon sourire amusé derrière ma paume tandis que tu te penchais sur ton reflet projeté par la vitre pour vérifier. Mon pauvre petit Milo désespéré et pris de cours… Je tus mon petit rire alors que tu te penchais par la suite sur moi, me demandant si tu me fixais de la sorte pour voir ton reflet dans mes iris… « C’est pas vrai, hein ? » Je te tapotais le crâne gentiment un sourire transpirant mon amour pour toi aux lèvres : « Non. Mais tu sais que je t’aimerai quand même, pas la peine de paniquer… » Souriais-je dans un clin d’œil. C’était le principal non ? Que l’on soit là l’un pour l’autre et ce même si l’on gagnait en rides, en cheveux décolorés et que l’on perdait en taille… Dans mon crâne je nous voyais encore tous les deux. C’était si facile de rêver à tes côtés mon Milo…
Te sentir te caller contre moi m’extirpa de mes pensées, venant te câliner, te gardant contre moi. J’étais bien ainsi, et j’espérais vraiment que l’on resterait de telle toute notre vie… ça n’aurait pas été mal non ? « Je veux pas devenir vieux tout de suite. » Je levais les yeux au ciel bien qu’amusé de te voir si préoccupé par cela. « ça va mon Milo, t’as encore le temps de voir venir… Puis normalement t’es supposé moins t’inquiéter que moi sur ce sujet… » Ce n’était pas faux, le premier à goûter à la ‘vieillesse’ serait ma petite personne… Même si en soit, je n’y prêtais aucune attention. Espérant juste, au fond, que tu m’accepterais même si je gagnais en âge… Ce sujet était d’un déprimant… Heureusement, le métro ralenti, tu me fis un bisou avant de te redresser « Spooky, on arrive… » Je relevais la tête, un petit soupir m’échappait alors que je remarquais que tu avais raison : « Let’s go mon Milo… » J’attrapais de nouveau ta main, il ne me semblait pas envisageable de marcher à tes côtés sans aucun contact, comme il arrive à certains couples de faire… Très peu pour moi, il me plaisait de montrer aux êtres humains qu’on était un couple des plus mignons, que t’étais mon mien et que putain j’en étais drôlement fier…
On s’extirpait du métro, suivant les tunnels qui s’enchaînaient pour nous mener à la sortie. L’air frai était plutôt appréciable, mais le boucan de la rue manqua de me faire soupirer de nouveau. Le problème avec Sam Ash est bien sa situation… L’heure tardive n’aidait en rien il faut dire… Serrer les dents, ne pas penser au crâne qui venait se plaindre du boucan, pour venir te sourire, seule source de calme dans le chaos que pouvait parfois être cette ville… Te volant même un bisou pour nous relancer, marchant juste quelques minutes sur le trottoir avant d’apercevoir la devanture d’Ash. « J’espère qu’ils ont de quoi motiver après qu’on se soit crever de la sorte pour leurs jolies bouilles… » Marmonnais-je en passant l’entrée du shop, appréciant de ne plus être dans la rue, mon regard courant lentement sur les rayons, sans te lâcher cette fois pour pas que tu repartes en m’oubliant comme à la House of Music…
Je souris à te voir réagir tel un enfant dans une boutique de jouets, faisant glisser ton regard tout autour de toi, ne laissant rien t’échapper. « On commence par quoi Spooky ?? » J’allais pour te répondre que tu choisissais, que je te suivais, vu ton enthousiasme, je m’attendais à ce que tu aies déjà une idée ou une envie qui te ferait nous guider comme il se doit dans les rayons de Sam Ash. Je te laissais me tirer, sans avoir le temps de te donner une réponse étant donné que tu enchaînais déjà : « Oublie la question, je sais ! » J’eus un sourire, je m’en serais douté. Je ne pris même pas la peine de saluer les vendeurs, bien trop occupé à te contempler filer dans les rayons en prenant soin de ne pas lâcher ma main. Voilà ce qui me faisait sourire, que tu m’entraine dans la sorte, que tu m’emmènes avec toi, j’aimais ça, te savoir mon guide… Je l’aimais ce guide… J’aimais te suivre… Je t’aurai suivi partout mon Milo. Sache-le, je t’aurai suivi jusqu’au bout du monde sans me poser la moindre question, sans avoir le moindre doute, tant que ta main était liée à la mienne, alors j’oubliais avec une facilité déconcertante tout le reste. J’eus tout de même un haussement de sourcils en te voyant passer rapidement devant les claviers, n’y prêtant que des coups d’œil, ne laissant pas tes doigts jouer avec, pour poursuivre ta route jusqu’au fond du magasin. Là où il y avait de quoi m’intéresser, ce que j’avais regardé à la House sans prendre la peine de les acheter vu que la House avait joué sa désagréable et sa rabat-joie. « J’ai cru comprendre que t’avais besoin de faire le plein, et on est parti sans rien prendre tout à l’heure. » J’eus un sourire sans te quitter des yeux. Tu avais remarqué… « Et je pourrais même pas avoir mon piano parce que je l’ai pas vu ici… » J’eus un petit rire, caressant ta main du pouce, il allait falloir trouver un moyen de se réconcilier avec la House donc pour que tu puisses redéposer tes doigts fins sur ce piano que tu désires tant. On le fera mon Milo, tu mérites ce piano, et déjà l’envie de revoir ton expression lorsque tu jouais dessus me reprenait. Mais je ne dis rien, t’écoutant enchaîner : « Mais y a un clavier maître MIDI que je veux voir donc tu prends pas trop ton temps, hein, parce que ils vont bientôt fermer et on nous observe… » J’eus un petit rire, je me disais bien aussi… Je détachais alors enfin mon regard de ma passion numéro un pour le glisser sur les peaux des différentes caisses, te laissant te serrer contre moi en écoutant ta question : « Alors tu veux quoi mon Spooky ? » Déposant une bise sur ton front pour prendre ton mal en patience, puis je fis mine de vouloir prendre mon temps, histoire de t’embêter, sachant que ton regard s’échapperait sûrement vers les claviers de nouveau, mon pauvre Milo : « Je ne sais pas… Faut que je réfléchisse… » Joli petit mensonge, moi qui avait su sélectionner mes peaux rapidement à la House. C’était simple, il suffisait d’avoir une bonne marque, pas forcément la plus chère étant donné que certaines se foutaient royalement des drummers, faisant penser proposer les peaux les plus résistantes alors qu’elles ne l’étaient pas… J’en avais déjà fait les frais... ça m’avait bien énervé… voilà pourquoi je ne jetais même pas un coup d’œil à celles mises en avant, te baladant avec moi, te sentant t’impatienter en silence, te glissant un sourire et un clin d’œil en te rassurant : « ça va, t’inquiète, je me dépêche. Je sais ce qu’il me faut… » Elles étaient là, le set de Remo que j’avais déjà choisi à la House, ne jetant même pas un regard aux Tama, sachant qu’ils privilégiaient largement l’esthétique à la qualité. « Là, c’est de ça dont j’ai besoin… » Je le callais sous mon bras libre avançant vers le rayon qui t’intéressait, quand mon regard croisa des sticks  Malletech et Zildjian, m’arrêtant d’un coup pour les zieuter : « Ah… et de ça aussi… » Je m’accroupissais devant une seconde, les comparant, ne me gênant pas pour les tester avant de sélectionner les Zild. « C’est bon maintenant ! » Te souriais-je en reprenant notre route, accordant un dernier coup d’œil au rayon, ce qui s’avéra être une erreur. M’arrêtant sans crier garde, sans te lâcher bien sûr, bien que mon regard dévorait autre chose du regard. La jolie Ludwig en exposition. Je papillonnais du regard, connaissant le prix et chuchotant cette promesse à cette beauté : « Bientôt ma belle… » Hors de question de compter sur mes parents pour me la payer, je continuerai de mettre de côté, et je la ramènerai chez nous, même s’il allait falloir que je trouve un coin pour stocker l’ancienne… J’avais encore le temps d’y réfléchir. Alors je reprenais la marche après une inspiration : « C’est bon, c’était le dernier arrêt, maintenant direction le paradis de mon Milo ! » On remontait les rayons jusqu’à celui dédié aux claviers. Les regardant, desserrant mes doigts pour que tu puisses filer jouer si l’envie te prenait : « C’est celui-là ? » Demandais-je en voyant ce qui me semblait être celui dont tu avais parlé plus tôt. « Tu le testes ? » Souriais-je, sachant que cela me ferait bien plaisir de t’entendre de nouveau pianoter, que ça ferait plus que du bien à mon crâne, et espérant que cette fois, un imbécile de vendeur se pensant futé ne viendrait pas t’interrompre… Mais tu niais rapidement, me faisant pincer les lèvres. Tant pis, pas de session pianotage pour cette fin de soirée… J’en réclamerais une fois de retour chez nous, c’était sûr. « Nope. Faudrait demander à un vendeur et pas envie. Mais par contre… » Je t’accordais un regard interrogateur, alors que tu attrapais de nouveau ma main jusqu’à un synthé qui, cette fois, était paré à être utilisé. « MOXF6, même si c’est plus vraiment le même prix. Mais écoute ça… » Tu me tendais mes baguettes et je calais le tout de mes achats contre le pied du synthé pour avoir les mains libres et t’écouter me présenter la bête, profitant que tu l’essaies pour t’écouter avec un petit sourire. « Ça vaut pas le Roland du même genre où tu peux avoir tes MIDI directement dessus sans avoir à brancher PC ou mémoire flash dessus mais j’aime pas cette marque, et puis le séquenceur est beaucoup plus chiant que sur celui-là… » J’opinais, t’écoutant en silence, j’aimais t’entendre partir dans tes explications. Je restais silencieux, sachant parfaitement que tu allais enchaîner. J’aurai pensé sur le clavier ou sur un autre, mais non. « Spooky regarde, il est trop mignon… » Je te suivais du regard, arquant un sourcil en me demandant de quoi tu parlais avant de te voir t’emparer d’un ukulélé posé non loin de là. J’eus un petit rire amusé de t’entendre personnifier de la sorte les instruments de musique qui captaient de la sorte ton attention. Rire qui s’éteint pour profiter de la chanson qui s’échappait de ta gorge, mélodie qui s’accordait à la perfection avec les sons qui s’extirpaient des cordes de l’instrument : « Wise men say, only fools rush in. But I can't help falling in love with you... » Comment ne pas fondre avec ça ? Je te dévorais du regard pendant que tu chantais, bien que la fin de la chanson arriva trop rapidement à mon goût… « Spooky il est trop cool ! On peut l’adopter ? » je me redressais et m’avançais vers toi pour regarder ce ukulélé que tu gardais précieusement dans tes bras. Te volant un baiser : « T’as chanté ça pour me faire accepter d’office c’est ça ? » Je t’adressais un sourire avant de te caresser la joue : « Même si tu risques de lui accorder plus d’attention qu’à moi, bien sûr qu’on le prend, sinon je sens que le boudage sera très dur et long… » Je riais avant d’attraper mes achats sous mon bras, mes baguettes dans une poche arrière de son jean, le magasin rappelant aux derniers clients dans un son grésillant insupportable que la boutique allait bientôt fermer ses portes : « Tu veux regarder autre chose avant qu’on se fasse jeter dehors ou je peux filer payer tout ça ? » Demandais-je en tendant la main pour que tu me guides de nouveau. Je me la jouais feignant, c’était si appréciable aussi… Puis je demandais en réfléchissant à l’heure qu’il était et au temps qu’il nous faudrait pour rejoindre l’Echo : « C’est à quelle heure que ça commence le concert déjà ? » Histoire de savoir si on allait se payer d’office la foule ou non… Et de s’y préparer mentalement.

...NEXT...

acidbrain

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Jeu 15 Sep - 1:04, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Jeu 15 Sep - 1:02


Part Seven




But it’s fun to fantasize. (Part III)

Tu as attrapé ma main en ajoutant un : « Nope. On peut y aller. » Et tu me menas jusqu’aux caisses pour qu’on puisse payer nos achats de la journée, te regardant réfléchir à ma question quant à l’Echo : « Mmh… Ils commencent à 20h30 généralement donc faudrait y être une demi-heure avant pour ne pas être trop embêté ? » J’opinais, en effet, ça ne serait pas plus mal d’arriver avant que la foule ne se manifeste et nous dérange. On attendait patiemment qu’on s’occupe de nous et déjà tu reprenais : « Il faut trente bonnes minutes pour aller jusqu’au Taco Bell et vingt minutes ensuite jusqu’à l’Echo, une heure pour faire large, ça laisse une demi-heure de Tacos pour qu’on soit là-bas à l’avance. » Je t’écoutais en te laissant faire notre programme, te faisant entièrement confiance là-dessus, tendant nos achats au vendeur, t’enlevant ton bébé ukulélé des mains pour le passer en caisse aussi et payer le tout, reprenant avec une petite moue : « Juste une demi-heure pour Taco Bell ? C’est tout ? Vraiment ? » Je me plaignais, sachant qu’on pouvait passer des heures là-bas… Faut pas manger trop vite aussi… C’est mauvais pour le bidou… Mais fallait bien que je m’y résigne, après tout, je savais qu’il était mieux que l’on soit bien placé pour un concert à l’Echo. Je te regardais ranger nos achats, ma main attendant sagement jusqu’à ce que tu t’en empares une nouvelle fois pour nous mener à la sortie : « Aller, on se dépêche, ai faim, et puis faut que tu sois en forme pour le concert ! » Je levais les yeux au ciel en devinant à quoi tu faisais allusion. Mon crâne sera sage et me laissera finir notre journée en amoureux tranquilles, du moins j’essayais de l’y forcer. J’avais pas envie que cette journée finisse, profiter de la sorte avec toi, ça rendait avare… Je pris malgré tout une petite mine boudeuse : « Mais je suis en forme… » On sortit du magasin, le boucan de la ville n’avait pas cessé malheureusement, c’était trop demandé à Los Angeles… « Bus, bus, bus… » Chuchotais-je en surveillant s’il arrivait ou non, me servant de ton épaule comme d’un appui-tête, histoire de la reposer à l’avance et que tu me reproches pas plus de ne pas être en forme. Il ne tarda pas et on s’y engouffrait, je vis un siège et m’y installait, tendant les bras pour que tu t’installes de nouveau sur mes genoux pour que je te câline encore. Au final, j’aimais bien prendre le bus… T’entourant de mes bras, je calais ma tête contre ton torse, fermant les yeux avant d’entendre mon ventre se manifester, je relevais la tête vers toi : « Ai faim aussi… tu vas prendre quoi mon Milo ? » A croire que je voulais jouer les sadiques avec mon estomac en parlant de bouffe… Je te regardais réfléchir à la question. Le choix a toujours été complexe, il faut dire qu’ils ne manquent pas de proposer un large choix de mets plus délicieux les uns que les autres… Mais je te laissais chercher plutôt que de te faire des propositions, t’as toujours été mignon quand tu te creuses les méninges. Puis à quoi bon, j’aurai fini par te ressortir leur menu complet quoiqu’il arrive. Ça y est… J’avais vraiment faim maintenant… « Je sais pas... » Ah bah on allait avancer… Mais je tus mes commentaires te voyant reprendre : « On a qu’à prendre une boite ? Comme ça si on a pas fini on finira sur la route ? » J’opinais vivement, j’avais faim, ça allait bien nous caller un peu… J’ouvris la bouche pour répondre, mais non, tu n’avais pas fini… Et bien que tu me caressais la nuque ce qui d’ordinaire me faisais plaisir, ta remarque me fit afficher une petite moue vexée : « Et puis comme ça tu pourras pas te plaindre que t’as eu que une demi-heure de Taco Bell. » « ça va je me serai pas plains plains plains, j’aurai fait semblant, tu sais bien… » Puis en bougonnant après ton rapide baiser, à la fois parce qu’il avait été trop rapide, mais aussi pour répondre encore un peu à ta remarque : « Va pour une boîte… Mais avoue qu’une demi-heure c’est pas des masses quand même… » Je vins malgré tout te revoler un baiser : « Mais je dirai rien de plus, ça va… » Puis j’attirais un peu plus ton corps contre le mien en recollant ma tête contre ton torse, pour le câliner, regardant par la fenêtre pour voir les arrêts défiler, bercé par les mouvements du bus et surtout les battements de ton cœur je me serai presque endormi… Redressant la tête seulement lorsqu’on arrivait à l’arrêt Taco Bell. « C’est là ! C’est là ! C’est là ! » L’idée que j’allais pouvoir remplir mon bidou me réveilla d’un coup : « A faim ! » Dis-je en me relevant et serrant ta main pour qu’on sorte et s’engouffre après quelques pas dans notre petit paradis gastronomique. « Y’a du monde… » Non, il n’y en avait pas tant que ça, mais pour mon estomac, oui. Sentir ta tête se déposer contre mon épaule vint me faire de suite la câliner de ma joue. « Ça va passer vite. » J’opinais, regardant les gens devant nous passer commande petit à petit, tapotant automatiquement du pied suite à l’impatience de mettre quelque chose dans mon ventre. L’attente ne fut pas si atroce, bien que mon estomac commençait à sérieusement se manifester lorsque notre tour vint enfin. Je te laissais te charger de passer commande, tapotant des index sur le comptoir en vérifiant que la personne qui prenait notre commande ne commettait pas d’erreurs, chose impardonnable… « Bonjour ! Un pack 12 cheesy Doritos s'iou plaît, et deux Cheesy Gordita Doritos avec deux Pepsi. » J’opinais vivement, la faim se faisant plus intense en voyant notre petit repas se matérialiser lentement. Ma joue revint se caller contre toi, un petit sourire me prenant alors que ton inquiétude se manifestait de nouveau : « Il va aller mieux ton bobo à la tête avec tout ça, hein ? » Je déposais un bisou dans tes cheveux allant pour te répondre sans en avoir le temps, notre plateau arrivant enfin, me faisant lâcher un « Yes ! » enthousiaste. Je te suivais avec la bouffe jusqu’à une table, m’asseyant en face de toi, mêlant mes jambes aux tiennes par automatisme, avant d’enfin te répondre : « C’est surtout mon bidou qui va aller beaucoup mieux, oui. » Souriais-je, en attrapant un taco avec envie, mais prenant malgré tout le temps d’ajouter avant d’avoir la bouche pleine et d’être incompréhensible : « Mais je te prierais d’arrêter de t’en faire pour ma tête, elle va très bien. » Il était surtout hors de question que tu y penses plus longtemps, puis je restais niaisement persuadé que Taco Bell aurait raison de mon mal. « Bon zap mon Milo ! » Alors je dévorais mon taco, non sans afficher ma satisfaction dans un soupir. « Y’a que ça de bon… » Soufflais-je après ma dernière bouchée. Je te souriais, pour que tu voies que j’allais bien, que tu ne te tracasses pas plus, je n’avais pas envie de tout gâcher. Notant tout de même qu’il faudrait que je punch du crâne plus souvent pour le renforcer… ça ne ferait pas de mal… « Je pourrais passer ma vie à me nourrir que de ça… » Complétais-je mon adoration pour le fast-food en attrapant un nouveau taco, le dévorant de moitié avant d’attraper un Pepsi, sirotant quelques gorgées. « Faudra que notre prochain chez nous soit près d’un Taco Bell, hein mon Milo ? Sinon on va être triste. Et pas que je ne sois pas doué en cuisine, mais je pense qu’on arrivera jamais à les égaler… » Souriais-je de nouveau avec un clin d’œil, c’était tellement mieux lorsque que c’était tout prêt tout fait, paré à être englouti… « On trouvera bien un endroit à nous près d’un Taco Bell. Même si je saurais bien m’adapter au service à domicile. » Tu m’as essuyé le coin de ma bouche et j’eus un sourire en remerciement, qu’est-ce que j’aimais quand tu me chouchoutais de la sorte. Je quittais du regard les tacos en t’entendant rire, te questionnant du regard pour en savoir la raison qui ne tarda pas à être expliquée : « Pas la peine de te goinfrer mon Spooky, à ce rythme tu vas finir avant même qu’on ait à partir. Après tu vas t’endormir dans le métro pace que t’as trop mangé, ou pire tu vas tomber malade. » Je haussais des épaules : « Mais c’est pas ma faute, c’est mon bidou, il a faim, il me contrôle… Et les tacos ne me rendront jamais malade, ils sont gentils avec moi, toujours ! » Affirmais-je histoire de défendre mon plat préféré. Malgré cela, je n’en pris pas un nouveau, faisant une petite pause histoire de ne pas avoir le hoquet et de siroter de nouveau mon gobelet en te regardant manger, jouant de mon pied de libre un rythme contre ta jambe. « Puis vaut mieux qu’on les finisse au cas où les êtres humains lorgneraient sur notre repas… » Je n’ai jamais été du genre à partager les tacos, hormis avec toi bien sûr. Liant ma main à la tienne une fois que tu eus fini ton taco, pour que tu plonges ton regard dans le mien : « En profite pas non plus pour tous les manger hein… » Je m’amusais à jouer avec tes doigts, sans te quitter du regard, heureux de t’avoir en face de moi. Et dire que ce matin même, s’ils avaient été plus nombreux, ou plus futés, tu n’aurais sûrement pas été là… Moi non plus d’ailleurs. Ce matin… ça me paraissait si long… Comme quoi, passer du temps à tes côtés permettait réellement de tout oublier… « Tu sais que je t’aime hein ? » Laissais-je échapper à force de repenser à tout cela, mon crâne me remémorant le choc avec celui un peu trop dur de l’infirmier, me rendant compte que j’irai vraiment jusqu’au bout du monde pour toi. Et encore, à cette époque, je ne me rendais pas compte à quel point ça allait être véridique… Je me redressais pour mettre fin à ma mine un poil trop sérieuse pour le Taco Bell, venant te voler un baiser, titillant cette lèvre que je chérissais tant pour me rasseoir avec un sourire content d’avoir eu mon bisou. Reprenant, pour fêter ça, un taco. « Je t’aime même plus que les tacos, tu te rends compte ? » Je t’adressais un clin d’œil avant de manger, cette fois plus doucement, mon taco.
L’heure tournait et notre plateau se vidait, je me callais au fond de mon siège, pour laisser mon ventre digérer un peu, finissant de siroter mon verre me décidant à jeter un coup d’œil à l’heure pour déclarer : « Faudrait peut-être qu’on y aille maintenant ? » Puis je tentais de me redresser en sentant ma jambe toujours prisonnière des tiennes, alors je retombais sur la banquette, avec un petit rire avant d’ajouter : « Enfin pour ça faudrait que tu me libères une seconde mon Milo… » Même si j’adorais ça et que j’aurais aimé resté collé à toi encore longtemps. Très longtemps. Je te vis cacher ton visage dans tes bras croisés et j’adoptais un doux sourire, craquant encore une fois en te voyant rechigner à me rendre ma liberté : « A trop mangé. Fatigué. Veux câlin. » Je laissais échapper un petit rire : « Pour ça aussi faudrait que tu me rendes ma liberté… » Laissant juste ma main glisser dans tes cheveux pour te bercer de caresses, du moins, jusqu’à ce que tu te redresses et me regarde avec un sérieux plutôt pas mal interprété, bien que tes paroles vinrent un peu gâcher la chose. « Mais si je te libère tu vas partir sans moi, tu vas me laisser avec les gens tout là bas et je vais être obligé de vendre des tacos que je pourrais même pas manger pour pas dodoter dehors et pis un jours je craquerais et je finirai par en manger un je me ferais virer et je mourrai de froid et j’hanterais tous les Taco Bell pour te retrouver et me venger.. » J’écoutais le monologue, arquant simplement un sourcil : « Rien que ça... Et partir sans toi ? Vraiment ? » Soupirais-je en essayant de retenir un petit rire suite à ton délire sur les tacos, essayant de t’imaginer derrière le comptoir avec l’uniforme de Taco Bell. « Je suis sûr que tu serais un employé exemplaire… Et que je passerai d’autant plus de temps ici s’ils avaient un employé aussi craquant… » Je t’adressais un sourire ponctué d’un clin d’œil alors que tu reprenais en te cachant de nouveau : « Donc tu fais un câlin comme un gentil Spooky. T’as pas le choix. » Tu relâchais ma jambe et je lâchais un : « Merci bien… » Je me levais et attrapais le plateau pour le vider, et surtout histoire de te faire patienter, mon Milo qui faisait sa moue, avant de revenir vers notre table et surtout pour me jeter sur ta banquette. Aoutch, trop rapide, crâne, bobo, chut. Callant ma tête contre la tienne en piquant un peu de place sur ton bras pour ne pas perdre l’équilibre, bisoutant ton nez alors que l’un de mes mains venait caresser ton dos gentiment, mes jambes se mêlant de nouveau aux tiennes. « ça va mieux comme ça ? » Chuchotais-je en te regardant avec un sourire. Je serais resté ainsi avec joie, mais je me rappelais combien tu voulais aller à l’Echo il y a de ça encore quelques heures et donc j’ajoutais, ma main passant sous ton haut pour que mes doigts entrent en contact avec ta peau et se remettent à la caresser lentement : « Mais, dans tous les cas, on va pas pouvoir rester ici éternellement alors mon Milo… » Je viens déposer un dernier baiser avant de me redresser, prévoyant par avance ta réaction alors que me doigts viennent faire un guili à tes côtes pour que tu te redresses déclarant en même temps : « On doit y aller ! » Te regardant, une fois le choc passé, avec un large sourire, te volant un baiser pour pas que tu m’en veuilles : « Oublie pas que je t’aime hein mon Milo ! » Puis je me levais et tendais une main à ton attention : « Let’s go métro ? Ou pas alors ? » Tu l’attrapais et je te tirais pour t’aider à te redresser : « Métrododocâlin. » déclaras-tu en venant te lover de nouveau contre moi pour mon plus grand plaisir, entourant tes hanches d’un bras pour te garder confortablement callé, déposant un baiser derrière ton oreille.
De nouveau dans le métro, le crissement qu’il effectua sur les rails me fit froncer les sourcils, luttant pour ne pas lever ma main vers mon crâne et le masser tant il se faisait plaisir à manifester sa douleur. Hors de question de faire le moindre geste qui pourrait t’inquiéter, alors je douillais en silence, ne comprenant pas comment il était possible que même Taco Bell n’ait réussi à l’apaiser. Mais je n’eus pas l’occasion d’argumenter intérieurement plus longtemps sur le sujet étant donné que tu me tirais déjà par le bras pour m’installer sur l’un des sièges du métro, souriant devant tant d’enthousiasme et d’impatience à venir de nouveau retrouver cette position que l’on adoptait depuis ce matin dans les transports en commun… « Spooky… » Si je n’avais pas senti ton souffle à travers mon t-shirt je ne t’aurais pas entendu m’appeler de la sorte, mais je n’eus pas de mal à comprendre la suite : « Câlin. » te sentant te serrer de plus belle contre moi, installant même mon bras autour de toi. J’eus un petit rire, renfermant ce même bras sur ton corps, désignant de la sorte aux autres passagers que ce n’était même pas la peine d’y penser, que tu étais à moi et moi à toi. Voilà tout. Ma seconde main tapotait un rythme distrait sur ton genou ne s’arrêtant pas, même lorsque tu repris la parole : « Pourquoi c’est toi qui mange le plus et c’est moi qu’en paye les conséquences ? C’est trop pas juste. » J’eus un petit rire, déposant un baiser sur ton front avant d’ajouter : « J’ai peut-être plus d’années d’expérience qui sait… Ou alors Taco Bell me préfère… » Finis-je avec un air fier, mais je le perdais bien rapidement quand le métro vient freiner de la plus délicate des manières, comme toujours tentant de rester sur notre siège, même si le mouvement du wagon fit vibrer mon crâne. Je fermais les yeux, profitant que tu aies le nez caché dans mon t-shirt pour essayer de les froncer au mieux et d’apaiser ces tambours au rythme désagréable qui s’éclataient à jouer dans ma tête. « Quand je dis que les métro n’ont aucune délicatesse… » Je laissais échapper un petit rire rapide sans rien ajouter, rouvrant les yeux pour voir des tâches sombres danser dans le wagon. C’était mal  parti… Et dire que les tacos étaient supposé me sauver la vie, j’étais on ne peut plus déçu… Les tâches s’effacèrent petit à petit à force de cligner des yeux juste à temps avant que tu ne me fasses une bise, adoptant de nouveau un expression plus souriante et visant à te rassurer vu que tu revenais à la charge : « Et toi ton cerveau va bien ? » Je fronçais les sourcils, feignant le mécontentement : « Mon cerveau n’a jamais eu aucun problème dis donc mon Milo… » Puis je te volais un baiser maintenant que tu n’étais plus caché dans mon haut : « Et si tu veux parler de ce que je t’ai dit d’arrêter de te soucier… ça va, t’inquiète, si t’insiste plus longtemps je boude, d’accord ? » Souriais-je en jouant sur le chantage. Mais ça allait aller, j’en restais persuadé, imaginant pouvoir finir ma journée et qu’une bonne nuit de sommeil guérirait le tout… « Et toi mon Milo, ça va ? » ça aurait pu être qu’une simple question, mais au fond, je voulais savoir si derrière tous ces sourires et ces rires, derrière tous les souvenirs de cette belle journée, il  n’était pas encore tiraillé par cette mauvaise aventure qui avait bouffé notre matinée. Encore un arrêt et je m’accrochais à l’une des barres pour pas que l’on tombe à la renverse : « Va vraiment falloir leur apprendre à conduire… » Encore une fois il allait falloir qu’on quitte notre position… « Finalement, la nuit blanche… on aurait dû la faire dans le métro… » Chuchotais-je en déposant une suite de bises le long de ta gorge. Tu arrêtas mes baisers pour t’emparer de mes lèvres pour mon plus grand plaisir, souriant en cherchant à prolonger ce si doux contact bien que tu t’amusais avec l’une de mes lèvres, me faisant sourire de plus belle. Nouvel arrêt des plus agréables… L’heure de se lever et de sortir, à mon plus grand regret… Ne manquant pas de l’afficher alors que tu me tirais par le bras pour me guider de nouveau. « Aller Spooky, c’était l’avant dernière fois qu’on montait dedans et la prochaine il t’emmènera dans ton dodo. » Je redressais vivement la tête, sourcils froncés en relevant le possessif que tu avais utilisé pour parler du dodo qui est à nous et pas à moi. A nous mon Milo… Tu te souviens de ce dodo ? On y était si bien… « Dans notre dodo. » J’eus un sourire en coin avant de serrer un peu plus tes doigts dans les miens : « Je préfère oui… » Encore un peu de marche pour s’extirper de la station et finir par rejoindre l’Echo… L’Echo où il y avait déjà un peu de monde qui patientait plutôt sagement…  « On y est ! » Tu me poussas à presser le pas pour que l’on se mêle plus rapidement aux autres, ce que l’on fit, ma main jouant gentiment avec la tienne, profitant que tu regardes ailleurs pour me frotter l’arrière du crâne rapidement, s’il commençait déjà à me lancer j’étais pas sorti de l’auberge… J’ôtais ma main en te sentant te tourner de nouveau vers moi pour m’accorder un bisou. Je tendais cette joue une nouvelle fois pour en avoir un deuxième, puis pourquoi pas un troisième… Au bout du dixième, ce fut à notre tour de payer l’entrée, de nous faire tamponner le E de l’Echo et d’enfin entrer…
Aoutch… Fut ma première pensée, mais je ne le dis pas à  voix haute, te tirant, persuadé que je pourrai tout de même profiter malgré ce crâne éreintant… Une fois qu’il ne fut plus possible de se faufiler dans la foule je t’attirais contre moi pour que l’on ne soit pas séparés et surtout, que tu ne m’échappes pas, entourant tes hanches, ton dos contre moi, ma tête callée dans le creux de ton cou. « Je te lâche pas… Va retrouver quelqu’un dans c’te foule… » Souriais-je en regardant les gens se faire plus nombreux, certains connaisseurs, d’autres venant découvrir et juste passer une bonne soirée. « J’espère que tu voulais rien prendre à boire mon Milo, parce que là ça va être complexe… » Souriais-je, essayant de occuper mon esprit pour qu’il ne se focalise pas sur mon bobo, très peu rassuré parce que je lui faisais faire confiance, se manifestant donc pour pas que j’oublie qu’il avait son mot à dire d’une manière assez désagréable… Te serrant de plus belle alors que les cris d’encouragement commençaient à l’intention du premier groupe qui se lançait. Finalement, ce n’était pas une bonne idée… Qui aurait cru que je me sentirais aussi mal dans mon élément ?
J’ai essayé de me focaliser sur la musique, sur les jeux des musiciens, les paroles du chanteur, mais surtout sur toi, mon ancre… Comme toujours. Mais le volume agrémenté des voix bien moins mélodieuses de certains spectateurs qui semblaient déjà bourrés ou alors qui n’avaient vraiment pas été gâtés de bonnes cordes vocales. C’était sans compter les mouvements de foules, nous bousculant, chose ordinaire dans ce genre de concert, mais mon crâne n’appréciait pas du tout et le manifester en faisant vibrer l douleur à mes tympans, cherchant à me prévenir que ça n’allait vraiment pas le faire longtemps. La nuit de sommeil peu confortable, l’aventure matinale, sans compter cette longue journée sur laquelle on avait enchaîné, avec en bonus la douce comptine des bruits de Los Angeles… C’en était juste trop, mon crâne me lançant de plus belle, sentant mes forces me quitter, ces foutus points venant de nouveau danser autour de moi, me donnant la nausée comme jamais. J’ai fermé les yeux pour essayer de me calmer, t’entendre m’appeler m’aida un peu : « Dis Spooky. » Je rouvrais les yeux. Mauvais idée encore une fois… Cette fois, ce n’était pas simplement ces points ou étoiles qui me dansaient autour, mais la foule, la pièce… Tout était flou, le sang me montant en crâne pour en ajouter une couche, faisant bourdonner mes oreilles, m’empêchant même d’entendre ce que tu ajoutais. Ne captant que quelques brides tant je voulais t’écouter, me focaliser sur ta voix encore une fois…  « Si … chanteur … pas sa tête … jalousie … ? » Pourtant j’aurai bien aimé savoir de quoi tu parlais exactement… Je sentais la sueur perler mon front plus je contraignais mon crâne à se concentrer, à faire encore un petit effort. Tout était flou. Sauf toi… Ton visage m’apparut clairement alors que je sentais mes bras peiner à rester accrochés à toi, je n’avais plus de force et la nausée me prenait. Tout tournait beaucoup trop vite, le concept aurait pu me plaire dans d’autres circonstances, mais je savais que là, j’étais le seul dans le trip… Le seul à m’être éclaté le crâne contre la face un peu trop dure de ce foutu infirmier… « Spooky ? Ça va ? » Je n’arrivais pas à te fixer malgré tout, sentant mon regard perdre en focus. J’ai voulu esquisser un sourire tout en disant : « Mais oui, ça va ! T’inquiète ! » Mais même ma voix avait une intonation et un rythme bien plus lent, ne comprenant pas ce que je lui faisais subir. Bousculade de trop. Mes jambes ont flanché et j’ai perdu l’équilibre, carrément, ayant l’impression qu’elles avaient été remplacées par du coton. Je suis tombé, je n’ai pas réussi à réagir assez vite pour me réceptionner, tout allait trop vite et tournait sans me laisser respirer. Mon crâne est venu frapper par terre. Je n’entendis plus la musique, un sifflement strident brouillant mon crâne qui me faisait douiller à souhait, comme pour me punir de ne pas l’avoir écouté plus tôt. Tout été flou, ma main n’arrivait même plus à serrer la tienne alors que je chuchotais à grande peine : « Euh… non ça va plus trop mon Mil-… » Noir complet… J’ai perdu connaissance. J’avais l’air malin à avoir fait mon fier toute la journée pour flancher que maintenant… Je me serai applaudi si je n’étais pas déjà parti loin…
Autant dire que la suite a été assez floue. Notamment à mon réveil… A croire qu’une partie de moi ne rêvait que d’une chose, reprendre connaissance pour te revoir et te rassurer, sachant inconsciemment ce que ça te ferait de me voir sombrer de la sorte, tandis qu’une autre partie exigeait un peu plus de repos. Conflit crânien désagréable qui ne se fit percevoir qu’une fois que mes paupières libérèrent de nouveau mes iris. Ce que j’espérais sûrement, te voir toi, mon Milo, penché sur moi, cette petite mine inquiète qui m’aurait fait craquer et que j’aurai effacé d’un sourire visant à te rassurer. Mais non, ce n’est pas toi que j’ai vu, mais plutôt trois types pas nets, ça aurait été trop demandé à mon bobo de me laisser voir clair dès mon réveil voyons… Bref, trois types, mais aucun qui n’avait ta mignonne bouille. J’ai voulu t’appeler, mais m’en abstenais en les entendant me poser des questions, à moins qu’ils n’étaient en train de m’ordonner quelque chose… Quoiqu’il en soit, j’étais paumé, je ne savais pas où t’étais, n’ayant pas deviné que tu étais tout simplement caché derrière eux, je ne savais pas moi-même où j’étais, ne reconnaissant en rien la salle de live de l’Echo… Très rentables ces places…
Je n’ai jamais aimé être assisté, mais genre vraiment pas du tout… Déjà, en me réveillant, j’avais voulu me dégager de ces gars qui regardaient mon bobo au crâne et mes réflexes, ça m’avait gêné, n’aimant en rien que quelqu’un que je ne connaisse pas se permettre d’empiéter sur mon territoire à moi, et à toi… J’avais voulu me redresser, leur dire que ça allait, mais on ne m’avait pas laissé faire, et je n’avais réussi à  rien dire, le sang vibrant trop dans mon crâne pour me laisser papoter sans broncher. Alors me retrouver dans une ambulance, et pire, plus tard dans un brancard ?!?! C’était beaucoup trop pour que je le supporte sans râler. Et j’ai essayé de râler, de leur dire de me laisser tranquille, que quand j’aurai eu mon bisous de l’amour de mon Milo avec, en prime, un peu d’huile de son cœur, alors tout irait pour le mieux. Mais ils ne semblaient en aucun cas enclins à m’écouter si ce n’est plutôt à me vexer. Ce qu’ils réussirent parfaitement à faire. Contraint de rester sans bouger dans ce dodo à roulette, croisant les bras sur ma poitrine, essayant d’engueuler mentalement mon crâne pour qu’il arrête de faire sa chochotte et me laisser me sortir de cette situation merdique où sa faiblesse m’avait traîné… Ils m’emmenèrent dans une salle ou j’eus enfin le droit de me redresser, rejetant l’aide de ce qui semblait être une infirmière. Oui, j’en étais arrivé à l’hôpital… En même temps, il aurait fallu que je m’y attende, où d’autre pouvait aller une ambulance ?! Mais ce n’était pas ce qui me préoccupait. Plutôt l’état dans lequel tu pouvais être Mon Milo… J’étais quand même tombé dans les vapes… Et même quand j’atterrissais à l’hosto, tu étais toujours le seul à préoccuper mes pensées… « Où est mon petit-copain ? » Demandais-je simplement au docteur qui m’auscultait, sans prendre la peine de répondre à ses questions sur le comment je m’étais fait mon bobo au crâne. Il a levé les yeux au ciel râlant que plus vite je l’aiderai, plus rapidement je te rejoindrais et c’est l’infirmière qui a répondu pour m’apaiser, peinant à entendre correctement ce qu’elle dit tant sa voix résonnait dans mon crâne : « Il est dans la salle d’attente, votre mère aussi, ça va passer vite, on doit juste tout vérifier avant de vous libérer. » Je fis une moue boudeuse. Je n’ai jamais aimé les hôpitaux. Vraiment pas. Et les examens… Encore moins. N’attendant qu’une chose, retrouver mon Milo et ma mère pour qu’ils me sortent rapidement de là et qu’on rentre chez nous.
Je serrais les dents, essayant de ne pas être trop désagréable, de me laisser faire pour que le temps passe d’autant plus vite, que je puisse enfin passer à autre chose, puis, enfin, après les quelques examens énoncés que je n’avais écouté que d’une oreille, on m’installa dans une pièce afin que je me repose un peu avant que le doc ne donne son verdict. Je me foutais bien de ce qu’il avait à dire, restant persuadé que je n’avais qu’à profiter d’une bonne nuit de sommeil afin d’être de nouveau d’aplomb et d’attaque. Mon crâne allait déjà un peu mieux lorsque l’on frappa à la porte. La douleur partie presque en totalité lorsque je vis Maman entrer suivit par toi, Mon Milo, qui, bien sûr, avais cette mine inquiète et coupable que je n’aimais pas du tout. « Hello vous ! Pas encore débarrassés de moi ! Désolé ! » Souris-je pour détendre l’ambiance, remarquant déjà le regard lourd de remarques de ma mère, le désolé étant plutôt sincère, aussi bien pour elle que pour toi... « Macéo Jim Cubbins… Quand vas-tu arrêter de nous faire du souci ?! » Elle alla pour me donner une petite tape au crâne mais s’arrêta alors que je grimaçais en prévision du réveil de mon bobo, s’empressant de dire en levant les mains, innocente : « J’ai pas touché ! J’ai pas touché ! ça va mon chéri ? » Mais je ré-adoptais un sourire en la voyant se préoccuper de moi et revenir m’attraper la main pour la caresser comme elle faisait d’ordinaire à mes bobos. « ça va Maman, t’inquiète. » Puis je te jetais un coup d’œil avant de déclarer : « Enfin… ça ira mieux quand mon amoureux il arrêtera de se la jouer en retrait. » Puis je me redressais pour tirer sur ton t-shirt et te faire venir vers moi et pas rester loin et silencieux comme tu te terrais à le faire : « Je vais bien Milo, ok ? C’est rien, c’est fini, hein ? » Dis-je doucement pour te rassurer, pour te faire revenir, sortir de tes pensées, accepter ce que je te disais, avant de tenter une nouvelle fois de détendre l’atmosphère, exaspérant un peu ma mère, mais je m’en moquais, ce que je cherchais c’était ton regard, ton sourire, toi. « C’est à cause de la musique, elle n’était pas terrible alors mon crâne a préféré passer en mode off sans prévenir… Je suis désolé... T’es pas fâché hein ? » A vrai dire, je n’en savais rien pour la musique, je me rabattais sur eux pour me sauver la mise sans avoir vraiment clairement entendu ce qu’ils faisaient… Je ne regardais que toi, je m’en voulais d’avoir fini comme ça, de t’avoir caché que j’allais un peu moins bien que je ne l’avais pensé, si ça pouvait me défendre un peu, je me l’étais caché à moi aussi. On était plus ou moins quittes… J’avais juste déposé un regard à ma mère avant qu’elle ne s’éclipse dans un clin d’œil, elle a toujours su y faire avec nous. Mon regard revint vers toi quand tu vins enfin te serrer contre moi, alors je t’entourais de mes bras, sourires aux lèvres, là pour sûr, ça allait beaucoup mieux…
« T’avais raison c’était bof, on n’aurait pas dû y aller… » Je haussais des épaules, on aurait tout aussi pu regretter de ne pas y aller… de ne pas savoir si on ratait quelque chose ou pas. Quoiqu’il en soit, il y aurait toujours à dire. Mais c’était fait après tout… « T’avais pas le droit de me cacher que ça allait pas… » Je callais de plus belle ma tête contre la tienne, fixant le vide, m’en voulant de t’avoir inquiété de la sorte. J’allais pour répondre, mais te sentir desserrer ton étreinte me laissa sans voix, appréhendant ce que tu allais ajouter pour que tu aies à me faire face pour cela. Refermant la bouche, essayant de me faire tout petit… « Et je suis pas fâché. Me fais juste plus jamais flipper comme ça. » J’opinais. J’aimais pas que tu me grondes. Même si c’était mérité, je me devais de l’avouer un minimum. Je restais accroché à ton t-shirt malgré tout, tirant doucement dessus, mes yeux baissés dessus en marmonnant un : « Je suis désolé mon Milo… » Dans une moue. Relevant le regard vers le tien, m’accrochant de plus belle avant de dire, sincère, sans jouer, décidé à ne pas t’inquiéter de nouveau de la sorte : « Je le referai plus je te le promets. » C’était sincère, qu’il se bouffe comme ça, qu’il m’en veuille de lui avoir caché mon état, je n’aimais pas ça, et je pouvais m’en blâmer. C’était fait, ça me permettait de m’améliorer en soi et d’être un amoureux un peu plus au top : « Je suis désolé hein ! Vraiment ! Là, ça va, regarde ! » Et je lui fis toucher tout doucement mon crâne, pas trop fort quand même histoire de pas jouer avec le feu, sans le quitter du regard : « Tu vois ? Je grimace même pas ! » Puis n’y tenant plus, encore un peu secoué que tu te sois éloigné de moi et qu’en plus tu m’aies grondé, je te tirais d’un coup sec pour que tu retombes dans mes bras, serrait de nouveau ton corps contre le mien avant de bougonner : « M’en moque, tu peux pas me bouder, c’est moi qui suis dans un lit de l’hôpital, j’aime pas ça alors j’ai été puni pour ma bêtise. Alors fais bisous à moi. Teuplaît. » Ajoutais-je en adoptant de nouveau ma mine enfantine pour te faire craquer et avoir mon Milo à moi de nouveau. « Et il s’est passé quoi pendant mon dodo ? J’ai pas été trop tripoté ? » Tentais-je avec un sourire en coin, espérant juste que tu sois celui qui m’ait tripoté, sinon je n’allais pas aimer du tout. « Bah t’as pas dodoté si longtemps que ça finalement tu sais… » Encore heureux, vu l’air inquiet que tu affichais déjà pour apparemment ce qui était un petit malaise, imagine juste si ça avait été pire… « T’es tombé, j’suis tombé, tous les gugusses qui étaient autour de nous, nous ont regardés avec des yeux de merlans frits sans rien faire. » Je baissais les yeux, j’avais dû t’entraîner dans ma chute, erreur de toujours vouloir rester accroché à mon Milo, certainement… J’aurai voulu te demander si tu t’étais fait mal, mais tu ne m’en laissas pas le temps, poursuivant : « Et puis les gars de la sécurité t’ont portés jusque-là où tu t’es réveillé, sans que je puisse t’approcher… » Je m’en étais douté en voyant des têtes inconnues en ouvrant les yeux et pas ta bouille… Je te serrais contre moi d’autant plus que tu ne le faisais déjà, ressentant que ça ne t’avait pas plus plu que de me voir tomber dans les vapes. « Mais c’est pas grave, parce que t’es là maintenant et que je pars pas sans mon Spooky. » J’eus un sourire : « Y’a pas intérêt ouais… »
L’instant suivant, quelqu’un frappa à la porte, sûrement ma mère qui avait fini par prendre cette habitude et elle entra suivi de ce qui ressemblait à un docteur dans la chambre. « Bonne nouvelle. Rien de cassé, pas de contusions, juste un léger trauma crânien dont vous vous remettrez bien. Vous pouvez rentrer chez vous, à condition d’accepter d’être réveillé environ toutes les trois heures cette nuit pour vérifier s’il n’y a pas de troubles qui apparaissent. » J’opinais vivement avant de promettre, me moquant bien de ce qu’il fallait faire tant que je ne restais pas plus longtemps ici : « Pas de souci doc ! Je serai sage ! » Et je m’extirpais rapidement du lit, sourire aux lèvres, sortant en te gardant collé contre moi : « Enfin si c’est toi qui me réveille toutes les trois heures mon Milo, j’aurai de grandes chances d’être troublé. » Te chuchotais-je avec un clin d’œil alors qu’on rejoignait la voiture de ma Maman. « Pas de détour, directement maison et au lit mon chéri. » Ordonna-t-elle via le rétroviseur. J’approuvais, j’aurai pu réclamer un Taco Bell, une glace, faire mon malade, mais je n’étais pas contre rentrer, me poser au calme avec toi. « Aye aye, Madam ! » Affirmais-je en m’installant à l’arrière de la voiture avec toi pour me servir de ton épaule comme repose-tête. Il ne fallut pas longtemps pour arriver à notre chez-nous et on filait rapidement dans notre chambre une fois que le paternel fut rassuré que j’étais bel et bien en un seul morceau et savait toujours compter.
A peine la porte de ma chambre passé, je m’écroulais, doucement sur le lit appréciant d’avoir enfin un matelas confortable sur lequel me poser. Appréciant tes caresses trop courtes à mon goût alors que tu filais après avoir dit : « Tu serais peut-être plus à l’aise si tu te changeais Spooky ? » te répondant d’un simple grognement étouffé par mon doudou sur lequel ma tête était posé, ayant de suite une flemme royale de bouger ou faire quoique ce soit de plus. Somnolant sagement je n’ai pas fait très attention à ce que tu faisais, ni même vraiment relevé quand tu as dit : « Je reviens dans une minute. » opinant silencieusement. Jusqu’à ce que la minute dure trop longtemps… La suivante aussi. Alors je me suis redressé, non sans grommelé, pestant que tu ne viennes pas rapidement me rejoindre sur ce matelas si confortable. J’ai enfilé mes shoes, voyant les tiennes manquantes et je me suis traîné dehors, à moitié endormi. C’est quand je t’ai trouvé là, assis dans l’herbe, recroquevillé sur toi-même à sangloter que ça m’a fait un pic au cœur qui a su me réveiller dans la seconde. Je suis venu vers toi, me suis accroupi à tes côtés et ai chuchoté à ton égard : « Milo ? Qu’est-ce qu’il se passe ? » Essayant de chercher ton regard, de te faire relever la tête vers moi, ne comprenant pas ce qu’il pouvait te faire de la sorte pleurer et te sentir mal, ma main venant instinctivement s’accrocher à toi pour te faire, comme toujours, part de ma présence. « Milo ? » Tentais-je de nouveau en craignant toujours le pire… L’expression que tu affichais, te décidant enfin à lever les yeux vers moi, n’aida pas à me calmer, peinant à ne pas contracter ma mâchoire et commencer à me faire des films sur la raison soudaine d’un tel changement de comportement. « Spooky… » Je ne dis rien, attendant que tu parviennes à enchaîner les mots pour m’expliquer, te laissant m’attirer vers toi, caressant ta peau d’un pouce sans te quitter du regard. « J’aurais dû rappeler avant Spooky, j’étais en train de me prélasser à la plage alors que lui… Alors que lui il… » Mes sourcils se froncèrent instinctivement, commençant à repenser aux appels de Jade, au fait que tu avais voulu la recontacter, puis qu’on avait tout simplement zappé pour profiter de notre journée à deux… Commençant à faire lentement le rapprochement, finissant de deviner lorsque tu ajoutas : « Il avait pas le droit de partir comme ça. » Tu te laissais tomber dans mes bras et je te serrais contre moi, muet, ne sachant que dire pour te réconforter. Etait-ce seulement possible ? Car j’avais deviné, compris à qui tu faisais allusion. A ton grand-père, lui qui se sentait si mal ces derniers temps et qui avait fini par partir. Certes, son état de santé se dégradant, il y avait difficilement d’échappatoire, mais cela n’empêche que la douleur reste la même. Je te serrais donc contre moi, te berçant : « Je suis désolé mon Milo… » Chuchotais-je à ton oreille, n’imaginant pas l’état dans lequel tu devais te trouver, t’aillant toujours su très proche de lui. Et comment ne pas l’être ? C’était un sacré grand-père que tu avais là… « Et ta grand-mère… » Hésitais-je à demander, me redressant tout juste pour capter ton regard, continuant de te bercer de caresses avant de poursuivre : « Tu as réussi à l’avoir ? » Questionnais-je enfin, ne pouvant m’empêcher d’imaginer dans quel pire état elle devait se trouver et combien elle devait avoir besoin de savoir son petit-fils, l’unique, avec elle… Qu’ils surmontent ça ensemble… Mais voilà que tu niais d’un signe de la tête, me faisant, de ce simple geste, regretter ma question, imaginant aisément ce qu’elle avait pu te faire ressentir. Déjà qu’il était évident qu’il se malmenait pour son grand-père, alors rajouter la grand-mère n’était pas la meilleure des idées. Je te serrai de plus belle, alors que ta tête venait se caler dans mon cou, calant la mienne contre le haut de ton crâne après y avoir déposé un baiser. « Non… J’ai pas demandé… J’ai pas réfléchis… Je sais même pas ce que je suis censé faire Spooky… » Je pouvais facilement imaginer combien il devait être perdu, comment savoir quoi faire lorsque l’on vient de perdre quelqu’un qui nous est cher… Déjà qu’il est dur d’assimiler la chose… Te voir dans tel état en était la preuve… Ton grand-père, tu en étais si proche, il était si important pour toi, alors le savoir parti… « Si, il faut que j’aille là-bas… » T’entendais-je ajouter après un temps. J’opinais doucement en silence. « Tu veux bien venir avec moi, Spooky ? Ian a dit que tu pouvais… » Je redressais la tête, sourcils haussés. Ça m’avait paru logique que je viendrais avec toi, inévitable même, ne te voyant pas du tout te rendre sans moi dans le Minnesota et assister à la cérémonie sans moi pour te tenir la même. Et ce, même si tu n’allais pas être seul en soit… Mais même si je n’étais pas celui qui te tenait la main pendant, je voulais juste être là, à tes côtés ou même à distance, mais être là, juste avec toi. « La question ne se pose même pas mon Milo… » Souriais-je à ton attention avant de déposer un baiser sur ton front : « Je viens avec toi, où tu veux, quand tu veux, tout le temps. T’as juste à dire, je te suis d’accord ? » Je finis pas me redresser, ma main glissant le long de ton dos puis de ta main pour attraper ta main : « Je veux même pas d’entendre hésiter d’accord ? » Ajoutais-je juste avec un sourire rassurant. Certes j’étais ko, lui aussi, certes j’avais mal au crâne, mais que je sois dans mon lit ou dans un avion ça serait pareil, ce qui était juste certain c’est que ce serait pire si je n’avais pas mon Milo avec moi. « Merci. » Je levais les yeux au ciel. « Tu sais que t’as pas besoin de dire ça non plus… » Soupirais-je après le baiser que tu m’avais accordé, en remerciement aussi, sûrement. Quand comprends-tu que jamais tu n’avais besoin de me remercier ? Que le fait que tu aies été à mes côtés était amplement suffisant. Que tu ne me devais rien… Et surtout pas des remerciements. C’est moi qui étais heureux que tu veuilles de moi à tes côtés, que tu comptes sur moi. A cette époque…
« Donc, pour l’instant, tu me suis jusque dans le dodo. T’as besoin de dormir Spooky. » Je t’ai suivi en silence, je n’étais pas contre un peu de repos, le mal de crâne revenait doucement, après tout, j’étais supposé me reposer. Mais Milo, tu passais toujours avant… « Tu veux prendre les billets maintenant ? » Demandais-je en montant à l’étage. Après tout, j’imaginais et comprenais parfaitement que tu ne veuilles pas partir trop tard. « Je te laisse prendre les billets, je prépares les affaires… » Dis-je en lâchant ta main pour mettre quelques affaires pour le voyage des moins sympathiques qui s’offrait à nous. Des affaires pas très joyeuses pour le coup… Une fois le sac de voyage prêt, je m’étalais dans le lit, attendant que tu me rejoignes pour te serrer contre moi et réussir à m’endormir comme il se doit, voyant bien que la fatigue te gagnait aussi.


I won’t say goodnight so you can say goodbye. (Part I)

Les quelques jours qui avaient suivis l’incident du bobo tête puis la malheureuse nouvelle qui t’avait accablé toi, mon pauvre Milo, n’avaient pas été des plus simples. Le sort semblait réellement s’acharnait sur toi et ça m’épuisait de ne pouvoir faire quoi que ce soit pour que tu aies un peu de paix si ce n’est resté à tes côtés, me montrer présent pour toi, toujours à tes côtés, je ne me voyais tout simplement pas autrement, du moins, à cette époque… Ces quelques jours avaient été complexes et lourds en émotions. Le voyage précipité dans le Minnesota afin que tu puisses assister aux funérailles, le soutien qu’il fallait apporter à ta grand-mère qui avait perdu celui auquel elle tenait tant, son cher époux, toutes ces personnes qui venaient une à une te présenter leurs condoléances, et toi, mon Milo, attristé comme jamais en réalisant qu’il était bel et bien parti. Mais l’une des choses qui fut la plus complexe de toutes fut de recroiser ton paternel. Ce monstre qui s’accrochait à une vie qu’il ne méritait pas, loin de là. Le revoir à ce triste événement me fit me crisper tout comme je te sentais peu rassurer de le croiser de nouveau. Comment s’empêcher de ne pas repenser à toutes les horreurs qu’il t’avait faites subir ? Comment l’accepter alors que tout ce qu’il t’avait enseigné c’était douleur et malheur… Il me donnait envie de vomir, de commettre un meurtre, tout simplement. Bien que fier de lui montrer que son fils qu’il considérait comme sa propriété, son objet, était toujours à mes côtés, que nous étions toujours ensemble et que nous étions heureux, que j’allais t’aider à surmonter ta perte encore une fois, être là où ce dit ‘père’ n’est jamais. Soutenir là où lui ne pense qu’à blesser et briser un peu plus. Mais, à mon grand étonnement, il n’avait rien tenté, j’avais espéré, Milo, à cette époque, qu’il avait enfin laissé tomber, qu’il réalisait enfin qu’il avait perdu et qu’il n’avait plus de place dans ta vie. J’ai espéré Milo… J’ai été bien naïf, encore une fois…
Le temps s’est écoulé sans que rien ne se produise, restant tous les deux, t’aidant à te relever de ta perte, à te redonner le sourire et à te consoler lorsque le chagrin et les souvenirs passaient aux côtés de ton cher grand-père revenaient à la charge. J’étais là. Nous étions ensemble. C’était tout ce qui comptait. Et encore une fois, je pensais bêtement que plus rien ne nous arriveraient, que nous allions continuer notre vie main dans la main, que plus aucune part d’ombre ne viendrait ternir cette esquisse que nous dessinions ensemble. Notre vie à deux. Notre futur. Je l’aimais cette esquisse, Milo, j’y tenais tant, je ne vivais que pour ça. Mais encore une fois, il sait revenir pour nous arracher bonheur, sourire et futur. Encore une fois, il sait revenir pour t’arracher à moi. Encore une fois, je n’ai pas su te protéger, te sauver. Encore une fois, malgré la culpabilité que j’avais ressentie précédemment, je t’ai perdu…
« Spooky, Spooky, Spooky. Debout… » Je grognais bien qu’intérieurement je souriais de tant d’enthousiasme, je t’aimais tant lorsque tu étais ainsi, heureux tout simplement… Je serrais la couette contre moi, désireux de grapiller encore quelques minutes de sommeil et pour me protéger des gouttelettes d’eau qui glissaient de tes cheveux pour venir chatouiller la mienne. Et après c’est moi qu’on accuse de ne jamais correctement se sécher… T’aurais-je transmis ma mauvaise habitude ? L’as-tu toujours avec…  « Spooky. Faut que tu te lèves, il est carrément hors de question que tu restes au lit toute la journée alors que demain c’est Thanksgiving et qu’on était censés se mêler aux êtres humains après les cours, j’irais pas tout seul ! » Je t’écoutais d’une oreille qui peinait à s’éveiller complètement, bien que le bisou aida quelque peu. Tu as laissé tomber et j’ai esquissé un sourire victorieux sans pour autant ouvrir mes paupières, croyant que tu avais abandonné, tentant de retomber dans les bras de Morphée bien que cela a toujours été plus complexe lorsque tu n’étais pas dans mes bras pour m’y accompagner. Erreur. Tu n’avais pas laissé tomber, je l’ai deviné en te sentant retomber sur notre matelas et venir petit à petit te coller de nouveau contre moi. « T’es un pas-gentil Spooky de faire semblant de dodo. » J’ouvrais un œil en te sentant venir me câliner, te serrant de plus belle pour que tu restes avec moi et pas que tu t’enfuies de nouveau en clamant qu’il était l’heure de se réveiller : « Je fais pas semblant… Faisais… Bref. Je t'ai connu des manières plus douces et n'adorables de me réveiller aussi... » Marmonnais-je d’une voix rauque pas plus réveillée. Décidemment, je n’ai jamais été du matin. Je repris ensuite : « Puis t’es un pas-gentil Milo de te réveiller trop tôt et de m’abandonner dans le dodo comme ça. » Je t’ai adressé un regard faussement mécontent avant de m’emparer de tes lèvres pour avoir mon baiser du matin, désormais plus réveillé mais me calant de plus belle contre toi : « Mais je t’aime quand même hein. » J’allais pour ressombrer, la seule chose qui m’en empêchait était de savoir que malgré ton baillement, tu n’étais que trop réveillé pour trainer plus longtemps au lit alors je grognais : « Milo. Thanksgiving c’est demain. Pas aujourd’hui. On pourra pas dodo demain. Faut faire dodo avant justement. En prévision. Non mais. » J’avais vainement espéré que cela te calmerait, même si au fond, tu avais raison, il allait falloir qu’on se mêle au genre humain et ça me motivait pas du tout : « J’ai pas envie de me mêler aux autres, mon Milo il suffit largement. Puis je le partage pas. » Continuais-je en te couvrant de bisous, désormais bien trop réveillé à mon tour, ponctuant chaque bise d’un « A moi. » Gamin et possessif ce qui eut l’art de te faire rire, comme toujours. Je cessais mes bisous et mes manifestations enfantines pour t’entendre me répondre : « Oui, à toi et rien qu’à toi, Spooky. Mais, il est pas question de me partager là, juste que tu te lèves, qu’on aille en cours… » J’affichais une mine mécontente, c’était partager ça… Mais je ne te coupais pas et continuais de t’écouter en chatouillant gentiment d’un doigt l’un de tes grains de beauté : « Même s’ils ont l’air aussi inspirant que… » Je relevais les yeux vers toi, attendant la suite et souriant en te voyant galérer à trouver un comparatif pour finir ton argument : « Queeee ? » Insistais-je avec un sourire amusé, espérant au fond que tu ne trouverais pas de quoi finir et qu’on pourrait rester sagement au lit et rater les cours, malheureusement pour moi, tu étais définitivement trop réveillé… «  Que je sais pas encore quoi. Et puis qu’on aille en ville pour ton cadeau que tu sauras pas ce que c’est alors c’est pas la peine de demander. » Je me redressais au mot cadeau, des étoiles dans les yeux, renfilant mon comportement de gamin : « Un cadeau ? Qué que c’est ??! » Oui, inutile de me demander de ne pas chercher à le découvrir, j’avais arrêté d’écouter à cadeau sûrement… Mais je savais aussi que tu n’allais pas céder aussi facilement… « Autant me le dire vu qu’on va apparemment le chercher ensemble… » Souriais-je avec un clin d’œil, après que tu m’aies accordé un baiser que j’appréciais d’autant plus que j’étais désormais entièrement éveillé. J’allais pour te câliner un peu plus, mais un peu plus de câlinage-papouillage n’était apparemment définitivement pas au programme vu que tu m’échappais pour sortir du lit et, comme tu me connais très bien, c’est avec un sourire malicieux que tu me privas de la couette et de mon super doudou alors que j’allais pour m’étirer : « Aller hop ! Maintenant, debout la marmotte ! » Je ne fus pas assez rapide pour retenir mon précieux doudou et je chouinais en me cachant dans mon oreiller : « Mais !! Mon Milo !! Méchant !! » Je finissais de baragouiner dans mon oreiller une seconde avant de peiner à me redresser et de te le balancer à la figure : « Na. » Bien qu’au fond, j’étais plutôt impatient de voir où on allait aller pour acheter mon cadeau, la curiosité ne manquant pas de me titiller un peu plus et me pousser à me réveiller. Je me dirigeais vers la salle de bain pour prendre une douche qui finirait de m’éveiller, continuant de te parler et d’essayer de me garder d’aller en cours : « Mais on peut sécher les cours et aller directement en ville non ? » Je me débarrassais de mes vêtements et faisais couler l’eau chaude, sachant que ça risquait de me rendormir, capitulant : « Bon, va pour les cours, sinon mes vieux vont regretter de m’avoir laissé m’y inscrire… » Ça ne m’enchantait pas, j’aimais nos études, mais pas tous les cours, c’était trop me demander… J'en profitais tout de même pour tester avec un sourire amusé : « Mais alors j'ai droit à un indice sur mon cadeau… »

...NEXT...

acidbrain

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Dim 5 Mar - 0:22, édité 21 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sam F. Kendall


avatar

▲ Date d'inscription : 31/07/2016
▲ Messages : 48

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Jeu 15 Sep - 15:06

SERIOUSLYYYYYYYYYYYYYYYYY ?!?!?!
Je vois un nouveau message je me dis bon nouveau post okay, mais nouveau chapitre hein hein hein ?! ET QUEDAL ENCULE WESH !!
ELLE FINIT QUAND CETTE PUTAIN DE JOURNEE ?!?!
Car oui, même si j'ai du taf comme pas possible et que je suis pas mal kidnappée ces temps-ci, je prends quand même le temps de viendre vous lire mes petits... Et raler... J'EN AI MARRE D'ATTENDRE CROTTE DE CHIEN QUI A LA CHIASSE !!!

Puis c'est quoi ces images côté coeur qui détruisent mes petites culottes mes chouchoutes...
C'est pas bien ça... Pas bien du tout du tout du tout du tout... DU TOUT !!!
C'est beau, ça fait baver mais tout de même voyons...

_________________
You shoot me down but I won't fall. Sam F. Kendall
Devenir cinglée et se taper la tête contre les murs. Mon corps réclame aussi ce venin qui, injecté à mes journées, me fait oublier que je ne rêve plus, je ne fais que pleurer, comme une malade mentale qu'on aurait pas soigner... × by lizzou.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Jeu 15 Sep - 16:09

*Patpat Sammy*

ça va ça avance roh !! Bientôt fini !! Normalement... Enfin y'aura peut-être pas d'autre post sur ce chapitre... *cross fingers*

Toutes nos confuses pour tes petites culottes...

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Mar 18 Oct - 11:56


Part Eight




I won’t say goodnight so you can say goodbye. (Part II)

J’avais de l’espoir, mais, décidemment, tu n’étais pas d’humeur à être gentil avec moi vu ce que tu avais à me répondre, et dire que je pensais que c’était moi qui m’étais levé du mauvais pied… « Tu le sauras demain. Quand tu l’ouvriras. » Froideur vilaine que j’aime pas de mon Milo mécontent qui veut calmer mes enfantillages. Raté. Je levais les yeux au ciel, manquant de me foutre de l’eau dedans tant ça m’exaspérait de pas savoir et que tu t’amuses à me torturer de la sorte. J’aurais pu continuer de chouiner et de te sortir des arguments pour me défendre, mais je ne dis rien, me contentant de marmonner dans la douche, mécontent. Je t’entendis marcher et avancer, et je cessais mes bougonnements en t’entendant t’installer sur le rebord de la baignoire, ta silhouette se dessinant derrière le rideau de douche, j’eus un sourire en sentant mes mauvaises idées se précipiter dans mon crâne : « Et n’essaye même pas de faire du chantage Spooky, ça marchera pas. T’as pas le droit de faire ton mal-aimé non plus, parce que je t’aime alors ce serait mentir. » J’eus un sourire attendri au ‘je t’aime’ que j’appréciais tant, comme toujours ça pouvait suffire à me faire craquer, comme ce matin-ci où ces quelques mots allèrent presque à me faire hésiter une seconde quant à mon choix de petite vengeance suite à ce réveil un peu trop matinal à mon goût. Jusqu’à ce que tu enchaines et que ta remarque un poil trop cinglante à mon goût ne vienne finir de décider mon aspiration à une petite vengeance… « Et puis je préfère sécher que te donner un indice, donc c’est toi qu’a choisi, je te dois rien du tout. » D’accord. Monsieur avait décidé de m’embêter donc… J’ai raccroché le pommeau de douche en hauteur, laissant l’eau couler, tirant sur le rideau de douche en disant : « Tu préfères sécher donc… » Je t’attrapais des deux mains et te tirais sous l’eau avec moi, me moquant royalement que tu sois déjà tout beau tout propre, te maintenant sous l’eau un instant avant de te lâcher : « Alors on est plus si pressés que ça non ? » Je te détaillais avec un large sourire fier de ma connerie, sentant que tu commençais à bouder, je ne manquais pas d’ajouter : « Et boude pas, ça réveille, tu avais l’air de bailler tout à l’heure… C’est pour toi que j’ai fait ça, puis t’as dit que tu m’aimais, alors, fais bisous… » Demandais-je en t’entourant de mes bras pour que tu ne t’échappes pas facilement, ne te laissant même pas le choix et te volant un baiser dans un sourire, le prolongeant un instant par pure envie avant de couper l’eau : « Là je suis bien réveillé, pas toi ? » Ajoutais-je dans un clin d’œil avant de sortir pour ne pas avoir trop froid, me séchant à peine, comme à mon habitude, m’entourant les hanches de la serviette et jouant avec la buée sur le miroir : « Et si on se dépêche et qu’on va en cours… J’ai mon indice donc ? » Tentais-je à nouveau en commençant à m’habiller. Je maintenais mon sourire bien que ce soit un regard noir que tu me retournais, apparemment mécontent de ce petit instant douche que je t’avais accordé, te regardant chercher à te dépatouiller de tes vêtements trempés  à travers le miroir. Je m’arrêtais après avoir enfilé mon jean pour relever le regard vers toi : « Tu boudes ? » Questionnais-je gentiment, mais ce même regard fut la réponse parfaite à ma question, bien sûr que tu boudais. J’étais celui qui avait été réveillé brutalement et bien trop tôt et tu étais celui qui boudais. J’avais eus droit à ma vengeance, et te connaissant je savais que je trouverais bien de quoi me rattraper. Ce que tu ajoutas à la suite me permit aussi de me faire une idée sur ton niveau de boudage… « Bien évidemment qu’on va y aller. » J’eus malgré moi une petite moue, je me serais bien passé de l’université aujourd’hui, mais bon, si je m’étais abstenu de ma dernière remarque je ne t’aurais pas conforté dans cette idée d’aller en cours. « Et tu veux un indice ? Je vais t’en donner un. » Mes yeux s’illuminèrent quelque peu même si je sentais venir la tromperie à grands pas. Ton humeur semblait complètement opposée à me donner ce que je désirais étrangement… J’y avais cru une seconde, mais non, l’indice que tu me fournis à cet instant avait tout d’insatisfaisant, mais surtout, n’avait aucun rapport avec mon cadeau… A moins que tu n’aies été mon cadeau de Thanksgiving et que tu me reprochais de t’avoir abîmé avant l’heure… « J’suis trempé et j’ai froid alors viens pas te plaindre si je meurs d’une pneumonie. » Voilà que je me retrouvais carrément acteur de ta mort. Moi ?! Ce fut à mon tour d’afficher une mine mécontente et de bougonner alors que tu sortais de la salle de bain : « Mouef… C’est pas trop un indice sur mon cadeau ça… Puis c’est encore plus vilain de dire que c’est de ma faute si tu vas mourir… » Je croisais les bras sur mon torse, adossé à la porte de la salle d’eau pour te contempler de caler sous la couette encore chaude, tentant de te réchauffer, affichant toujours une mine boudeuse que l’on partageait désormais. « T’es pas gentil, tu  m’énerves. » Je quittais l’air boudeur pour opter pour la mine choquée, me pointant du doigt : « Moi je t’énerve ?! Qui qu’a commencé déjà… » Râlais-je de nouveau, finissant à mi-voix étant donné que tu poursuivais sûrement sans m’écouter pour pas que je ‘t’énerve’ un peu plus. « Ai froid, rattrapes-toi et fais câlin… » Je me mordais l’intérieur de la joue car malgré cet air râleur que tu t’accordais à cet instant, tu parvenais toujours à me faire craquer et donner envie de sourire. Je ne me fis pas plus prier pour filer sous la couette et m’étaler de tout mon long sur toi, t’enlaçant de mes bras et venant installer ma tête aux cheveux toujours humides dans le creux de ton cou. « Dis pas que tu vas mourir, t’as pas le droit de me laisser je te rappelle… » Commençais-je d’une voix plaintive, renforçant inconsciemment mon étreinte, n’aimant même pas en parler et l’envisager. Puis je me redressais sur un coude afin de pouvoir plonger mon regard dans le tien après t’avoir accordé un rapide baiser : « Désolé d’avoir mis Monsieur je me lève trop tôt et je titille la curiosité de mon amoureux sous la douche… » Finis-je par céder avant de revenir caler mon visage contre ta peau pour en apprécier la chaleur : « Dis, tu boudes plus hein ? » Continuant de frotter mon visage contre toi, te chatouillant gentiment de mes cheveux humides pour parvenir à te faire quitter cette mine mécontente et obtenir de nouveau l’un de tes si beaux sourires : « Hein ? Dis mon Milo ? Parce que sinon je pleure… » Poursuivais-je de marmonner dans ta gorge. J’eus droit à un bisou mais réprimait un sourire, attendant une réponse sûre et assurée, bien que les expressions que tu me sortais depuis quelques minutes déjà laissaient imaginer ce que tu allais ajouter : « Je boudais déjà plus Spooky. » Je laissais alors ce sourire prendre possession de mes lèvres, te serrant alors que tu te lovais de plus belle contre moi, déposant des bisous contre la peau de ta gorge contre laquelle mon visage était toujours caché. Poussant un simple soupir de soulagement avant de chuchoter : « Oui mais on sait jamais, je préfère être sûr… » Tu t’installais un peu plus contre moi en râlant malgré tout, me faisant alors pousser un petit rire étouffé par ton cou : « N’empêche que j’ai froid alors chut et câlin… » Je ne me fis pas prier, mes mains caressant ton dos alors que j’approuvais, ne retenant pas l’ordre consistant à m’imposer le silence : « Voui mon Milo… » Je refermais lentement les yeux, un sourire vainqueur allant jusqu’à me prendre lorsque je devinais que tu sombrais un peu à ma suite. Mais c’était trop espéré apparemment car déjà tu t’agitais de nouveau me faisant grogner en ajoutant : « Dis Spooky, ça change rien au fait qu’on va en cours, arrête tout de suite d’espérer. » Je gémissais de mécontentement, essayant d’affirmer ma prise sur toi pour que tu ne t’échappes pas, mais tu y parvins, me laissant seul et abandonné sous les draps : « Mais Milooooo… S’teuplait ! » Me plaignais-je en me cachant dans l’oreiller, te jetant un coup d’œil de biais en espérant que tu craques et reviennes à ta place, c’est-à-dire, dans mes bras. Mais non, monsieur était décidé à me contrarier aujourd’hui. D’ailleurs, je poussais un nouveau soupir mécontent lorsque tu insistas : « Et on va finir par vraiment être en retard. » Je gigotais dans les draps avant de finir par m’en extirper à grand regret, voulant t’attraper dans un de tes allés et venus pour te forcer à revenir, mais tu m’échappais, finissant de t’habiller. « Mais on s’en moque des cours ! » Tentais-je une dernière fois. Encore une vaine tentative face à monsieur têtu… « Aller Spooky, courage, après on aura un super long week-end… » Je me levais et commençais à chercher mes affaires, c’est-à-dire un t-shirt, un beanie et un sweat à capuche rabattant moi-même cette-dernière pour renforcer ma bouderie, jusqu’à ce que je t’entende poursuivre : « … et je serais sage et c’est toi qui décidera ce qu’on fait. Pour tout. » Je relevais la tête juste à temps pour recevoir ton baiser et c’est avec un sourire en coin que j’insistais, amusé : « Pour tout tout tout vraiment tout ? Réponds pas, trop tard tu l’as dit, t’assume. Na. » Finis-je en te volant à mon tour un baiser dans un sourire, avant d’enfiler mes Vans, bien plus motivé à aller en cours d’un coup. J’attrapais à mon tour mon sac, ne me préoccupant en rien à vérifier qu’il y avait de quoi tenir cette journée de cours. J’allais te tendre la main pour que tu l’attrapes et qu’on sorte et prenne la route de l’Université, mais dans un éclair du fila dans le sens opposé dans un « Oh non… » Qui me fit baragouiner en trépignant, sans baisser ma main : «  Qué tu fais ?! ça sera pas de ma faute si on est en retard… » Je te vis rentrer dans la salle de bain sans comprendre, allant pour te dire que t’étais déjà très beau comme ça et que c’était pas la peine de se mettre sur son trente-et-un pour de simples cours et les êtres humains qu’on y croiserait, mais je n’émis pas le moindre son en t’entendant dire  en revenant dans la chambre : « Spooky… Mon téléphone est mort… » Oopsy… Je déglutis avec difficulté avant de l’attraper pour le décortiquer et essayer de le sécher au mieux. « Je savais pas que t’avais ton phone sur toi aussi… Quelle idée… » Grommelais-je en sentant venir les reproches. Je tentais de le rallumer, mais rien, après plusieurs tentatives je le déposais sur mon bureau et revenait vers toi avec une mine désolée : « Je savais pas mon Milo… Je suis désolé… » Puis relevant les yeux vers toi après avoir rapidement jeté un coup d’œil à l’heure : « Faudra faire sans aujourd’hui… Sinon on va vraiment être à la bourre… Je t’en rachèterais un pour me faire pardonner d’accord ? » Ajoutais-je avant d’attraper ta main, la caressant du pouce pour poursuivre mes excuses au mieux tout en sortant de ma chambre avec toi à ma suite et finalement, quitter la maison dans un « A ce soir Mum ! » en glissant une bise à ma mère dans un sourire.
Le trajet se fit dans un certain calme, te jetant des coups d’œil de temps à autres pour voir l’évolution de ton humeur, continuant de jouer avec ta main et t’accorder un regard désolé. Puis je m’arrêtais dans un mouvement brusque te regardant tout en réalisant quelque chose qui allait très certainement bousiller ma journée : « Mais, mais mais… Si t’as pas de téléphone… ça veut dire que quand tu seras dans ton groupe j’aurai pas mes sms d’amour ?!?! » Finis-je dans un gémissement en imaginant combien le temps allait me paraître d’autant plus long pendant ces cours où je n’avais pas la chance d’être avec toi. Je repris notre route en traînant un peu plus des pieds : « J’imagine que c’est ma punition donc… » Je laissais ma tête tomber contre ton épaule déjà lassé de cette journée, te demandant dans un espoir vain et effectuant très probablement un caprice de gamin : « Tu penses pas qu’on peut aller t’en acheter un maintenant dis ? » Mais on arrivait déjà devant le bâtiment et vu le nombre d’étudiants qui se pressaient à entrer dans les différents bâtiments, on arrivait déjà tout juste à temps… Tu m’attrapais par les épaules et je me laissais de plus belle aller contre toi, sachant parfaitement ce que ce geste signifiait. Ça n’allait, de toute évidence, pas être possible... « Tu l’as toi-même dis, il faudra faire sans pour aujourd’hui, on a plus le temps. » J’inspirais longuement en opinant malgré moi, te suivant alors que tu nous guidais vers l’intérieur du bâtiment. J’aurai dû faire plus attention, j’allais le regretter bien plus que ce n’était le cas plus tard… Mais à cet instant, ni toi ni moi n’imaginions la tournure qu’allaient prendre les événements et cette journée. Nous aurions réellement dû rester au lit… « Et puis, c’est pas ta punition, c’est qu’un téléphone, c’est pas la fin du monde… » Je levais les yeux au ciel, facile à dire, pour moi c’était la fin du monde d’avoir zéro contact avec mon Milo pendant une heure. Une heure c’est long. Beaucoup trop long. Alors sans nouvelles de toi mon Milo, bien sûr que ça allait être terrible. Mais je ne dis rien, te laissant finir ta phrase : « …et puis ça me pénalise aussi alors que je suis purement innocent, moi. » Je levais une nouvelle fois les yeux au ciel, sachant parfaitement que tu avais insisté pour me faire culpabiliser de plus belle, je le faisais déjà suffisamment tout seul, mais monsieur avait décidément envie de m’embêter… « ça va, ça va… Je te l’ai dit que je suis désolé… » Bougonnais-je en entourant ta taille d’un bras pour me serrer un peu plus contre toi et que tu cesses de m’embêter et torturer de la sorte… Je laissais ma main serrer la tienne afin que l’on se faufile plus facilement dans la foule d’étudiants, chacun se pressant vers sa salle, nous plongeant dans un brouhaha insupportable. J’eus un petit sourire en devinant que tu m’accompagnais à ma salle, me connaissant si bien que tu avais envisagé que je file en douce pour aller te procurer un portable quitte à sécher ma première heure. Je l’avais envisagé, mais l’idée de mettre plus longtemps et te voir m’attendre après ton cours sans me voir sortir de la salle ne me plaisait que très peu… Je m’adossais au mur en face de ma salle, jouant distraitement avec le cordon de mon pull que tu m’avais gentiment piqué ce matin. « C’est juste une riquiqui heure qui va passer super vite, d’acc ? » Tu l’avais dit, ce n’était qu’une heure… J’allais y arriver. Alors j’opinais avant que tu ne m’embrasses me faisant quitter le sol sur lequel mon regard s’était baissé, tirant un peu sur ton sweat d’un doigt pour prolonger ce baiser, me moquant royalement de voir mes camarades de groupe arrivaient. J’avais besoin d’un bisou de mon Milo, l’heure allait déjà être suffisamment complexe comme cela pour m’en passer. « Et puis ma prof nous laisse toujours sortir dix minutes à l’avance, donc quand tu auras fini je serais déjà là à t’attendre sagement, y a pas de quoi avoir cette bouille toute triste. » J’eus un petit rire, opinant en ajoutant : « Oui, d’accord, je serais sage, mais traine pas un ! Je serai le premier dehors de toute façon… » Comme toujours, étant déjà persuadé que je me jetterais sur la porte lorsque l’heure de la fin du cours sans me préoccuper des possibles dernières instructions de mon prof. « Parce que si t’es pas là je te jure je boude… Ou retourne toute la fac… Et on allonge ta sentence du week-end à plus longtemps... Alors tu joues pas à cache-cache, okay ? » Ajoutais-je en levant un doigt qui se voulait autoritaire même si je savais parfaitement que tu ne jouerais pas à cela, si ces séparations étaient déjà insupportables pour moi, je devinais très bien qu’elles l’étaient tout autant pour toi. Et comme tu l’avais dit, toi non plus tu n’aurais pas de mes nouvelles, donc, on était tous les deux dans le même bateau… Te regardant fouiller dans ton sac je t’interrogeais du regard, mais n’eus pas de réponses vu que tu étais trop préoccupé dans ta recherche pour me regarder. « Et mange ça, t’as rien pris ce matin. » Tu me mis une gaufre dans la main et presque directement mon ventre se mit à gronder : « LE PETIT DEJEUNER !!! » M’écriais-je en te jetant un regard triste : « Tu vois on aurait pas dû venir ! On aurait pu prendre petit-déj au lit tranquille… » Sachant que ça allait t’exaspérer et sûrement te faire rouler des yeux je déposais à nouveau mes lèvres sur les tiennes, les préférant amplement à n’importe quel p’tit déj avant de grignoter la gaufre avec un sourire : « Merci mon Milo, je sais pas ce que je ferai sans toi ! » Finis-je dans un clin d’œil.
J’aurai aimé te garder plus longtemps, mais mon prof arrivait et commençait à ouvrir la porte, je poussais alors un long soupir découragé et déçu : « Vous auriez pu être absent m’sieur sérieux… » Me plains-je en continuant de m’accrocher à ton sweat, n’écoutant que d’une oreille distraite la réponse du prof : « Ne commencez pas de sitôt monsieur Cubbins, voulez-vous ? » Mais je ne lui répondis pas, lâchant ton haut à regret avant d’inspirer longuement pour me donner un peu plus de courage : « A dans une heure pile poil hein mon Milo ? Je t’aime hein… Et travaille bien… Et dans une heure… » Je te volais un dernier baiser, voyant la tête mécontente du prof qui n’attendait plus que moi pour fermer la porte, te voyant déjà filer pour rejoindre en vitesse ta propre salle. Et c’était parti pour une heure en horreur. Je m’installais au fond de la salle, m’écroulant sur ma table, allumant mon téléphone toutes les deux secondes pour vérifier l’heure qui ne semblait pas décidée à être de mon côté et s’écouler rapidement…
Avachi sur ma table, mes yeux sont restés rivés sur l’horloge de mon téléphone, n’écoutant en rien le cours, n’entendant même pas alors que monsieur le prof s’était décidé à ne pas me lâcher la grappe : « Monsieur Cubbins, voulez-vous bien continuer ? » Sans lui adresser un regard je répondais directement : « Je sais pas. » Imaginant qu’il me demandait une réponse à l’une de ces multiples questions d’exercices, ce prof bien trop feignant pour faire son cours préférait nous bombarder de travail pour qu’on apprenne par nous-même. Oui, il était tout simplement inutile. « Quoi ? Vous ne savez même plus lire ? » Il se moquait ouvertement de ma gueule, mais je ne pris toujours pas la peine de lui adresser un regard, s’il me virait de son cours, au moins je pourrais aller squatter devant la porte de ta salle… « Exactement. » Continuais-je de le provoquer pour le tenter un peu plus, je lui jetais un coup d’œil avec un sourire, le voyant rougir de mécontentement. Ça y est, il allait me dire de sortir pour arrêter de faire mon flemmard et me punir à sa sauce. Il allait le faire… Il allait le faire… « Très bien, vous aurez donc un devoir à me rendre pour la prochaine fois, nous verrons si cela ne change pas votre comportement. » Et merde. Raté. Je me redressais en soupirant : « Vous voulez pas plutôt me virer de cours M’sieur ? » Me plaignis-je, mais le regard mesquin qu’il arborait me laissait deviner qu’il ne me ferait pas ce plaisir : « Comme si ce n’était pas ce que vous attendiez. Poursuivons donc, Jeremy, voulez-vous bien continuer ? » Je me cognais le crâne contre la table avec exaspération sous les rires étouffés de certains de mes camarades. Mais je ne riais pas, ça ne m’amusait pas comme d’habitude de chercher cet incapable en costard cravate qui ne nous considérait que comme des gamins et se plaisait à tous nous rabaisser, à ne pas nous prendre pour ce que nous étions. J’étais énervé à présent. Non pas pour le devoir supplémentaire que je savais que je n’allais pas faire, mais plutôt pour n’avoir réussi à me faire virer de cette fichue pièce… « Miloo… » Me plaignis-je en baragouinant dans mes bras croisés, tapotant l’écran de mon portable pour qu’il s’illumine de nouveau. Mais même le temps semblait décidé à être contre moi…
Ce fut l’un des cours les plus longs de toute mon existence, c’était peu dire. Mais le pire restait encore à venir. Je comptais les dernières secondes du cours, le regard fixé sur le chronomètre que j’avais lancé en espérant que ça m’aide à voir le temps s’écouler plus rapidement. Nope, ça n’avait pas aidé, mais la fin de l’heure avait fini par pointer le bout de son nez. « C’EST FINI !! » Hurlais-je en me levant d’un bond, coupant le prof au beau milieu de sa conclusion, me valant un regard assassin que je ne relevais pas, trop pressé à ranger le peu d’affaires que j’avais sorties pour m’occuper un minimum. C’est-à-dire, une feuille et un stylo qui m’avait servi à griffonner des bêtises, la feuille en étant désormais noircie. Je me jetais sur la porte et l’ouvrait à la volée, espérant te voir, mon Milo, dans le couloir, m’accueillir avec ton sourire habituel. Mais le mien disparut bien rapidement lorsque je me rendis compte que le couloir était vide. Pas de Milo à l’horizon.
Je fis une moue, me décidant à te laisser une minute, peut-être que tu n’avais pas pu sortir en avance… Ou pile à l’heure… Ou peut-être que tu te moquais de moi et me taquinais, encore une fois, en te faisant désirer… « Vilain Milo… » Grognais-je en jetant mon sac sur mon épaule, traversant les couloirs qui s’emplissaient lentement d’étudiants, attrapant mon téléphone pour tapoter le texto suivant : « Spèce de vilain qu’est en retard !!!! ». Je ne mis pas bien longtemps à arriver devant ta salle de classe, mais la porte était déjà ouverte et tes camarades en sortaient déjà. Toujours pas de Milo, ce qui eut l’art de me faire froncer de plus belle les sourcils et de grommeler à nouveau, en tapotant sur mon clavier : « Te jure que si tu te caches, je boude ! ». Je n’avais toujours pas de réponse, et j’en vins à me frapper le front de ma paume en réalisant que tu ne pouvais pas me répondre étant donné que tu n’avais plus de téléphone ! Alors je glissais ma tête dans la salle pour voir si tu y traînais, espérant réellement que c'était le cas... Mais nope. Et c’est là que l’inquiétude commença réellement à grimper. Sans prévenir. Ce n’était tout simplement pas normal. Okay, il arrivait que tu t’amuses à me taquiner, mais à ce point ? C’était nouveau, et je n’aimais pas vraiment ça… « MARK ! » M’écriais-je en le repérant dans le petit groupe qui restait dans la salle. Je ne me gênais pas pour le rejoindre, mais savais, à son regard qu’il devinait déjà de quoi il était question. « Il n’est pas là Macéo… » Je continuais de l’écouter tout en me retenant de ne pas cliquer sur ta photo sur mon portable pour composer ton numéro, pourquoi t'avais-je foutu à l'eau avec ton fichu téléphone... J'essayais de rejeter les films que me produisait mon crâne en pleine effervescence, mais ce qu’ajouta Mark ne me rassura pas plus : « Notre référant est venu le chercher, il n’est pas revenu en cours et a pris ses affaires donc… J’en sais pas plus, désolé… » Apparemment mon tracas pouvait se lire sur mon visage et je lui renvoyais un rapide sourire « T’inquiète, merci » tout en sortant de la pièce et filant à nouveau dans les couloirs pour rejoindre le bureau du directeur. Espérant que je t'y trouverai, espérant juste que ça ne serait pas dans le même état que la dernière fois, et surtout, pas avec eux... « Putain Milo t'es où... » Soupirais-je. Enfin, j’arrivais dans le couloir des bureaux, mais toujours pas de Milo… Je me précipitais sur le directeur qui sortait avec un petit sourire satisfait qui étrangement ne vint pas plus me rassurer ou me faire plaisir. «  Il est où Milo ?! » Il me retourna vers moi, un regard noir visant sûrement à me faire culpabiliser de l’empêcher d’aller prendre sa pause café ou que sais-je, ou tout simplement pour ne pas l'avoir noyé sous une multitude de politesse comme il est habitué à recevoir à longueur de journée. Mais je m’en foutais et soutenait son regard, n'attendant pas plus pour continuer précipitamment : « Milo McGuire. Il est où ? Il a été envoyé dans votre bureau. » Insistais-je froidement pour qu’il se mette à me répondre. L’exaspération pouvait se lire dans ses yeux ne me calma pas plus. Il soupira avant de m’accorder un sourire on ne peut plus faux : « Il est rentré avec sa famille. Et ça n’a rien à voir avec vous alors veuillez-vous occuper de vos affaires Monsieur Cubbins. » Je me raidis en l’entendant parler de ta ‘famille’. « Non… » Soupirais-je, perdu, ne croyant pas ce que j’entendais ou ne désirant tout simplement pas le croire. Pas lui, pas maintenant, ce n’était pas possible… Il ne lâchait donc vraiment pas l’affaire ?! « Quand ? Ils sont partis où ?! » Insistais-je en le retenant pour qu’il me réponde, son mécontentement fut à son summum alors qu’il me priait de le lâcher, essayant de se dégager : « Je vous ai dit que ça n’a rien à voir avec vous mais avec sa famille ! Vous allez avoir des problèmes si vous continuez de la sorte jeune homme ! » Alors ce fut à mon tour d’être énervé, le repoussant sans ménagement en crachant froidement : « C’est moi, sa famille… » Alors je lui tournais le dos, sans prêter attention aux menaces qui s'échappaient de sa gorge, vexé d'avoir été ainsi traité, lui grand doyen de l'université. Mais je m'en moquais, je me foutais de ce qu'il pouvait m'arriver, tout ce qui me préoccupait à cet instant, c'était toi. Où tu étais. Pourquoi il était venu te chercher. Qu'est-ce qu'il t'avait fait. Comment j'allais pouvoir te retrouver maintenant... Ma gorge continuait de se serrer alors que je sortais de l’établissement, espérant te trouver quelque part, qu'il ne soit pas trop tard, voir la voiture de ton père, quelque chose… N'importe quoi... Rien. Tu n’étais déjà plus là, je ne pouvais même pas savoir depuis combien de temps tu avais quitté le campus, où tu étais allé, où il t’avait emmené. Mais j’étais certain d’une chose, il fallait que je te trouve… Et vite…
Ma première réaction a été de courir jusqu’à ton ancien chez-toi, là où ce monstre vivait et t’avait tant fait subir. Je n’avais pas pensé à passer par chez moi, j’avais beau rêvé que tu allais bien, j’imaginais parfaitement qu’il n’avait pas dû te relâcher aussi facilement, que tu devais encore te trouver coincer entre ses griffes, une seule envie m’animait alors, te retrouver, t’arracher à nouveau à lui et te ramener avec moi, en sécurité et tout faire pour te faire oublier ce malheureux épisode… Arrivé devant la porte d’entrée, je ne pris même pas la peine de frapper, tournant la poignée, espérant qu’elle cède, mais tel ne fut pas le cas. J’eus beau tambouriner contre le bois dur de la porte, personne ne me répondit, même pas toi alors que je n’avais cesse de t’appeler, faisant le tour de la baraque, épiant à l’intérieur, comprenant qu’elle était tout simplement vide. Il n’était pas là, elle non plus et toi, encore moins. Mais où ? Où avait-il pu encore une fois t’emmener, te faire prisonnier ? Je m’arrêtais devant la porte, m’asseyant sur le perron en espérant que je verrai sa foutue voiture faire son entrée dans la rue et se garer dans l’allée. J’ai attendu, encore et encore, le stress ne cessant de croître au fur et à mesure que l’attente s’intensifiait, secouant par automatisme ma jambe, mon crâne n’arrêtant pas de me polluer l’esprit de questions et d’idées sur ce qu’il pouvait te faire, ou pire, ce qu’elle pouvait te faire… Et le simple souvenir de ce qu’elle avait essayé de te faire quand elle t’avait piégé ne me rassurait pas plus…
Le soir tombait lentement, encore une fois, le temps ne semblait pas enclin à me donner un coup de main et les heures étaient toujours décidées à s’écouler avec une lenteur extrême… Ce n’est qu’une fois que la nuit eut déposé son voile sombre sur la demeure que des phares firent leur entrée dans la rue, me faisant de suite redresser la tête pour la fixer alors qu’elle s’arrêtait non loin de moi. Je me levais dans un bond, m’avançant vers la portière du conducteur de laquelle s’extirpait la masse menaçante de ton père. Il me regardait avec ce sourire en coin que je ne supportais pas plus que sa gueule complète, fier, victorieux, un simple coup d’œil me certifia que tu n’étais pas avec lui, mon angoisse montant d’un cran supplémentaire, chose que je ne pensais pas possible. Après tout, si tu avais été là, tu serais sorti pour me sauter dans les bras, n’est-ce pas ? Mais tu n’étais pas là, alors mon regard se déposa à nouveau sur ton père, le mitraillant de mon regard glacial, ma voix sifflant avec colère : « Où est Milo ? » Je n’allais pas y aller avec des pincettes, avait-il fait le moindre effort lui ? Non, il ne méritait pas une once d’effort. Il ne méritait rien et surtout pas cette victoire que son expression laissait paraître. Il claqua sa portière avant de me répondre d’une voix dénuée d’émotions, dure et cassante comme toujours : « Là où il doit être. Loin de toi. Tu croyais vraiment que t’allais pouvoir le garder loin de nous ? T’es con à ce point ma parole ? Dégage de chez moi. » J’eus un petit rire nerveux, parce qu’il pensait vraiment que ce type de réponse allait me satisfaire ? Que j’allais gentiment partir sans demander mon reste ? M’avouer vaincu et être effrayé par ce taré ? Quand tu es en jeu, Milo, je n’ai jamais peur pour moi, seulement pour toi… Toujours pour toi… « Où ?! » Criais-je en lui barrant à nouveau la route, l’empêchant de rejoindre la porte d’entrée. L’énervement fit vriller son regard alors qu’il m’empoignait par l’épaule, ne grimaçant pas sous la pression, face à tel retardé, ça ne m’étonnait même pas. « Je t’ai dit de dégager, minus, sinon je vais me faire une joie de t’en fou-… » Foutre une ? C’est lui qui l’a récolté… Le coup est parti sans réellement que je m’en aperçoive, trop dégoûté de te savoir loin de moi à cause de lui, frustré comme jamais de ne pas savoir ce qu’il t’arrivait, ce que tu faisais, ce qu’il se passait. Effrayé de ne pas pouvoir t’avoir sous mes yeux de suite. « REND-LE MOI ! » Hurlais-je en lui attrapant le col pour lui foutre un deuxième poing en pleine mâchoire. Cette fois, il répondit, me retenant par l’épaule pour m’empêcher d’esquiver son coup à la tempe, faisant vibrer mon tympan, mais ne me faisait pas plus perdre pied. « DEGAGE ! » Son regard assassin ne me fit pas plus peur que ses mots, ni même le timbre de sa voix, il rêvait de me tuer ? De me faire disparaître ? Parfait, on était deux… Je tentais de me dégager de sa prise pour être plus libre de mes mouvements, tentant un coup dans son épaule, mais il fut plus rapide et son poing vint me frapper le ventre, me repoussant au sol pour enfin pouvoir rentrer chez lui : « T’es qu’une pédale pathétique… » Me cracha-t-il avant de refermer la porte sur lui. Je me redressais lentement regardant avec fureur la demeure du monstre qu’est ton père. Ne partant pas pour autant, Attendant simplement, car à cet instant, il était malheureusement le seul qui pourrait me guider jusqu’à toi…
Comme j’avais pu m’y attendre, la nuit a été terriblement longue. J’en avais oublié de prévenir mes parents et c’est en voyant les appels manqués que je me suis décidé à leur envoyé un texto, simple, rapide pour les rassurer et pas les inquiéter de plus belle : « Je rentrerai pas ce soir, tout va bien, je vous aime, à demain. » Avec la nuit vint sa fraîcheur, mais je m’en moquais, me focalisant sur cette foutue porte d’entrée, remarquant ton père me jeter des coups d’œil de temps à autres pour voir si je squattais toujours son muret, malheureusement pour lui, je n’étais pas prêt de partir, pas même lorsqu’il me hurlait dessus de sa fenêtre ou me menaçait. A tout cela je répondais soit par un sourire narquois ou alors par un joli doigt d’honneur. Ne me fatiguant même plus à chercher de lui parler. Mais ce que j’ai remarqué, cette nuit-là, c’est que cette ordure de Kate n’est pas rentrée… Et une nouvelle hypothèse vint s’ajouter à la montagne qui peuplait déjà mon crâne… M’inquiétant de plus belle…
Le matin arriva lentement, j’étais recroquevillé sur moi-même, les traits du visage tirés par la fatigue, mais le regard toujours fixé sur cette fichue baraque. Je voulais qu’il cède, qu’il fasse une erreur qu’il te rende à moi. Mais venant de lui, c’était impossible. Je ne réagis même pas lorsque la voiture de police vint se garer sur le trottoir d’en face, s’en extirpant deux flics qui vinrent à ma rencontre. « C’est chez vous ? » Je ne pris pas la peine de répondre, pestant contre ce lâche qui n’essayait même pas de me virer par ses propres moyens. « Il t’a posé une question gamin. Qu’est-ce que tu fais là ? » Demanda l’autre en se postant devant moi pour m’obliger à détourner le regard. « C’est mes affaires. » Répondis-je froidement, ponctuant cela d’un regard qui ne plut pas plus que ça à l’agent : « On a reçu une plainte, explique-toi ou on t’embarque de suite. » Je pestais de nouveau, je n’avais clairement pas besoin de cela en plus. « J’ai rien fait de mal, moi. Ce connard a kidnappé mon copain, allez plutôt le faire chier lui. Je ne bougerai pas tant qu’il ne me l’aura pas rendu. » Lâchais-je sans ciller, mais j’aurai dû m’attendre à la suite, après tout, ça aurait été trop beau d’obtenir si facilement de l’aide de la part de ces deux flics… « Mais oui bien sûr, tu parles de son fils n’est-ce pas ? » Mes sourcils se froncèrent… Qu’avait-il raconté… « Ce que tu fais s’appelle du harcèlement gamin. » Dit le policier d’une voix catégorique, engendrant un haussement de sourcils de ma part : « Pardon ? » Il eut un petit sourire, se foutant ouvertement de ma gueule, bien trop fier de croire tout savoir alors qu’il se faisait bien joliment mené par des mensonges : « Va pas nier, ton comportement le prouve, maintenant suis-nous. » Il m’attrapa le bras, m’obligeant à descendre de mon perchoir et c’est là que j’ai commencé à me réveiller, à me débattre. Pas forcément la plus sage des idées… J’étais idiot de penser qu’ils m’écouteraient et ils finirent par me forcer à entrer dans leur caisse, me laissant juste le temps pour jeter un regard assassin à ce monstre qui me regardait avec fierté de son perron…
Du garde-à-vue… J’en avais encore jamais fait… Et je ne te raconte pas la tête de mes parents quand ils sont venus me chercher… Tu connais ma mère, je ne te raconte pas combien elle était hésitante, affichant à la fois une mine inquiète et hors d’elle. Elle a toujours été habituée à mes bêtises, mais de là à me retrouver derrière les barreaux, ça ne lui plaisait pas trop. Quant à mon père, j’ai vraiment eu peur de le décevoir, déjà à cette époque… Mais peut-être n’était-ce que de la colère… Et va essayer de leur expliquer tout ça… Sachant que je me braquais car eux-mêmes s’inquiétaient de ne pas te voir avec moi… Je ne sais même pas comment j’ai réussi à le faire. Je n’avais pas envie d’en parler, de leur dire que tu m’avais échappé et que tu te retrouvais à nouveau sous la prise de cette ordure qui s’affirmait être ton père. Ce n’est que quand j’ai eu droit à ma minute pour m’expliquer que je m’y suis résigné, sortant de mon silence pour lâcher sans les regarder : « Faut bien que je récupère Mon Milo. Désolé de vous avoir inquiété. » Je ne suis pas allé dans les détails et je pense que ça a suffi, car les questions ont cessé.
Je n’avais pas envie de rentrer chez nous, pas sans toi avec moi… Alors, à peine ai-je pris le temps de me changer, de faire plaisir à ma mère en avalant une gaufre que j’étais déjà dehors. Je l’étais tous les jours, à te chercher, à épier à distance ton père, à aller dans ce foutu hôpital où on ne me laissait même pas poser des questions, à croire que ma tête était placardée sur le comptoir de l’accueil avec une note : ‘A IGNORER SOUS PEINE DE SE METTRE LA BLONDE DE KATE A DOS’ ou autre connerie. Je n’aimais pas ça. Du tout. Mais qu’est-ce que je pouvais faire de plus ? J’étais seul et je ne supportais pas de savoir que tu l’étais aussi… Forcer mon entrée dans l’hosto ? Pour aller où ? Pour me retrouver à nouveau chez les flics en seulement quelques jours, je n’avais pas non plus envie que ton père pousse son mensonge d’harcèlement plus loin et m’empêche réellement de faire quoique ce soit de plus. Ces deux-là savaient vraiment manipuler le monde… S’en était effrayant et effarant…
Deux semaines mon Milo… Deux semaines loin de toi, à me traîner à la fac par moment en espérant t’y voir, n’assistant pas à mes cours en découvrant que tu n’y étais toujours pas et donc qu’ils te gardaient toujours prisonnier. Deux semaines à imaginer toutes les horreurs qu’ils pouvaient te faire subir et à frissonner de colère en imaginant ton état, physique comme mental… Je ne l’ai jamais supporté, ne pas savoir comment tu allais, ce que tu faisais, ce qu’il se passait… Jamais… Le sommeil me quittait, je ne ressemblais plus à rien, mais c’est un fait, quand tu n’es pas avec moi, je ne suis rien, je ne suis plus, tu as su prendre une telle importance dans ma vie que la poursuivre sans toi à mes côtés a toujours été si complexe, comme si jamais je ne pourrais y arriver, la mener à bien sans toi pour me guider. Comme si, quand tu n’étais pas avec moi, alors je ne faisais qu’enchaîner les conneries. Et des conneries… J’en ai fait de si belles et terribles par la suite… Si tu savais…
C’est un texto de Mark qui m’a sorti de ma peur, qui m’a redonné une pointe d’espoir, alors que j’arpentais à nouveau les rues de notre ville, cette ville si lumineuse qui avait perdu toute sa chaleur suite à ton absence. Pourquoi ai-je tardé à prendre mon téléphone ? Pourquoi n’ai-je pas réagi de suite… Mark savait que je venais à l’Université dans le seul but de te retrouver, quittant les lieux aussi vite que j’y avais pénétré en découvrant, à chaque fois, que tu n’y étais pas. Alors, parfois, il m’envoyait un message, pour me dire, qu’à nouveau, tu n’étais pas là… Et cette fois, en sentant mon portable vibrer, j’ai cru qu’il me disait la même chose… Quel con j’ai été… C’est en sentant la poche de mon gilet vibrer une quatrième fois que je me suis, enfin, décidé à le sortir et à y jeter un coup d’œil. Que des messages de Mark… Il t’avait vu, arriver, pas seul, mais il t’avait vu. Mon cœur avait manqué un battement, me mettant à courir en continuant de lire, l’espoir m’enivrant, m’inondant avec violence tant je commençais à le perdre… Il me disait de me dépêcher, me demandait pourquoi je ne répondais pas et pour finir, qu’il t’avait vu quitter les casiers toujours avec cette même femme. Kate… Je me suis mis à courir d’autant plus vite, me moquant de mes muscles engourdis par la fatigue, du feu qui commençait à brûler mes poumons, je m’en moquais, il fallait que j’arrive au plus vite, que je te vois. Maintenant. Quel con j’avais été de ne pas checker plus vite… Mais je ne pris pas le temps de m’en vouloir, continuant ma course, l’espoir m’animant de plus belle en voyant le bâtiment se dessiner devant moi. Passant les portes, je ne m’arrêtais pas plus, arpentant les couloirs, te cherchant. Je ne me suis arrêté qu’en tombant sur Mark, son air désolé en me découvrant me coupa dans ma course : « Il est où ? » Ai-je dit, sachant ce qu’il allait me répondre, c’est peut-être que je n’ai pas attendu plus longtemps quand il a commencé à me dire : « Désolé… Il vient de part-… » Quel con j’ai été… Voilà que je t’avais raté, que tu m’échappais à nouveau, de si peu… Je savais où aller… Tu avais peut-être quitté le bâtiment, mais Mark avait parlé des casiers…
Je filais au mien, espérant trouver un mot comme l’un de ceux que tu m’avais déjà laissé… Je l’ai ouvert à la volée, pour voir cette petite feuille plissée. Voir ton écriture dessus coupa mon souffle, ce n’était pas toi pourtant… Ce petit mot écrit à la va-vite m’indiquait ton casier et je m’y dirigeais sans plus attendre, connaissant la combinaison pour l’ouvrir.
Je suis tombé sur ce carnet. Ton carnet. Aujourd’hui encore, il m’arrive de me demander comment les choses auraient tournées si je ne l’avais pas eu entre mes mains à temps, à le contempler, sourcils froncés, sans comprendre, à imaginer le pire… Le pire… C’était encore loin de ce qui allait se dérouler, de ce que j’allais lire et apprendre… J’ai eu peur, peur de ce que tu avais à me dire pour les passer sur papier, pour préférer les écrire plutôt que de me les dire à voix haute, face à face, plutôt que de me permettre de te sauver, de t’aider, de ne pas te laisser m’échapper... A voix haute… Comment espérer que tu aies pu alors qu’elle était sur tes talons, qu’elle t’avait emmené ici… Comment croire qu’elle aurait pu faire preuve de suffisamment d’humanité pour nous laisser nous retrouver, ne serait-ce même qu’un minute… J’ai ouvert ce carnet, non sans crainte, en silence, mon cœur emballé faisant vibrer mes tympans, mes yeux se déposant là où se trouvait cette lettre, tes mots, ceux qui ont fait s’arrêter le temps autour de moi, qui a enfermé mon cœur dans un étau, le malmenant de plus belle.
« Spooky… » Ma gorge s’est serrée de plus belle, ne cessant pas au fur et à mesure que mes yeux se déposaient sur chacun de tes mots. « Ça ne comblera rien du tout… » Alors pourquoi est-ce que cet espoir restait là ? Bien que je t’ai manqué, que j’ai manqué d’être là pour toi alors que tu revenais enfin… « ça ne pardonnera rien de plus. Je suis désolé pour ces derniers jours. » La peur, à nouveau… Que voulais-tu dire Milo ? Pourquoi tu t’excusais ? Et pourquoi tu ne m’expliquais pas ce qu’il t’était arrivé… Pourquoi t’excuser alors, qu’encore une fois, ce n’était pas de ta faute, alors que tu savais parfaitement que jamais je n’ai aimé t’entendre t’excuser… Jamais… « Je vais mieux. » Comment ça ? Comment était-ce seulement possible ? « Mais tu n’y peux rien, alors ne pense même pas t’en vouloir pour ça. » Je le faisais, ce n’était pas tes mots qui allaient m’en empêcher. Comment supporter ne rien pouvoir faire pour toi ?! « Je t’aime et t’aimerai toujours, ça tu le sais sûrement déjà, pas vrai ? Mais c’est sûrement la dernière fois que je pourrais te le dire avant longtemps alors… » Ce que je craignais fut ainsi confirmer. Ce n’était pas seulement une lettre pour me rassurer, loin de là, car elle faisait tout le contraire, mais une lire d’au revoir… Alors pourquoi mon crâne me laissait penser que c’était un adieu. C’était un au revoir hein Milo ? Juste ça n’est-ce pas ? « Je te le promets. – Ton Milo. » Une promesse… Pourquoi me laissait-elle un goût si amer… Pourquoi ne supportais-je pas de savoir que tu choisissais de te débrouiller seul…
Je n’ai lu ce mot qu’une seule fois. Trop rapidement, je savais que le temps m’était compté. Alors, je me suis à nouveau mis à courir, ce carnet prisonnier de ma paume, détalant jusqu’à chez toi, me foutant de ce et ceux qui m’entouraient, traversant sans faire attention aux véhicules, tu sais à quel point je n’ai jamais été doué pour cela. J’ai couru comme jamais, sentant mon cœur s’émietter d’effroi, d’horreur de ne pas être assez rapide. Et si je n’arrivais pas à temps ? Encore un virage et j’allais être devant chez toi… J’allais y arriver, tout allait bien se passer, j’allais te trouver et t’en empêcher… ça aurait été parfait n’est-ce pas ? Mais c’était bien trop facile.
Enfin, ta rue s’étendait sous mon regard, cette demeure qui n’était pas la tienne se dressant au milieu de la rue, une voiture garée devant l’allée s’y extirpant. Je t’ai vu en sortir, le visage sombre. Vide… « MILO ! » Je me suis mis à détaler de plus belle, comme si ma vie en dépendait, c’était le cas, tu l’étais. Elle m’a entendu, Kate, ce monstre au sourire écœurant, qui revêtait à nouveau son visage, trop fière d’avoir gagné. Elle ne pouvait pas avoir gagné, il ne pouvait pas vaincre… Je ne l’accepterai pas. On était plus forts qu’eux mon Milo non ? On ne pouvait pas les laisser avoir le dernier mot, les laisser nous séparer, encore une fois, les laisser avoir cette main de fer sur notre avenir. On ne pouvait pas laisser ça passer, on ne pouvait pas échouer, nous n’étions plus des enfants à qui l’on dicte une vie, non ? J’avais envie de te crier de te battre, de ne pas les laisser t’emmener loin de moi, que tu avais besoin de moi, que j’avais besoin de toi, que j’aurai toujours besoin de toi… Mais en seule réponse à mes cris j’eus droit aux bruits du moteur qui démarrait en trombe. Toi qui t’y engouffrais, enfermé à l’arrière, filant sous mes yeux, me laissant seul derrière toi… J’ai continué de courir, de t’appeler, mes poumons en feu ne parvenant pas à me faire arrêter. Je me foutais de la douleur physique, elle était bénigne comparé à ce que je ressentais au fond, elle n’était rien comparé à ce que le fait de te voir partir de mes côtés me faisait traverser. Cette longue plainte s’intensifiant un peu plus à chaque instant, cette horreur qui gagnait en réalité lentement, tentant de me persuader que ce n’était pas possible, que j’allais réussir à te sortir de là… Jusqu’à ce que tu disparaisses complètement de mon champ de vision… Jusqu’à ce que cette foutue voiture aille trop vite pour moi, disparaissant à un virage. Je ne te voyais plus… Tu n’étais plus là… Je ne t’avais plus avec moi. Je t’avais perdu… Et je me suis effondré, à bout de souffle à fixer cette rue désormais vide, réalisant petit à petit, écrasant le carnet dans ma paume. Je n’avais pas pu te serrer contre moi une dernière fois, je n’avais pas pu te dire ce que je pensais, je n’avais pas pu te dire une dernière fois que je t’aimerais quoi qu’il arrive, quelques soit les choix tu fasses… Te dire de ne pas m’oublier, même s’il pouvait t’arriver de douter, de toi, de moi, de nous, que jamais je ne t’oublierai, que ça m’était tout simplement impossible, quoiqu’il t’arrive, quoique tu décides… Comment le pourrais-je ? Je ne suis rien sans toi… Mais je n’ai pas pu te le dire… Je n’ai pas pu… Et je ne pourrais plus jamais te le dire… Je ne t’aurais plus auprès de moi…
Les larmes m’ont brouillé la vue. Des larmes… Je ne voulais pas de larmes, je te voulais toi. Je n’en voulais pas si tu n’étais pas là pour les effacer, pour les sécher d’un baiser, d’un revers de main, d’un de tes si parfaits sourires. Je ne voulais plus voir. A quoi bon contempler un monde où tu n’es pas ? Toi qui as su t’encrer dans ma vie et t’en emparer de la sorte ? Ils t’avaient arraché à moi… Il m’avait arraché le cœur avec ces sourires fiers et vainqueurs. Je les avais laissé t’emmener, ces monstres… Je les avais laissé refermer leurs griffes acérées sur ton corps qui ne les avait que trop connu. Je n’avais pas su tenir ma promesse, pas su te protéger… Nous n’étions plus ensemble, comme nous nous l’étions promis… Ces promesses. Toutes ces promesses. Envolées en éclats comme si elles n’avaient été que de vulgaires rêves, que des pensées utopiques dont on s’était bercé mutuellement. Et ce vide… Ce gouffre terrible qui se creusait lentement dans ma poitrine, me happant, me faisant paniquer, trop peu habitué à le ressentir, trop peu enclin à le laisser s’installer, refusant d’admettre sa présence. Ce vide d’un noir opaque qui me fit hurler, finissant de m’achever. Mon cri résonnant dans la nuit, se mêlant à un orage terrible qui se déclenchait alors, obscurcissant ce ciel… Mon cri s’y perdit, comme résonnant avec les grondements des éclairs menaçant, jusqu’à ce qu’un hoquet finisse de le couper. Ma tête retombait contre le sol, les sanglots faisant sursauter ma poitrine et mon dos, m’empêchant de plus belle de respirer comme il se doit, fermant avec force les yeux pour ne plus voir, les larmes s’en écoulant venant s’écraser sur le bitume où tu avais marché, quelques secondes plus tôt, venant être recouvertes des larmes du ciel, de cette pluie qui finit de m’enfoncer dans ma peine.
Je savais que tu n’avais pas le choix, alors pourquoi ça me faisait aussi mal ? Je savais ce que tu ressentais, alors pourquoi je pleurais ? Je savais que tu ne m’abandonnais pas, alors pourquoi je ne pouvais m’empêcher de me sentir si seul ? Vide ? Incomplet ? Perdu…  J’ai pleuré, comme jamais, serrant ce carnet, mon ultime réconfort, cette si mince chaleur amère que tu m’avais laissée, ces mots qui me prévenaient et me promettaient une chose. Tu le disais, tu ne me laissais pas seul, tu l’affirmais que je ne le serai jamais, mais pourquoi ces paroles réconfortantes me pétrifiaient de la sorte ? Pourquoi n’en étais-je pas réellement rassuré ? Pourquoi l’inquiétude ma taraudait ainsi ? Malmenant mon crâne qui cherchait à se retourner contre moi. Tu disais que tu m’aimerais toujours, que tu serais toujours là… Mais tu n’étais pas là. Tu n’étais plus là, Milo. Tu n’es pas là… Et ça me bouffe… Me faisant me replonger dans ce cauchemar sans fin que fut cet instant. Cette horreur qui restera à jamais graver dans ma mémoire. L’un des pires instants de ma vie.
J’ai mis bien du temps à me redresser, trempé, la pluie glaçant mon corps entier, mais mon cœur était déjà gelé, ne battant plus que par principe, ayant perdu son but, sa raison. Je n’avais su te protéger… J’avais été inutile, incapable de faire rien que cela. Te garder près de moi était donc si complexe ? Je n’étais donc pas doué de la sorte pour réussir à protéger le seul que j’aime réellement ? J’étais pathétique, voilà ce que me tannait mon crâne, cette conscience qui m’en voulait de m’infliger cela, de ne savoir vaincre, d’être faible au point de toujours te laisser filer de la sorte…
Si seulement nous pouvions retourner à cette époque où nous étions ensemble et rien d’autre n’importait, où nous étions heureux, seuls toi et moi, tous les deux. Mais maintenant, il n’y a que la distance entre nous. Que ce vide géant qui me donne le vertige. Qui attire et effraie à la fois. Qui me fait me perdre comme jamais. Cette distance écœurante qui nous sépare… Pour combien de temps ? Combien cette fois ? Plus longtemps ? Moins longtemps ? Allais-tu réapparaître dès que mes paupières se décideraient à me faire de nouveau face à ce monde bien moins lumineux… « Hein Milo ? Combien de temps avant que tu me reviennes cette fois ? » Chuchotais-je, rouvrant les yeux, redressant mon regard vers cette rue toujours aussi vide, mes larmes rincées par la pluie. Je peinais à me redresser, sentant mes jambes flancher, mes forces me quitter, drainées par ce déchirement que l’on nous avait imposé. J’y parvins, sans savoir pourquoi je cherchais tant à le faire. Pourquoi ne pas rester là, au milieu de la route, à attendre que tu me reviennes, que tu me remettes en marche, comme tu as toujours su faire… Mais je me levais, sans le savoir, mon crâne, lui, savait. Il voulait que je l’accepte, mais il en était hors de question, faisant volte-face, tournant le dos à cette rue qui t’avait englouti, rentrant chez nous. Chez nous… Chez moi… Plus maintenant… Tu n’y serais plus… Comment s’y sentir bien de nouveau … C’est sûrement pour ça que je suis resté devant cette demeure dans laquelle nous avions habitude de rentrer main dans la main, en plein rires, en nous embrassant avec amour… Je nous revoyais passer cette porte, chacun de ces souvenirs si heureux étant à cet instant plus terrible que la pire des tortures. Je restais là, sans parvenir à entrer. Je serai probablement resté de tel si elle n’avait pas été là. Celle qui savait me sauver quand tu n’étais pas là pour le faire… Comment dois-je survivre maintenant … Maintenant que même elle… Même elle… Milo… Comment je vais faire ? Qu’est-ce que je dois faire ?
Comme toujours, ma mère a su s’inquiéter pour moi. Trempé, les yeux rouges, sans aucune expression, fixant la porte d’entrée avec cette tristesse infinie imprégnée dans mon regard. Elle a avancé lentement, n’a pas prononcé le moindre mot, glissant une main dans la mienne, me faisant frissonner, sentant une larme se mêler de nouveau aux gouttelettes d’eau. Je l’ai suivi alors qu’elle me tirait à l’intérieur, préoccupée, ne tenant plus et d’une voix chaleureuse, une voix qui avait d’ordinaire toujours su me rassurer, me calmer, mais qui alors ne faisait rien d’autre que me poignarder de plus belle, sans qu’elle n’en soit consciente : « ça ne va pas mon grand ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » Qu’est-ce qu’il s’était passé ? Je n’en étais pas moi-même certain… Etait-ce comme ces autres séparations que nous avions subies ? Violentes, terribles, mais temporaires ? Ou bien était-ce autre chose ? Une chose que je ne voulais en aucun cas  définir, sachant que mettre des mots dessus ne serait que la rendre plus réelle. Ce n’était pas possible, je ne voulais pas. Parler me fit souffrir, je ne voulais pas, mais je me le devais, je t’avais déjà perdu toi, j’avais déjà omis de te protéger, de te rassurer. Allais-je faire de même pour ma mère ? Etais-je l’un de ces égoïstes ? Je ne voulais pas en être. Surtout pas… Mais je l’ai été sans le savoir… « Rien. Je vais juste aller me coucher… Pendant plusieurs jours… » J’évitais son regard, je ne voulais pas l’inquiéter, je n’aimais pas faire de telle, mais n’arrivais pas à faire semblant, jamais lorsque Milo était impliqué… Elle resta là, à m’empêcher de bouger, alors que j’essayais de rejoindre ma chambre. Elle n’avait pas à forcer, je n’avais plus les capacités pour lutter. Alors elle demandant, devinant la raison d’un tel désarroi de ma part : « Et ton Milo… il est où ? » Je m’arrêtais dans ma lutte, faible à souhait, qui visait à me libérer afin de rejoindre notre salle de musique, aspirant à profiter du fait qu’elle soit insonorisée pour hurler tranquillement, mais elle a su me couper en quelques mots : « Il n’est plus là… » Ma voix s’est brisée sur ces derniers mots et j’ai pleuré, je n’ai pas réussi à les retenir plus longtemps. Elle ne m’avait jamais vu de la sorte, elle a compris que cette fois, c’était d’autant plus grave que ça ne pouvait déjà l’être… Elle m’a serré contre elle et ne m’a pas lâché jusqu’à ce que je me calme.
Mon Milo… Repenser à cette scène continuera de me déchirer comme la première fois. Quoiqu’il arrive, je pense que rien ne parviendra à me faire oublier que ce soit ces images, cette peine, cette douleur atroce. Comment oublier… Combien m’ont dit qu’il me suffisait de t’oublier, me présentant la chose comme s’il s’agissait de la plus simple des actions à faire, mais ça me semblait tout bonnement inconcevable. T’oublier ? Pourquoi ? Je ne voulais pas t’oublier, je voulais simplement te récupérer. Je te voulais toi. Je nous voulais nous. Modeler nos vies pour qu’on nous laisse enfin ensemble. Qu’on nous laisse être, tout simplement. Nous nous foutions d’être entendus, d’être compris, être ensemble suffisait, alors comment être si nous n’étions pas l’un avec l’autre ? Comment vivre si être séparés ne faisait que nous rendre tristes et nous renfermer dans la solitude ? C’était de tel pour moi… Et toi, mon Milo… Comment étais-tu ? Que faisais-tu ? A quoi pensais-tu ? A moi ? A nous ? A ce qu’il s’était passé ? A tous ces moments que nous ne partagions pas ? A cette vie qui devenait de plus en plus morne sans la présence de l’autre ? Toi aussi, à cet instant, tu avais du mal à respirer mon Milo ? J’aurai tout donné pour avoir tes réponses, le silence s’éternisant encore et toujours. Mais tu n’étais plus là et ça me tuait à petit feu…

acidbrain

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Dim 8 Jan - 15:51


Part Nine




This game is not played alone...

Le premier jour n’a pas été le pire. Ils l’ont tous été. Chacune de ces journées passées sans toi à mes côtés. A sentir ce vide constant s’intensifier, à sentir ce gouffre invisible se creuser dans mon être, cette part de moi-même disparaître lentement et douloureusement suite à ton absence. Je ne pouvais tout simplement plus vivre, je n’en avais plus l’envie, tu étais ma raison d’être, de sourire, de rire, sans toi, je n’avais plus envie de rien. Comment reprendre un quelconque train de vie sans toi ? Toutes mes pensées se dirigeaient constamment vers toi et rien d’autres, ton image était omniprésente, je ne pouvais en avoir d’autres, penser à autre chose et je n’en avais aucunement envie. Je ne voulais pas penser à autre chose qu’à toi, qu’à ce qu’il s’était passé, qu’à ce qu’il pouvait bien t’arriver maintenant que tu n’étais plus à mes côtés, maintenant que tu ne pouvais plus venir te réfugier dans mes bras. Où étais-tu ? Que faisais-tu ? Que te faisaient-ils ? Je n’avais pas de réponses, juste une multitude de questions cinglantes et terrifiantes lancées dans le vide, mon crâne se chargeant d’imaginer des réponses, des hypothèses, plus stressantes et terrifiantes les unes que les autres, s’accordant sur un point. Je n’avais pas su m’occuper de toi. Je n’avais pas su te protéger. Quoiqu’il t’arrive, c’était de ma faute. Je n’avais pas été à la hauteur et n’avais cesse de me maudire pour tout ça.
Je ne sais comment je suis parvenu à m’endormir ce soir-là, cédant sûrement aux caresses de ma mère, à ses fredonnements réconfortants, à sa douceur maternelle, à moins que ce ne soit que l’épuisement dû au stress et à la peur qui n’avait su me quitter depuis que tu m’avais échappé. Elle est restée avec moi tu sais, jusqu’à ce que je ferme les yeux, jusqu’à ce que mes larmes cessent de couler, elle ne m’a pas lâché du regard, elle ne m’a pas lâché la main. Je n’ai pas lâché la sienne non plus, m’en voulant de rêver qu’il s’agisse de la tienne, de rêver que tu aies le droit toi aussi à une main réconfortante, à une présence aussi chaleureuse pour t’aider à t’endormir. Mais ce qui me tordait le ventre, ce qui me faisait me crisper, sursauter, l’inquiéter, c’était de me dire que ce n’était pas avec les deux monstres que tu avais emmené que tu allais trouvé la moindre once de réconfort… Je me sentais presque égoïste d’avoir droit à cela, de ne pas le mériter autant que toi. Mais elle est restée. Tout du long. Elle a eu raison de moi, elle a apaisé ce conflit intérieur, le temps de quelques instants. Le temps que je trouve le sommeil.
Je m’étais endormi. Un sommeil agité. Terrible. Me réveillant quelques heures plus tard dans un sursaut désagréable, crispé comme jamais, mais le plus terrible fut cet espoir, ma main qui se tendit vers ton côté du lit pour te chercher instinctivement. Cet espoir de sentir mes doigts effleurer ta peau, de voir ton visage endormi, de venir me coller contre toi pour échapper à ce cauchemar et me rendormir dans un sourire. Mais ce ne fut pas le cas, voilà ce qui fut le plus dur, me réveiller, te chercher et me rendre compte que mes doigts ne heurtaient que le vide, ne faisaient que se rendre compte de ton absence, la rendant plus réelle. Chaque matin était sous le même schéma, pas une seule fois je n’ai manqué de me réveiller en sursaut, nauséeux, à te chercher, même si je savais au fond que je ne te trouverais pas, que tu n’étais plus là, qu’il fallait que j’arrête d’espérer, m’engueulant silencieusement en me recroquevillant sur moi-même, pleurant parfois, d’autres fois en silence, mes yeux trop fatigués de toutes ces larmes pour m’en accorder plus. Serrant ton oreiller contre moi, revêtant l’une de tes vestes, l’un de tes hauts, quoique ce soit qui avait ton odeur. Mais même ça, ça m’échappait, se dissipant sans me laisser le choix, sans avoir la moindre chance de faire rester ne serait-ce que cela. Tout m’échappait, et ça me faisait perdre la tête…
J’avais cette fichue routine, une malsaine qui ne m’aidait en rien et à laquelle je n’arrivais pas à mettre un terme. Je n’en avais pas envie, je ne pouvais pas arrêter de te chercher. Tous les jours, j’avais mon téléphone avec moi, fixant cet écran vide de notifications, du moins te concernant. Sursautant à chaque vibration, cet espoir fou que ce soit un message de toi. Mais ce n’était jamais le cas. Je continuais d’espérer, tapant par automatisme ton numéro, écoutant ce message à voix robotique que je connaissais désormais par cœur me disant que ce numéro n’était plus attribué. Bien sûr. Ils s’étaient assurés que l’on ne se contacte plus. Pourquoi espérer qu’ils nous laissent au moins ça ? Et pourtant, je continuais, les appels, les SMS, mais aussi les mails, jusqu’à ce que je reçoive cette réponse d’erreur, ils avaient aussi supprimé ça. Puis tes réseaux, que tu n’utilisais pas beaucoup, mais j’avais besoin de tout essayer. Tout. Mais c’était peine perdue. Ils contrôlaient tout, et chaque fois, je perdais ces moyens de contact, sans aucune nouvelle de toi. Le néant. J’avais constamment peur, peur de ce qu’ils pouvaient te faire, peur aussi de ce que je faisais pouvait avoir comme répercussion sur toi, mais ça, je n’y réfléchissais qu’après que cette inquiétude, mais fait envoyer ces centaines de mails, de messages, d’appels et autres…
Mes journées se limitaient à cela, à te chercher sans me lasser, à sentir ce vide m’anéantir sans lâcher prise, m’accrochant uniquement à ce fol espoir, celui qui se transformait lentement en doux rêve, celui de te retrouver, de venir te chercher et de t’emmener loin, n’importe où, juste avec moi. Je ne mangeais plus, du moins presque plus, mon estomac trop tordu pour laisser entrer quoique ce soit, cédant malgré tout aux suppliques de ma mère avant de regretter, quelques minutes après, de lui avoir fait ce plaisir. Je n’avais pas envie de manger. J’avais envie de te retrouver. J’avais envie de mon Milo, j’avais besoin de toi, je ne désirais que te sentir à nouveau contre moi et ne plus jamais te lâcher, ne plus jamais te laisser quitter mon champ de vision, t’avoir à moi et à personne d’autre. Mon Milo. Le reste ne m’importait pas le moins du monde.
Quand je n’étais pas cloitré dans ma chambre, j’étais posé derrière ma batterie, je n’arrivais pas à jouer, je ne cherchais même pas à essayer, restant des heures à fixer ton clavier, te revoyant derrière, revoyant ses images sans avoir à chercher ou à me concentrer pour tant elles étaient encrées dans mon crâne. Tu étais là, derrière les touches, à jouer, même tes mélodies parvenaient à mes oreilles… Je dévorais tes expressions, ton sérieux, tes sourires, ton regard, tout. Je revoyais tout, comme si tu étais là, mais à chaque fois que tu relevais la tête pour me sourire ou pour rire aux éclats suite à je ne sais lequel de nos délires alors tu disparaissais. Tu n’étais plus là. Et le sourire qui me prenait à chaque fois que je te voyais, t’imaginais en ma présence, s’affaissait en une seconde, laissant place à mes larmes, lâchant mes baguettes et venant me recroqueviller dans un coin, laissant libre cours à mon chagrin. Je pouvais rester des heures ainsi, à pleurer, à fixer le vide, à ne rien faire, à juste attendre que ce cauchemar se termine enfin. Mais il n’y avait pas de fin. Il ne s’arrêtait jamais. Et à chaque fois que je sursautais en voyant la porte de notre ancien petit havre de paix s’ouvrir, je me figeais en voyant ma mère avec son air inquiet, sa peine tirant ses traits, me faisant craquer de plus belle alors qu’elle venait s’asseoir à mes côtés, restant avec moi parfois ou venant me ramasser pour s’occuper de moi.
Tu sais, elle a toujours été adorable avec moi, elle a toujours fait de son mieux, elle m’a laissé mon espace, elle ne m’a pas forcé à quoique ce soit, je ne sais pas comment elle faisait pour me supporter, quand j’y repense, je devais être invivable, insupportable, pathétique… Mais tu la connais, elle a toujours été là à me soutenir… Elle ne m’a jamais forcé à sortir, à aller en cours, à jouer à nouveau, à faire quoique ce soit, sachant, lorsqu’elle émettait des suggestions, que je n’étais pas partant et ne me laisserai pas convaincre. Elle savait lire en moi si facilement… Pourtant, juste une fois, elle m’a tenu tête, et je m’en voudrai éternellement de lui avoir répondu de la sorte… Tu aurais vu sa tête lorsque je lui ai répondu… Tu aurais vu son regard… Je lui ai fait tant de mal… Tant de mal…
J’avais encore les cheveux roses à cette époque, tu sais, cette couleur vive que tu aimais tant… Cette couleur que j’ai gardée si longtemps pour toi, rien que pour toi, parce que tu l’aimais et que j’aimais ton sourire lorsque tu y passais tes doigts si précieux. Mais à quoi bon les entretenir maintenant ? Tu n’étais plus là pour les regarder avec ce tendre sourire, tu n’étais plus là pour les caresser avec une douceur extrême, pour me bercer de tes mains… Cette couleur s’effaçait et avec cela, je réalisais que tu n’étais vraiment plus là. Elle s’en est rendu compte, ma mère… Elle voyait bien que je ne réclamais plus qu’elle s’en occupe, que je les laissais juste disparaître… « Mon chéri… Tu ne veux pas que je leur fasse quelque chose ? » M’avait-elle demandé en me récupérant encore une fois effondré dans notre salle de musique. Je n’ai pas répondu de suite, je réfléchissais. Je sentais que faire disparaître cette couleur me ferait du mal, mais je n’avais pas non plus envie de la garder, à quoi bon quand tu n’étais pas là pour l’apprécier… « Si… » Son visage s’est, de suite, illuminé lorsque j’ai répondu par l’affirmative, j’ai été si bête de la faire espérer de la sorte, si dur avec elle, ma pauvre Mum… « Tu peux me les reteindre en brun. » Son sourire a disparu en une seconde. Elle n’a rien dit, me fixant alors que je faisais tout mon possible pour ne pas ciller : « Macéo… Mon chéri, tu ne devrais pas… » Je me suis redressé d’un bond, je n’ai pas réfléchi, je lui ai fait peur, après tout, c’était la première fois que je prenais un ton si dur et froid à son égard : « Je ne devrais pas quoi hein ? Pas désespérer ? Pas changer ? » Elle a sursauté, prise de court, et j’ai vu dans son regard qu’elle ne me reconnaissait pas et ça m’a fait mal, alors pourquoi est-ce que je ne me suis pas arrêté là ? Pourquoi est-ce que je me suis acharné contre elle ? Elle ne faisait rien de mal… Elle voulait juste m’aider… Alors pourquoi est-ce que je réagissais comme ça… « Je n’ai pas dit ça… Je… » Mais rien n’y faisait, je n’arrivais juste plus à me retenir. Qu’est-ce qu’ils attendaient tous de moi ? Que je continue ma vie comme si de rien était ? Comme si tu n’en avais jamais fait partie ? C’était tout bonnement impossible. Je n’arrivais même pas à me souvenir ces temps où tu n’étais pas dans ma vie… Alors vivre de la sorte ? Hors de question. Et j’ai éclaté de plus belle… Jamais elle ne saura à quel point je m’en veux de m’être comporté de la sorte avec elle… « Tu quoi ? Hein ? Qu’est-ce que je devrai faire ? Eclaire-moi, je t’en prie ! » Mais elle n’a rien ajouté, fixant le sol, hésitante, se retrouvant prise au dépourvu, espérant peut-être lorsque j’étais pris d’un certain mutisme. Je me suis levé d’un bond, passant devant elle pour sortir de la pièce, lâchant simplement cette évidence qui me brisait : « Tu vois, y’a rien à faire. »
Je suis allé dans la salle de bains, j’ai fouillé dans ce placard où s’entassaient mes anciennes couleurs, toutes celles que je m’étais acheté ou qu’elle m’avait offertes, cherchant celle que je n’utilisais jamais, celle de ma couleur d’origine. Je me suis attaqué à mes cheveux sans trop réfléchir, mes émotions embrouillant trop mon cerveau pour que je le fasse sérieusement, refusant de me regarder dans la glace, sentant des larmes de colère me piquer les yeux, brouiller ma vue. Pas contre ma mère, pas contre toi, contre moi, toujours… C’était un carnage. J’ai jeté la couleur, tombant au sol, n’arrivant plus à respirer correctement, n’arrivant pas à me laisser pleurer comme il se doit, me frappant le front de mes poings en me rendant compte de ce que je venais de faire, de comment j’avais été avec elle… Pourquoi je m’étais laissé aller de la sorte ? Pourquoi me défouler sur elle alors qu’elle ne cherchait qu’à m’aider ? Qu’à me tendre la main et pas me laisser seul face à mes tourments ? Pourquoi ne pouvais-je pas tout simplement accepter ? L’accepter ? La laisser me soutenir et me venir en aide ? Peut-être n’avais-je tout simplement pas envie d’être aidé… Elle a toqué à la porte, mais je l’ai à peine entendu, cédant à la panique. Qu’aurai-je fait si elle m’avait tourné le dos ? Si elle m’en voulait ? Si elle se mettait à me regarder autrement ? Si elle perdait son amour pour moi ? Ma peur grandissait et je perdais tout simplement le contrôle… « Macéo… ? » Un hoquet me prit alors que je serrais mes genoux contre mon torse, cherchant à me calmer, à ne pas me perdre dans mes émotions à nouveau. Elle est entrée et je me suis un peu plus plaqué contre le mur, ne désirant qu’une chose à cet instant, disparaître, qu’elle n’ait plus à me voir de la sorte, qu’elle ne m’en veuille pas, qu’elle ne soupire pas de désespoir… Mais elle n’a rien fait de tel… Tu te souviens comment était ma Mum non ? Toujours à me soutenir même quand j’étais la pire des sous-merdes… Je l’ai senti se raidir sur le pas de la porte, j’ai senti son regard sur moi, me faisant m’étrangler de plus belle. Puis elle est venue, ses mains si douces passant sur mes bras, attrapant mon visage pour capter mon regard, elle avait ce sourire… Ce sourire si magnifique, empli d’amour, ce sourire qui a su me faire respirer, qui m’a ramené un peu à la surface… « Tu vois… C’est pour ça que c’est moi seule qui ait le droit de jouer avec tes cheveux… » Elle avait les yeux embués, mais faisait de son mieux pour les cacher derrière son sourire maternel… Elle m’a aidé à me redresser, à m’asseoir et est allé chercher le reste de la couleur. Elle n’a rien dit alors qu’elle s’affairait à rattraper mes erreurs. Ne me quittant pas des yeux, murmurant un air, sentant que ça m’apaisait doucement. Puis elle a attrapé mon visage pour que je la regarde, à travers la glace… Je l’ai fait, peinant à me reconnaître, ne tenant que quelques secondes, heureux de ne pas voir son sourire triste lorsqu’elle se rendit compte que son fils n’arrivait même plus à se regarder dans la glace. « ça va aller mon chéri… » Elle m’a serré contre elle et les larmes ont coulé d’elles-mêmes… J’aurai voulu lui dire que j’étais désolé, que je n’avais pas voulu être comme ça avec elle, mais elle a nié de la tête, devinant sûrement… « Ne t’en fais pas, tu n’es pas seul, je serai toujours là… » Mais elle n’a pas toujours été là… Sinon, je pourrai toujours me réfugier dans ses bras lorsque tout est tout simplement trop dur à endurer… Lorsque mon souffle s’emballe à nouveau, lorsque la crainte happe mon cœur… Elle me manque, tu sais…
Heureusement qu’elle était là, je ne sais pas comment j’aurai fini si elle n’avait pas été là. Vraiment. Mon père aussi. Il me laissait plus d’espace, et pourtant, il venait, de temps à autre, s’asseoir à mes côtés, lorsque je divaguais devant mes caisses, absent comme toujours, perdu dans mes pensées. Il venait juste s’asseoir, me regardait jusqu’à capter mon attention, se moquant de devoir attendre des heures pour cela. Il jouait de plus en plus rarement, il avait remarqué comment je descendais en furie lorsqu’il pianotait sur son piano à queue. Il avait remarqué mon regard triste. Pourtant, lui et toi avez toujours eu une manière de jouer très différente. Encore une fois, ce foutu espoir ne voulait pas me lâcher et n’avait cesse de me faire rêver que tu étais de nouveau avec nous. Avec moi. Il faisait attention, il venait me soutenir, en silence, me montrer qu’il était là, ne me forçait pas à parler. Et pourtant, je pouvais lire ses préoccupations, elles transpiraient dans son regard. Je ne jouais plus. Je n’y arrivais plus. Il le savait, mais gardait la certitude que je jouerai à nouveau. Il essayait, parfois, de me proposer de lui jouer quelque chose, de lui faire écouter quelque chose, n’importe quoi, tant que je déposais mes mains à nouveau sur mes baguettes et faisais encore une fois vibrer les caisses et cymbales. Je ne lui en voulais pas… Il pensait bien faire. Mais peut-être qu’il était trop insistant parfois, peut-être qu’il ne comprenait pas à quel point jouer de la batterie sans toi pouvait me faire peur et du mal.
Mais au final, peut-être que je ne supportais pas qu’il insiste de la sorte… Qu’il ne comprenne pas. Peut-être que c’est déjà à cette époque que notre relation s’est fissurée… Il ne pensait qu’à mon bien, à mon avenir et pourtant, je n’acceptais pas son inquiétude. Ça me fatiguait de plus belle… Je n’arrivais pas à le regarder en face, ne manquant pas, par moment, de voir une pointe de déception dans son regard. Il était déçu que je laisse tomber la musique. Je n’allais plus en cours, je ne jouais plus. Moi qui avais tant demandé pour me lancer dans ce domaine. Lui qui avait tout fait pour m’aider dans cette lancée… Et voilà que j’arrêtais tout. Non. Ce n’était pas à lui que j’en voulais. C’était à moi. Pour le faire se sentir de tel… « Pourquoi tu n’essaies pas Macéo ? Ça te fera du bien… C’est ton instrument, ton meilleur ami, quoi de mieux pour t’exprimer ? Pour extérioriser ? » Je soupirais. Il insistait, encore, je lui jetais un coup d’œil, essayant de lui faire comprendre que je préférais être seul, que ce n’était juste pas la peine de chercher. Mais cette fois, il ne lâcha pas l’affaire. « Vas-y, tu peux le faire. » Son regard, le ton de sa voix, son expression… Tout ce qu’il dégageait me figea sur place. Comme si une pointe de colère lui avait échappé… J’ai attrapé contre moi mes baguettes, baissant les yeux.
Pourquoi ai-je fait ça ? Pourquoi lui ai-je cédé ? Car ce que j’allais faire aller être pire. Pire que de ne pas répondre à ses attentes. Et l’expression qui allait remplacer celle qui m’avait fait prendre cette décision allait être d’autant plus dure à encaisser. Mais tout ça, je n’y ai réfléchi qu’après, bien sûr. Pas doué jusqu’au bout… Pourquoi s’améliorer maintenant ? J’ai commencé, hésitant, ne sachant pas trop où j’allais, ce que je jouais, mais à peine les peaux avaient-elles vibré quelques secondes que je me laissais aller. Mon rythme s’accélérant, mes enchaînements se faisant plus clairs, plus assurés, plus forts. De plus en plus forts. Mes paupières se fermaient instinctivement lorsque mon regard se déposa sur ce piano vide. Mais ta mélodie vibrait dans mes oreilles, ta voix naissaient dans mon crâne, tes paroles vibrants dans mon crâne, assourdissant tout le reste, aidant mon corps à se mouvoir avec un naturel qui m’avait manqué. C’était comme si tu étais là, comme si je te voyais, là, jouant tes notes, chantant tes mots, comme si nous étions à nouveau dans cette harmonie si parfaite. Comme si tu étais là. Comme si… J’ouvrais à nouveau les yeux, au milieu de ce morceau, en sueur tant je m’étais donné, bercé par cette image de toi. Mais ce n’était qu’une illusion. Mon cœur ratant un battement lorsque mon regard constata à nouveau ton absence. J’eus une hésitation, perdu et le contrôle me manqua. L’énervement prenant la place. La rage transformant la force de mes gestes en violence. Me redressant, je balançais mes baguettes à travers la pièce, n’étant plus maître de mes faits et gestes, je m’attaquais à mon instrument. Comment avais-je osé me laisser bercer de la sorte ? Croire que je pouvais le faire sans toi ? Jouer sans toi pour m’accompagner… J’avais l’impression de t’avoir trahi. Comme si toucher à cette batterie laissait penser que je passais à autre chose, que je pouvais continuer sans toi. Mais c’était tout bonnement impossible.
Une cymbale a volé dans la pièce, provoquant un sursaut de mon père, se redressant d’un bond en me regardant de ses yeux exorbités, il ne s’attendait pas à ce que je fasse cela, à ce que je réagisse de la sorte, à ce que je m’acharne sur mes caisses, à ce que je laisse ma peine se muer en rage, à ce que j’extériorise cette colère contre moi-même sur mon instrument. Mais c’est pourtant ce que j’ai fait, je m’en voulais, je n’en pouvais plus, je refusais de m’être laissé aller de la sorte, je me dégoûtais de l’avoir fait, d’imaginer pouvoir jouer sans toi, alors c’était ma punition, détruire l’une des choses qui comptait le plus à mes yeux pour avoir osé jouer avec notre promesse, pour avoir été tenté de la sorte. Pour t’avoir, le temps de quelques courtes minutes, trahi, toi, mon Milo, qui était je ne sais où, en train de subir je ne sais quelles tortures et qui était seul. Que j’avais abandonné, le temps de ces quelques rythmes. Je m’écœurais tout simplement.
Il a fallu que mon père intervienne. La haine me brouillait tellement l’esprit que je ne l’entendais pas m’appeler, pas me dire de me calmer, d’arrêter. Il m’a attrapé et je l’ai regardé, son regard m’a refroidi. Ce fichu regard. J’ai toujours détesté le regard des gens, mais celui de nos proches est toujours plus terrible et dur à supporter… J’ai baissé les yeux, ma respiration saccadée ne parvenant pas à retrouver un rythme normal, mes mains ensanglantées tremblants sous l’effet de la colère et des coups donnés à ma batterie. Ma batterie… Spooky Jim Christmas n’était plus… Je venais de la détruire. Je m’en rendis compte lorsque je tournais les yeux vers sa dépouille, tremblant de plus belle, mes yeux s’embuant à nouveau. Mon père n’a rien dit. Il hésitait sûrement, entre me sermonner pour avoir agi de tel, pour ne pas avoir su traiter mon instrument, mon ami, mon soutien avec la dignité d’un vrai musicien, ou alors m’apaiser, ne pas intensifier mon mal-être. Le silence s’est installé jusqu’à ce qu’il me lâche, il leva la main avec une certaine incertitude avant de m’ébouriffer les cheveux, brisant le calme d’une voix encore un peu désorientée : « Ne t’en fais pas Macéo, ça va aller… On t’en trouvera une autre… Tu tournes une page là… » « Chéri. » Ma mère était montée, alertée sûrement par les mouvements à l’étage. Elle regardait mon père avec un regard dur, lui indiquant silencieusement de se taire, de ne pas aggraver les choses. Je me tournais vivement vers lui, sourcils froncés, son obsession pour la musique et ma réussite altérait donc autant son jugement ? Je m’éloignais de lui avant de sortir de cette pièce, ne laissant pas ma mère me retenir, répondant froidement : « Je ne tournerai jamais la page. Jamais. C’est juste que je n’ai juste plus besoin de ça. » Finis-je en jetant un dernier coup d’œil à ce qu’il restait de ma batterie. Il me regarda partir avec un certain désarroi, ma mère l’empêchant d’ajouter quoique ce soit, chuchotant : « Il a besoin de temps, et de soutien, tu sais ce que c'est, ne fait pas comme si tu ne le comprenais pas. » Il la fixa avant de baisser les yeux en opinant. « Je ne veux juste pas qu’il fasse d’erreur. » Elle a souri en lui caressant la joue : « C’est notre fils, crois un peu en lui et laisse-le se remettre. » Puis elle est revenue vers moi, s’asseyant à mes côtés, ne prêtant pas à mon regard empli de gratitude, pansant mes blessures avant de grommeler : « Tu fais toujours du vacarme avec ton instrument à boumboum. » J’ai eu un faible sourire et elle a séché mes larmes d’une caresse, mon père s’installant à nos côtés en silence, son regard désolé hésitant à croiser le mien. Je ne lui en voulais pas, je le comprenais, je m’en voulais à moi, tout partait dans tous les sens et je n’arrivais plus à suivre, plus à être digne de leurs attentes. M’enfonçant de plus belle.
Je continuais de sombrer de plus belle, ces derniers évènements n’aidant en rien à faire taire ce sentiment de culpabilité qui m’oppressait et enivrait mon esprit. Ces peurs, ces craintes, cette colère n’avaient cesse de me torturer et de malmener mon esprit. Je n’aimais pas être comme ça, ça m’énervait de plus belle, il suffisait que je m’imagine comment tu réagirais à me voir dans tel état pour me frapper et m’insulter. Tu ne m’aurais pas aimé comme ça, pire, tu aurais culpabilisé, alors que fond, tout ça ce n’était pas de ta faute. Je n’avais pas su te protéger de tes tortionnaires. Je n’avais pas réussi à t’aider et t’extirper des griffes de ces démons qui prenaient toujours un plaisir malsain à supprimer violemment tout bonheur que tu pouvais toucher des doigts. Non, tu ne m’aurais pas aimé comme ça, je le savais, j’y pensais, je voulais me bouger, mais je n’arrivais pas à être moi-même, je ne pouvais plus l’être, pas sans toi. Je n’avais même pas la force de faire semblant… Pour qui ? Il était inutile de mentir à mes parents, je n’allais plus en cours, je ne répondais à aucun appel, refusait les visites, ne croisait plus personnes depuis déjà des semaines. J’espérais juste qu’ils m’oublient tous, que je parvienne enfin à avoir une piste me menant à toi et te récupérer. Mais c’était trop demandé à certain de m’oublier. Notamment à une. Sammy…
Elle n’a jamais lâché l’affaire, tu sais, entre les appels, les SMS, les snap et autres mails ou autres contacts sur les réseaux sociaux. Peu importe le nombre de semaines ou de mois qui s’écoulaient, elle ne lâchait pas l’affaire. Sammy. Têtue comme jamais. Elle était venue, plusieurs fois, espérant me voir, mais à chaque fois que ma mère venait me dire qu’elle était là, qu’elle demandait à me parler alors je niais de la tête et elle l’a renvoyé chez elle avec un sourire désolée. À plusieurs reprises, elle avait essayé de me forcer un peu plus, montant carrément pour m’avoir en face d’elle et alors je la renvoyais plus froidement que ma mère ne le faisait à l’entrée. Mais elle n’arrêtait pas. Entêtée comme personne. Enfin si, toi… Le peu de potes que j’avais ne me contactaient plus, même l’université avait compris que je laissais tomber et ne reviendrais plus en cours, ils leur avaient suffi seulement de quelques mois pour cela. Mais Sammy et mes parents continuaient, je me demandais bien comment ils faisaient pour rester à mes côtés de la sorte. Comment ils faisaient pour ne pas perdre espoir, être lassés, fatigués, énervés contre moi. J’étais déprimant et pathétique, méchant et froid, dur avec eux comme jamais je ne l’avais jamais été. Ils ne méritaient pas ça, ils ne méritaient pas que je sois ainsi, que je détruise ainsi, petit à petit ces liens qu’ils se battaient à maintenir, ces liens qui se brisaient déjà lentement.
Mais ils ont tenu. En quelques sortes, pour certains. L’un s’est renforcé, l’autre a été bien malmené, et le dernier… Le dernier… Il s’est évanoui et ne reviendra jamais. Mon plus grand regret, celui qui me suivra et me hantera à jamais, me valant parfois des sourires, d’autres fois des pleurs. Jamais je ne l’oublierai, peu importe le mal que ça peut faire. J’espère que je pourrai t’en parler un jour. Car tout ce que je ressens à ce sujet, à son sujet, sur elle, je le garde pour moi et ne pourrai le partager qu’avec toi. Toi seul. Comme beaucoup de choses que je garde enfouies en moi, du moins, pourrais-je essayer de te parler de certaines. Si un jour, je te retrouve, si un jour, tu reviens dans mes bras… Un jour…
« Macéo… » Je ne suis pas, de suite, sorti de ma torpeur. Depuis combien de temps étais-je là, à regarder ces anciens messages que nous nous étions envoyés. Recroquevillé dans un coin de ma chambre, l’un de mes pieds nus frappant inlassablement le sol, mon torse amaigri avachi, mes jambes, flottant dans mon jogging, serrées contre moi, entourées de l’un de mes bras, celui gardant mes cicatrices de mon accident, une barbe de je ne sais combien de jour obscurcissant les traits de mon visage pâle de ne pas avoir vu le soleil depuis un certain temps. Je ne ressemblais à rien, ne faisant que des efforts que lorsque ma mère me tirait par le poignet pour me débarrasser de ces mèches obscurcissant de plus belle mon regard. Une main s’est déposée sur mon épaule « Macé… » J’ai relevé la tête dans un mouvement vif, cette voix, je la reconnaissais même si je ne l’avais pas entendue depuis bien longtemps. « Sammy… » Soupirais-je en la reconnaissant. Elle n’avait pas changé. Pourtant, cela devait bien faire un an depuis que tu étais parti et que j’avais refusé de voir qui que ce soit. Elle n’avait forcé que trois ou quatre fois en entrant dans ma chambre malgré mes avertissements. Il y a déjà plusieurs mois de ça… J’avais espéré qu’elle avait compris, qu’elle avait abandonné. Mais à la voir là, ce jour-là, m’adressant un sourire chaleureux, s’accrochant à mon épaule, je devinais qu’elle n’avait jamais vraiment désespéré. « Pourquoi… » Murmurais-je en réalisant qu’elle était vraiment là, futée, elle avait dû réussir à convaincre ma mère ou mon père de la laisser monter me voir. Je me braquais, me redressant dans un mouvement brusque pour échapper à sa main. « Qu’est-ce que tu fais là. » Dis-je froidement avant d’attraper un sweat et de l’enfiler, gardant la capuche abaissée. Elle m’a suivi en gambadant dans ma chambre, jetant des coups d’œil à certains endroits : « Je me disais que je devais terriblement te manquer et- » « Je croyais avoir été clair la dernière fois Sam. » La coupais-je en lui jetant un regard en biais. J’avais été suffisamment dur et violent avec elle, l’ignorant parfois en me plongeant dans un certain mutisme, laissant aller mon énervement contre elle et la renvoyant chez elle avec des paroles que je n’aurai jamais pouvoir lui dire, lui claquant parfois même la porte au nez après l’avoir poussé hors de ma chambre. J’avais vu ce regard quelque peur apeuré lorsque je m’étais emporté contre elle la dernière fois. Lorsqu’elle avait essayé de me faire sortir, de me faire la suivre et que je l’avais repoussé dans tous les sens du terme sans la moindre douceur. La première fois que j’étais si dur avec elle, et je n’avais pas manqué de relever son regard avec cette pointe de tristesse et de crainte avant de refermer la porte sur elle. Alors pourquoi revenir alors qu’elle savait comment j’étais ? Pourquoi tenter à nouveau ? Je n’étais pas sûr de vraiment vouloir le savoir. Car la voir là, avec son sourire, comme si je n’avais pas été horrible avec elle il y a de ça quelque temps, me blessait et me rappelait qu’elle ne l’avait pas mérité… Elle n’avait voulu que m’aider, qu’être là pour moi et encore une fois, j’avais agi d’une manière qui ne me ressemblait pas et qu’elle ne méritait pas… « Va-t’en. » Ajoutais-je en détournant à nouveau le regard, quittant ma chambre pour aller m’asseoir dans notre salle de musique, refermant la porte derrière moi, me laissant tomber le long d’un des murs. Je fixais cette nouvelle batterie que m’avaient achetée mes parents, peu de temps après la destruction de Spooky Jim Christmas… Je la regardai un instant avant de poser à nouveau mon front contre mes genoux, entourant mon crâne de mes bras, lessivé.
« Ouuuh ! Elle est jolie ! Je peux ? » Je relevais à nouveau la tête d’un mouvement brusque. Elle s’était faufilée à ma suite et voilà que je la voyais s’installer à ma batterie sans attendre que je lui en donne la permission. Moi-même, je n’y avais pas touché et voilà qu’elle allait être martyrisée par une novice. « Att-… » Mais c’était trop tard, et je fronçais les sourcils en la voyant taper selon son envie sur les mauvaises zones des peaux, dans un enchaînement terrible, avec une force inégale pour chaque caisse sans parler de son utilisation du Charley et de la Ride… « Badadumtss ! » Chantonnait-elle avec un sourire au-dessus de son vacarme. Je me levais pour lui ôter les baguettes des mains sans plus de ménagement, plus par supplice auditif que par méchanceté… Elle me jetait un regard boudeur, faisant une moue en bougonnant : « Ta faute, t’avais dit que tu m’apprendrais alors assume… Puis ce n'était pas si terrible, t’en rajoute trois tonnes wesh… » Je la dévisageais sans comprendre ce qu’elle faisait encore là et pourquoi elle persistait à faire comme si de rien était. Je ne disais pas un mot, continuant de la fixer alors qu’elle s’entêtait à maintenir sa moue mécontente, plissant un peu plus ses yeux en soutenant mon regard perdu : « Tu verrais ta tête p’tit zombie à barbe… T’as qu’à me montrer si tu n'es pas content ! » Répliqua-t-elle en me tirant par le poignet pour m’installer à sa place, mais je regardais la batterie une seule seconde, déposant les baguettes sur la caisse claire, je n’avais pas la moindre envie de jouer. « Sam, s’il te plaît, tu veux bien-… » « What ??! » Elle tira d’un geste sec sur ma capuche, découvrant mes cheveux, jouant avec certaines de mes mèches. « Putain Macé ! Maintenant, je dois 10 dollars à Tito ! J’étais sûr que t’allais redevenir flamant rose moi ! » J’essayais de la repousser d’un geste du bras en soupirant, elle n’avait rien dit la première fois qu’elle m’avait vu avec mes cheveux bruns, pourquoi elle s’en amusait maintenant, je n’arrivais pas à comprendre ce qu’elle cherchait et commençait à me fatiguer de la faire s’expliquer. « Tu veux bien m’écouter une secon-… » « HINHINHIN ! » Je me massais la tempe à son éclat de voix, lui jetant un regard mécontent, mais elle était déjà partie loin… Très loin même… « Je sais ! En fait, t’as toujours été accroc à ma couleur de jais et tu me copites, c’est ça ? Hein ? Hein ? Hein ?! » Je niais d’un signe de tête exaspéré, laissant échapper un soupir.
À quoi jouait-elle ? Que cherchait-elle ? Pourquoi faisait-elle semblant ? Qu’est-ce qu’elle voulait ? Que je fasse moi aussi comme si de rien était ? Comme si je ne lui avais pas déjà assez fait de mal comme ça ? Comme si je n'avais déjà pas suffisamment malmené notre amitié et joué avec son affection pour moi ? Ce n’était pas possible. Je lui jetais un nouveau coup d’œil, plus appuyé, cherchant à lire en elle. Mais ça n’a jamais été facile avec elle. Sam… Même quand elle avait été au plus mal, avec la disparition de Raph, son frère aîné, il avait été difficile de la percer à jour, de la laisser s’ouvrir, de se laisser aller. Voilà que les rôles étaient désormais inversés… En quelques sortes… Sauf que pour ma part, je gardais ce doux rêve de retrouver tes bras, tes sourires, tes lèvres, ton regard, ton tout à nouveau… J’avais beau chercher, je n’arrivais pas à la comprendre. Pourquoi ne m’en voulait-elle pas ? Pourquoi ne s’énervait-elle pas tout simplement contre moi ? Pourquoi se refouler ? Elle avait tous les droits, je la laisserai faire sans l’en empêcher, me balancer une multitude de reproches qui devait lui trotter dans le crâne. J’avais balayé notre amitié du jour au lendemain, je l’avais repoussée avec une froideur qu’elle n’avait pas à connaître, et pourtant, elle était là, à me sourire et à agir comme à son habitude, comme une amie, à me parler comme si je n’avais rien fait de mal, comme si hier encore nous nous baladions dans les rues de Los Angeles, à rire de bêtises, à skater sans grandes précautions, à traîner et passer le temps jusqu’à ce que le soleil descende sur les eaux au large de la ville. Mais tout cela me semblait si loin, des images bien floues cachées dans un coin de mon crâne, j’avais perdu cette petite lueur complice que nous partagions. Alors pourquoi persistait-elle à briller dans son regard ? Pourquoi s’y accrocher de la sorte ? C’était fini non ? Je n’étais plus ce Macéo. Elle ne voulait très certainement pas de celui que j’étais désormais…
J’inspirai longuement avant de me tourner vraiment vers elle, cherchant mes mots quelques instants, relevant mon regard vers elle, sans le moindre sourire et un sérieux que j’avais rarement eu avec elle : « Sam… » « Tututut. Erreur bonhomme. J'écoute pas. » Elle se boucha les oreilles telle une enfant mécontente. Je la dévisageai, arquant un sourcil, sans comprendre ce qu’elle voulait dire et insinuait par-là, puis, je soupirai à nouveau, me frottant le visage d’un geste nerveux. Si elle continuait de me couper de la sorte à chaque fois, on n’allait vraiment pas y arriver. Et ça ne m’amusait malheureusement pas. Plus rien ne m’amusait. Je relevais mes yeux à nouveau, appuyant un peu plus mon regard et d’une voix plus assurée je repris : « Écoute Sam… » « -My ! Bordel ! T'es buté toi... » Je la dévisageais. C’était à son tour d’adopter un ton que je ne lui connaissais pas, une pointe d’énervement, de colère… Je compris mon erreur et baissais les yeux dissimulant une esquisse attristée. Voilà que je lui refaisais du mal sans même m’en rendre vraiment compte… Plus pourri comme pote, c’est possible ? « Sammy… » « Ding ding ding ! Il t’en a fallu du temps ! » Se moquait-elle, appuyant sa phrase d’une pichenette sur mon front, me faisant la regarder une nouvelle fois pour lui découvrir un sourire soulagé et à nouveau heureux.
Un simple mot peut faire plus de mal qu’on ne le pense. Je le sais pourtant, très bien même. Alors pourquoi n’avais-je pas fait attention… Je n’avais tout simplement pas pensé que ma manière d’être, de faire, de parler ou d’agir à son égard pouvait à ce point l’affecter. J’avais été naïf. Ne croyais-je donc pas en son amitié ? Pourtant, elle n’avait jamais manqué de me la prouver, à sa manière souvent, mais tout de même. Et voilà que j’avais balayé des années en quelques mois et un comportement d’ordure de première. Je ne me félicitais pas, c’était plutôt elle qui méritait un trophée, pour avoir tenu malgré tout ça. Je la regardais, elle n’avait pas quitté son sourire, une pointe de soulagement perçait dans son regard. Je lui rendis un petit sourire avant de tout de même demander : « Qu’est-ce que tu fais là ? » Elle s’est assise en tailleur en face de moi, appuyant son menton sur une de ses paumes, me poquant le genou d’un doigt : « Je te l’ai dit, je savais que je devais te man-… » « Sérieusement, Sammy. Je pensais avoir été clair. » La coupais-je en la fixant avec sérieux pour la décourager de diverger dans tous les sens à nouveau. Elle s’est tue avant d’inspirer longuement en se redressant. « J’ai besoin de ton aide. » Elle m’attrapa par le poignet et me tira à sa suite, d’une force que je ne lui connaissais pas vraiment, à cette époque encore, j’étais loin de me douter de ce qu’elle était en réalité. J’ai juste pensé que j’avais vraiment faibli en une année… J’ai tenté de lutter, de lui dire que ce n'était pas la peine, de demander plus d’explications : « Sammy laisse tomber, tu veux ? Je n'ai pas envie de… » « C’est une question de vie ou de mort là Macéo. Alors bouge ton joli popotin et zoupzoup. » Me coupa-t-elle à son tour, son regard préoccupé me laissa hésitant quelques instants, essayant à nouveau de deviner ce qu’elle insinuait, si elle était dans le vrai ou qu’elle me trompait une nouvelle fois. Mais j’ai fini par enfiler mes Vans et la suivre, obligé à nouveau vu qu’elle s’était déjà emparée une nouvelle fois de mon poignet. « On sort Laura ! Je vous le ramène rapidement promis ! » Dit-elle à ma mère qui nous regardait descendre, des paillettes dans les yeux de me voir chaussures aux pieds. « Maman, je… » Décidément, elles s’étaient passé le mot pour me couper ce jour-là. « Prends ton temps mon chéri, ne t’en fais pas. Vous me tenez au courant vous deux ! » Elle nous suivit du regard jusqu’à ce qu’on disparaisse de la rue, un sourire soulagé aux lèvres. Pour ma part, les rayons du soleil me firent plisser les yeux et me donnèrent bien rapidement la migraine. Heureusement, la journée était déjà bien entamée et le ciel se colorait lentement de cette couleur orangée du coucher, couleur que j’adorais regarder de la plage autrefois, que je n’avais su apprécier à sa juste valeur depuis si longtemps, à travers les stores des fenêtres de ma chambre… « Tu vas enfin me dire où on va et ce que tu trames ? » Grognais-je en abaissant un peu plus ma capuche, suivant avec peine Sammy qui marchait devant moi, se retournant avec un clin d’œil : « Fais-moi un peu confiance, tu veux bien ? » Je la regardais avant d’approuver d’un signe de tête. Après lui avoir fait aussi mal, je lui devais bien ça…
Je l'ai suivi sans plus réfléchir, après tout, j'étais déjà dehors, je lui devais bien ça, cette petite victoire. Car je savais qu'elle m'en était reconnaissante, qu'elle était soulagée que je me sois enfin décidé à la laisser me guider. Elle n'avait pas besoin de le dire pour que je le sache, il suffisait de regarder son expression et la pression qu'elle exerçait désormais sur ma main. Pas forte, juste elle s'y accrochait, comme si ça lui avait réellement manqué. Je mis un petit temps à répondre à cette pression et quand je le fis, elle arrêta de marcher devant moi, elle me regarda avec un sourire à nouveau soulagée de ce que cela induisait venant de moi. Nous avons marché ainsi un certain temps, côte à côte, sans parler. Elle regardait droit devant elle, radieuse et souriante, moi, je n'étais qu'un déchet à ses côtés fixant le sol pour ne croiser le regard de personne. Je n'avais pas tenu la main de qui que ce soit depuis que la tienne m'avait échappé, et même si sentir la main de Sammy contre la mienne avait quelque chose de réconfortant, ce n'était toujours pas aussi fort, pas aussi précieux que de tenir ta main. Cette simple petite étreinte réchauffant un peu mon cœur tout comme elle intensifiait ce manque de toi… De mon Milo…
« T’es parti où Macé? » Chuchota-t-elle en se penchant pour capter mon regard toujours aussi dissimulé. Je détournais mon regard du sien pour nier de la tête, marmonnant un mensonge pour pas que le sujet soit lancé, et tout simplement parce que je n’avais en aucun cas envie d’en parler, que l’on m’en parle, que qui que ce soit cherche à me donner son avis, à me réconforter et à essuyer ma culpabilité de mots emplis de pitié. « Rien, je suis là, tu vas me dire où tu m’emmènes ou quoi ? » Autant détourner le sujet et la lancer sur autre chose, je me foutais un peu de la réponse, espérant tout simplement que ça ne serait pas trop long pour que je puisse retourner m’enfermer rapidement et être à nouveau seul. Quoique, je l’étais même en présence d’autrui, tant que tu n’étais pas là, j’étais seul. Ce n’est pas si compliqué à comprendre… Elle me tira la langue : « Hey ! Je croyais que tu me faisais confiance vilain ! » Mais elle dut sentir ma pointe de fatigue à être dehors, avec tous ces gens, ce bordel de boucan omniprésent, alors elle pressa légèrement le pas. Je la sentis s’arrêter avec quelques mètres supplémentaires, elle ne me lâcha pas pour autant et déclara : « Tadam ! Je me suis dit que ça te ferait sûrement du bien… » Je relevais finalement la tête, découvrant cette petite crique que l’on avait trouvé il y a déjà de ça plusieurs années, un petit coin qu’elle avait adoré et qu’elle avait partagé avec moi, une petite plage calme où je l’avais découverte après la mort de son frère, un endroit où on se retrouvait souvent, lorsque Milo n’était pas là et que j’avais besoin de parler de lui, notre petit QG à discussions, mais aussi à silence où on se perdait tout simplement à penser en fixant le roulement de l’eau claire, fixant l’écume s’écraser sur le sable fin, s’apaisant à la simple mélodie de cette nature à couper le souffle.
Je suis resté à fixer cet endroit où je n’avais pas mis les pieds depuis un certain temps, parce qu’elle n’en avait plus eu le besoin, parce que je n’en avais plus eu le besoin, parce que je n’en avais pas eu l’envie cette dernière année, sachant qu’elle saurait m’y trouver. J’ai souri sans vraiment m’en rendre compte et elle s’est assise me tirant pour que j’en fasses de même, ne me faisant pas plus prier pour, épuisé par cette traversée de la ville pour rejoindre la crique. Elle n’a pas parlé, elle n’a rien dit et nous nous sommes tous deux perdus dans le silence, notre contemplation et nos pensées. Ces pensées… Même ici, elles n’étaient pas plus douces, pas plus lumineuses, elles ne se calmaient pas, et je ne l’avais même pas espéré. Mes jambes se sont resserrées contre mon torse, mes bras les enveloppant faiblement. J’ai ouvert la bouche après je ne sais combien de temps et c’est d’une voix étranglée, les larmes coulant malgré moi, fixant l’horizon que j’ai enfin avoué, que j’ai enfin dit ces mots qui me brisaient un peu plus : « Il me manque tellement, ça me tue… » J’ai plongé mon visage dans mes bras et me suis laissé aller contre Sammy qui avait de suite entouré mes épaules d’un bras, caressant mes cheveux en espérant pouvoir me bercer, me réconforter quelque peu, chuchotant : « Je sais Macéo… »
Nous sommes retombés dans un certain mutisme, seulement rythmé de mes sanglots et des caresses de Sammy, nous n’avons pas bougé, et lorsque je me suis enfin décidé à relever la tête, lorsque mes larmes n’avaient plus la force de m’échapper, lorsque ma gorge se dénoua quelque peu, alors le soleil était déjà en train de plonger au loin, disparaissant petit à petit à l’horizon, teintant l’eau de cette chaleureuse couleur orangée, le ciel et ses nuages recouvrant ces couleurs pastel si apaisantes, la lune commençant à s’élever dans le ciel pour faire venir avec elle son rideau sombre ponctué d’étoiles. J’ai essuyé d’un revers de manches les traces de mes larmes, jetant un coup d’œil à Sammy ponctué d’un sourire timide : « Désolé… Et… Merci Sammy. » Elle nia de la tête avec un clin d’œil : « J’ai eu un câlin ! T’as en aucun cas à t’excuser ou encore à me remercier. » Ce fut à mon tour de nier, sérieusement, j’avais de quoi la remercier, que ce soit pour être toujours là, des mois après, avec tout ce que je lui avais fait endurer et connaître, pour ne pas l’avoir laissé être là pour moi, pour l’avoir privée et blessée, puis enfin pour accepter de me voir dans cet état, pour me voir au plus bas, sans chercher à me bercer de paroles soi-disant réconfortantes. J’avais aussi de quoi m’excuser, pour ne pas avoir été là pour elle ces derniers mois, pour ne plus être le même qu’avant, pour ne plus avoir cette pointe de folie, cette joie et ce sourire. Pour être ce qui ne me ressemble pas, pour ne pas réussir à le cacher comme il faut. Pour ne pas avoir réussi à garder toutes ces pensées sombres pour moi, pour m’être perdu dans ce manque de toi et d’en avoir fait endurer les autres. Mais j’ai passé tellement de temps avec toi, tellement de moments si parfaits, nous avons tellement appris ensemble, tu m’as tant fait découvrir, si bien fait vivre, que je suis tout simplement venu dépendant de ces sentiments, de tout cela, de toi. Et je n’arrive pas à me faire à l’idée que tout ça n’est plus, est si loin de nous…
Elle soupira en m’ébouriffant les cheveux avant de se redresser et de s’étirer, regardant le soleil disparaître, reprenant la parole : « D’accord. Mais tu sais quoi ? Si tu veux vraiment me remercier et être pardonné, même si je persiste à dire que y’a pas à, alors tu peux me rendre un petit service… » J’arquais un sourcil en levant la tête pour la regarder, découvrant son petit sourire en coin, sachant qu’elle tramait quelque chose, après tout, elle trame toujours quelque chose… Essayant de deviner quoi, vain espoir, ce n’était même pas la peine de rêver avec elle. Restant silencieux, hésitant quelques instants sur ce qu’il fallait que je lui réponde. Inspirant longuement avant de faire mon choix : « Tout ce que tu veux, dans la limite du raisonnable… » Elle croisa les bras, semblant considérer un instant ma requête, je ne la quittais pas des bras, attendant simplement qu’elle se décide à me dire ce qu’elle avait en tête, n’ayant même pas la force ni l’état d’esprit pour essayer d’imaginer ce qu’elle allait me proposer. « Tu viendrais avec moi et Tito en roadtrip ? C’est raisonnable ça… » J’arquais un sourcil, ayant été habitué à bien plus excentrique et fou de la part de Sammy… Un roadtrip ? Pourquoi ça… Puis surtout, pourquoi avec moi, j’étais loin d’être dans un bon esprit pour partir en voyage et participer à l’ambiance du groupe. Je ne me sentais pas non plus de partir, ça ne me servirait à rien, ça ne changerait rien à ce que je ressens. Elle dut deviner que j’envisageais la réponse négative vu qu’elle se posta face à moi pour se lancer dans un monologue : « Je ne te demande pas de l’oublier, loin, très loin de là, je ne te demande rien du tout, juste de t’accorder quelque chose, de t’échapper de cette ville qui te fait d’autant plus sombrer. Ce n’est pas en restant comme ça que tu as réussi à avoir Milo et que tu le récupéreras. Je déteste utiliser cet argument, mais ça lui ferait du mal de te voir comme ça… Alors pour lui, pour toi… Laisse-toi vivre un peu… » Sur ces dernières paroles, elle m’adressa un nouveau sourire, tendant une main vers moi pour que je l’attrape, et ainsi, accepte sûrement. J’y réfléchis, en soi, elle n’avait pas tort, mais ça me dégoûter de le penser en même temps. Partir en voyage, découvrir des choses sans Milo ? Non merci. Mais je faisais du mal à mes parents ici… Partir les aiderait peut-être, puis ça ferait plaisir à Sammy. Puis qui sait, je pourrais toujours espérer te croiser quelque part… « Alors ? Tu veux être pardonné ou pas ? » Elle me taquinait, ne cessant pas de tendre la main vers moi. Je finis par l’attraper et me redresser : « Tant que tu ne conduis pas et que tu ne choisis pas la musique, pourquoi pas. Combien de temps ? » Elle sautilla sur place avant de se jeter à mon cou, hurlant dans mon oreille un cri de victoire, manquant de me refaire tomber au sol, un large sourire illuminant à nouveau son visage : « Aye aye sir ! Le temps qu’il faudra bien sûr ! »
J’ai accepté, je l’ai peut-être regretté par moment, mais je dois le dire, dans le fond, ce roadtrip m’a aidé en quelques sortes. Mes parents m’ont laissé filer avec Tito et Sammy, quelque peu inquiets, mais rassurés à l’idée que je me décide enfin à sortir, à bouger, à faire quelque chose de ma vie, espérant peut-être que ces voyages me permettent de me changer les idées, de m’aérer un peu l’esprit, et peut-être même de revenir un peu à celui que j’ai toujours été. Je ne pouvais pas leur en vouloir, ni même être vexé, il fallait que je fasse un effort. J’allais essayer, il me suffirait tout simplement d’intérioriser et de garder plus enfoui tout ce qui me préoccupe. Je pensais que je m’en sortirai de la sorte. Vraiment.


We have to reborn. (Part I)

Je dois l’avouer, quitter Los Angeles a aidé, cela m’a permis de prendre un certain recul, je ne sais pas si il est bon de vraiment utiliser ce terme, mais je n’en ai pas d’autres. Tu sais que moi et les mots, nous avons toujours fait deux, ça a toujours été ton domaine à toi, et moi, je me plaisais toujours à écouter tes mots... Quoiqu’il en soit, j’ai suivi Sam, nous sommes partis très rapidement, je pense que c’était le lendemain de ma première sortie, à moins que ce ne soit le surlendemain… Dans tous les cas, ça a été très rapide, elle ne voulait très certainement pas me laisser l’occasion de trop y réfléchir et trouver une échappatoire à la chose. Car j’y ai pensé, cette pointe de regret vint à nouveau tourner mon esprit, et comme s’ils l’avaient senti, ils sont venus me chercher pour m’emmener au même moment. Et nous avons filé, tous les trois, avec Tito, prenant la route. Je n’ai même pas demandé où on allait, s’il y avait un plan ou quoique ce soit, j’imaginais qu’il n’y en avait pas, il n’y avait ni itinéraire, ni réservation, ni durée. Rien. Juste une aventure sur les routes américaines. C’était sûrement le but, que tout soit improvisé, qu’on ne réfléchisse pas, qu’on s’échappe juste de cet endroit et des souvenirs qu’il renfermait. J’ai regardé la cité des anges disparaître au loin, me demandant si toi aussi tu avais ressenti cette boule au ventre quand elle avait disparu à l’horizon. Tu avais dû ressentir mille fois pire, après tout, ton départ était loin d’être aussi ambiancé que le mien. Dis mon Milo… Est-ce que j’ai été égoïste ? De partir moi aussi ? De faire ces voyages ? Ces souvenirs sans toi ? Ces questions n’ont jamais lâché mon esprit, culpabilisant d’avoir fait ce choix, de décider de prendre soin de mes amis et de ma famille, plutôt que de chercher à te retrouver et te sauver. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi… Car au fond, ces voyages, j’en avais toujours rêvé, toujours. Mais la vérité est que, si j’avais pu les faire avec qui que ce soit, je t’aurai choisi toi. Toi seul. Et ce manque de toi m’a suivi en dehors de notre superbe cité illuminée…
Je n’oubliais pas, je ne te mettais pas au second plan, loin, très loin de là, mais je pouvais essayer de récupérer celui que j’étais pour soulager ceux qui en avaient besoin. Et ils en avaient besoin. Ça ne s’est pas fait en quelques heures, ni même en quelques jours, pas même après avoir quitté notre chez-nous, après tout, je savais que changer du jour au lendemain ne ferait que les inquiéter de plus belle et les ferait surtout comprendre que je faisais semblant. Ça ne m’aurait pas aidé. Ils ne m’auraient pas lâché et voilà de quoi j’avais besoin. Qu’on me laisse avec mes idées, mes pensées, sans chercher à m’en défaire, à m’en séparer, à m’en dissuader. Ils ne comprenaient juste pas, ce n’était pas de leur faute. Il me suffisait de me retrouver seul pour que mon faux sourire disparaisse et que je me laisse replonger dans cet état nocif qui m’avait rongé pendant une année. Il suffisait que je dise être fatigué, laissant Tito et Sammy dans un sourire et un geste de la main pour me trouver un coin tranquille, où je serai seul et pourrai feindre de dormir, restant immobile dans mes draps à fixer le vide, te cherchant toi, encore et toujours. Ça n’a pas marché les premiers soirs, Sammy a toujours été bien trop maligne pour être si facilement trompée, alors elle me suivait et restait avec moi jusqu’à ce que le sommeil me happe, sa présence a toujours eu quelque chose d’apaisant, mais je ne voulais pas être apaisé. Et la simple idée de dormir dans le même lit qu’une personne qui n’était pas toi, même une amie, me donnait envie de me frapper et m’écœurait, me maintenant éveillé.
Les routes et les paysages ont défilés sous mes yeux. Je quémandais souvent le volant, je ne sais pas vraiment pourquoi, ça me permettait de me calmer, de me concentrer sur la routes et non pas sur mes pensées. Mais qui est chauffeur se doit de supporter le, et dans notre cas, la co-pilote, sa conversation infinie, si l’on peut appeler ça de la conversation, ses déblatérations s’apparentant plus à un monologue incessant ponctué de cris et de chants pouvant engendrant très souvent une certaine exaspération et un mal de crâne assuré. Alors, j’optais plus souvent pour la place à l’arrière, me laissant me perdre à regarder la route filer, le soleil se perdre dans les nuages clairs, le vent me fouettant le visage, se frayant un chemin à travers les fenêtres entrouvertes. Puis, ils n’acceptaient que très rarement ma requête, prétextant que j’étais trop pâle, trop cerné, bref, trop zombifié pour tenir le voyage sans me rendre plus mal ou pire, nous mettre en danger. La confiance était donc palpable. Mais, je ne leur en voulais pas, comment le faire ? Ils faisaient déjà tout ça pour moi, alors tout foiré à cause d’une bourde fatale de ma part n’était pas envisageable. Je me contentais de leur obéir, marionnette sans vie qui se mouvait sans que l’on sache réellement comment.


acidbrain

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Lun 20 Mar - 17:03, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Sam 18 Mar - 10:28


Part Ten




We have to reborn. (Part II)

J’aurai dû m’émerveiller de chaque arrêt, n’importe qui l’aurait été. Le premier fut San Diego, nous perdant dans la ville, me surprenant à sourire de certaines folies de Sammy, de la crainte de la perdre de Tito, des nouvelles rencontres, une ville riche en activités, et pourtant, je restais la majeure partie de notre temps là-bas de marbre. Car à chaque fois que je commençais à sourire, à m’amuser un peu, mon cerveau me rappelait à l’ordre, automatisme qui ne me quittait plus depuis ta perte. Combien tout ça aurait été mieux si mes doigts s’étaient emmêlés aux tiens, si mon regard avait croisé le tien, pétillant devant tout ça, mon cœur aurait palpité de plus belle à tes éclats de rire et tes paroles. A deux, ensemble, à nous, ce premier arrêt aurait vraiment été une superbe aventure. Mais ça ne l’était pas, gardant mon sourire sans éclat pour apaiser ces amis qui me jetaient ces regards préoccupés, qui ne me quittaient pas d’une semelle afin que je ne leur échappe pas, que je ne reparte pas dans ces ténèbres où j’avais trouvé mon aise. Mais ce qu’ils ne savaient pas, c’est que je commençais à être maître dans l’art de dissimuler ce que je ressentais, où j’étais en réalité, mon crâne et mes pensées se dissolvant chaque instant un peu plus dans cette mer noire de culpabilité, de peur et de tristesse. Je ne saurai te dire combien de temps nous y sommes restés, la plupart de nos souvenirs là-bas ne se sont pas encrés dans mon esprit, si bien qu’aujourd’hui encore, lorsque je regarde cet album explosif en photos et couleurs que m’a offert Sammy à mon anniversaire, je ne me rappelle que d’une minorité de ces instants, me brisant un peu plus lorsqu’elle me compte ces souvenirs avec un enthousiasme démasqué, un enthousiasme que je ne peux partager, car je ne me souviens plus Milo. Je ne me rappelle plus de tous ces bons moments. Et je crains toujours de lui faire de la peine, qu’elle m’en veuille si elle le réalise un jour. Une part de mon esprit se demandant si elle ne l’a pas deviné seule, raison pour laquelle elle m’apporte autant de détails dans ces contes de notre roadtrip, sans oser me poser de questions… Tu sais, Sammy a toujours été comme ça, à savoir sans dire… Peut-être qu’elle sait… Pourquoi cela me fait d’autant plus mal et peur d’imaginer cela ?
Nous avons quitté San Diego, reprenant la route, je crois que nous avons eu un compagnon de route, je me souviens juste qu’il y avait plus de bruit dans la voiture lors du trajet jusqu’à… Où sommes-nous allés ensuite… Ah oui… Je crois que c’était Palm Desert. Ça doit être ça, à moins que nous ayons fait un arrêt à Salton Sea avant… Je ne sais plus, j’espère qu’un jour j’aurai l’occasion d’essayer de retrouver ces souvenirs avec toi, de te montrer cet album… Non. Ce n’est pas une bonne idée. Car je sais que toi, tu découvriras sans grande difficulté les mensonges imprégnant chacune de mes expressions figées sur ces photographies. Alors ça te fera du mal, alors ça aggravera notre relation. Notre relation… Dis-moi Milo… Nous en avons toujours une n’est-ce pas ? Une relation ? Un lien ? N’importe quoi ? Je ne sais pas si je suis toujours ton Macéo, mais suis-je toujours ton Spooky ? Ton ami ? Rien que ça me suffirait déjà… J’en souffrirai, mais au moins, je t’aurai toujours un peu à moi… Non ? Sache que pour moi, malgré les années, malgré tout ce qu’il s’est passé pendant ces années à errer sans toi pour me guider, tu étais et seras toujours mon seul et unique amour…
Tu me revenais toujours en tête, quelques soit les endroits où nous allions, les routes que nous parcourions, les souvenirs que nous étions supposés partager ensemble. Ton image restait encrée dans mon crâne, dans mon esprit, dans mes rêves et cauchemars. Ils étaient toujours là, ces cauchemars, quand nous sommes arrivés dans le Nevada, faisant plaisir à Sammy qui rêvait de se ruiner à Las Vegas après que l’on se soit perdus dans la Death Valley… Je ne sais comment elle a réussi à ne pas se ruiner… Elle nous a même fourni plus de fonds pour prolonger ce roadtrip qui ne semblait pas vouloir finir. Il s’avère qu’elle est pleine de surprises celle-là. Cette ville aussi a été pleine de surprises. Pas de bonnes, malheureusement. Je n’ai pas vraiment supporté cet endroit. Trop de monde, trop de gens, trop d’humains débiles et puérils. Ce n’était définitivement pas pour moi. Ville de débauche et de vice qui a plus réussi à m’énerver que m’apaiser. Je me souviens de cette soirée, à laquelle j’ai, encore une fois, été traîné par la main suppliante de Sammy. Elle s’en est voulu, mais elle ne pouvait pas savoir que ça se passerait ainsi. C’est de ma faute, même pas de la faute de ce type qui essayait de me faire du rentre dedans malgré mes regards froids induisant sans grand ménagement que ce n’était même pas la peine d’essayer. Même Sammy a essayé de lui faire comprendre. Mais c’était à croire que les débiles peuplant ces clubs n’avaient vraiment pas de cerveau. Il est revenu à la charge, et je me suis énervé. Déjà beaucoup plus à fleur de peau depuis ce jour terrible, autant dire que quiconque cherchait avec moi se prenait un mur. Je n’avais pas envie, dégoûté rien qu’à l’idée d’être touché par quelqu’un d’autre que toi, que mes lèvres effleurent ces inconnues qui n’étaient pas les tiennes, je ne voulais pas de ça, je ne voulais de personne d’autre que toi. C’était pourtant simple à comprendre non ? Je ne pouvais pas imaginer être avec quelqu’un d’autre que toi, je ne pouvais pas regarder un autre homme, une autre femme, je ne les voyais pas vraiment. Je ne voyais que toi. Je ne vois que toi. Aujourd’hui encore, quand mes paupières se ferment, ton image est la seule que je vois et qui baigne mon esprit.
Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire, je ne suis pas plus doué avec les explications, surtout pour ce qui est de parler de ce que je ressens. Tu le sais, ça aussi… Du moins tu le savais, mais tu n’as pas oublié n’est-ce pas ? Tu ne m’as pas oublié mon Milo hein ? Ton Spooky pas doué qui enchaîne les gaffes et les conneries dès qu’il ouvre la bouche pour laisser les mots s’échapper… Je sais, je t’ennuie très certainement avec ces questions, je dois sûrement me répéter, encore et encore, mais voilà l’une des choses qui m’obsède le plus, savoir ce qu’il se passe dans ton crâne, où tu en es par rapport à nous, à moi, à ce Spooky… Tu ne l’as pas oublié dis… Mais ce n’était plus Spooky que j’étais, que cette ombre de moi-même, comme je te l’ai déjà décrite. Ce Macéo lugubre, souvent à bout, silencieux, faux, aux poings partant bien plus rapidement que prévu. Voilà ce qu’il s’est passé. J’ai perdu le contrôle, j’ai laissé tomber le masque, je suis parti en vrille et il a pris. Je ne connaissais même pas son prénom. Il a pourtant dû me le dire dans tout son baratin, mais encore une chose que je n’ai pas pris le temps de garder en tête. Il a fait une erreur, un geste et il a pris toute ma frustration et ma colère accumulées jusqu’à ce jour. Je lui avais dit d’arrêter, de me laisser tranquille, que j’étais pris, car je le suis toujours et le serai à jamais, et surtout, que je n’étais en rien intéressé, mais il a insisté. Après ses mots, ses sourires et clins d’œil, ses gestes et pour finir ce mouvement qui a fini de me mettre hors de moi, me faisant réagir au quart de tour, lâchant prise pour me défouler sur lui. Ce n’était pas de sa faute, dans les clubs chacun est défoncé, dans un autre monde, sur son nuage. Le problème était et est toujours ma petite personne. Et je m’en suis voulu, non pas de l’avoir repoussé, le contraire étant inenvisageable, mais plutôt de m’être ainsi laissé aspiré par la violence.
Je ne me souviens pas exactement de ce qu’il s’est passé, de comment ça s’est poursuivi, des coups que j’ai donné et de ceux que j’ai reçus, les effets de l’alcool n’ont pas aidé à garder tout cela en mémoire. Je sais juste que Tito a dû me faire sortir, à moins que l’on se soit fait sortir, qu’il a aussi fallu attraper Sammy qui replongeait dans le tas avec sûrement un certain plaisir, mais nous étions là, étalés à même le sol, épuisés. Et je suis parti. Réalisant que je  venais de laisser tomber ce masque, ce que j’avais fait, que je venais de leur pourrir une soirée et surtout de montrer que ça n’allait pas. J’ai voulu m’isoler. Partir être un peu seul, et ils m’ont laissé faire, je ne sais pas si c’est parce qu’ils comprenaient ou parce qu’ils avaient peur que cette fois je m’en prenne à eux et m’en blâme plus que je ne le faisais déjà. Je suis donc parti, plus loin dans cette rue, pas trop pour ne pas les faire paniquer, assez pour ne plus les voir et surtout, pour ne plus qu’ils ne me voient. J’ai plaqué mon front contre le mur de briques rouges, essayant de retrouver mon calme, de stopper les tremblements qui parcouraient mon corps dans son entier. Je ne pensais même pas à la douleur, je n’arrivais pas à penser à quoique ce soit, mon crâne bouillonnant trop pour cela. Tout s’est passé très vite, les larmes, les grognements, les hoquets, les coups contre les briques déjà rouges pour chercher à me calmer, à me réveiller, à me sortir de cet état qui me faisait paniquer. Encore une fois, Sammy est venue me sortir de là, retenant mon bras avec cette force sortie de nulle part, me faisait tomber au sol, cherchant à capter mon regard empli de larmes énervées, effrayées, attristées… « Hey, hey, hey, Macéo ça va aller… Tu iras mieux… ça va aller… » Je l’ai repoussé, à nouveau avec cette brutalité qu’elle n’aurait jamais mérité de connaître. Jamais. Lui répondant avec un certain dédain : « Ah ouais ? D’accord. Parfait. Ça va aller. Ça va tellement dans ce sens. Okay, ça va aller. Okay. Et quand Sammy ? Quand hein ? » J’ai laissé sortir ce qu’il me restait sur le cœur contre elle, m’en voulant à chaque mot sorti, mais n’arrivant pas pour autant à les stopper. Et elle a encaissé, je ne sais pas comment, mais elle l’a fait. Elle a attendu, comme si elle savait que bientôt, j’allais m’écrouler… Et je l’ai fait, me recroquevillant comme à mon habitude sur moi-même, essayant de taire mes sanglots. Murmurant de cette voix brisée, laissant échapper l’inévitable : « Sammy… ça n’ira jamais. » Pathétique à nouveau.
Je ne sais plus comment s’est finie cette soirée. J’ai sûrement dû sombrer après m’être excusé auprès de Tito et Sammy, me moquant du fait qu’ils refusaient mes excuses, qu’ils n’en avaient pas besoin, qu’ils comprenaient. J’avais besoin de m’excuser, je ne pouvais me permettre tel comportement avec eux, pas si je voulais que tout s’arrange, qu’ils le croient, en tous cas. Oui… J’ai dû me laisser aller à l’épuisement et la douleur après cela. Un sommeil mouvementé et terrible, comme souvent, malmené par ces cauchemars où tu étais, ce départ terrible qui n’avait cesse de me tuer à petit feu, me torturant chaque nuit un peu plus. Beaucoup aurait espéré que ces mauvais rêves cessent, ne plus souffrir, mais personnellement, je ne voulais pas qu’ils s’arrêtent. Je ne voulais pas que ces images arrêtent de me malmener. Car au moins, je te voyais, au moins je t’avais, en quelques sortes, avec moi, une fois que mes paupières se scellaient. Tout ce que je sais, c’est que quand je les aie ouverts à nouveau, après je ne sais combien d’heures, j’étais sur la banquette arrière de la voiture qui avançait déjà vers la prochaine destination. Dont je ne me souviens pas du tout. Je passais plus de temps à fausser mon contentement qu’à faire attention à ce qui m’entourait vraiment. Il fallait que je me remette d’aplomb, que je me bouge à nouveau pour leur bien et c’est ce que je fis. Ratant au passage deux ou trois arrêts dans des parcs nationaux ou des villes, mais peu importe, au moins, ils semblaient satisfaits de me revoir sourire, de parler, de moins m’isoler, quoi que veuille réellement dire ce comportement.
Phoenix, Santa Fe, Dallas… Nous en avons passé des villes lors de notre traversée, longeant tout le long du Sud des Etats-Unis. Toujours en voiture, toujours à squatter, toujours à trouver des choses apparemment merveilleuses à faire et à voir, supposées distrayantes et mémorables. De nouvelles têtes, des méfiances, des bourdes, quelques bas, des appels Skype pour rassurer les parents, feindre à nouveau que tout allait pour le mieux, ce beaucoup aidé par la mauvaise qualité des appels et le monopole de discussion de Sammy, venant me sauver lorsqu’elle sentait que je n’avais plus envie de parler, commençant souvent à me gratter nerveusement le crâne ou le bras, mal à l’aise et ce même si le regard de mes parents sur moi n’avait rien d’aussi intense que celui qu’ils pouvaient avoir en réel. Ils avaient l’air d’aller mieux, peut-être parce que je n’étais plus là H24 pour les ennuyer avec mon moral pourri, mais aussi parce qu’ils se rassuraient en me sachant en voyage, peu importe le temps que cela prenait, ils nous ont rejoint, quelques mois après, parce que cela faisait trop longtemps que nous ne nous étions pas vu, en face à face. A cette époque, nous étions arrivés en Louisiane, état où nous avons passé une grande partie de ce roadtrip.
C’est à Lafayette que je les aie retrouvés, tous les deux, ils ont passé près de trois semaines avec nous, avant de partir, non sans contestations de la part de ma Mum. Elle avait été rassurée de me voir en meilleure forme, j’étais plutôt fier de mon jeu d’acteur qui semblait s’améliorer avec le temps, mon père aussi, qui n’avait pas manqué d’essayer de relancer le sujet de la batterie, sous les regards accusateurs de ma mère. Je n’avais pas pris la peine de répondre à la première tentative, me contentant de baisser les yeux et de me cloîtrer dans un certain mutisme. Je n’aurai pas dû réagir comme ça, je me l’étais promis, mais au moins, ce qui était déjà pas mal était que je ne me sois pas énervé ou emporté. Mais j’aurai dû lui répondre, dire ou au moins faire quelque chose, ça aurait été mieux pour lui, pour ma mère, pour mon petit jeu qui commençait à durer et pour les autres. Mais je pouvais compter sur mon père pour ne pas lâcher l’affaire, je comprenais pourquoi ce sujet lui tenait autant à cœur après tout. Et la deuxième fois, j’ai été plus réfléchi, ne me braquant pas, répondant sans vraiment répondre, sans aucune promesse, sans rien d’autres que quelques mots qui l’apaisèrent, au moins, je lui répondais sur le sujet, c’était déjà quelque chose. Des réponses qui devinrent presque automatiques au fur et à mesure que le sujet revenait, toujours quelque peu modifiées afin qu’il ne s’en rende pas vraiment compte, jouant sur les mots, les hésitations, les hypothèses, sur tout. Ce n’était pas gentil pour lui, c’est peut-être pour ça qu’il a fini par m’en vouloir et s’éloigner de moi, pour l’avoir traité de la sorte, pour l’avoir ainsi trompé et m’être moqué de lui, peut-être… Au fond, encore une fois, s’il y a cette distance entre nous, ce n’est pas de sa faute, mais encore une fois, de la mienne… Bien joué Macéo…
Revoir mes parents m’a fait un peu de bien, un peu de peur et de stress aussi, mais du bien malgré tout. Les voir partir avec un sourire malgré les hauts et les bas de ces trois semaines m’a rassuré et permis de souffler, d’atténuer quelque peu la boule que j’avais au ventre depuis leur arrivée. Car au fond, j’avais eu peur, tout du long, qu’eux parviennent à lire en moi et m’obligent à revenir avec eux. Alors on aurait fait que faire un bond en arrière, revenir à cette terrible époque où je me cloîtrais dans ma chambre et leur faisais un mal de chien en me comportant de la sorte, me laissant aller à une dépression maladive. Ils ne l’auraient pas supporté une deuxième fois. Je ne l’aurais pas non plus supporté de les voir essayer, s’inquiéter, s’emporter l’un contre l’autre et déposer à nouveau ces regards si particuliers sur moi… Mais ce voyage nous a permis de m’être de côté cette terrible année sombre que nous avions passée sous le même toit, et je pense pouvoir dire que cela nous a fait un bien fou, à tous les trois. S’il y a bien une autre chose que je regretterai à vie, c’est d’avoir osé gâcher de la sorte la leur. Je sais que jamais ils n’auraient osé me le dire, mon père, je l’ai deviné par sa manière d’être avec moi, sans le lui reprocher, encaissant seulement pour le laisser extérioriser, c’était mérité. Mais ma mère, elle n’a jamais rien laissé paraître. Jamais. Et c’est sûrement pour cela que je regrette de plus belle…
La Louisiane… Ils s’en sont passé des choses là-bas, en effet. Pas seulement les allées et venues à travers l’état accompagné de mes potes et mes parents, à goûter les spécialités françaises au grand marché de Bellevue, à contempler le vieux Capitol ou encore visiter le Kidd à Bâton-Rouge, ou encore se promener le long du Mississippi pour finir ces semaines en famille, dernière étape de notre épopée familiale, dernier endroit où ma mère n’a pas lâché une seule fois, mon bras ou ma main. Parfois, je me dis que je n’en ai pas assez profité. D’elle, de lui, de ces instants, de nous… Je me dis que j’ai été un imbécile égoïste et que j’aurai dû faire plus, dire plus, montre plus, remercier tout simplement… La remercier, encore et encore, pour tout et pour rien, juste lui sourire et le lui répéter sans cesse. Ne pas la lâcher non plus. Lui dire que je l’aime… Que je l’aimais… Ces mots, je reste persuadé ne pas les lui avoir suffisamment répétés… J’en ai tellement assez de laisser ces mains si chères à mes yeux m’échapper et disparaître au loin… Tellement assez mon Milo… Je vous ai perdus tous les deux de la sorte et vous êtes les seules pertes qui ont réussi à me détruire de telle… Je suis désolé Maman. Tellement désolé, Milo…
Je n’ai jamais été suffisamment redevable à tous ceux qui ont su me faire preuve de leur soutien, je ne sais pas si c’était tout simplement parce que je n’en voulais pas, parce que je n’y croyais pas ou bien parce que j’étais trop perdu dans mes pensées pour le réaliser. Quoi qu’il en soit, ça me fatiguait, de les voir tous s’inquiéter ou gênés de me voir dans tel état, alors c’est pour eux que j’ai arboré ces sourires, que j’ai travaillé sur mon apparence et ce qu’elle laissait paraître, que je les aie tous trompés. Je ne supportais pas qu’on me le fasse et pourtant, voilà que je le faisais à mes proches. Mais j’ai réussi, ça a porté ses fruits. Ils ont cessé de s’inquiéter, certains ont peut-être aussi fait semblant, pour moi. Comment le savoir ? Mais la fin de cette année de roadtrip arriva et avec cela, notre retour à Los Angeles, Chacun de nous avait un sourire. Certain plus vrai que d’autres, mais est-ce que ça importait vraiment ? Après tout, le seul qui aurait vraiment pu deviner que mon sourire n’était pas vraiment là, ne pouvait pas déposer son regard sur cette esquisse mensongère.
Avec ce retour, beaucoup ont cru, espéré même que je reprenne une vie normale comme j’avais entendu dire. Que je reprenne mes études, ma passion, que je sorte plus souvent, que je souris et ris comme j’avais l’habitude de faire avant. Mais ça n’a pas été le cas, pas exactement. Qu’est-ce qu’ils croyaient ? Qu’une année sabbatique emplie de voyage allait tout guérir et changer ? Non, ce n’était pas aussi simple. J’ai continué de faire semblant, de sortir pour rassurer, de sourire pour égayer, de rire pour éviter les questions et les préoccupations. Mais rien de tout cela n’était vrai. Car je ne pouvais toujours pas retourner en cours, je n’y arrivais tout simplement pas, je ne voulais pas, trop de souvenirs, trop de projets que nous avions montés ensemble et qui à ce jour me semblaient plus similaires à une triste utopie. Je ne touchais plus à ma batterie, n’y arrivant pas plus même si cela me manquait terriblement. Ça me déchirait mais, après tout, la mélodie ne sonnait jamais juste sans toi. Alors je me suis construit ce nouveau quotidien, cette nouvelle vie pleine de supercherie qui servait à rassurer même si ça me rongeait toujours autant intérieurement. Et ça a marché, pendant un temps seulement…


I want you. I want us.

J’aurai tant aimé que cela marche vraiment. Que tout redevienne comme avant, que je sois à nouveau celui que j’étais. Ça aurait pu, mais à cela manqué quelque chose d’essentiel. Toi. Toujours toi. Ton absence avait mis un coup de frein violent à mon existence, à ma vie, à moi. Et je n’aidais pas à cela non plus. Oui, j’étais le fautif, pas toi, après tout, j’étais devenu dépendant à ta présence, à ton être, à mon Milo et je ne voulais même pas essayer d’être qui que ce soit sans toi à mes côtés. Donc oui, c’était de ma faute si tout se déroulait ainsi, j’avais beau le savoir, je ne cherchais en rien à modifier les choses. Tu peux le dire, je ne faisais pas d’effort. Je peux l’avouer, je faisais de moi quelqu’un de pathétique. Mais ça me convenait, je m’en moquais, une part de moi n’aimait pas cela, mais la plus puissante s’en contentait, ne voulait pas d’autre chose, continuait d’espérer que tu viendrais me remettre sur les rails, que ce soit pour attraper à nouveau ma main et me guider ou m’abandonner complètement et définitivement. C’était tout ce que je demandais, que ce soit clair, vraiment savoir, ne plus m’inquiéter, ne plus être hanter par nos souvenirs et ces rêves de notre futur improbable qui me berçaient chaque courte nuit. J’avais juste besoin de te revoir, juste une fois, rien qu’une fois, juste pour savoir et agir en conséquence. Du moins, c’était ce que je pensais…
Combien de temps depuis que je t’avais vu partir ? Disparaître dans cette rue, à l’arrière de la voiture… Combien de temps depuis que tu m’avais été arraché, disparaissant de ma vie, y laissant une plaie béante qui ne cessait de saigner malgré le temps, se comptant désormais en années. Au contraire, les jours, les mois, les années, chaque instant ne faisait qu’intensifier ce vide qui m’emplissait. Tu n’étais plus là, emportant avec toi une part de moi, de ma vie, de mon être… Je n’étais plus complet, nous n’étions plus nous et rien que d’y penser, rien que de revoir notre si doux passé, bien qu’amer à moment ou encore cette terrible scène encrée à jamais dans mon crâne, à la moindre image de nous, je sombrais, consumé à petit feu. Milo… ça me faisait un mal de chien… Pourquoi ton père ne pouvait-il pas tout simplement t’accepter tel que tu es, se réjouir d’avoir un fils et de le savoir heureux ? Pourquoi ne pouvait-il pas nous accepter ? Tu as toujours su la rage que je ressentais à son égard, pour la manière dont il te traitait, les coups qu’il te donnait, le regard qu’il t’accordait, les limites qui t’imposait, ne faisant que t’étouffer un peu plus dans cet étau de fer qu’était ta vie à ses côtés… Combien de fois t’ai-je promis que je te protégerais ? Que nous serons ensemble pour toujours et à jamais ? Que je te sauverais de ses griffes pour te garder dans mes bras ? Combien de fois t’ai-je menti en te regardant droit dans les yeux ? Car cette fois, alors qu’il t’emmenait loin de moi, alors que je courrais comme jamais, tentant de te rattraper, je n’ai pas réussi. J’ai échoué. Encore une fois. Je n’ai pas su te sauver et je ne pouvais qu’être rongé par la culpabilité, me ressassant chaque jour depuis ton départ que je t’avais laissé tomber, me martelant incessamment le crâne, allant jusqu’à me faire perdre la tête. Et ce, même si tes mots, que je gardais toujours précieusement, se voulaient de me rassurer du contraire, je ne pouvais m’empêcher de me dire que tu devais, ne serait-ce qu’un peu, te sentir seul, abandonné, sans protection. En sachant cela, en le devinant du moins, comment pouvais-je m’accorder une vie tranquille ? Comment obéir à ces proches qui faisaient leur possible pour m’y guider ? Comment oserai-je me laisser guider par qui que ce soit alors que je ne voulais que toi à mes côtés… Oui, je ressassais, j’en étais tout simplement obnubilé, une coquille vide de vie, emplie de remords.
Te perdre m’a changé. Avec toi j’ai perdu mon sourire, ma joie, cette luminosité que tu m’apportais, cette joie de vivre que tu m’inspirais. Et toi, Milo… Comment te sentais-tu ? Comment allais-tu ? Qu’est-ce que tu faisais ? Est-ce que tu souffrais aussi ? Pensais-tu à moi ? Bien des questions à ton sujet me taraudaient, ne me quittant pas, animant mes jours comme mes nuits, faisant naître à chaque fois cette inquiétude sur mon visage, traçant mes traits, épuisant mon âme. Tu me manquais, tellement… Mais jamais trop. Je mourrais d’envie de te retrouver, de te récupérer, ce n’était pas faute d’avoir essayé, encore et encore, sans jamais me lasser… Jamais. Mais mes appels n’aboutissaient jamais, mes messages non plus, mes recherches encore moins. Ton père avait deviné que je ne laisserai jamais tomber si facilement, que je ne le laisserai jamais gagner, que tant que je respirais, mon seul but serait de te retrouver et de te ramener auprès de moi. De te sauver, enfin. Mais il semblerait que tu aies emporté avec toi ma chance et mon espoir… Je me détestais comme ça… Je me détestais tellement… J’avais oublié ce que ça faisait, de se détester…
Le temps s’écoulait à une lenteur ahurissante, rendant la vie d’autant plus pesante qu’elle ne l’était déjà. Il ne passait pas un jour sans que mon regard s’attarde sur ce carnet que tu m’avais laissé, sur ces mots que tu m’avais adressés. Tes derniers. Ressentant toujours mon souffle se couper à leur lecture. Mon moral baissait, je me suis trouvé obligé de faire quelque chose que jusqu’alors je n’avais jamais osé imaginer. Faire semblant. Il est si simple de se cacher derrière des sourires, derrière ce masque qui dissimule ce que l’on ressent réellement, qui enfouie ces sentiments qui nous taraudent pour en laisser transparaître de complètement différents… J’ai fait ce choix. J’ai tenté. Pour eux. Reprendre ma vie. Bien qu’à mes yeux, elle m’avait déjà été arrachée. Tu le sais n’est-ce pas ?
Alors j’ai revêtu mon sourire, je suis sorti, je suis allé voir des potes, je me suis extirpé de ma tanière, j’ai atténué leur inquiétude à tous, même si certains ne se laissaient pas facilement berner malgré mes efforts. Parmi ceux-là, Sammy, bien sûr. Mais elle n’a jamais dit mot, elle a fait ce qu’elle a toujours su faire, trouver de quoi m’occuper, des sorties, des activités, des sujets de discussions abracadabrantesques, un peu de tout pour m’aider à mener à bien ce que j’avais lancé. Revenir vers celui que j’avais été, même si au fond, jamais je ne pourrais réellement y revenir. Elle ne se laissant donc pas facilement berner, mais pas qu’elle, tu dois t’y attendre. Mes parents aussi lisaient parfaitement dans mon petit jeu, mais ils me laissaient faire, devinant sûrement que je faisais cela pour eux, appréciant l’effort à mon retour de cette année de voyage, qui profitaient silencieusement du fait que je leur reparle de tout et de rien que je reste plus avec eux plutôt que de me terrer dans le chagrin, ce même s’ils savaient, surtout ma mère je pense, que ce n’était qu’une façade et une image que je choisissais de me donner. Le fait que je ne joue plus et me reprenne à chaque fois que mes doigts tapotaient quelconque rythme devait les aider à deviner mes manigances. Pourtant, je passais du temps dans notre salle de musique, c’est la seule qui est insonorisé, tu le sais Milo… C’est la seule où l’on peut crier et pleurer sans être entendu… J’y passais du temps, m’y enfermant quand faire semblant ne marchait plus, quand ton image revenait envahir mes pensées ou seulement quand j’avais besoin de me perdre à penser à toi. Alors je me postais derrière ma batterie et je regardais ton synthé abandonné de joueur. De toi. Je le fixais sans me rendre compte du temps que je passais à faire de tel. Je le fixais et je te voyais, là, derrière les touches, sourire aux lèvres, pianotant sans avoir besoin de regarder ton clavier, chantant des paroles plus marquantes les unes que les autres. Je te voyais Milo, je me souvenais. Mais je restais là, à me rendre compte que ce n’était pas toi que je fixais mais seulement le vide, ce n’était pas toi que j’écoutais mais ce silence lugubre et oppressant. Je tentais de jouer, je tentais d’attraper mes baguettes et de battre de nouveau les différents caisses et cymbales de ma batterie. Pour toi, en espérant que ces sons te parviendraient, te feraient vibrer comme autrefois. Combien de fois ai-je essayé ? Avant de lancer mes baguettes au loin et de quitter cette pièce. Il m’a fallu tant de temps pour m’y remettre… Trop de temps peut-être… C’est la tristesse qui m’a fait toucher de nouveau à mon instrument, qui m’a réuni avec ma passion…
Sacramento, c’est là-bas que tout s’est passé… Que ce fol espoir a été ravivé et violemment piétiné. En un seul jour, c’est fou comme tout peut basculer en si peu de temps. Et pourtant, ce jour, je souhaiterai le revivre, ne serait-ce que pour te revoir à nouveau, pour réagir autrement, pour être plus vif, plus rapide, pour te rattraper et te garder. Si seulement…
J’étais en compagnie de Sammy, comme toujours, accompagnant son sexfriend de chanteur et le groupe de musique de ce dernier à leur show à Sacramento. Ils donnaient un concert au Jekyll & Hyde, tu sais, ce bar branché qui proposait des concerts trois fois par semaine, celui où j’avais rêvé, sur le trajet, que l’on jouerait tous les deux, où nous pourrions partager nos mélodies et notre amour pour la musique aux autres, appréciant les retours de la foule ou s’en moquant et se focalisant sur nous, comme avant. Mais ce n’était qu’un beau rêve, car ce soir, tu n’étais pas là, je ne jouais pas plus qu’avant et Sammy m’avait obligé à m’y rendre pour donner un coup de main à la mise en place du matos, s’entêtant toujours à espérer que me plonger dans des concerts, dans la musique m’aiderait à me réconcilier avec la batterie, mais ce n’était pas aussi simple, rien n’a jamais été simple. Je n’aimais pas particulièrement leur son, leurs paroles sans fond réel, mais j’ai fini par céder. C’est ce que l’ancien Macéo aurait fait non ? Donner un coup de main, aider avec le sourire… Surtout lorsqu’il s’agit de musique. Si j’avais su ce qu’il se passerait ce soir-là, peut-être que je ne serais pas venu. Je serais resté chez nous. Enfin… Chez moi… Ou alors peut-être que j’aurai fait plus attention…
L’installation s’était faite assez rapidement, à croire qu’ils n’avaient en rien eu besoin de moi et que l’hyperactive avait utilisé ce prétexte pour me faire sortir encore une fois et ne pas me laisser me replonger dans ma solitude. Ça partait d’une bonne attention, et pourtant, elle aussi allait regretter d’avoir agis de la sorte. Mais je n’ai jamais pu lui en vouloir, elle avait fait ça pour moi, elle ne pouvait pas savoir, elle se donnait déjà tant de mal, alors pourquoi rejeter le dégoût que je m’inspirai sur elle. Ce n’était pas juste, n’est-ce pas ? Ce n’était pas de sa faute. La mienne et mon crâne qui partait tout simplement en vrille comme toujours. J’ai toujours été un peu taré, me donnant ce style qui ponctuait mon originalité, je n’aurai jamais cru que te perdre me ferait le devenir réellement. Pourtant, ce qu’il s’est passé et ce soir-là en est la preuve, alors que le show commençait et que je regardais, en silence, souriant de voir Sammy se la jouer fangirl extravertie, me laissant aller un peu, faire semblant, encore une fois. Elle ne manquait pas de veiller à ce que mon verre reste rempli. C’était peut-être ça, mon erreur… Me plonger un peu trop dans l’alcool, j’en avais déjà fait les frais à Vegas et pourtant je continuais. Je faisais vraiment rien de bien n’est-ce pas ? Qu’est-ce que tu aurais pensé si tu m’avais vu ainsi ? Qu’est-ce que tu as pensé… Mais l’alcool avait aussi ses bons côtés, ça m’a aidé à me focaliser un peu plus sur ce qu’il se passait dans la salle, à ne pas penser à nous lorsque nous jouions ensemble, à vraiment faire semblant, à renforcer mon jeu de piètre acteur, ne manquant pas de commentaires sur le jeu du batteur, tout de même… Ce n’est pas parce que je n’y touchais plus que j’avais perdu mon avis sur les rythmes et les enchaînements des autres batteurs. Loin de là. Le concert continuait, j’ai fini par détacher mon regard du groupe, placé en backstage avec Sammy, je pouvais avoir le loisir de regarder la foule qui les acclamait et les encourageait. C’est là que je t’ai vu. Dans la foule. C’était toi hein ? Je ne me trompais pas, n’est-ce pas ? Toi, mon Milo, qui était là, debout, perdu dans la foule. Je suis resté là, à te fixer, n’écoutant plus la musique, me détachant de tout ce qu’il m’entourait pour rester bloqué sur toi. Toi… Comment était-ce possible…
Je suis resté à te fixer, fermant les yeux, me les frottant pour les rouvrir, te voyant toujours, là, à quelques pas de moi. C’était toi. Tu étais là. Je n’ai pas plus réfléchis, j’ai traversé la scène, me foutant royalement de ce qui m’entourait et du show qui continuait. J’ai sauté de la scène, passé la barrière de sécurité qui séparait le public des joueurs. Je me frayais un chemin tant bien que mal dans la foule, ne prêtant pas attention au malaise que ma traversée avait inspiré au groupe qui tentait de rattraper le blanc de mon intervention. Mais je me foutais d’eux, je me foutais de la foule qui me râlait dessus, je me foutais de ceux qui me bousculaient en me demandant quel était mon problème. Mon problème ? C’est que je t’avais vu, là, face à moi, je t’avais vu vêtu de cette chemise blanche, de ce pantalon noir qui je devinais laissé apercevoir une partie de tes chaussettes avant de tomber sur tes Vans. Je t’avais vu, hein ? Je n’avais pas halluciné ? Ce n’était pas possible, dis ? Je n’avais pas pu boire à ce point… Je n’étais pas détraqué à ce point ? Si ? Je ne voulais tout simplement pas le croire. Et je sentais mon cœur s’emballer, ratant quelques battements, vibrant dans mon crâne, mon regard volant dans la salle, passant sur tous les visages m’entourant pour trouver le seul qui m’importait, que je voulais revoir, croiser, là de suite, maintenant.
J’ai vu l’éclair blanc de ta chemise passer dans la foule et je me précipitais dans cette direction, tendant la main vers ce que j’espérais être toi. « Milo ! » Soufflais-je soulagé en entourant ton poignet de mes doigts, te retenant alors que tu me tournais le dos. Tu t’es retourné, un sourire plein d’espoir ayant naquit sur mon visage. Mais ce n’était pas toi. Tu n’étais pas là. Ça me frappa de plein fouet lorsque le type se retourna, me regardant comme un fou sortit de l’asile, m’imposant de le lâcher. J’ai perdu mon sourire en découvrant ce visage qui n’était pas le tien. Mon cœur omis de battre pendant un instant, mon visage s’effondra, mon regard se vida d’espoir alors que je me rendais compte que je n’avais fait qu’halluciné, que de rêver que tu étais là. Je suis tombé à genoux au sol, fixant ma paume vide. Tu n’étais pas là… J’ai senti quelqu’un m’aider à me relever pour me sortir de la foule, n’ayant pas fait attention au deuxième blanc qu’avait eu le groupe, n’ayant pas vu que Sam avait agi de la même manière que moi en me voyant m’effondrer au sol, enfin pas exactement de la même manière étant donné qu’elle ne se gênait pas en doigts d’honneur et injures pour remettre les mécontents à leur place. Elle avait dû deviner, comprendre et venait m’aider à me sortir de là. Me sortir de là… Etait-ce seulement possible ? Je la laissais me guider, ne me demandant même pas comment un fil de fer tel qu’elle parvenait à me supporter et mener de la sorte, ne m’étant même pas rendu compte que mes yeux étaient mouillés de larmes. Elle m’a sorti de la salle, s’occupant de remettre à leur place les cons qui trouvaient à redire et ne cherchaient même pas à l’aider, parvenant à faire ce que je n’avais pas la force de faire. J’étais trop perdu pour arriver à faire quoi que ce soit, même marcher était si complexe, sentant mes jambes flancher à chaque pas, Sam me retenant pour pas que je m’écroule une nouvelle fois. Elle  ne me lâcha qu’une fois à l’extérieur, me posant contre un mur, contre lequel je me laissais glisser, épuisé, la fixant sans la voie alors qu’elle restait avec moi sans rien dire, comprenant très certainement à mon regard, mon expression, que je ne parviendrais pas à mettre des mots sur ce qu’il s’était passé…
Etais-tu vraiment là ? Avais-tu disparu avant que je ne te rejoigne ? Pourquoi avais-tu disparu ? Me voir t’avais fait prendre tes jambes à ton cou ? Tu m’en voulais n’est-ce pas ? Etais-tu parti encore une fois ? Alors pourquoi revenir ? Ou bien, avais-je rêvé ? Halluciné ? M’étais-je trompé ? Etait-ce l’alcool mélangé à mon tourment, au manque qui était la cause de ton apparition ? Les questions ne manquaient pas, faisant vibrer mon crâne de plus belle au fur et à mesure que j’essayais de me rendre compte de ce qu’il venait de se dérouler dans cette salle. J’essayais de comprendre. Mais ça semblait impossible. Je ne parvenais pas à m’arracher de cette image, encrée dans mon crâne, toi, dans cette foule, à me regarder, moi. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Encore des questions, toujours des questions… Et ces réponses qui ne venaient jamais…
« Macéo… ? » Je me raidis. Ce n’était pas ta voix qui tentait de te frayer un passage dans mon crâne pour me ramener sur Terre. Si ça avait été ta voix, je l’aurai de suite entendu, bien sûr. Mais, ce n’était pas ta voix et ça me mettait hors de moi. Ce n’était pas toi qui m’appelais. C’était Sam, le visage marqué par l’inquiétude, sentant que j’étais en train de partir et qu’elle n’arriverait pas à m’aider. Elle voulait faire bien, elle voulait me tendre la main, mais je ne voulais pas de ça, je ne voulais de l’aide de personne. Ça me faisait trop et je n’en pouvais plus. Plus du tout. Elle n’était pas toi et ça me tuait. Ce n’était pas ta main qui s’était déposée sur mon épaule pour me bercer de caresses hésitantes, tentant d’apaiser ma peine, d’effacer ma tristesse et mon désarroi. Mais était-ce seulement possible ? Je la repoussais d’un geste brusque de l’épaule afin qu’elle me lâche, qu’elle ne me touche pas, je ne voulais pas que qui que ce soit me touche, personne d’autre que toi. Toi seulement. Toujours. C’était si difficile à comprendre ? Je ne lui ai pas adressé un regard, crachant seulement froidement, comme avant : « Lâche-moi. » La sentant s’éloigner en silence d’un pas sans pour autant partir. Bercé par cette folie qui noyait petit à petit mon cerveau, je me suis levé dans un bond, commençant à faire les cent pas, attrapant mon crâne de mes deux mains, le compressant tant il bourdonnait, à croire que mon cerveau bouillonnait trop tourmenté par ces interrogations, par ces images que mes yeux venaient d’imprimer, de toi dans cette foule, les repassant inlassablement cherchant à me prouver que je n’avais pas eu faux, que c’était bien toi. J’avais besoin d’air, compressé, j’avais besoin de respirer, pourtant j’étais déjà à l’extérieur, mais je n’y arrivais pas, le souffle me manquait. Comme pris de panique. Prisonnier qui n’arrivait même pas à se défendre, à s’échapper. J’avais besoin de toi pour ça. Je n’arrivais plus à rien, j’avais beau avoir essayé de tromper tout le monde en prétendant le contraire, en faussant aller bien, voilà que la dure réalité venait me frapper violemment en plein visage. Choc brutal et désagréable à souhait qui me meurtrissait la poitrine, me finissant doucement. Je croyais vraiment que j’allais m’écrouler de nouveau, allant même à espérer que ce serait pour de bon cette fois… Mais j’étais loin de penser que la soirée n’était pas encore finie. Loin de là.
« Milo ! Viens ! » Ce fut ton nom qui me fit décrocher mes mains de mon crâne, me faisant par la même occasion relever la tête d’un mouvement brusque pour regarder devant moi, de l’autre côté de la route. Cette voix que je ne connaissais pas qui te commandait. Une autre hallucination ? J’étais en train de sombrer à ce point ? Mais non. Pas cette fois. Pas encore. Car, alors que je levais les yeux, je vis cet éclair blanc passer à nouveau. Je te vis toi. Oui, c’était toi… Mon Milo. Je te voyais clairement cette fois, restant à te fixer alors que je te voyais t’éloigner de moi, tiré par quelqu’un, la main de cette personne entourant ton poignet, celui que j’avais pensé saisir un peu plus tôt. Cette main que je maudissais de te serrer de la sorte ton poignet si fin, que je haïssais d’autant plus pour t’emporter loin de moi, cette main ressemblant plus à des serres acérées appartenait à une fille blonde qui te surveillait d’un œil qui ne me plaisait pas. Pas du tout. Son regard froid, son ordre sec, sa poigne nonchalante et glaciale, je détestais la moindre chose qu’elle faisait et laissait dégager. Qui était-elle ? Qu’est-ce qu’elle faisait avec toi ? Pourquoi est-ce qu’elle faisait ça ? Mais je fis taire les questions en essayant une première fois de hurler ton nom, en vain, ma voix s’étranglant dans ma gorge, la panique et le choc ne m’aidant en rien, te voyant jeter de vifs coups d’œil en arrière, comme si tu cherchais quelqu’un sans le trouver… Etait-ce moi que tu cherchais de la sorte ? « MILO ! » Hurlais-je à nouveau, retrouvant ma voix, ma gorge se desserrant alors que sans réfléchir je m’élançais à ta suite, mes jambes agissant instinctivement et je ne pouvais que les en remercier de s’élancer de la sorte d’elle-même. Vers toi. Je ne voyais que toi maintenant, là-bas, loin de moi, pour l’instant. Je n’avais qu’un seul but, te rejoindre, t’attraper, te serrer contre moi, te sauver de cette poigne qui te serrait et que je maudissais. Je t’ai vu te tourner, après m’avoir entendu, nos regards se sont croisés et ne se sont plus lâchés, ne cillant ni l’un ni l’autre, avide de ce regard dans lequel je n’avais pas pu me perdre depuis si longtemps. Enfin, je pouvais y goûter à nouveau, me faisant frissonner comme jamais, jusqu’à ce que tu disparaisses dans une ruelle, me laissant juste le temps d’apercevoir ton sourire de soulagement, tes yeux briller de croiser de nouveau les miens. Ce fut la dernière image qui baigna mon regard avant que mon ouïe soit brouillée par un son assourdissant. Un klaxon. Une voiture qui freinait violemment. J’avais traversé sans prêter attention à quoique ce soit d’autre que toi, qu’à ma seule envie de te rejoindre et te sauver, enfin. Mais là encore, j’ai échoué... Je me sentis percuté de plein fouet par le véhicule, roulant au sol. Je n’ai pas entendu le cri de Sam. Je n’ai pas vu le conducteur se précipiter sur moi, téléphone à la main cherchant de l’aide. Mais je n’étais pas celui qui avait besoin d’être sauvé. Pas vraiment. Je tentais de me redresser, regardant le bout de la rue dans lequel tu avais encore une fois disparu. « Milo… » Parvins-je à murmurer, alors qu’on m’ordonnait de ne pas bouger, qu’on me disait que les secours arrivaient. Mais je m’en foutais. Essayant de ramper vers toi. Pas cette fois. Pitié... Pas encore… A croire que je n’étais pas fait pour te rattraper, pour te sauver, pour te protéger. A croire que je n’étais là que pour nous donner un peu d’espoir et  le briser en mille morceaux, encore et encore. Alors je sombrais, laissant les ténèbres assombrir mon regard embué de larmes, retombant au sol.
Lorsque je me réveillais j’espérais avoir rêvé, que tu serais là à mes côtés, que la main que je sentais dans la mienne était la tienne, que tu n’étais pas parti, que tout cela n’était qu’un mauvais rêve, que j’allais me réveiller avec ton visage souriant et apaisant. Mais alors que je forçais mes paupières lourdes à s’ouvrir, j’eus l’impression de subir les méfaits d’un déjà-vu déplaisant. De revenir plusieurs années en arrière. A mon premier accident… Cette main n’était pas la tienne, mais celle de ma mère, son pouce me caressant la peau du dos de ma main avec une douceur extrême. A ses côtés mon père qui ne me lâchait pas du regard et en retrait, Sam qui se maltraitait violemment un ongle de ses dents, cessant en me voyant sortir de ce sommeil douloureux. Où étais-tu ? Je t’ai cherché du regard alors que tous trois s’empressaient de me demander comment je me sentais. Comment je me sentais… Avais-je vraiment besoin de répondre ? Je ne répondis pas, parvenant à articuler, malgré ma gorge sèche qui se tordait, ton prénom en remarquant que tu n’étais pas là, pas dans cette salle. Je ne t’avais pas rattrapé n’est-ce pas ? Ce n’était pas un mauvais rêve ? Tu avais bel et bien disparu de nouveau, hein ? « Où est Milo ? » C’est tout ce que j’ai réussi à dire, cherchant à me redresser, peinant à cause des hématomes de l’accident, n’arrivant pas à m’opposer à la main de mon père qui me forçait à rester allongé. Ils ont échangés un regard, ne sachant quoi me répondre, ou comment me répondre pour ne pas me faire mal réagir. Je les ai regardé un à un, sentant ce vide me poignarder de nouveau alors que je réalisais. « Où est-il ?! » M’étranglais-je, en portant mon regard sur Sam, elle était présente, elle devait savoir… Elle me regarda de ce regard que je ne lui connaissais pas et qui en disait déjà long sur sa réponse. Elle me regarda un instant, avec peine, avant de nier d’un signe lent de la tête, baissant les yeux en ne supportant pas être celle me l’apprenant. Je me suis effondré. Retombant sur le matelas, sentant mes yeux s’embuer, ma gorge se serrant de plus belle m’empêchant de respirer. Tu étais parti. Elle t’avait emmené. Cette fille que je ne connaissais pas avait osé t’arracher à moi, sans nous laisser nous étreindre ne serait-ce qu’une dernière fois. Elle t’avait fait disparaître, comme ton père l’avait fait quelques mois plus tôt. Ou bien l’avais-tu simplement suivi… L’horreur de cette scène se rejouait de nouveau. Cercle vicieux que jamais je n’aurais osé penser possible. Je m’effondrais, ma mère venant  s’asseoir à mes côtés, me caressant les cheveux, murmurant avec peine, sentant l’émotion tirailler sa voix : « Chut mon chéri… ça va aller… Nous sommes là… Tu n’es pas tout seul… » Mais je n’arrivais pas à me calmer. Je t’avais perdu, encore une fois et rien ne réussirait à me consoler. Rien. J’étais bel et bien seul. Tout seul.
J’ai passé du temps à l’hôpital, devant supporter ce supplice en silence. Mais je le faisais sans broncher, c’était ce qu’on voulait de moi après tout. Puis, ce que je voulais me semblait à jamais interdit. Les visites ne manquaient pas. Mes parents, Sammy qui tentait à chaque fois de me changer les idées faisant à elle seule la conversation, sachant qu’elle ne se devait pas d’espérer un retour de ma part, quelques rares amis essayaient aussi de venir pour me souhaiter de me remettre rapidement, les renvoyant chez eux en tentant au mieux de dissimuler ma lassitude derrière un sourire, me moquant de leurs encouragements, de leur soutient ni même des présents avec lesquels ils venaient. Ce faux sourire. Ce masque étant revenu pour qu’on me laisse en paix… Je ne sais combien de temps je suis resté à l’hôpital, spectateur inconscient de ma propre existence, ennuyé de voir les jours s’enchaîner, se suivre, mon crâne préférant largement me repasser ton visage plutôt que de m’impliquer dans ce qu’il se passait réellement autour de moi. La seule chose que je remarquais et m’insupportais était leur inquiétude, la peur que je leur avais fait et j’en avais assez de causer autant de tracas à mes proches, je m’en voulais seulement de plus belle, notamment lorsque je voyais ma mère, silencieuse à mes côtés, chose rare venant d’elle, tu dois t’en douter, alors qu’elle fixait la longue cicatrice zébrant mon bras, la replongeant dans l’horreur et la frayeur qu’elle avait connu lors de mon premier accident. Il fallait que je fasse quelque chose… Pour elle… Pour apaiser un peu cette peine qui ne la quittait pas et dans laquelle je ne cessais de la replonger, fils indigne que j’étais.
Combien de temps, je n’en sais rien, mais, j’ai enfin fini par sortir de cet endroit que je ne supportais pas, soulagé que mes blessures aient été bien moins graves, que j’ai pu m’en remettre plus rapidement. Quelques petites cicatrices, des hématomes, pas d’opérations, plus de peur que de mal, du moins concernant ma santé physique. Car à l’intérieur, je restais détruit. Je me souviens avoir eu ce faible sourire lorsqu’on me rassura vis-à-vis de mon état, me disant une nouvelle fois que je pourrais de nouveau jouer de la batterie… Jouer… A quoi bon ? Tu n’étais plus là. J’avais déjà lâché l’affaire, je n’en avais plus la force. Dis, Milo, tu m’en veux ? T’avoir lâché prise de la sorte ? Si tu m’avais vu dans cette état, est-ce que je t’aurai déçu ?
Mes parents m’ont ramené dans leur maison. Cet ancien chez nous. Je suis monté dans ma chambre, feignant que j’étais crevé et avais juste besoin de me reposer. Encore un mensonge. Je n’avais pas envie de me reposer, encore moins de fermer les yeux, sachant parfaitement que mon sommeil serait hanté par nous, par toi, par tout ce qui nous avait séparé et me détruirait de plus belle. Mais j’avais besoin d’être seul, enfin, et ils me laissèrent filer dans ma chambre, m’y enfermer dans un soupire épuisé. Rouvrant les yeux adossé à la porte, découvrant certains présents sur la table et du courrier sur ma table de nuit. J’ai évité de rejoindre mon lit, par habitude maintenant. Attrapant ces lettres d’une main. Espérant peut-être un peu trop. Espérant toujours que tu ne l’avais pas suivi par envie, que tu avais à nouveau été forcé, qu’elle n’était rien d’autre qu’un obstacle à notre bonheur et que tu avais voulu prendre de mes nouvelles. J’ai espéré, tremblotant en faisant passer les cartes, les feuilles, les dessins et les enveloppes. Jusqu’à ce que je m’arrête sur cette lettre. Celle sur laquelle était écrit ce surnom que tu m’avais donné : Spooky. Mes yeux se sont écarquillés, ma bouche s’est entrouverte, restant à détailler ses lettres formant ce mot qui m’avait tant manqué d’entendre. Mais ce n’était pas ton écriture. Je savais la reconnaître, ce n’était pas toi qui l’avais écrit. Qui ? Alors que seul toi m’appelais de la sorte… J’ai déchiré l’enveloppe, n’attendant pas plus, espérant malgré tout que ce serait ton écriture que je trouverai griffonné sur cette petite carte de papier usé. J’ai lu, je n’aurai pas dû… ‘Je tenais tout personnellement à t’annoncer les fiançailles de Milo et Mercy. Je t’avais dit que je le remettrais sur les rails. Tu as perdu.’ Mon regard resta figé sur ces mots. Ce n’était pas toi qui les avais écrits, ça, je le savais déjà. Ton père… Je n’eus aucune difficulté à le deviner, son ton acerbe transpirait dans ses mots qu’il avait pris la peine de m’adresser. Ton horreur de paternel qui avait eu ce qu’il voulait. Je continuais de regarder ces mots, même si mes larmes brouillaient ma vue. Elles avaient tardé à arriver, n’arrivant pas à comprendre ce que je lisais. Qu’est-ce qu’il voulait dire par là ? Etait-ce un autre mensonge voué à m’éloigner de toi, sachant sûrement que nous étions à quelques pas l’un de l’autre il y a de ça quelques jours. Mercy… La fille qui avait posé ses griffes sur toi ? Qui était-elle pour toi ? Mon amour pour toi avait-il brouillé ma vision lorsque je vous avais vu ensemble ? Etait-elle à toi maintenant ? M’avais-tu remplacé ? Fiancés… Qu’est-ce que ça voulait dire… Dis Milo, qu’est-ce qu’il s’était passé ? Comment en étions-nous arrivés là ? Je ne comprenais pas et tu n’étais pas à mes côtés pour m’expliquer. Je t’avais perdu. Définitivement. Et je n’arrivais pas à le réaliser. Je ne voulais pas.
Un pêle-mêle de sentiments me prit après une énième lecture du mot. Ça ne pouvait être vrai. Je me trompais. Je délirais. J’essayais de m’en convaincre, mais à chaque fois, ces mots étaient là pour me ramener à la réalité. J’avais perdu. Non. Je le refusais. Je ne l’accepterais pas. Pas tant que tu me l’auras dit toi-même. Je ne tenais plus en place. Cette élan de rage contre lui, contre moi-même, contre celle qui t’avait emmené, cette soi-disant Mercy, me rongeant, se muant avec cette tristesse qui n’avait cessé d’accroître depuis que tu avais disparu de ma vue. J’avais perdu ? Non. Je te chercherais, je te trouverais Milo et tu me le diras toi-même. Alors seulement je pourrais passer à autre chose. Alors seulement, peut-être, parviendrais-je à faire disparaître ton image et cet espoir de mon crâne. Dis, Milo. Arriveras-tu à me le dire ? Que j’ai perdu ? Que c’est fini ? Droit dans les yeux, comme autrefois…
Le souffle me manquait, mon crâne me brûlait et le bout de mes doigts me piquait alors que je laissais tomber la carte, glissant de mes mains qui n’avaient plus la force de tenir l’horreur que contenaient ces quelques lignes. Je me frottais les yeux déjà rouges, me rendant compte que mes doigts étaient instinctivement venus gratter mes bras, intensifiant les picotements mais me permettant aussi de sortir de ma torpeur. Je découvrais les traces rouges que mes ongles avaient dessinées, rayant la longue rayure fine de mon premier accident. Il fallait que je me concentre sur autre chose, que j’aère mon esprit, sinon, je le savais, je n’allais pas tenir, mon cerveau allait se faire une joie de m’enfoncer de  plus belle et d’intensifier avec joie les scénarios terribles qui y fusaient. Je restais à fixer cette longue trace blanche, les marques rouges s’apaisant déjà un peu. C’était toujours que succinct… Alors je sortis, filant dehors en disant que j’avais besoin de prendre l’air, pour ne pas les inquiéter, indiquant que je serai chez Sam et Tito, pour ne pas avoir à répondre aux questions de ma mère et surtout, qu’elle n’ait pas à voir mon regard perdu. Car je l’étais, perdu, à nouveau, ou plutôt comme toujours, un peu plus cette fois. Tout s’embrumait dans mon cerveau. Tout. J’en perdais la tête.
J’entrais dans le salon de tatouage de Tito, filant sous le regard surpris et inquiet de Sam qui commença à me suivre à l’arrière : « J’emprunte la salle de Tito. » Elle s’arrêta en opinant, perspicace, elle savait qu’il valait mieux à nouveau me laisser de l’espace. J’attrapais une feuille, ses crayons aux mille et une couleurs et laissait mes doigts s’exprimer, aller et venir sur le papier, m’emparant de différentes couleurs au gré de mon instinct. C’était Maman qui m’avait conseillé de faire de tel lorsque j’étais préoccupé, chose que je faisais depuis que j’étais petit, dessiner, m’exprimer à travers des images et couleurs lorsque je n’avais pas la force de le faire à travers sa batterie, lorsque j’avais besoin de calme. Mes pensées tourbillonnaient dans mon crâne, je n’arrêtais pas de penser à toi et je ne savais pas quoi faire d’autre pour me calmer. Car je n’aimais pas ce que je pensais, pas du tout… Mais crayonner me permis de m’échapper, et ce n’est qu’après plusieurs heures que Sam vient frapper à la porte, j’en vins même à me demander comment elle avait réussi à tenir aussi longtemps, sûrement avait-elle deviné que ce n’était pas le moment de s’imposer. Mais elle fit aussi attention à ne pas m’accorder un regard inquiet, venant s’étaler sur mon dos pour me sortir de mes pensées : « J’en ai marre d’attendre, tu prépares quoi ?! » Marmonna-t-elle en regardant par-dessus mon épaule et poussant mes doigts tachetés de couleurs. Je dégageais la feuille pour qu’elle regarde avant de tourner la tête vers elle : « Tu penses que tu pourras me le faire sur le bras droit ? » Je vis son regard s’illuminer, ne questionnant pas sur la signification, je savais que j’aurai peut-être des questions lors de la réalisation du tatouage, opinant vivement : « Tu crois que je suis du genre à te dire non ? Je savais pas que t’avais confiance en moi à ce point… » Elle réussit à me faire esquisser un sourire avec son regard suspect : « Tu as raison, je devrais demander à Tito… » L’indignation de Sam et le semblant de dispute qui en suivit me permirent de garder mes préoccupations à distance, de continuer de m’échapper. Mais ça ne dure jamais vraiment longtemps, n’est-ce pas ? Et c’est une fois rentré, une fois à nouveau enfermé dans ma chambre, une fois que mon regard croisa se bout de papier, cette écriture, ce simple coup d’œil suffisant à tout envoyer valser. Les questions, la peur et la peine vinrent tous me poignarder d’un coup et ce ne fut qu’une fois que je fus recroquevillé sur le sol de ma douche, l’eau froide cherchant vainement à m’apaiser, ma respiration s’emballant, la panique me déchirant les poumons et la gorge, les larmes nouant de plus belle cette dernière qui essayait d’appeler ton prénom, mes mains tremblotantes cherchant à me frapper le crâne pour le faire taire. Taire ces idées noires, ces pensées tordues qui commençaient à prendre le dessus sur celles qui gardaient un peu d’espoir. Et si tu étais vraiment passé à autre chose ? Et si je n’étais plus rien à tes yeux ? Et si tu m’en avais voulu plus que je n’avais pu l’imaginer ? Et si maintenant, tu ne me voyais que comme une saleté coincée sous ton ongle, là, têtue, mais dérangeante… Et si… Et si tu ne m’aimais plus mon Milo ? J’ai tenté d’étouffer un cri de détresse tant je craignais que ce soit le cas. Car pour moi, tu étais, es et restera à jamais, l’air que j’avais du mal à respirer ce soir-là…



acidbrain

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Ven 26 Mai - 16:26, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Macéo J. Cubbins


avatar

▲ Date d'inscription : 10/07/2016
▲ Messages : 153

MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   Ven 26 Mai - 16:10


Part Eleven




The ghost of you is close to me. (Part I)

Trois mois s’étaient écoulés depuis ma sortie de l’hôpital. A croire que je suis voué à avoir des accidents quand tu n’es pas à mes côtés. Je ne parle pas physiquement. Je veux dire réellement… Tu sais, comme ces fois où tu partais chez tes grands-parents mais que je savais que tu pensais à moi, que tu m’appelais, que tu t’essayais à ces réseaux sociaux pour que l’on garde contact, tout le temps, que je sentais cet amour que tu ressentais pour moi. Alors pourquoi, maintenant, après simplement une lettre de ce menteur ignoble, je ne ressentais plus rien ? Rien d’autre que ce trou que ce sentiment chaleureux et rassurant avait laissé en s’échappant avec toi. Ces foutus accidents… Mon premier a été avant de te connaître. Le second a été en te laissant m’échapper… Jamais deux sans trois… J’aurai dû y penser ne crois-tu pas ? Mais comment aurai-je pu me douter que je ne serai pas celui qui en serait touché ? Du moins, pas directement… A moins que je ne sois simplement dédié à enchaîner les jours maudits quand tu n’es pas là pour me rassurer et me serrer contre toi… Car j’aurai beau faire semblant, ceux qui s’affirment être là pour moi auront beau essayer de me faire sourire, de tenter de me faire oublier, de me faire passer à autre chose, ils auront beau me répéter, inlassablement, avide de prononcer ces foutus phrases d’encouragement qui n’ont jamais su aider, me redire, encore et encore que le temps passe, qu’il fera disparaître mes blessures, que je passerai à autre chose, je n’en tirai qu’une chose. Le temps ne fait rien disparaître du tout. Il n’amoindrit rien. Il creuse simplement ce trou béant que ton départ a percé. Mais je ne pouvais pas leur en vouloir d’essayer. Les gens se lassent de la peine des autres. Ça les occupe un instant, puis ils ne le supportent plus. A moins qu’ils n’acceptent tout simplement pas de ne pas réussir à redonner le sourire, à guérir ces maux.
Deux mois… J’aurai peut-être dû passer à autre chose… Combien me l’ont dit… Au départ, je les renvoyais chier, devenant cette personne que je n’ai jamais été, qu’ils n’ont jamais connu et qui ne leur plaisait pas. Leur causant de la peine… Tu sais combien je ne supporte pas de causer de la peine à ceux auxquels je tiens… Je me suis vu redevenir cette personne qui avait pris la place lorsque le Spooky s’était évanoui avec toi. Ce Macéo froid et distant qui n’est resté cette fois que deux mois, me rendant compte plus rapidement cette fois, à moins que ce ne soit encore Sam qui ait su me guider, une nouvelle fois. Alors j’ai menti… J’ai souri de nouveau. J’ai feins de passer à autre chose. Pourtant, cette lettre, celle qui avait fini de m’achever à mon réveil, ces mots écrits par ton paternel, je l’ai gardé. Elle restait avec moi, n’ayant même pas besoin de la lire pour me remémorer ses mots. Un rappel. Une question qui persistait et me taraudait, me laissant un goût amer qui n’avait su me quitter depuis qu’elle avait atterrit dans mes mains. Il aurait été facile de la jeter, de la déchirer, de la brûler, mais ses mots m’auraient tout de même hanté, flottant dans mon crâne comme ils le faisaient actuellement.
« Macéoooo !! » Sammy me sortit de mes pensées, penchée accroupie sur son skate, à mes côtés, faisant des signes de la main devant mes yeux pour me sortir du labyrinthe dans lequel je me perdais à chaque fois contre mon gré… Je revenais sur terre, enfin plutôt, sur la plage, pas Venice Beach, plus Venice… Mais celle de Manhattan. Trop de souvenirs dans la première. Et bien qu’il faille trente minutes en voitures pour y aller, Sam avait compris, elle n’avait pas posé de questions, et on y venait, avec d’autres qui comprenaient ou non. Depuis combien de temps est-ce que j’avais décroché de la conversation ? Le soleil avait déjà bien baissé… Ses potes n’étaient même plus là, mais déjà à se baigner, d’autres avaient carrément décollés. Qu’est-ce que j’avais raté ? Enfin… ça m’importait peu. Je jetais un coup d’œil à Sammy, lui lançant un sourire rassurant, l’un de ces sourires que je revêtais pour ne pas inquiéter et passer à autre chose, justifiant mon absence de la sorte : « Désolé, petite absence, j’ai drummé jusqu’à tard hier. » Faux… Complétement. Pour ça, il faudrait déjà que je répare ma batterie… Disons juste que le sommeil ne peut vous gagner lorsque votre crâne se refuse à vous laisser aller. Elle l’a sûrement deviné que c’était un mensonge, l’inquiétude qu’elle cherchait toujours à dissimuler fut trahie par sa petite moue qui me fit détourner le regard. « T’y penses toujours ? » Je relevais les yeux vers elle, lui lançant un regard contrarié. Elle savait, j’avais fini par lui dire, m’ouvrant à elle comme elle l’avait fait avec moi il y a de ça quelques années, me laissant aller à lui parler quand elle m’avait fait le tatouage. Pas au premier rendez-vous, peut-être avais-je commencé un peu au second.... Je savais pouvoir lui faire confiance, je savais qu’elle comprendrait, et elle savait aussi qu’il fallait me pousser, que je n’ai jamais aimé embêter de mes problèmes, que je me cacherai indéfiniment et ne ferai que ressasser seul pour laisser les autres en paix. Elle soutenait mon regard avec ce même petit sourire qui m’avait surpris la première fois. « Rêve Macéo. Maintenant, raconte-moi. » Elle s’assit à mes côtés, me poussant d’un coup d’épaule, pour m’encourager. Je cachais mon visage dans mes mains, soupirant, mais me résignant. Tu sais Milo, parfois, ça faisait du bien de parler de toi à voix haute… Parfois… « J’arrive pas à me sortir cette foutue lettre de mon crâne… » Elle opinait en silence, m’écoutant, devenant cette Sam bien différente de celle que l’on connaît d’habitude. « Je sais pas si je dois le croire ou non… » Je gardais mon visage dissimulé, habitude, pour cacher mon regard, mon visage, bon sang… je n’ai jamais aimé parler… Je sentais son regard sur moi, réfléchissant très certainement à ce qu’elle pouvait me répondre. Sam a toujours été très protectrice et impulsive, comprends-la, elle n’a pas supporté me voir dans tel état à ton départ, c’est pour ça qu’elle m’a emmené avec elle, qu’elle a cherché à me changer les idées, à me sauver un peu de la peine et du désarroi dans lesquels tout ce qui nous était arrivé m’avait plongé. Elle a essayé, vraiment, de mettre de côté ce qu’elle pensait vraiment pour ne pas me faire sentir plus mal. Elle prit enfin la parole : « Tu sais Macéo, il t’aime ton Milo, tu le sais, ça s’est vu, alors soit tout ça n’est qu’un putain de malentendu et il faudra juste que vous parveniez à vous expliquer, soit… il avait peut-être une raison… Ou bien… » Je lui jetais un coup d’œil, voyant qu’elle se retenait pour finalement m’ébouriffer les cheveux et se taire dans un « non rien. » Elle a toujours su que je n’aime pas lorsqu’elle s’en prend à toi, voilà sûrement pourquoi elle s’est tue et n’a pas poursuivi. Tant mieux, je n’avais pas besoin qu’elle mette des mots sur l’une des hypothèses qui m’avait traversé l’esprit. Cette foutue idée qui m’avait fait un mal de chien et qui polluait mon esprit aujourd’hui. Et si tu avais tout simplement rencontré mieux ? Et si, ce que j’avais toujours craint, était devenu réalité… Je crevais d’envie de te voir… De te parler, de te demander, d’avoir une explication. Je ne demandais que ça mon Milo. Que tu effaces de quelques mots ce brouillard qui sondait mon esprit. « Il m’aime… » Répétais-je, pour m’en convaincre ? Je ne sais pas, je ne pense pas, je n’espère pas… Je sais que tu m’aimes… N’est-ce pas ? Tu es toujours mon Milo hein ? Tu m’aimes toujours ? De tout ce pêle-mêle infini de questions, je pense que c’est la seule qui m’importe le plus, la seule et unique qui nécessite réellement une réponse. Mais je n’en ai pas mon Milo. Tu n’étais déjà plus là pour me guider, pour me répondre, et ça me bouffait. Comme jamais. Je sentais cette inquiétude me mortifier, me détruire lentement, et je n’arrivais pas à lutter, à me rassurer seul, à faire taire les battements de mon cœur qui n’avait cesse de s’emballer à cet instant, mon souffle s’emportant. La panique… Voilà qu’elle était de nouveau présente… Elle ne m’avait pas manqué… « Macéo… ? » Elle s’en était rendu compte, Sam, je n’avais pas fait attention, réagissant comme si j’étais seul, comme je le faisais lorsque je m’enfermais dans ma chambre ou dans notre salle de musique… Nous… « Ça va t’inquiète. » Tentais-je en forçant mon souffle à s’apaiser, ne lui laissant pas le choix. Je n’avais plus envie de parler. Ça ne me faisait pas le bien escompté. C’était parti trop loin maintenant pour que qui que ce soit parvienne à m’aider… Seul toi pouvais me sauver, mais encore une fois, j’étais seul… Je serai venu te chercher, te poser cette foutue question, si seulement j’avais su où tu étais.
« Te braque pas encore… » Tenta Sam, mais je me redressais en me frottant le visage, arborant un sourire qui voulait tout dire. C’en était assez. « Je veux plus en parler, s’il te plaît. » Elle resta un instant à me fixer, en silence, et je supportais son regard. Il suffisait que je cille, comme il m’était déjà arrivé de le faire, pour qu’elle reparte à la charge. Mais elle ne pouvait pas m’aider, j’appréciais qu’elle essaie, tous ces efforts qu’elle n’avait cessé de m’accorder, son acharnement pour me faire remonter ce gouffre dans lequel je me laissais sombrer… Mais, là, de suite, elle ne pouvait pas m’aider. Je le savais. « Ça va aller je te dis. Va t’amuser, je vous rejoins. » Ajoutais-je en montrant le groupe toujours dans l’eau. Elle resta à me fixer, elle savait au fond, mais je savais qu’elle comprendrait. Elle avait elle-même était pareil à mon égard, quelques années plus tôt. « T’es sûr ? » Osa-t-elle me demander, mais j’opinais de suite, me laissant non sans m’adresser une étreinte avant de commencer à s’éloigner. « Sammy… » Elle se retourna et j’ajoutais avec un sourire : « Merci. » Elle en arborait un aussi, bien que loin d’être aussi lumineux que ceux que je lui connaissais. Elle ne méritait pas de se faire un tel sang d’encre. J’aurai aimé la rassurer, mais à cet instant, je n’en avais tout simplement pas la force.
A peine eut-elle tourné de nouveau le dos que mon sourire s’effaçait, que les pensées, les idées, les possibilités revenaient à la charge, faisant vibrer mon crâne, le sentant bouillonner, prêt à exploser. ‘Je tenais tout personnellement à t’annoncer les fiançailles de Milo et Mercy.’ Et s’il n’acceptait tout simplement pas le fait que tu lui aies de nouveau échappé ? Qu’il cherchait à abattre sa haine infinie sur moi pour se venger, pour me briser et avoir cette mini-victoire ? Mais alors… Si tu avais réussi à lui échapper… Pourquoi n’étais-tu pas avec moi ? Dans mes bras, là où est réellement ta place. En trois mois, tu aurais su me retrouver, tu sais où je suis Milo… Je t’ai attendu… Je n’ai plus jamais bougé pour que tu me retrouves… Ou alors ces quelques mots étaient véridiques et alors l’inquiétude me happait de plus belle. ‘Je t’avais dit que je le remettrais sur les rails.’ A-t-il vraiment réussi ? As-tu perdu tout espoir mon Milo ? Ta confiance en moi, en nous, a-t-elle vraiment flanchée ? Ou bien, cela devait finir par arriver ? Cette idée m’effrayait tout autant, d’imaginer que tu te sois tout simplement lassé, que ton amour se soit amoindrit, que tu te sois rendu compte que ce nous que nous formions n’avait plus à être. ‘Tu as perdu…’ J’ai perdu… Il a raison. Je t’ai perdu. Je me suis perdu. J’ai vraiment tout perdu…
Ma vue se brouillait, le souffle me manquait. La panique, encore. Cette douleur à la poitrine, comme si un étau glacé enserrait mon cœur sans ménagement aucun. Respire. Je n’arrêtais pas de me le répéter. Il fallait que je respire, que le souffle me revienne, que je ravale mes larmes, que je revête de nouveau ce masque. Il le fallait. Mais tandis que je me le répétais, encore et encore, dans mon crâne, cet encouragement était effacé par la peur, la crainte que ton absence me faisait subir, que l’idée de te perdre me faisait ressentir. ‘Tu as perdu.’ Je le voyais sourire, fier d’avoir gagné. Je te voyais dans les bras de cette fille, la regarder elle, lui sourire à elle. Je n’arrivais plus à nous voir nous, à repasser ces souvenirs qui savaient briser mon cœur comme me rassurer que l’on reviendrait à ce temps, à cette époque où nous étions un. Ces images étaient déchirées, remplacées par ses mots, par cette image de toi m’échappant de nouveau, me revoyant courir après toi, à l’infini, sans jamais t’atteindre. Je ne t’atteindrais plus n’est-ce pas ? Il me fallait m’y résoudre ? Je n’y arrive pas mon Milo. « J’ai perdu… » Ma voix se brisa. Les larmes coulèrent enfin. Pourquoi ? Pourquoi mon crâne, mon corps même se retournaient contre moi ? Je n’avais donc plus aucun contrôle ? Plus aucune chance ? Respire…  
Je me redressais avec peine. Titubant. Cette panique terrible mettant à mal mes forces, me sentant partir. Je quittais la plage. Je ne voulais pas rester là. Je ne pouvais pas. Il fallait que je marche, que je me calme, que je me change les idées. En vain. Tu revenais toujours, hantant mon esprit. Les regards ne m’importaient pas, continuant d’avancer, tête baissée, cherchant l’air qui me faisait défaut, mes encouragements ne fonctionnaient plus, désormais muets, pas suffisamment puissant et poussés pour rivaliser contre tant de peine. Pourquoi maintenant ? Parce que je me décidais enfin à réaliser. A me dire que je t’avais réellement laissé m’échapper. Que je n’avais pas su suffisamment me battre pour te garder avec moi, contre moi. Toutes ces étreintes que je rêvais de t’accorder de nouveau n’arriveraient jamais. Nous resterons deux personnes séparées. Nous ne formerons plus un tout. La défaite me tuait. Je n’arriverais pas à m’en relever. Je n’y arriverais pas… J’avais besoin d’aide, mais je ne la trouvais pas. C’est alors que j’ai attrapé mon téléphone. Mes doigts tremblotant durent s’y prendre plusieurs fois pour parvenir à déverrouiller l’écran, les larmes qui n’avaient cesse de mouiller mes yeux et joues n’aidant en rien. Je sélectionnais mes contacts, glissant la liste à la lettre M. J’aurai dû taper son numéro directement, car dans cette liste, à cette lettre, il y avait toujours ton numéro. Celui que je n’avais cessé de contacter, même s’il ne fonctionnait plus. Je vis cette photo de toi, celle qui d’ordinaire me faisait espérer, me donnait le sourire et me réchauffait un peu le cœur. Mais cette fois, elle eut l’art de le décomposer un peu plus. Je cliquais sur le contact quelques lignes en-dessous. Elle seule pouvait m’aider. Elle seule. Ma main continuait de trembler alors que je portais le téléphone à mon oreille. Les sonneries se succédaient. « S’il te plaît… » Suppliais-je dans un chuchotement. Je perdais la tête. J’avais besoin de son aide.
« Coucou mon chéri ! » Sa voix parvint à se frayer un chemin parmi celles peuplant mon crâne, mais la panique restait, je n’arrivais plus à parler, pourquoi l’avais-je appelée… Elle allait s’inquiéter… Ma voix ne voulait s’extirper de ma gorge, seul mon souffle saccadé parvenait à se faire entendre : « Macéo ? » La voilà… Cette inquiétude qui nourrissait le timbre de sa voix. Ce souffle empreint de détresse, elle le connaissait. Elle l’avait déjà entendu. Elle le reconnaissait et ça ne lui plaisait pas. Je fermais les yeux, cherchant à me concentrer, à faire taire ce boucan incessant pour enfin parler, d’une voix qui m’était rare, que je m’étais découverte lorsque je t’avais laissé partir. Je ne m’étais pas suffisamment battu… « Désolé Ma-… » J’essayais de respirer, encore une fois, en vain, devant user de toutes mes forces pour reprendre la parole, m’accroupissant contre un muret, la tête enfouie dans ma main : « Maman… Aide-moi… » Cet appel à l’aide avait eu grande peine à s’extirper de mes lèvres. Je ne voulais pas avoir besoin d’aide, mais je n’arrivais plus à me relever seul. Je n’arrivais plus à rien. A croire, à me redresser, à me rassurer, à garder espoir… Je pleurais. Je n’y arrivais plus. Je n’arrivais plus à me cacher. Et elle était bien l’une des seules devant laquelle j’osais laisser mon masque se briser. « Dis-moi où tu es, Macéo, j’arrive. » Dit-elle, l’entendant s’afférer une seconde avant de claquer notre porte d’entrée. Elle claquait la portière de sa voiture alors que je parvenais à articuler non sans hoquets de chagrin : « Manhattan Beach… A l’angle de la 28eme… » Elle avait déjà démarré le moteur, mais continuait de me parler elle ne me quittait pas, elle savait bien ce qui se passerait si je me pensais seul… « J’arrive mon chéri, parle-moi. » Je tentais, j’essayais, fermant les yeux, ne parvenant pas à réussir à calmer mes larmes et pleurs. « J-Je… » A croire que cet appel à l’aide avait fini de m’achever. « Chut… Macéo… Calme-toi… Je suis là… » Je n’y arrivais tout simplement pas, faisant tout mon possible pour me focaliser sur les mots et la voix chaleureuse et rassurante de ma mère, celle qui a toujours réussi à me redonner courage, cette force qu’elle me transmettait dès que le pessimisme me broyait. « Je suis désolé… » La culpabilité me rongeait déjà, si j’avais su qu’elle pouvait être plus intense qu’elle ne l’était déjà à cet instant… Je m’en voulais de l’inquiéter de la sorte, de ne pas réussir à faire face seul, de me retrouver à faire l’enfant, de devoir compter sur elle pour me relever, d’avoir besoin qu’elle me tende la main, qu’elle m’aide à m’extirper un peu de ces ténèbres qui malmenaient mon être à cet instant. « Je t’interdis de t’excuser mon chéri. » Mais je ne parvenais pas à faire taire cette inquiétude. Je n’y arrivais pas. Voilà pourquoi j’avais besoin d’elle. De me raccrocher à elle. « Ne t’en fais pas. J’arrive. » J’opinais, laissant un « Merci… » m’échapper dans un souffle. Elle ne me demanda pas une seule fois ce qu’il s’était passé. Elle connaissait la raison. Elle ne me demanda pas non plus si j’étais avec quelqu’un ou seul. Elle avait deviné. Elle ne me demanda pas non plus d’arrêter de pleurer. Elle savait que c’était impossible. Elle continuait juste de me parler, sans arrêt, parvenant tout juste à revêtir sa voix maternelle si douce, devinant aussi que la savoir inquiète ne ferait que me sentir d’autant plus mal. Elle savait que j’avais besoin d’entendre sa voix, qu’elle me berce, qu’elle me change les idées. Sans réellement suivre ce qu’elle me disait, l’écoutant juste, elle, ma mère, mon ancre… « … Je suis sur Ocean Drive. Macéo, je t’interdis de bouger mon chéri. » Comme si elle avait deviné que j’allais me redresser pour me décoller de l’allée destinée aux piétons pour rejoindre la route. Devinant que je n’étais pas dans un état favorable à m’aventurer dans une voie pourvue de véhicules… « Je passe la 33eme, je suis bientôt là, je te récupère et je m’occupe de toi d’accord ? C’est fou ce que les gens conduisent lentement dans cette foutue ville ! Je vois la 32eme, je suis bientôt là. D’accord ? » Elle n’attendait pas de réponses à ces questions, elle me devinait pas en état de répondre. Elle parvint à me faire esquisser l’ombre d’un sourire. Elle était si forte ma Maman… Si forte… « Oui… » Parvins-je à articuler, rassuré de savoir que bientôt je pourrais me laisser aller à ses étreintes réconfortantes, à ses caresses maternelles si chaleureuses, à ses berceuses qui m’aideraient à retrouver mes repères. « C’est bien mon chéri, je t’aime tu sais hein ? Je passe la 31eme, on sera vite à la maison tu verras. » Je sentais sa voix plus animée, rassurée que je lui aie enfin répondu, que j’ai réussi  à dire quelque chose, elle prenait tout ma mère, tout ce qui pouvait la rassurer. Elle ne perdait pas espoir… Je n’ai jamais su comment elle faisait… Elle restera à jamais une énigme ensoleillée, mon héroïne… « Je t’aime aussi. » Ces mots furent bien plus simples à prononcer, coulant de source, même la peine ne parvenait à me décrocher de ce que je ressentais pour elle, pour eux… « Il ne veut vraiment pas se presser lui ! J’arrive sur la 29eme mon chér… » Un crissement de pneu accompagné d’un klaxon me raidit sur place. Me faisant relever la tête en entendant le boucan qui s’extirpait de mon téléphone, mais que mon oreille libre entendait aussi en réel. « Maman ? » Je m’étais redressé, avançant au départ lentement sur la route, mon oreille guettant une réponse. « Maman ?! » Je m’étais mis à accélérer, arrivant sur Ocean Drive, mon regard se dirigeant de suite sur la gauche. Des cris me parvinrent. Je m’élançais de plus belle, gardant mon téléphone plaqué contre mon oreille, me mettant à crier : « Maman ?! Répond-moi !! » Je courrais, traversant le bout de route séparant la 28eme de la 29eme, reconnaissant au loin sa voiture… Retournée, une seconde vilainement amochée, le capot ouvert, un homme s’en extirpant avec peine. Cette vision me figea sur place. « MAMAN ! » Hurlais-je en voyant le pare-brise détruit, un petit groupe de personne s’affairant autour d’un corps. Je l’ai reconnue de suite, à ma plus grande horreur, sentant mon cœur s’arrêter. C’était bien elle, au sol, les lèvres tachetées de sang, ne répondant pas aux appels d’un passant qui tentait de l’aider alors qu’un autre appelait les secours. Je les poussais, m’affalant à ses côtés, attrapant sa main, la secouant pour qu’elle me serre en retour. « Maman ? Hé Maman ?! Réponds-moi ! » Ma seconde main tremblait, caressant du bout des doigts son visage ensanglanté, mon regard ne quittant pas ses yeux clos pour ne pas penser au sang qui s’écoulait de l’arrière de son crâne. « MAMAN ! » J’hurlais, secouant de plus belle sa main, la serrant comme jamais.
Ce n’était pas possible. J’étais en plein cauchemars. Je refusais de croire ça. Pas ça. Pas elle. J’avais fait ça… Je l’avais appelé… Je l’avais inquiété… Elle ne serait pas venue si je m’en étais tenu à faire comme j’ai toujours fait jusque-là. Elle n’aurait pas pris le volant si je m’étais tut, si j’avais cherché à me calmer seul comme je faisais d’ordinaire. Voilà ce qu’être faible me coûter… Voilà ce que ça engendrait…. J’aurai dû la laisser me détruire moi seul… Pourquoi y entraîner ma mère ? Qu’est-ce que j’avais fait… Je la voyais étendue à mes côtés, ce sang… tout ce sang… son sang… « Qu’est-ce que j’ai fait… » Parvins-je tout juste à murmurer, les soubresauts me balançant au-dessus d’elle, continuant de lui serrer la main, la seconde hésitante, tremblante, venant lui caresser le visage. Je n’avais pas vu que son sang était venu tâcher mes mains… Je le remarquais uniquement lors de ses caresses, mes doigts laissant des traces rouge sur leur chemin. Les larmes coulèrent de plus belle. « Maman… » Pourquoi… Je m’approchais de son visage, son regard toujours clos, mes larmes venant mouiller son visage : « Je t’en supplie… » ça ne pouvait pas être possible… « Ma-… » Je me souviens que mon souffle s’est coupé, mon cœur s’est arrêté alors que je la voyais ouvrir avec grande difficulté les yeux. « Macéo ? » J’ai souri, n’y croyant pas, sentant ses doigts serrer avec une fragilité certaine les miens, continuant de lui caresser le visage pour qu’elle reste avec moi : « Je suis là, Maman, c’est moi… » Elle m’a souri, ce sourire… Son sourire… Si chaleureux, si doux, qui d’ordinaire me rassurait, ce sourire qui ce soir-là m’a brisé un peu plus le cœur : « Mon chéri… » Sa main droite a peiné à venir caresser mon visage, elle pleurait en ajoutant sans quitter son sourire si parfait : « Je t’ai trouvé… ça va aller… » Sa voix était si douce, une caresse qui me berçait tout en me faisant craquer de plus belle, oubliant ce qui nous entourait, ne prêtant plus la moindre attention aux bruits aux alentours, je ne l’écoutais qu’elle, seule elle m’importait. Je l’avais fait sombrer avec moi. « Je suis désolé Maman... » Soupirais-je en collant ma joue contre sa paume si pâle qu’elle continuait de caresser, peinant à garder les yeux ouverts et à parler : « Chut… ça va aller mon chéri… Ce n’est rien… Ce n’est pas ta faute… » Les mères mentent pour notre bien… Mais ça ne marchait pas, je n’arrivais pas à éteindre cette culpabilité qui me dégoûtait de moi-même, je me donnais envie de vomir… Niant d’un signe de tête, insistant que j’étais désolé, si désolé… Elle eut un hoquet de douleur, me faisant sursauter : « Maman ! Ne me laisse pas hein ? Les secours vont arriver d’accord ? Tu restes avec moi compris ? » Suppliais-je en déposant des baisers sur son front, relevant les yeux un court instant pour voir s’ils arrivaient en effet. Mais rien. Mon regard se rabaissant sur le visage de ma mère, de plus en plus pâle. Elle ne pleurait plus, elle savait. C’est toujours avec ce même sourire qu’elle a usé de ses dernières forces pour me dire ces quelques mots : « Tu iras bien mon chéri… Il le faut d’accord ? Pour ta vieille mère hein ? Promet-moi une chose Macéo… » Elle eut un nouvel hoquet de douleur, ne parvenant pas à le retenir plus longtemps, me faisant lui serrer de plus belle la main, mais phalanges blanchissant sous la pression, niant de la tête, sachant qu’elle se rendait à une évidence que je ne pouvais pas accepter, je ne le voulais pas. « Non, non, non… Maman, je… » Elle rouvrit les yeux son pouce passant sur mes lèvres pour m’inciter à l’écouter : « Chut… Ecoute-moi mon chéri… » Sa main quitta un instant ma joue pour se placer sur ma poitrine, là où mon cœur était malmené par la peur : « Il m’a fallu neuf mois pour former ce joli cœur, Macéo. Neuf merveilleux mois. Ne laisse jamais quoique ce soit ou qui que ce soit le briser. Jamais tu m’entends ? » J’eus un nouveau sanglot, c’était trop tard, je m’en étais chargé moi-même. J’avais tout foutu en l’air. Je t’avais laissé m’échapper toi. Je l’avais mené à sa perte elle. J’allais détruire mon père. Je n’en avais tout simplement pas. Je n’avais pas su être digne du cœur qu’elle m’avait construit. Elle le sentit, me voyant baisser inconsciemment le regard, ne supportant pas de la regarder, sa main revint sur ma joue : « S’il te plaît mon chéri… Promet-moi… Je veux savoir que tu souriras de nouveau un jour… » Elle pleurait de nouveau, son sourire perdant en éclat. Alors je lui adressais un sourire, forçant mes lèvres à s’étendre pour elle, rien que pour elle, ma voix peinant à prononcer ses mots : « Je te promets Maman… Je t’aime. » Son sourire gagna en intensité lorsqu’elle chuchota un dernier : « Je t’aime mon chéri… »
C’est sur ces mots que ses yeux se sont clos. Sa main retombant mollement sur le sol. Ses doigts se desserrant lentement des miens. « Maman ? » J’avais perdu mon sourire. « Hé… Maman… » L’appelais-je en secouant sa main, la remontant contre ma joue pour qu’elle continue de me bercer, les larmes remontant en réalisant qu’elle n’était plus là. Elles ont coulé alors que je suppliais de nouveau : « Je t’en prie Maman… Pas ça… » J’avais beau entourer son poignet, je ne sentais plus son pouls. « Pitié… » Pleurais-je, ma voix se brisant, alors que je tirais son corps pour l’enlacer, essayant de lui transmettre ma chaleur, que son cœur batte de nouveau en rythme avec le mien. Mais seul le silence me répondit. Son corps resta mou dans mes bras. Sans vie. « Me laisse pas… » Répétais-je encore et encore alors que les sirènes approchaient. Mais c’était trop tard. Elle était déjà partie. Loin, trop loin de moi. C’est alors que l’orage a commencé… Cet orage qui avait commencé à naître avec ma peur, qui s’était intensifié avec ma crainte et qui explosait avec ma peine.
Je sentis des bras essayer de me décrocher de son corps, mais je ne voulais pas, je ne voulais pas qu’on me l’arrache, je n’avais pas envie de la lâcher, de la laisser partir. C’était hors de question. Je ne pouvais accepter cette erreur que j’avais faite et l’horreur qui en découlait. On m’y força malgré tout, sans se préoccuper de mon désarroi, de mes pleurs, de mes cris de douleur tant mon cœur me faisait souffrir le martyre. Je la vis s’éloigner de moi, ces inconnus s’affairant autour d’elle, tentant de la réanimer, mais c’était déjà trop tard. Mes yeux la fixaient, gardant ce fol espoir, mais après plusieurs tentatives, ils cessèrent de s’acharner, me jetant des regards désolés. Elle n’était plus là. Maman… Je me suis effondré, me traînant jusqu’à elle, repoussant ces personnes désolées que je ne connaissais pas, je ne voulais pas les voir, je ne voulais pas d’eux, je voulais ma Maman. J’étais tout seul, gamin triste et effrayé, qui avait commis une bêtise terrible. Je ne l’ai pas quitté des yeux, les siens restaient fermés bien que je chuchotais des mots à son attention, lui disant combien j’étais désolé, combien je l’aimais, la berçant jusqu’à ce qu’on me force de nouveau à m’éloigner, à la laisser contre mon gré, les regardant couvrir son corps et l’emporter, je me laissais guider en silence, mes larmes coulaient de moins en moins, mon crâne était vide, mon cœur était parti. Je n’ai pas fait attention à l’endroit où on me menait, je n’entendis rien à ce qu’on me dit, j’étais perdu. « Macéo… » Je relevais les yeux, prenant alors conscience que j’étais assis, seul dans ce qui me semblait être un hall d’hôpital ou quelque chose comme ça. Il était là, me regardant de ses yeux rouge larmoyant. C’est à cet instant que mon cœur s’est décidé à se manifester de nouveau. Trop préoccupé par ce qu’il s’était passé, ce que j’avais fait, je n’avais pas envisagé cette peine que j’allais endurer, que j’allais voir chaque jour… « Papa… » Il est resté là, à me fixer sans dire un mot, pâle comme jamais. Lui aussi je l’ai détruit… J’ai détourné le regard, ne supportant pas de le voir ainsi, me redressant avec peine, tremblant de la tête aux pieds, ma gorge se serrant alors que je chuchotais de ma voix brisée : « Je suis désolé, je n’ai pas réfléchi… Je… J’ai… Je voulais pas… Je suis désolé… Maman… Elle… » Mes larmes sont revenues sans que je m’en aperçoive, roulant le long de mes joues, fixant mes mains toujours rouge du sang de la plaie de Maman. Il s’est approché sans que je le sache, regardant ce rouge, réalisant de nouveau, la panique revint, m’empêchant de respirer correctement. « Je suis désolé… Désolé… Pardon Papa… » Il m’a serré dans ses bras et a éclaté en sanglots. Je ne méritais pas cette étreinte, mais je lui ai rendu, pas pour moi, pour lui, lui qui avait perdu sa femme, cette personne qu’il chérissait plus que tout au monde, dont il a toujours parlé avec cet éclat dans le regard. Lui à qui j’avais arraché celle qu’il aimait tant. On est resté un moment comme ça, tentant de le soutenir, mais comment aurais-je pu… Comment aider quelqu’un lorsqu’on est acteur de sa peine ? Il s’est éloigné de moi, m’a obligé à le regarder, lui, Papa, au visage ravagé par la tristesse, la peine transpirant de son regard, de ses traits, de sa voix qui me dit : « On rentre à la maison. » Et il m’emmena jusqu’à sa voiture, nous avons fait le trajet en silence, il ne m’a pas demandé. Il ne m’a pas questionné sur ce qu’il s’était passé. Rien. Juste le silence… Jusqu’à ce qu’on arrive dans cette maison qui désormais me faisait peur, qui me donnait envie de pleurer, qui avait perdu toute sa vie.
J’y suis rentré, sans le vouloir, regardant mon père me passer devant sans m’accorder rien de plus qu’un regard en biais rapide, trop rapide, me passant la main devant le visage tant la gêne et le malaise me gagnaient. Cette peur, cette panique, me happant en un regard. Il ne l’avait certainement pas voulu. Comment lui en vouloir… Je l’aime mon père, et je me maudis pour ce que je lui aie fait subir. J’aurai pu être un meilleur fils. J’aurai dû. Tellement. Si j’avais fait attention, si je n’avais compté que sur moi, sur personne d’autre, alors cette porte, je l’aurai passé sans cette terreur dévorant mon âme. J’ai voulu me passer de nouveau la main au visage, mais elle s’est arrêtée à quelques centimètres de mon regard. Ce rouge… J’ai eu envie de vomir… J’ai passé la porte, plus par urgence qu’envie, je ne l’ai pas vu, devinant où il devait se trouver… Dans leur chambre… Ou bien était-ce à son piano à penser à elle, aux sourires qu’elle lui accordait quand il jouait dessus, à ces regards amoureux dont elle le dévorait à chaque fois qu’il composait ou pratiquait. Je me dégoûtais… J’ai grimpé à l’étage, ouvrant à la volée la porte de la salle de bain, me jetant sur le lavabo pour enlever ce rouge horrible de mes mains. Il ne partait pas. Il ne voulait. Il désirait rester pour me forcer à faire face, à voir ce que j’avais fait, à encrer cette culpabilité dans mon crâne. Mais elle y avait déjà fait son nid… J’ai vomi, je n’y arrivais plus, mon ventre se tordait, cette boule trop lourde le malmenant comme jamais, ma gorge me brûlant, mes yeux me piquant, les hoquets s’enchaînant, secouant d’autant plus mon corps que les tremblements de peine et de fatigue le faisaient déjà. Je me suis rincé le visage avant de me redresser et de croiser mon reflet dans le miroir. Pâle comme jamais, des traces rouges sur une joue, celle qu’elle avait caressée… Les yeux rougis par le sang, mes cheveux en bataille… Bleus… C’est là que je l’ai revue…
J’étais étalé dans ma chambre, quelques mois avant sa mort, quelques temps avant d’apprendre pour ces tristes fiançailles. Cette chambre où je me trainais comme à chaque fois que je rentrais seul, que je n’avais pas de tes nouvelles et que je m’imaginais ce que tu faisais. Elle est rentrée, l’air de rien, tapotant gentiment sur la porte : « Mon chéri ? » Je n’ai pas bougé, inspirant silencieusement pour enfin tourner la tête vers elle avec ce sourire que je revêtais habituellement : « Hey Maman. Joyeux anniversaire. » Je n’avais pas oublié et pourtant je ne m’y étais pas autant donné que les autres fois, lui préparant un petit-déjeuner au petit matin avant de fuir cette maison qui me pesait déjà. Elle m’a souris avant de me rejoindre et de jouer avec les mèches de mes cheveux, retournés au brun depuis que tu m’avais échappé… « Tu sais ce qui me ferait plaisir… » Je l’interrogeais du regard : « De rejouer avec tes cheveux… » Mon visage s’est fermé. Je ne les avais plus colorés depuis qu’il t’avait embarqué avec lui, depuis que j’avais eu entre mes mains ton carnet. Mais je lui devais bien cela, après tout, c’était son anniversaire, puis à moi aussi ça m’avait manqué, ces instants complices que seuls elle et moi partagions. Ça me manque tu sais… Tellement… Terriblement… ça me crève chaque fois un peu plus. « Bleu alors. Tu les aimes comme ça non ? » Ce sourire qu’elle m’a accordé… Si seulement tu avais pu le voir… Ce sourire si lumineux qui m’a contaminé pour la première fois depuis si longtemps. Je ne pouvais pas faire rose. Ce n’était plus possible. Ça, c’était la couleur qui t’étais accordée… Rien qu’à toi mon Milo… « Va pour bleu alors ! Allez viens, mon chéri, histoire de rajeunir un peu ta vieille mère, on va voir si j’ai pas perdu la main… » « Pardon ?! » On a ris ce jour-là. Je te dis, ces instants où sa magie maternelle officiait, m’aidait comme jamais, moments toujours trop succincts à mon goût. Et je me suis retrouvé dans cette cuisine où elle a joué avec mes cheveux, les colorants avec grand soin bien qu’elle s’amusait à me faire peur de petites remarques ou de son cri de surprise au résultat. Je l’aime tellement… Tu me manques tellement Maman…
Je n’ai pas réussi à détourner le regard, me remémorant cette scène, notre complicité, notre lien qui me manquait déjà terriblement. J’avais besoin d’elle. Surtout maintenant. Et je me l’étais moi-même arrachée. Je m’en étais privé seul. Je ne me supportais tout simplement plus. Cette haine à mon égard, comme jamais je ne l’avais ressentie… Cette haine qui me donnait envie de vomir lorsque je croisais mon reflet, qui me donnait envie de me donner des coups. Et je m’en suis donné… Frappant ce reflet encore et encore, jusqu’à ce qu’il soit brisé en plusieurs morceaux. Voilà enfin un véritable reflet de ce que j’étais. Cassé. Rayé. Raté. Ce ne fut qu’une fois que ma rage fut passée que mon poing se détendit, retombant mollement, en sang, le long de mon corps. Du sang. Encore. Alors je me glissais dans la douche, sans prendre la peine d’enlever mes vêtements, laissant l’eau glaciale couler sur mon corps, fixant à mes pieds ces traces rouge quitter lentement mon corps pour disparaître enfin, l’eau finissant de me noyer, dissimulant mes larmes. Je ne sais pas combien de temps j’y suis resté, je n’ai pas senti mon corps se geler et céder aux tremblements, me faisant tomber à genoux sur le sol carrelé de la douche, continuant de fixer l’eau qui s’écoulait, perdant lentement sa couleur rougeâtre. « Macéo… » Mon père… Il devait probablement me chercher… J’avais omis de fermer à clé la salle d’eau, si bien qu’il est entré pour me découvrir dans tel état. A croire que j’allais enchaîner les conneries jusqu’au bout. Peut-être que je ne suis bon qu’à ça mon Milo… Peut-être… J’ai eu peur de l’exaspérer, qu’il m’en veuille, qu’il se mette en colère, qu’il me dise ce qu’il pensait… J’ai eu peur, mais il est simplement venu couper l’eau, a attrapé un gant et s’est accroupi avec moi dans la salle d’eau, entreprenant d’enlever les dernières traces présentes sur mes mains et mon visage dont le jet d’eau n’avait pas réussi à avoir raison : « On va s’en sortir tous les deux, Macéo. Ne t’en fais pas. C’est ce qu’elle voudrait tu sais. Tu le sais hein ? » Mais je n’arrivais pas à le regarder. Il me parlait, comme si de rien était, en faisant toujours attention à ne pas me demander, à ne pas me questionner. Je ne sais pas si je préférais cela, qu’il passe dessus aussi facilement ou si j’aurai préféré qu’il laisse exploser sa colère et ses sentiments à mon égard. Je ne savais pas… Mais j’ai opiné, n’arrivant pas à parler, sachant que si je le faisais, alors j’allais sûrement me remettre à pleurer, et je ne voulais pas lui infliger ça, je lui avais suffisamment fait endurer… Mes malheurs, mon comportement, la mort de ma mère, ma réaction plus que pathétique… Alors pleurer encore une fois ? Non. « Prends une vraie douche, ça te fera un peu de bien… Je suis à côté d’accord ? » Et il est sorti, j’aurai peut-être dû me sentir un peu mieux, réconforté, pourtant, quelque chose me gênait. Ses mots ? Peut-être… Sa réaction ? Probablement… La tonalité de sa voix ? Assurément… C’est sûrement pour ça qu’aujourd’hui encore, je ne sais vraiment ce que pense mon père par rapport à tout ça. C’est aussi pour cela que je n’ai pas pu rester vivre bien longtemps avec lui… Tu penses que j’ai été égoïste d’agir de la sorte ? Pourtant, crois-moi mon Milo, aux regards qu’il me jetait parfois, je savais… je savais qu’il revoyait en moi les traits de Maman, et alors, la peine marquait son regard. C’était si dur Milo… Si dur… Pour lui aussi, je le sais parfaitement… Alors pourquoi serais-je resté avec mon  père si c’était pour lui faire plus de mal que je ne lui en avais déjà fait ? J’ai causé tout ça, j’ai tout détruit. Et même si j’avais besoin de rester avec lui, lui qui était le seul qui me restait, il me fallait aussi assumer…
J’ai enlevé mes vêtements, ne prenant même pas la peine de les regarder, les jetant de suite à la poubelle, je ne pouvais pas les garder… J’ai regardé la glace brisée, mon reflet abîmé. Ces cheveux, encore… Je me suis penché pour attraper dans mon placard les colorations que j’avais et notamment attraper celle que j’utilisais le moins. Celle qui allait redonnait à mes cheveux leur couleur brune d’origine. J’ai passé les gants et j’ai entrepris de faire cette coloration, d’effacer cette couleur qui me piquait le cœur, sans même me regarder pendant que je le faisais. J’ai attendu, en silence, puis j’ai ouvert l’eau de la douche et me suis glissé dessous, l’eau ruisselant sur mon corps épuisé, mon front se déposant contre la paroi de la douche. J’ai pleuré, une dernière fois. Juste une dernière fois. Profitant du camouflage de l’eau pour laisser libre court à mes larmes, sans les retenir, les laissant quitter mon corps, mon être. J’y suis resté un instant, ainsi à revivre mentalement cette scène terrible, celle qui sera à l’origine de nombres de mes futurs cauchemars. Une fois sorti, j’ai osé regarder de nouveau mon reflet, cette tête que je me retrouvais et que je n’aimais pas, mes yeux étaient rouges, mais les larmes n’étaient plus, C’en était fini de pleurer. J’ai enfilé des vêtements propres avant de sortir enfin. Comme promis, mon père attendait là, dans ma chambre, épuisé et pourtant son regard fixait sans ciller l’une des photos déposée sur l’un de mes meubles. L’une de celles qu’on avait pris tous les trois. J’ai de nouveau détourné le regard, gêné. « Papa… » Il s’est redressé vivement, secouant sa tête pour me regarder avec un sourire. Sourire qui s’effaça en voyant ce que j’avais fait. Mais il n’a rien dit. Il n’a pas émis la moindre remarque. Il s’est tu et est resté un instant à me fixer en silence. Puis il s’est redressé et a regardé ma main, celle qui était venue maltraiter ce reflet que je ne supportais plus. Aujourd’hui encore, Mon Milo, je n’arrive pas à le fixer bien longtemps sans m’en vouloir… « Viens, on va s’occuper de ça… » Mes phalanges étaient abîmées, ma paume avait gardé les traces du peu d’ongle que j’avais… Le dessus de ma main n’affichant pas une couleur des plus rassurantes… Je l’ai suivi en silence, sans opiner, ça ne me gênait pas, je n’avais pas mal, pas aussi mal du moins… Pas assez peut-être… Je l’ai regardé prendre soin de ma main, je l’ai regardé pansé ma blessure sans émettre le moindre son, son regard n’était pas dur, pas froid, juste vide. Et c’était pire… Pire que tout… J’ai cru étouffer plus d’une fois, détournant alors mon regard. Je n’allais pas pleurer, je ne voulais pas, je ne devais pas. « Macéo… » Je relevais la tête d’un coup vif, regardant mon père qui avait fini et dont les mains tremblaient près de la mienne, refusant toujours de me regarder, il tenta de poursuivre plusieurs fois en vain… Jusqu’à ce qu’il relève la tête et que son regard empli de larmes se dépose sur moi, me demandant d’une voix déchirée que je ne lui avais jamais connue : « On va s’en sortir tous les deux hein ? » Il a éclaté en sanglot. Mon père… Je ne pensais pas que mon ventre pouvait se tordre de plus belle, et pourtant, il l’a fait… Et la culpabilité m’a frappé de plus belle, me déchirant, tordant mon être de la pire des manières. Qu’est-ce que j’aurai donné pour être un meilleur fils, digne d’eux, de leur joie de vivre et de leur gentillesse, de ne jamais avoir détruit ce qu’ils s’étaient battus, ensemble, à construire pour moi et que j’avais effacé au fil de mes actions égoïstes et puériles. Je ne les méritais pas et maintenant, je n’avais plus que mon crâne pour me blâmer. « Je suis désolé… » Ai-je soupiré dans un hoquet avant de le serrer contre moi, j’ai espéré qu’il me rende mon étreinte… Au départ, je n’ai pas fait attention, le sentant pleurer contre mon épaule, mais il ne me l’a pas rendu, il n'a pas nié non plus, j’ai pensé qu’il était peut-être trop épuisé pour, mais au final, c’est sûrement parce que c’était trop dur, trop difficile pour lui de faire la part des choses, peut-être qu’il me voyait de la même manière que moi, comme le meurtrier de la femme de notre vie… Tiraillé entre le besoin d’être mon père et le fait qu’il m’en voulait… Il n’a rien fait et ça a fini de me briser. Nous sommes restés ainsi quelques minutes, avant qu’il ne s’éloigne, me laissant là, seul, me soupirant de me reposer dans un bref regard détruit et excédé, avant de quitter ma chambre.
Me reposer ? Comment le pouvais-je ? Je suis resté là, mon crâne repassant toutes ces choses que j’avais faites subir à ce couple si parfait, je n’ai pas pleuré, je ne pouvais plus, je n’en avais surtout pas le droit, j’étais en colère, je me détestais, et je sentais cette haine combler lentement ce vide qui avait déchiré mon âme. Et ça faisait mal… Qu’avais-je fait de bien pour mes parents ? Vraiment ? En quoi avaient-ils eu de quoi être fiers ? J’avais causé des problèmes dans n’importe lesquels de mes établissements, je ne m’étais jamais réellement investi dans mes études, j’avais choisi une voie sans que je sache si ça leur plaisait réellement, jouant de leur amour à l’égard de leur unique fils afin de les faire céder, d’être de mon côté, voie que j’avais laissée de côté en délaissant à ce jour mes cours et mes baguettes, mon inspiration me manquant pour oser jouer correctement. Jouer… Depuis combien de temps n’avais-je pas joué. Mes pieds me traînèrent dans cette pièce que je ne supportais plus depuis ton départ, me guidant jusqu’à mon tabouret, mes mains attrapant instinctivement les baguettes. Mais rien… Je restais là, le regard toujours, vide, mon crâne continuant de me lister ce que j’avais fait. Me blâmant avec une violence certaine. J’avais essayé de les protéger de mes humeurs, en faisant quoi ? En les délaissant… En les laissant s’inquiéter pour moi, pensant bêtement que je les protégeais, mais je n’ai jamais réussi à le faire. Je leur ai fait beaucoup de tort pour de succincts instants de joie. Mais ce n’était pas tout… Bien sûr que non… Je leur avais caché des choses, menti, je m’étais laissé sombrer sans les laisser m’aider, sans même réellement leur expliquer, je les avais laissé dans le brouillard que trop longtemps, engendrant de la sorte la chute de notre petite famille aux apparences si utopiques… Je les avais inquiété, leur avais fait peur et n’avais même pas pris la peine de leur dire merci… Merci d’être là pour moi, de m’avoir aidé, soutenu, je n’avais rien fait de tout ça, je n’avais jamais été réellement redevable de tout ce qu’ils m’avaient offert. J’avais continué ma route tordue et torturée pour finir de nous détruire, j’avais continué sans regard en arrière, j’avais mené ma mère à ce jour, à sa fin, sans même ciller.
Je n’arrivais tout simplement pas à dormir, des terreurs nocturnes me prenant à chaque fois que je laissais l’épuisement avoir raison de moi. Me réveillant en pleurs, en sursaut ou encore en hurlant, étouffant ces cris dans mon oreiller pour ne pas exaspérer, ou peut-être dégoûter, de plus belle mon père. Ça a été ainsi jusqu’au jour où il a fallu l’enterrer. C’est toujours ainsi maintenant. En quoi voir le corps de ma mère dans ce cercueil, voir son visage si doux et aimant enfouie six pieds sous terre aurait fait disparaître ces peurs, ces cauchemars, cette peine et cette culpabilité éreintante… Comme tous les matins qui ont suivis son accident, me lever pour son enterrement fut des plus intenses. Les haut-le-cœur furent d’autant plus violents, me forçant à me lever, en nage, et me traîner tant bien que mal jusqu’à la salle de bain, y restant jusqu’à ce que quelqu’un vienne, plusieurs heures après, frapper doucement à ma porte. J’inspirais longuement en essayant de me passer un coup d’eau sur le visage, entendant Sammy rentrer et se glisser dans la salle de bain. Je ne l’avais pas revue, je n’avais revu personne et à son regard et son visage pâle, la culpabilité n’avait pas uniquement maltraité mon visage. Elle me frotta doucement le dos jusqu’à ce que je me redresse, me tirant d’un bras pour me faire m’asseoir, me sécher lentement le visage et me voler une bise sur le front, tentant au mieux de dissimuler son regard inquiet à la découverte de mon teint pâle et de mes traits tirés, passant une main douce dans mes cheveux si sombres. Elle me sortit mes affaires et me laissa le temps de prendre ma douche, ne disant mots, sachant que je n’en avais pas besoin. A cet instant, je n’avais besoin de rien et de personne. Vraiment. Le jet d’eau froide n’arriva même pas à me réveiller, j’aurai aimé me noyer, ne pas avoir à subir cette journée, à voir tous ces gens, tous ces visages, à la voir elle m’être un peu plus arrachée, que l’on me fasse à nouveau faire face à ma plus terrible erreur, sentir tous ces regards me blâmer silencieusement avant de me présenter de fausses condoléances, car je le savais, ça allait être de tel. Je retins avec difficulté un hoquet qui me brûla à nouveau la gorge, me décidant à sortir de l’eau et de m’enrouler mollement dans une serviette. Sam revint avec des vêtements, mais avant de me laisser les enfiler, elle attrapa ma main et nettoya la plaie de mon poing que je n’avais cesse de maltraiter. Pathétique jusqu’au bout, fantôme mou et pitoyable qui errer là comme si le poids du monde s’était écrasé sur ses épaules. Un égoïste.
Je m’en rendis de plus belle compte lorsque je fus face à mon père. Comment pouvais-je osé faire ainsi mon malheureux alors que je lui avais tout arraché. La femme qu’il aimait depuis toujours et son fils. Car oui, je l’avais même privé de moi en agissant de la sorte, en m’éloignant de tel d’eux et en engendrant telle horreur. Il m’en voulait, je pouvais le sentir même s’il ne laissait rien paraître, et c’était d’autant plus dur. Il m’adressa à peine la parole, ni même un regard de plus de quelques secondes et quand j’ai voulu lui attraper l’épaule, je l’ai senti se crisper comme jamais, décelant un léger sursaut me faisant le lâcher dans la seconde, baisser mon regard et le suivre en silence jusqu’à l’église. L’église. Je n’avais même pas envie d’y entrer. De la voir là-bas, étendue et de ne pouvoir lui parler, qu’elle me réponde, je ne pouvais plus la regarder en face. Ma pauvre petite maman que j’avais tué, elle devait me haïr maintenant, peut-être que ces dernières paroles étaient tout simplement fausses, pour entretenir son rôle de mère, peut-être qu’au fond, étendue, en sang dans mes bras, à me regarder, derrière son dernier sourire, peut-être qu’elle me maudissait de lui avoir arraché la vie. Je ne lui en aurais pas voulu, je ressentais exactement la même chose. Et alors que je passais les larges portes sombres de l’église, j’aurai tout donné pour être à sa place, pour me retrouver moi dans ce cercueil ébène et elle au côté de son tendre époux.
J’aurai fait demi-tour, j’ai failli, plus d’une fois, si la main de Sammy ne s’était pas glissée dans la mienne pour me mener jusqu’à ma place, pour me faire m’asseoir à côté de mon père. Gardant les yeux au sol, je ne voulais pas croiser le moindre regard, ils devaient tous penser la même chose, que ce fichu gosse, ce gogol qui en avait déjà beaucoup fait baver à ses parents avait fini par dépasser les bornes. Ils pensaient tous la même chose. Tout le monde aimait ma mère, qui ne l’aurait pas apprécié. Tout le monde devait chercher un coupable à son terrible départ. Qui mieux que moi dans ce rôle ? Je l’étais après tout, je n’espérais pas que qui que ce soit y aille doucement avec moi. Je n’espérais ou n’attendais rien de personne à cet instant… Et la cérémonie a débuté ainsi, mais je restais à fixer le sol, à serrer la main de Sammy, m’accordant seulement de m’accrocher à elle pour ne pas pleurer, je n’avais pas le droit de pleurer, pas à côté de mon père. Je ne tentais plus aucun geste à son égard, attendant que ça vienne de lui, ne tenant plus et lui jetant seulement un regard. Il était détruit, il pleurait, fixant sa femme, seulement sa femme… Ma mâchoire se contracta alors que je baissais à nouveau les yeux, retenant mes larmes, m’obligeant à restant silencieux, mon crâne vibrant de plus belle. Je suivais inconsciemment les mouvements de Sammy, elle savait que je n’étais pas apte à quoique ce soit et me guider d’elle-même, me menant, sans me quitter des yeux, vers le cimetière, vers ce trou creusé dans le sol, me serrant de plus belle en voyant que j’avais compris où on allait, mon visage blêmissant, ma gorge se serrant de plus belle, mon regard paniquant. Elle eut besoin de l’aide de Tito pour me faire continuer et rejoindre mon père, croisant une seconde son regard pour que l’un comme l’autre l’abaissions à nouveau.
Mon cœur battait comme jamais, m’assourdissant, les larmes revenant alors que le cercueil, désormais scellé, était déposé au-dessus de ce fichu trou. Je vis défiler les personnes, déposer des fleurs à l’attention de ma mère, nous laissant, mon père et moi, seuls à ses côtés, Sammy me caressa la nuque, me disant d’une voix douce : « On est pas loin, n’hésite pas. » Je ne pris même pas la peine d’opiner, l’entendant qu’à moitié, me figeant de plus belle de me retrouver seul avec mon père face à ce cercueil que ces hommes que je ne connaissais pas faisaient lentement descendre. Je restais muet, mon père aussi, regardant silencieusement la femme de notre vie finir de disparaître. Il déposa sa main rapidement sur mon crâne, cherchant peut-être à renouer, mais son regard et sa voix indiquaient tant de sentiments contraires : « C’est fini maintenant, prend le temps qu’il te faut. » Froid, distant, aucune chaleur, aucun amour, rien, le néant, ce n’était même plus la voix de mon père. Mon cœur se compressa alors que sa paume quitta mon crâne, alors que je le voyais partir, voûté, tête baissée, me tournant le dos. Il ne se retourna pas, il disparut ainsi, me laissant là, les larmes coulant sur mes joues, mon menton tremblotant en peinant à retenir mes sanglots, restant de marbre à fixer ce chemin par lequel il avait disparu. Le premier coup de pelle me sortit de ma torpeur, me faisant tourner d’un mouvement brusque la tête vers le cercueil de ma mère, ils étaient là, ces hommes que je ne connaissais pas, à enterrer ma mère. « Non. » Le premier éclair zébra le ciel, le vrombissement du tonnerre cassant le silence du lieu, faisant sursauter les hommes qui regardèrent le sol s’assombrir. « Non. » Continuais-je de chuchoter en les voyant reprendre et se presser pour ne pas se prendre la tempête sur la tête. Je niais de la tête, mes larmes continuant de couler, mes poings se serrant « Je veux pas… » Sanglotais-je alors que l’orage grondait à nouveau, les nuages grossirent de plus belles, les gouttelettes d’eau venant gifler ma peau, alors que de nouveaux éclairs vinrent s’écraser sur la pelouse verte et trempées du cimetière.


acidbrain

_________________
© LILACSKY.
 
« I have spent so much time with this Guy. I have learned a ton and been pushed both musically and in life by Him. I can’t imagine not even being His friend. »


Dernière édition par Macéo J. Cubbins le Dim 4 Juin - 15:33, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé





MessageSujet: Re: Macéo - Not that you weren't already completing me...   

Revenir en haut Aller en bas
 
Macéo - Not that you weren't already completing me...
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant
 Sujets similaires
-
» Le lion de Macédoine - David Gemmell
» Le cake à la macédoine de légumes
» Ecole de musique - Gérard Macé a invité ses éléves à un après-midi batterie
» De bellis Antiquitis
» Photos d'hiver

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Beacon Falls  :: Personnage :: Fiches de présentation :: Fiches validées-
Sauter vers: